<?xml version='1.0' encoding='UTF-8'?><?xml-stylesheet href="http://www.blogger.com/styles/atom.css" type="text/css"?><feed xmlns='http://www.w3.org/2005/Atom' xmlns:openSearch='http://a9.com/-/spec/opensearchrss/1.0/' xmlns:georss='http://www.georss.org/georss' xmlns:gd='http://schemas.google.com/g/2005' xmlns:thr='http://purl.org/syndication/thread/1.0'><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508</id><updated>2011-07-08T03:12:19.677+02:00</updated><title type='text'>lire à lyon</title><subtitle type='html'>les dernières lignes</subtitle><link rel='http://schemas.google.com/g/2005#feed' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/posts/default'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default?max-results=100'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/'/><link rel='hub' href='http://pubsubhubbub.appspot.com/'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><generator version='7.00' uri='http://www.blogger.com'>Blogger</generator><openSearch:totalResults>39</openSearch:totalResults><openSearch:startIndex>1</openSearch:startIndex><openSearch:itemsPerPage>100</openSearch:itemsPerPage><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8576185934782511795</id><published>2009-07-02T03:03:00.002+02:00</published><updated>2009-07-02T03:07:31.415+02:00</updated><title type='text'>Lyon : la fin</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 14 juin 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une semaine avant de partir, c’est-à-dire dimanche dernier, Caroline m’avait invitée à assister une animation particulière du quartier de la Croix-Rousse, le quartier alternatif de Lyon, situé sur une colline, bigarré quoique familial, comme Limoilou peut nous le donner parfois à sentir, à Québec. La Croix-Rousse rassemble depuis toujours le pouvoir populaire, car ce sont les canuts qui y ont habité et travaillé, ces ouvriers de la soie qui se sont révoltés, entre autres, au XIXe siècle, contre les producteurs qui les exploitaient. De nos jours, comme dans une sorte de contre-messe, à dimanche, 11 heures, un crieur public s’époumone sur la place publique afin de donner voix à des annonces de tout ordre, soit informatif, politique, poétique, philosophique ou encore humoristique – une relecture du mythe de l’Éden où la pomme, scindée en deux, devient les deux seins d’Ève –, auxquelles les citoyens ont pensé pendant la semaine. Bien qu’une telle activité implique grandement le désordre du hasard, j’y ai perçu une certaine convergence : d’abord, l’animateur se disait envoyé par le ministère public des rapports humains, puis les mots de « changement » et de « liberté » exaltaient la foule constamment agrandie, protégée pendant quelques instants de la désillusion capitaliste. C’est ce qu’il y a de stupéfiant en France : l’impression que les choses puissent vraiment être autrement, un jour, que certaines révolutions sont encore possibles. Pourquoi ne le serait-ce pas, en fait ? Même, avant d’arriver à la place de la Croix-Rousse, j’avais remarqué des graffitis qui témoignaient déjà de ce bouillonnement rhétorique et politique : « nos désirs créent du désordre », « nos rêves ont plus d’avenir que leurs cauchemars », « il faut beaucoup de rêves en soie pour tisser sa révolution », etc. Plus touriste que jamais, afin de capturer cette Croix-Rousse que je n’ai pas arpentée autant que je le voudrais, j’ai longuement marché dans ce quartier avant de redescendre dans la Lyon bourgeoise, avec mon kilo de cerises noires acheté en haut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sabine est venue me rendre visite à Lyon de mardi à jeudi. Elle revenait de son année d’échange à Montréal, à l’UQAM. Nous avons donc eu l’occasion d’échanger sur nos expériences respectives de la France et du Québec, ce que nous avons fait en errant longuement dans Lyon, notamment à travers la verdure chatoyante du parc de la Tête d’Or. Même si j’avais déjà amorcé mon processus de deuil de Lyon, on dirait que l’arrivée de Sabine représentait encore davantage la fin, peut-être parce que ce passage était prévu depuis très longtemps. Et nos discussions incarnaient en quelque sorte la synthèse du vécu en territoires québécois et français. J’étais d’ailleurs contente que Sabine puisse me mettre en valeur les aspects positifs du Québec – que j’avais, pour être sincère, quelquefois de la difficulté à voir. Ce qui m’a touchée, c’est lorsqu’elle a évoqué la fraîcheur de l’Amérique, en opposition avec le lendemain « gueule de bois » qu’elle perçoit en Europe, comme si, de l’autre côté de l’océan, nous possédions encore le charme et la force de la nouveauté. Je ne sais pas si c’est vrai, c’est peut-être seulement l’aura mythique de l’« american dream » qui enchante encore les Européens. Sans doute que tout est possible, nous n’avons pas de lourdeur accumulée par la tradition ou quelque autre engrenage sociopolitique, mais où puisera-t-on l’énergie de bousculer la société ? Notre fraîcheur est grandiose et terrible d’insouciance, malheureusement, mais je vais continuer à espérer un peu – et à en être fière, comme le voudrait Sabine. Cela dit, cette dernière semble préférer la France, au final : d’une part, elle sera toujours une Française au Québec – avec tout ce que ça implique – et, d’autre part, la gentillesse constitutive du peuple québécois nous rend insupportable, à la longue. Par exemple, Sabine était encore étonnée du fait que, lors d’une manifestation universitaire, les gens ne voulaient pas descendre dans la rue carrément pour ne pas entraver la circulation… C’est pourquoi je crois que la fraîcheur ne suffit pas, encore faut-il avoir un peu d’audace, de courage bien placé, au lieu d’une mollesse qui frôle toujours un peu le désabusement. Il faut quand même que j’ajoute que, malgré le grand nombre de rassemblements, de marches et de protestations de toute sorte en France contre la réforme universitaire, la ministre Pécresse n’a eu qu’à souligner que les partiels doivent avoir lieu avant l’été pour que tous les blocages cessent, pour que tous les fruits des revendications pourrissent sans avoir vraiment valu la peine : la réforme est repoussée d’un an, voilà tout.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré ces réflexions qui ne me donnent pas beaucoup de foi en l’humanité, j’ai passé de beaux moments avec Sabine, parce que nous sommes toutes deux de fines gourmandes – Sabine a des racines italiennes, entre autres ! Nous avons mangé beaucoup d’excellent coulommiers, un fromage de lait de vache à pâte molle et à croûte fleurie – Sabine s’était ennuyée de son bon fromage français, cette chose puante et morveuse, souvent. Après avoir fait avec Eva d’immenses courses chez LIDL pour la fête que nous organisions le mercredi, en l’honneur du départ, Sabine et moi avons également préparé du fudge, qui a bien réussi, si bien que Sabine m’a révélé que ceci renouvelait notre amitié pour sept ans !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’était donc un plaisir de me rendre avec elle chez Eva, où nous avions prévu de recevoir nos amis pour festoyer pour une dernière fois. L’ambiance était bonne, même si j’avais le cœur plus ou moins là. Dans un moment d’euphorie, Eva a déclaré qu’il fallait mettre la chanson « Les étoiles filantes » des Cowboys fringants. Je voulais bien, c’est une pièce que j’ai toujours aimée, qui m’a toujours fait sourire. Seulement, cette fois-là, la musique n’a pas suffi à me réjouir complètement : Eva et un Français qui avait séjourné au Québec récitaient les paroles par cœur, alors que moi non. Ça me plongeait dans une espèce de confusion désagréable, comme si je ne connaissais mal ma patrie, que j’entendais, littéralement. Alors, je faisais semblant de savoir tous les mots, tout en dansant de bon cœur, au moins. Les paroles me rendaient mélancoliques : « mais au bout du ch'min, dis-moi c'qui va rester / que des étoiles filantes ». Nous étions ancrés dans l’éphémère, ce qui s’avérait touchant, somme toute, pour Eva, le mec et moi, bien que les autres se regardassent silencieusement, dans le respect de notre statut d’hôtesses, attendant avec impatience que la chanson finisse pour y substituer quelque rock anglophone. Mais je n’ai rien en tant que tel contre ce dernier, puisque j’ai écouté Coldplay – groupe de mon adolescence –  en lisant Rimbaud dans l’appart, comme pour fusionner encore une fois les espaces-temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai reconduit le lendemain Sabine à la gare, et j’ai mené une vie dangereuse en l’accompagnant jusqu’aux quais du train, alors que je n’avais même pas de billet – « ne fais pas la Québécoise ! »&lt;br /&gt;J’ai pris le T1 pour la dernière fois pour descendre à la Guillotière et j’ai marché le reste, traversant lentement les ponts, observant avec une humilité émerveillée l’architecture de tous les bâtiments : fenêtres aux ouvertures verticales, volets immobiles, minuscules balustrades de fer forgé, couleurs pâles, moulures sculptées, portes de bois, infimes dénivellations de lumière. C’était émouvant de vieille beauté – nouvelle pour moi. Je veux des fenêtres françaises à Québec ; je les aimais déjà beaucoup dans mon école secondaire, le Collège de Lévis, construit au XIXe siècle. À travers ces touchantes façades, je me dirigeais plus ou moins consciemment vers la librairie Passages, sur la rue de Brest, à la hauteur de Cordeliers, ce qui m’a amenée à passer devant une boutique d’objets pour la cuisine qui s’appelait « La maison retrouvée ». Cette enseigne, écrite en lettres majuscules, renforçait mon sentiment d’approcher une certaine intimité, le natal, en quittant Lyon. Mais j’avais encore envie de retenir un peu de fierté et de luxe français avant de partir – ceci rendu possible par le fait que la CAF m’avait donné trop d’argent, même si je lui avais notifié que je n’étais plus admissible –, alors j’ai acheté la nouvelle édition de la Pléaide de Rimbaud, commentée par André Guyaux et mise en valeur par un prix spécial de lancement, et je suis allée chez Princesse Tam-Tam – la lingerie française, en l’occurrence parisienne ! J’ai vu, avec Catinca, un magnifique sac de voyage Longchamp, avec une fermeture de cuir brun et de la toile ivoire, ornée d’un motif à roses et avions bleu marin. J’aurais bien aimé l’arborer à l’aéroport, mais il fallait que je choisisse, puisque le montant d’argent dont je dispose était limité. À défaut de posséder tous ces objets de consommation qui me font envie, j’ai décidé que mon estime personnelle ne dépendrait pas exclusivement d’eux : je me tiens plus droite et mes épaules relevées suffisent à m’assurer une certaine dignité.&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SkwIDVvoy6I/AAAAAAAABfc/dL6WD8dvmDY/s1600-h/1624395JS238_0.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 340px; height: 340px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SkwIDVvoy6I/AAAAAAAABfc/dL6WD8dvmDY/s400/1624395JS238_0.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5353662910506257314" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;Même si je n’ai pas de roses imprimées par Longchamp à rapporter au Québec, j’ai au moins le souvenir des multiples fleuristes qui colorent les places et marchés de Lyon. Il me semble même que, pour moi, les fleurs symbolisent bien l’attrait pour la beauté que cultive la France : elles sont nécessiteuses d’entretien, éphémères et même inutiles, mais d’autant plus belles et charmantes en raison de cette nature fragile qui les caractérise. Cet intérêt pour les choses délicates a même donné lieu à un événement marketing de Kenzo que je ne pourrai jamais oublier. Sur la place de la République, on avait recouvert la fontaine rectangulaire de hauteur limitée pour y installer, sur un socle d’un blanc immaculé, un champ de 200 000 coquelicots, dont les pétales étaient découpés dans du tissu satiné rouge ; le cœur du coquelicot était constitué d’un ovale de styromousse, assez poreux pour retenir le fin parfum qu’on y vaporisait. Alors, dès que nous approchions l’installation, une odeur doucement sucrée nous enivrait et les coquelicots étaient distribués aux passants. Étant la clientèle cible de ce phénomène de land art, j’ai même eu droit à une vaporisation sur mon poignet. Du coup, j’ai eu envie d’être parfumée pour toujours, ce que mon budget ne me permet pas, par contre. Mais Catinca m’a donné des échantillons de parfum, une dizaine de gouttes florales vidées dans de minuscules vaporisateurs, et ça me permet d’envisager la chance de faire perdurer la synesthésie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers moments passés entre amis me viennent comme des étincelles qui brûlent ma mémoire : les heures à jouer à Questions pour un champion avec Vincent et Catinca, le petit-déjeuner avec eux également chez Ikea de la Porte des Alpes, cet espace commercial à l’américaine, les longues discussions avec Giulia. De plus, le samedi avant de partir, je suis allée chez Arne, avec Larissa, pour y prendre le dernier apéro : du fromage avec une croûte de figues que les parents d’Arne, de passage à Lyon, avaient acheté, du pain, un peu de muscat. Nous sommes ensuite passés chez Martin – c’était son anniversaire –, mais je ne me sentais pas trop de la fête, d’autant plus que je ne le connais pas tellement. Comme j’avais seulement besoin d’air, je suis restée sur le balcon jusqu’à temps que nous rentrions vers les berges du Rhône et j’ai pu en respirer l’obscure fraîcheur pour la dernière fois. Je ne parlais pas et, lorsque j’ai dit à Eva que j’allais dormir, elle a confirmé la légitimité de mon silence : nous nous sommes longtemps tenues dans les bras, après qu’elle m’ait dit qu’il ne faut pas parler parfois. Elle a néanmoins pris le soin de me dire, avec son petit visage brillant, qu’il y a dans son cœur un trésor où sont enfouis pour toujours tous les souvenirs lyonnais, qu’elle pourra se remémorer, qu’elle pourra revivre à volonté. Je pense que ma figure aussi était illuminée dans la pénombre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, c’était le grand jour. J’avais dormi cinq ou six heures, ce qui m’assurait un minimum d’énergie pour transporter mon étonnante quantité de bagages – à l’aéroport, mon bagage de soute faisait 39 kg. Même, Caroline, en me voyant, m’a demandé si je prenais un taxi, mais non. Alors, après que nous avons pris un dernier petit-déjeuner ensemble – j’avais ajouté de la cassonade à ma faisselle pour mélanger d’avance le Québec et la France –, elle a porté ma valise à roulettes jusqu’à l’arrêt de métro D de la rue Tramassac, où nous nous sommes dit au revoir. Après avoir galéré dans les labyrinthes du TCL au son d’un Aznavour d’ambiance, je suis sortie à la Part-Dieu, devant la bibliothèque municipale. Alexandra et Mihaela, deux Roumaines avec qui j’ai passé Noël, sont venues me voir, à mon agréable surprise, ainsi que mes deux petits chatons à la course, Vincent et Catinca. J’ai pris le Satobus, en prenant bien soin de m’asseoir du côté du trottoir. J’ai salué de la main les quatre, souri le plus que je pouvais. Puisqu’il était le dernier visible, j’ai particulièrement remarqué le visage tendre de Catinca, un peu penché vers la gauche ; nos regards se sont croisés. Catinca, qui a fait avant moi un échange d’un an en France et qui y habite encore…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sur mon portable, Arne et Larissa m’avaient écrit chacun un texto pour s’excuser de ne pas être venus pour mon départ et pour me redire adieu. J’étais touchée, mais sans doute trop émue par la fin du voyage en général pour vraiment éprouver des sentiments : je suis encore au neutre. Heureusement, dans l’avion, j’avais un hublot et j’ai pu observer Lyon à vol d’oiseau, reconnaître Fourvière, la presqu’île, les ponts, avant qu’un amoncellement de nuages ne me ravissent sans respect cette miniature et si chère image. Dans la tête, toujours pleine de chanson française, j’avais cette musique de Gainsbourg, « La chanson de Prévert », et je pensais moi aussi que « [m]es amours mortes n’en finissent pas de mourir », ces amours qu’auront constitué Lyon, la France, l’Europe. Au lieu de pleurer, peut-être, j’ai écrit des notes pour cette entrée de journal dans mon petit cahier fleuri.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En descendant sur l’autoroute 20 vers Québec, dans la lumière déclinante d’un soir de juin, j’ai remarqué combien il y avait d’espace partout, entre les bâtiments, par-dessus ceux-ci. Même si j’avais « le cœur serré comme les maisons d’Europe », les idées perdues dans l’étroitesse des traboules de Lyon, j’ai eu l’impression que ces étendues presque infinies d’Amérique me permettraient de prendre de nouveaux élans, un envol même, à leur toute particulière manière.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8576185934782511795?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8576185934782511795/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8576185934782511795' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8576185934782511795'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8576185934782511795'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/07/lyon-la-fin.html' title='Lyon : la fin'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SkwIDVvoy6I/AAAAAAAABfc/dL6WD8dvmDY/s72-c/1624395JS238_0.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-1031850322266936033</id><published>2009-06-23T21:11:00.001+02:00</published><updated>2009-06-23T21:13:01.166+02:00</updated><title type='text'>Les subsistances</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mardi 2 juin 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine dernière ont eu lieu les Assises Internationales du Roman, ce festival du roman contemporain que j’attendais avec impatience ! Cet événement se déroulait aux Subsistances, espace de création et salle de spectacle situés au nord de Lyon, sur le bord de la Saône, que j’ai dû longer à maintes reprises avec plaisir, tout en me laissant caresser par la brise d’un temps agréablement estival. J’ai d’abord assisté à une table ronde sur le conte, où j’ai découvert Sjón, un auteur islandais qui verse dans la poésie et le conte et qui a été parolier pour la chanteuse Björk. J’ai d’abord remarqué ce créateur par son allure différente des autres : ses joues roses, son visage attentif à tous les interlocuteurs, son sourire contemplatif. Et son discours n’a fait qu’amplifier le charme. Il a révélé que, comme il existe une théorie selon laquelle notre existence réelle serait celle de nos rêves, les constructions sociales ne serviraient qu’à subvenir à nos besoins pour retourner dormir et que les contes seraient les récits qui servent à notre survivance diurne. L’auditoire a applaudi : c’était tellement mignon qu’un adulte puisse encore rêver ainsi , alors que nous en avions tous secrètement envie. Évidemment, je n’avais jamais rien lu de ce captivant auteur, honte à mon goût – pas exclusif mais presque – pour les littératures d’expression française. En effet, le caractère international des Assises m’a rappelé que je ne connaissais pas beaucoup de choses de la littérature universelle et encore moins de l’actuelle littérature universelle. Cela dit, ma soif pour la nouveauté s’en est trouvée déjà réactivée : j’avais l’impression que je voudrais bien voyager encore, dans cette mystérieuse Islande, par exemple ! Cette tentation constante de renouveler le réel… Enfin, j’ai aussi pris part à une autre table ronde, sur le point de vue de l’enfant, intéressante également quoique j’aie eu l’impression d’une certaine stagnation, malgré l’éloquence de Nancy Huston. Le dimanche, avec Caroline et sa copine Céline, nous sommes allées au musée, car Stéphane Audeguy y lisait une petite fiction qui se voulait une relecture mythique volontairement anachronique de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La tentation de saint Antoine&lt;/span&gt; de Rodin : j’ai bien aimé sa plume aussi douce et architecturée que le marbre blanc que nous avons observé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’après-midi venu, c’était à mon tour de m’impliquer dans cette charmante semaine festive : j’étais convoquée à 15 h aux Subsistances, une heure avant le début officiel de la table ronde sur la « non-fiction narrative » pour rencontrer mes collègues étudiants et les journalistes qui allaient animer le tout. Avec ma cocarde m’identifiant comme grande répondante, j’ai pu profiter de l’espace VIP du festival et répondre que je boirais bien un café. Cependant, même si cette reconnaissance soudaine était flatteuse, c’est la discussion qui s’est développée pendant ma table ronde qui m’a vraiment le plus enthousiasmée. Plus précisément, la « non-fiction narrative » est un sujet encore peu exploré et la notion de « nouveau journalisme » qu’elle sous-tend m’a beaucoup plu. Cette écriture postmoderne se veut un discours à la fois ancré dans une visée objective et basé sur un souci de conscience humaine, d’émotion. Le ton informatif ne convient donc plus suffisamment à un tel projet, les journalistes lui préférant la force évocatrice de la narration. C’est pourquoi, sans doute, on a retenu pour la table ronde ma question portant sur le rôle des photographies dans le travail de Fabrizio Gatti :&lt;br /&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;&lt;/span&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;A la fin de votre ouvrage, vous avez intégré les photos que vous avez prises pendant votre périple. Parce que ces photos ne sont pas dispersées à travers le livre pour illustrer de façon chronologique le récit, agissent-elles en tant que justification finale de celui-ci, comme des preuves de sa véracité ?&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;J’avais eu l’impression que ma question contenait déjà un peu la réponse attendue, comme quoi la fiction aurait semblé tellement les abominations qu’elle raconte sont exotiques dans leur cruelle dureté. Mais Gatti a parlé plutôt parlé de l’obstacle que constitue la caméra : pendant la première partie de son voyage en Afrique, il n’a pris aucune photo, parce que l’appareil et ses clichés construisent une barrière entre les gens – entre le texte et le lecteur –, alors que le vrai échange humain prend forme grâce aux mots, au dialogue. L’écriture s’applique donc à reproduire ces rencontres avec ses inépuisables ressources littéraires. Cet après-midi-là, je n'aurais évoqué pour rien au monde Blanchot, qui disait que toute littérature nécessite le mensonge pour dire le vrai : l'exigence de dignité humaine que se donnent les journalistes de la trempe de Gatti est touchante et, à mon humble avis, plus légitime que n'importe quoi d'autre. À la limite, on ne se souciait guère que les récits contiennent une part d’invention ; c’était comme dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les misérables&lt;/span&gt;, quand Javert qui se suicide lorsqu’il comprend que l’amour est plus fort que la loi. Avec une émouvante simplicité, Gatti a d'ailleurs expliqué qu'il fait ce travail pendant lequel il risque sa vie – traversées du désert, plongée dangereuse dans la Méditerranée – parce qu'il ne veut pas avoir à avouer un jour à son enfant qu'il a été complice de Berlusconi et de cette société en général. Cette déclaration s’est avérée stupéfiante dans ma petite âme à la malheureuse tendance au blasement : personne ne veut adhérer au monde actuel et à ses contradictions frustrantes, mais qui en fait vraiment le moteur de sa vie, au point de se jeter dans la mer et d’être recueilli pour un séjour à Lampedusa ? Les Italiens ont une telle force, une présence à soi que je ne retrouve nulle part. Néanmoins, j’ai grandement apprécié aussi les interventions de Sergio Gonzalez Rodriguez, qui, allant dans le même humanisme que Gatti, m’envoûtaient comme l’engagement poétique de Neruda. À la fin de la table ronde, une fois les séances d’autographes terminées, nous pouvions discuter de façon plus personnelle avec les auteurs. Malheureusement, je n’avais pas grand-chose à dire à mon cher Gatti, non pas parce qu’il ne m’intéressait pas, au contraire, peut-être seulement parce que je ne voyais pas tellement ce qu’on aurait pu ajouter encore. J’aimais mieux observer ses petits yeux turquoise scruter la foule, les paysages, ce même regard qui avait embrassé combien de merveilles et d’horreurs. Alors nous avons pris une photo ensemble : cette fois-là, l’empreinte lumineuse a pu témoigner d’une rencontre de l’au-delà des mots, d’une communion.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est ainsi dire que les Assises Internationales du Roman ont provoqué une effervescence littéraire de très grande qualité, en plus accessible à tous. Sa portée démocratique était importante : tous les auditeurs pouvaient poser des questions pendant les tables rondes, des publicités grand public tapissaient la ville de Lyon, des groupes scolaires du lycée ont assisté à la table ronde sur le conte, etc. En fin de journée, j’ai vu pour une dernière fois monsieur Auclerc, comme une apparition : il m’a saluée en me disant que je devrai lui raconter plus tard la table ronde, car il était en retard pour assister à celle qui suivait. Je savais bien qu’il n’y aurait pas de « plus tard », alors j’ai pris le temps de lui écrire, dans un courriel avec mes questions préparées pour les Assises, que j’ai été très fière de ce que j’ai accompli – même si, parfois, j’étais un peu frustrée de m’être rajoutée cette charge de travail –, mais je sais bien que ceci n'a été possible que grâce au goût pour l'excellence que la France m'a inculqué et dont il aura été pour moi un étendard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, le premier juin, Lysandre quittait Lyon. Je n’aime pas les départs, même si Vincent Delerm – chef de file de la nouvelle chanson française – dit avec raison qu’il n’y a rien de plus beau qu’une cérémonie de clôture. Dimanche soir, nous errions donc encore dans la presqu’île et Vincent s’amusait à énumérer tout ce que nous observions sur notre chemin pour en souligner l’échéance : « une dernière fois l’Opéra », « une dernière fois les berges du Rhône », etc. Nous avons procédé à un ultime apéro sur lesdites berges et, dans la pénombre, j’ai marché avec Lysandre jusqu’à son appartement pour lui dire au revoir en France. Et la pauvre, qui n’était restée qu’un seul semestre ici, me regardait en me répétant « c’est fini » ; je ne savais que dire devant le prélude à l’océan Atlantique qui brouillait son regard. Hagarde, je l’ai quittée pour rentrer chez moi d’un pas nerveux. J’avais l’esprit ailleurs et j’ai dévié d’une trajectoire rectiligne en longeant le cours de la Liberté : un passant m’a dit avec un genre d’agressivité de regarder où je mets les pieds et j’ai failli éclater de rire, parce que j’ai bien voulu interpréter cette déclaration comme une injonction à vraiment tout observer, à profiter de tout, de cette existence lyonnaise qui se dissout immanquablement. C’est en effet ce que le désarroi Lysandre m’avait amèrement rappelé. Je nous imaginais comme dans l’opéra que nous avions vu dernièrement, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La mort à Venise &lt;/span&gt;(adaptation de la nouvelle de Thomas Mann), confrontées à l’évidence de la disparition de la beauté, la seule immatérialité perceptible par les sens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La France est un état laïque, mais elle utilise toutes les fêtes religieuses inimaginables pour les transformer en congés fériés : dates. Comme les Français savent bien n’utiliser que le meilleur de la vie ! Alors, au lieu de m’apitoyer sur la fin qui s’en vient comme je sais très bien le faire, je profite moi aussi et me nourris de tout, ce qui est d’autant plus agréable que le marché s’emplit de produits saisonniers. J’achète souvent des tomates et des courgettes qui viennent de Provence ou des fraises et cerises qui viennent de producteurs situés à proximité. J’essaie d’éviter les produits qui viennent d’autres pays, parce qu’ils nuisent à l’économie locale en plus de polluer par l’entremise du transport qu’ils nécessitent. J’avoue, néanmoins, avoir succombé pour un citron d’Espagne avec Lysandre, parce que je voulais faire de la limonade maison et qu’il n’y en avait pas d’autres. J’essaie de fréquenter souvent le marché – est-ce que j’aimerai autant celui du Vieux-Port, à Québec ? –, qui est plus que jamais bariolé de plein de couleurs juteuses et ensoleillées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Profitant d’une autre de ces belles journées, après avoir déjeuné ensemble dans son appart – faute de budget pour se payer un resto –, Eva et moi sommes allées à pied au Musée d’art contemporain situé dans la Cité internationale, ce qui représente environ 45 minutes de marche en remontant les rives du Rhône. Autant dire 45 minutes de bonheur quand nous pouvions progresser sous l’ombre des arbres, en même temps qu’une brise nous surprenait de sa fraîcheur ! Si notre promenade préalable a été très agréable, l’exposition à laquelle elle nous menait m’a complètement séduite. J’avais pourtant assez peu d’attentes : cette manifestation artistique se donnait comme un simple rassemblement de photos de Jean-Luc Mylayne, qui se consacre principalement à l’observation d’oiseaux en France et ailleurs également. Seulement, les photographies étaient magnifiques, conçues comme de véritables œuvres d’art. En effet, le temps moyen de l’artiste pour réaliser une de ses prises de vue était de deux mois : il pensait la composition dans ses moindres détails, réglait minutieusement son appareil et puis attendait que l’oiseau prenne la pose qu’il lui a imaginée. Un vrai travail de patience, mais combien éblouissant dans son résultat ! De plus, quelques images représentaient des natures mortes à la Cézanne, avec des pommes de différentes couleurs, dont une noire, la décomposition organique devenue un matériau pictural. C’était très plaisant d’être avec Eva pour cette exposition, car nous étions toutes les deux mues par une naïve curiosité : devant chaque « toile », nous nous étonnions des arrangements ou de l’oiseau difficile à distinguer, soit perdu dans un flou de la mise au point, soit dans les branchages touffus. Parfois, Eva repérait la présence ailée avant moi et ça me plongeait dans une angoisse : et si je ne voyais pas aussi finement que le photographe, moi, avec mon regard grossier, alors que j’ai toujours pensé que j’avais la chance de posséder une certaine sensibilité ? Du coup, il fallait entrer dans le même mode de travail que le photographe, c’est-à-dire celui de la lenteur et de l’observation aiguë, pour vivre convenablement l’exposition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mylayne affirme que les photographies sont des preuves que les instants captés se sont véritablement produits. La finesse de son art nous enseigne que, si on ne prend pas le temps de l’observer, nous pourrions manquer des éléments de cette subtile beauté qui &lt;span style="font-style: italic;"&gt;existe&lt;/span&gt;. Or, ce qu’on aura réussi à voir, c’est ce qui demeurera en soi : je suis très heureuse d’avoir pu finalement distinguer tous les oiseaux dans l’exposition – de façon générale, de m’être penchée sur les multiples scintillements du Rhône. C’est ainsi que je peux alimenter mes subsistances lyonnaises, pour qu’elles résistent aux milliers de kilomètres qui impassiblement les attendent, les menacent.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-1031850322266936033?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/1031850322266936033/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=1031850322266936033' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1031850322266936033'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1031850322266936033'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/06/les-subsistances.html' title='Les subsistances'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-363424699104676401</id><published>2009-06-05T17:26:00.002+02:00</published><updated>2009-06-05T18:14:00.066+02:00</updated><title type='text'>Mais l'amour infini me montera dans l'âme, / Et j'irai loin</title><content type='html'>Cette entrée de journal regroupe les impressions du mois qui s’est écoulé. Si ceci apparaît comme étant d’une durée assez considérable, voire trop longue, il faut aussi penser que j’ai pris des notes durant les jours passés pour garder le vif de mes expériences. Je n’ai pas toujours le temps de développer en phrases complètes ce qui m’a effleuré l’esprit. En fait, c’est la fin du semestre qui me prend tout mon temps : j’ai beaucoup de travaux et d’examens qui me demandent une certaine implication personnelle – ce que je fais avec grand plaisir. Je trouve d’ailleurs que les phrases que je viens d’écrire ont une tournure assez sérieuse, avec des connecteurs logiques au mieux pertinents, comme si j’écrivais encore une explication de texte…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a deux semaines, les cours se sont terminés. Tous arrivés à la maturité de leur contenu, ils m’ont laissé dans une impression d’apothéose, mais cela devait sans doute avoir trait aussi à la couche émotive que je leur surajoutais tant bien que mal : finir les cours, c’est quitter cette université qui, simplement, ne sera plus jamais la mienne. D’abord, avec M. Thélot, le cours final sur Rimbaud s’est appliqué à l’étude du poème « Génie », une des dernières traces dudit poète, d’autant plus émouvante qu’elle est simplement magnifique grâce à l’espoir dont elle est porteuse, malgré tout, avec son « amour, mesure parfaite et réinventée ». M. Thélot nous a révélé qu’il voulait cesser d’enseigner Rimbaud pour un temps, exprimant entre autres qu’il n’arrivait pas à vraiment s’expliquer « la machine aimée des qualités fatales », bien qu’il en ait donné une explication très satisfaisante à mon avis. En tout cas, j’étais consternée, parce que ce cours était génial – comme avec M. Dumont et la poésie québécoise, j’ai eu l’impression que l’approche de M. Thélot de la poésie rimbaldienne confirmait que j’étais à la bonne place en littérature – et que je ne pouvais pas concevoir que, pour cette raison, personne ne pourrait plus en bénéficier. Le lendemain, nous avons conclu sur Pascal, M. Landry prenant bien soin de nous dire d’aimer la création de Dieu – se rendre la vie légère et agréable – en attendant de le rencontrer, comme Pascal en évoque l’éventualité. Enfin, avec M. Bonnet, nous étudiions Novarina, le dramaturge contemporain qui épuise le langage pour comprendre l’homme. Ce prof a même mis fin à son cours avec un salut particulier aux étudiants étrangers, en soulignant qu’il espérait qu’ils aient apprécié leur passage et qu’ils reviennent par la même occasion. Ce jour-là, il faisait très soleil et il ventait beaucoup, mais cela ne parvenait pas suffisamment à étreindre mon cœur gros lorsque je me suis dirigée dehors ; je traversais le pont de l’Université, toujours aussi beau avec son travail de fer forgé peint en turquoise. Même si ces professeurs ont passé comme des comètes dans mon parcours scolaire, je sais que je ne les oublierai jamais, parce que j’ai retrouvé un intelligent mélange de passion et de profondeur que chez chaque prof de mon deuxième semestre, comme s’ils incarnaient véritablement leur cours. En effet, il y avait adéquation entre le fond et la forme : M. Thélot et son regard dense, ancré dans une sensibilité de l’au-delà, M. Bonnet avec ses traits fins comme ses délicieuses explications de texte, M. Landry avec son sourire bienveillant de Dieu qui n’est qu’amour, l’élégant M. Auclerc avec ses lunettes de plastique noir et ses approches dynamiques de la littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Un jour, j’aimerais devenir quelqu’un d’aussi accompli. Mais, pour l’instant, ce n’est pas gagné d’avance, loin de là. En effet, lors d’une rencontre pour préparer les tables rondes des Assises internationales du roman, j’ai passé proche de ne vraiment rien réussir à dire. Ça me faisait même penser à Ponge qui, la première fois qu’il s’est essayé, a été incapable de prononcer quelque chose aux examens oraux de philosophie pour valider sa licence et pour entrer à l’ENS. Pour ma part, j’ai prononcé des mots, d’abord, mais c’était tellement confus et, puisque j’en avais conscience, j’en rougissais. En fait, j’essayais d’expliquer les questions soulevées, que je n’avais pas encore clairement développées, par la prose de Gatti : ce n’était rien de très laborieux, pourtant. Après cette intervention cuisante de honte, j’ai griffonné quelques réflexions et j’ai demandé plus tard à ravoir la parole, pour expliquer ce que j’avais formulé. Et M. Auclerc de dire d’un air souriant : « ah ! mais vous en aviez des questions ! » Et l’ingénu Jean-Claude de dire : « ah, c’est bien ! Tu permets que je la prenne en note ? » Oui, oui, profitez-en, j’arrive parfois à m’exprimer ; je me sentais dans le poème « L’huître » de Ponge, cette chose qui s’ouvre rarement et dont on peut distinguer, avec chance, la perle qu’elle a dans le gosier. À la fin, quand j’ai quitté la salle, M. Auclerc m’a lancé un chaleureux « au revoir, Julie », auquel j’ai répondu de la même façon. Je pense que nous étions tous les deux contents que j’aie réussi à parler, même si cet accomplissement a préalablement impliqué quelques impasses.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au moins, dans mon examen oral avec M. Thélot, examen que je redoutais assez, je sais que j’ai réussi à m’extérioriser encore une fois : je pense que mon analyse du sublime dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Liberté guidant le peuple &lt;/span&gt;a été bien menée, je ne lisais même pas mes notes et le prof a semblé apprécier, il m’a dit que j’avais bien travaillé. Il m’a demandé, d’ailleurs, ce que je comptais faire après la licence et je lui ai révélé mes intentions de continuer mes études supérieures au Québec. Et il m’a demandé quel sujet m’intéressait : j’ai dit la poésie, évidemment, et la philosophie. Il acquiesçait – je savais déjà que c’étaient ses champs de recherche. C’était bizarre de penser que, si j’avais eu un projet d’études clair et l’intention de rester en France plus longtemps, j’aurais pu demander à M. Thélot d’être mon directeur de maîtrise. Ça m’a fendu le cœur pendant les jours qui ont suivi, parce que ce doit être une expérience tellement stimulante de travailler avec lui – j’ai essayé de rendre perceptible l’effervescence de ce prof au fil de mon journal. C’est une des concrétisations de la grande difficulté qui émerge de ce voyage extraordinaire : je m’attache aux choses ici, aux gens, je dois m’exalter puis tout abandonner dans un mouvement quasi simultané. C’est dur de devoir tout quitter ici, comme j’ai quitté Québec ; j’avais eu un serrement au cœur, déjà, après le dernier cours d’Écriture de l’essai. C’est pourquoi je ne sais pas si je serais prête à encore tout laisser pour partir pendant longtemps, même si c’était pour un mémoire ou une thèse dirigée par M. Thélot. J’en ai assez d’être dans un constant état transitoire qui me fait violence : je ne serai jamais réellement Française. J’ai besoin de cette proximité physique et émotive que je ressens avec ma terre natale, le seul vrai chez-moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi, malgré le printemps qui ressemble à l’été ici, j’ai une sorte de mélancolie qui me poursuit, surtout quand les jours de pluie prennent le relais du soleil – même si le printemps fait mentir les désespérés, comme dirait Daniel Bélanger. J’ai hâte de rentrer et pas du tout à la fois, c’est un peu étrange. Je suis dans la phase d’acceptation que ce séjour à Lyon ait une fin. Au sujet de ma gravité intermittente, en plus des œuvres littéraires que j’étudie qui déplorent de toutes les manières la finitude de la condition humaine, il y a une citation de Kafka qui constamment se trouve dans mon chemin, comme si c’était une manigance du destin – auquel je ne crois pas tellement. Je l’ai premièrement vue chez Decitre, dans les cartes sur lesquelles sont imprimées des citations : « La littérature : un coup de hache dans la mer gelée qui est en nous. » Je ne sais pas pourquoi, peut-être en raison de la violence de l’image et de la terreur délicieuse qu’elle évoque, mais cette phrase est restée imprimée en moi et j’ai acheté la carte quelques mois plus tard. Puis, quand je suis allée à Chambéry, j’ai dormi dans la chambre d’invité et, sur une affiche représentant de façon fantaisiste un lit, il y a avait encore cette pensée de Kafka qui a véritablement dormi au-dessus de moi. Et jamais deux sans trois : alors que je lisais l’admirable essai de M. Thélot sur Rimbaud, La poésie excédée, j’ai consulté l’une des notes à la fin du texte qui expliquait que Rimbaud et Kafka avaient des ambitions analogues quant à leur rapport à la littérature. Cette fois, j’ai même pu avoir une mise en contexte de ladite citation, tirée d’une lettre de Kafka à Oskar Pollack du 27 janvier 1904 :&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;« Si le livre que nous lisons ne nous assène un coup de poing en plein crâne et ne nous réveille, à quoi bon lisons-nous alors ce livre ? Pour qu’il nous rende heureux…? Par Dieu, nous serions simplement tout aussi heureux si nous n’avions pas de livres, et ces livres qui nous rendent heureux, nous pourrions en écrire à la rigueur nous-mêmes… Un livre doit être une cognée pour la mer qui est gelée en nous. Voilà ce que je crois. »&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;Ces lignes m’ont complètement renversée et j’ai compris un peu mieux la résonance que ces mots opéraient depuis déjà longtemps en moi. Plus précisément, ceci m’a rappelé un souvenir vieux de près de quatre ans : alors que j’avais rencontré à la boutique du Vieux-Québec où je travaillais Kathleen, la cousine de ma collègue, j’avais demandé à la première, qui étudiait en littérature, ce qu’elle pensait de la poésie. Dans ma vie, je ne crois pas avoir été choquée souvent, mais, cette fois-là, je l’étais, et ce n’est qu’aujourd’hui que je peux mieux m’expliquer ma réaction : elle m’avait répondu qu’elle aimait la poésie quand ça la faisait rire. Je ne veux pas avoir de vision élitiste du monde des mots, mais, la poésie, ce n’est pas un sujet d’humour, c’est quelque chose d’une sérieuse intimité pour moi. Et j’ai pensé aux vers de Tardieu qui ont fait rire les gens au Printemps des poètes ; puis à M. Thélot qui, comme Rimbaud crachait sur la poésie admise, s’est brièvement insurgé contre cette dernière. J’ai ainsi davantage compris pourquoi cette phrase a eu une telle résonance, un tel impact intérieur comme elle en revendique. Emaz aussi croit que la poésie n’est pas un jeu, ce serait plutôt un moyen de lucidité et de survivance à la fois. Mais je tiens à dire que j’aimerai toujours Harry Potter ; il y a tant de gens qui, attendant leur lettre d’admission à Poudlard, voudraient changer la vie, comme Rimbaud l’a désiré. Seulement, on s’y prend comme on peut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans cette éprouvante transparence à moi que j’essaie de préserver, je vois aussi le temps qui déboule. Ma vie et mon incapacité essentielle à en suivre le rythme ont d’ailleurs trouvé la concrétisation même de ce déséquilibre dans un événement qui aurait pu vraiment mal tourner. La semaine passée, lundi à 8 h du matin, j’avais un examen de Théorie littéraire, mais le problème est que je me suis réveillée, dans mon lit, à 8 h 23. Je suis à peu près sûre d’avoir réglée mon alarme pour 6 h 30, pourtant. Peut-être que, dans un geste somnambule, je l’ai désactivée, je ne sais pas, parce que de telles choses ne me sont jamais arrivées. Cela dit, il faut savoir que je n’ai pas eu le temps de paniquer, seulement de me faire du café et de partir en courant. Je suis arrivée dans la salle d’examen à 8 h 50 – l’examen se terminait à 10 h – et j’ai expliqué à M. Bonnet que je n’attendais aucune compréhension de sa part. Il m’a remis ma copie et m’a dit, quelques instants plus tard, avec un air encouragé, que c’était faisable, comme s’il avait jugé de la sincérité de mon histoire. En plus, c’était un texte d’Emaz qu’il fallait commenter : la solidarité humaine et la poésie m’ont sauvée ce matin-là. Il faut aussi mentionner que, le cours s’adressant à des gens qui n’étudient pas forcément la littérature, j’avais une certaine longueur d’avance. Et mon expérience de dernière minute m’avait déjà montré que je travaillais bien sous pression. Alors, j’ai écrit sans relâche. Je pense avoir bien réussi, bien que je ne sois pas parvenue à me défaire, pendant le reste de la journée, du stress incommensurable qui s’était emparé de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un plan d’ensemble, je l’ai dit, le temps fuit tout aussi rapidement. C’est difficile de ne pas être obsédée par la fin qui arrive. J’ai au moins fait un rêve qui m’a donné une jolie leçon et j’en remercie mon activité inconsciente : j’étais de retour au Québec le 14 mai plutôt que le 14 juin, un mois à l’avance, et je regrettais d’être revenue si tôt, ne comprenant même pas les raisons de ce départ impromptu, alors qu’il me restait même des examens à écrire. Or, je ne suis pas encore partie de Lyon et je ne dois pas m’apitoyer tout de suite, mais plutôt bien profiter de ces dernières petites semaines qui me restent. Même, je m’applique à ralentir, dans une certaine mesure, les heures qui passent en multipliant les moments passés en bonne compagnie : j’ai marché et parlé un moment avec Florence, une consœur de classe, j’ai épluché des asperges blanches avec Vincent et Catinca et j’ai offert à Arne, pour son anniversaire, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Volkswagen Blues&lt;/span&gt; – Jacques Poulin est un auteur qui, en raison de son amour de la littérature, de son éloge de la lenteur et de la tendre vision qu’il déploie de Québec dans ses livres, me permet d’envisager une existence sereine au retour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’Opéra de Lyon a également constitué un lieu où j’ai pu, par moi-même, « oublier / le temps qui va, le temps qui sommeille, le temps sans joie » (Aznavour) en me gorgeant de musiques et de couleurs. Lysandre et moi avons participé aux portes ouvertes de l’établissement où nous avons pu prendre part à un atelier ludique où la foule, depuis son siège, était invitée à chanter avec les choristes des airs d’opéra connus comme &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Carmen&lt;/span&gt;. Nous avons aussi visité le studio de ballet situé au quinzième étage, qui était décoré de divers costumes utilisés dans les productions récentes ou à venir et dont les baies vitrées proposent une superbe vue sur Lyon. Je suis retournée encore deux fois à l’opéra, mais cette fois pour assister à de véritables spectacles. D’abord avec Giulia, car elle m’avait invitée à l’accompagner pour l’opéra Lulu, qui m’a captivée dans son récit de la destinée tragique d’une femme fatale et inspirante, bien que la musique sérielle qui accompagnait le reste m’ait un peu dérangée. Avec Élise, je me suis enivrée d’un concert de l’orchestre de l’Opéra de Lyon, qui interprétait la transparence de Chausson et de Debussy et puis la rugosité de Stravinsky et de son &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Oiseau de feu&lt;/span&gt;. En effet, ce dernier compositeur m’a semblé plus difficile à écouter, même si j’avais en tête ses préoccupations esthétiques de rupture. J’ai apprécié la versatilité des rythmes et instrumentations, mais les sonorités dégagées n’ont pas eu le même effet rédempteur que d’habitude sur moi. En fait, pendant que je travaillais sur mes dossiers à rendre pour la fac, j’ai beaucoup écouté le piano de Chopin et j’ai l’impression d’avoir édulcoré ma vie avec ses &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nocturnes&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque j’étais revenue de voyage, je m’étais étonnée du fait que la colline de Fourvière, juste derrière chez moi, ait tant verdi en moins de deux semaines. Les arbres y ont été en fleurs, puis ce sont maintenant les rosiers qui embaument l’air. Le jardin des roses est devenu mon havre de paix, j’aime aller y alléger mes après-midi : c’est tranquille, la fraîcheur des bois est plaisante tout comme le panorama lyonnais et les arches ornées de rosiers grimpants me laissent à chaque fois rêveuse. Le décor est tout à fait magnifique. J’ai également profité du parc de la Tête d’or avec Lysandre. Étendue dans l’herbe, les œuvres complètes de Rimbaud en main, au lieu de travailler sérieusement sur mon explication du poème « Adieu », j’ai lu à voix haute le poème « Sensation », toujours autant significatif qu’envoûtant.&lt;br /&gt;Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,&lt;br /&gt;&lt;blockquote&gt;&lt;span style="font-size:85%;"&gt;Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :&lt;br /&gt;Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.&lt;br /&gt;Je laisserai le vent baigner ma tête nue. &lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :&lt;br /&gt;Mais l'amour infini me montera dans l'âme,&lt;br /&gt;Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,&lt;br /&gt;Par la Nature, — heureux comme avec une femme.&lt;/span&gt;&lt;/blockquote&gt;Comme dans ce texte, il me semble que la nature permet de mieux vivre le contact avec soi, nous « recevons tous les influx de vigueur et de tendresse réelle » (c’est tiré d’« Adieu », cette fois) : on sent la vie en soi – le sentiment d’existence de Rousseau –, comme dans une sorte de transcendance non plus abstraite mais physique. C’est comme ça que je comprends les derniers élans de Rimbaud. Même si le pourquoi des choses m’échappe, au moins je me rends compte que, ce qui est beau pour l’être humain, la finalité en fonction de sa nature, c’est de vivre : vivre dans un corps et une âme.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me suis sentie fragile dans les derniers temps, mais je ne sais pas tellement pourquoi, peut-être à cause de cette acceptation inconditionnelle de la fin de la France à laquelle je suis confrontée. La musique classique a accompagné la rédaction de mes travaux et j’en suis venue à être agacée par autre chose et cela même sérieusement : les pièces de rock électronique de ma coloc m’apparaissaient comme du bruit, même si je suis ordinairement assez ouverte, pour éviter le silence. C’était même presque caricatural avec la chanson aux lourds effets de basse qui avait une seule phrase pour toute parole : « I’ve got so many questions / but got no answers ». Mes lectures me distanciaient du monde encore une fois, je pensais à Pascal et à sa fureur devant les individus qui renoncent à toute interrogation métaphysique. Au moins, cette tristesse irritée que j’ai ressentie n’a été que passagère, je n’en voulais pas vraiment à ma coloc ni à sa musique. J’avais seulement besoin d’un baume : quoi de mieux que la littérature pour m’apaiser, encore une fois ? En analysant le personnage de Jean Valjean des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Misérables&lt;/span&gt;, M. Thélot nous avait raconté la sainteté du monde, sans qu’elle comporte une connotation forcément religieuse. Selon Levinas, il s’agit seulement de faire passer autrui avant soi, comme lorsque, arrivés à un étroit cadre de porte, on cède le passage à la personne qui marche devant soi pour éviter la collision. J’ai trouvé que cette sainteté, ce par quoi le monde tient, était touchante dans sa vérité – cette même sainteté que l’on retrouve lorsque, dans une volée de canards migrateurs, un oiseau prend la relève de celui que la résistance de l’air a fatigué. Cette image que Jean-Nicolas m’a décrite sur Internet m’a confirmée que je ne pourrai jamais appartenir ailleurs qu’au Québec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Heureusement, il ne me reste qu’un seul dossier à composer et il porte sur le bonheur pascalien – quel autre sujet M. Landry aurait-il pu donner ? Toujours dans cette optique du bonheur, j’ai aussi commencé à rédiger un mode d’emploi pour la vie à Québec afin de créer un pont entre la France et ma terre natale : ça tourne autour d’apprécier les belles choses de la vie en tâchant d’être fière de moi dans tout ce que je fais. Même si je travaillerai cet été, ce que plusieurs de mes amis européens ne feront pas, je me donnerai aussi droit à la dolce vita. Par exemple, j’irai au Festival d’été de Québec, pour m’autoriser la mélodie – par un charmant hasard, Stéphanie m’a réservé un macaron en prévente.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-363424699104676401?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/363424699104676401/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=363424699104676401' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/363424699104676401'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/363424699104676401'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/06/mais-lamour-infini-me-montera-dans-lame.html' title='Mais l&apos;amour infini me montera dans l&apos;âme, / Et j&apos;irai loin'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-4078963176109952522</id><published>2009-05-12T11:51:00.001+02:00</published><updated>2009-05-12T11:53:40.260+02:00</updated><title type='text'>Milan – Milano – Milaaaaannoo</title><content type='html'>Après un sommeil profond mais court dans le train de nuit, je suis arrivée à Milan vers huit heures du matin. La première entreprise de Yuta et moi fut donc celle d’aller poser nos bagages à l’auberge, mais nous avons eu du mal à la trouver à cause de notre sens de l’orientation peu affiné – peut-être à cause de la nuit plus ou moins réparatrice et de nos sacs à porter. Nos va-et-vient nous ont permis, du coup, de découvrir un peu le quartier de la gare Milano Centrale, qui m’a fait penser à la Part-Dieu, si on lui ajoute une odeur de pollution : de gros boulevards, des architectures modernes mais sans charme, des commerces et des bureaux. Néanmoins, nous nous sommes hasardés dans un petit café de la via Giola pour prendre le petit-déj – « Una pasta è un caffè, per favore ! (…) Grazie ! » – parmi les travailleurs qui passaient prendre leur espresso avant de se rendre au boulot. C’est alors que j’ai vraiment remarqué la différence du rapport au café entre les Italiens et les Français : alors que les Français boivent tranquillement, par exemple, un bol de café au lait sur la terrasse d’un café, les Italiens que j’ai vus ont souvent bu presque d’un trait le contenu de leur minuscule tasse, accoudés au comptoir. À ce sujet, j’ai remarqué un slogan assez révélateur sur une des immenses machines à café : « espresso &amp;amp; cappuccino : stile di vita italiano ». Soit : l’Italie a quelque chose de délicieux, de concentré, d’addictif et d’urgent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après avoir déposé notre chargement dans le dortoir, nous nous sommes rendus au centre-ville, que Giulia m’avait révélé comme incontournable. En effet, il l’était avec sa Piazza del Duomo, le Duomo était une cathédrale gothique tout à fait époustouflante : elle est faite de briques et de marbre très pâles et ornée de plus de 150 flèches qui montent de façon acérée vers le ciel. Il m’a semblé que cette église était la parfaite manifestation de la pensée augustinienne, à laquelle on associe l’architecture gothique et à laquelle j’ai été plus qu’initiée dans mon cours sur Les Pensées de Pascal, comme quoi le bonheur n’est pas de ce bas monde et que le seul salut se trouve dans la grâce divine. Bien sûr, l’intérieur aussi était magnifique, avec ses vitraux qui filtraient la lumière, ce qui évoque encore dans l’architecture gothique la clarté de Dieu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le parvis de la cathédrale ainsi que la place étendue étaient remplis de pigeons et de gens – bien que c’était le centre-ville, il n’y avait pas tant de touristes, alors nous en étions heureux, ça donnait un peu d’oxygène. Tout était d’un pavé égal, excepté certaines bordures tapissées de petites pierres saillantes, jolies mais très palpables à travers les chaussures, incommodantes par la même occasion ; Giulia m’a révélé que ces cailloux sont facilement amovibles et que, du coup, ils sont souvent utilisés comme projectiles pendant les manifestations ! Installée dans les marches menant à l’église, j’y suis restée longtemps accroupie, le soleil plombant sur moi, mes vêtements noirs emmagasinant la chaleur de la lumière, si bien que je pense que je me suis même endormie. Mon sac était en sécurité contre moi, il n’y avait pas de soucis à se faire, même si Yuta était parti de son côté. De plus, ce moment d’oisiveté a provoqué une drôle de rencontre. Alors que j’avais émergé de ma torpeur, un monsieur d’un certain âge est venu me parler en esquissant quelques mots de français : il m’avait vue de sa fenêtre, lorsque j’étais recroquevillée, et je lui avais inspiré un poème qui s’intitulait quelque chose comme « Fatiguée ou triste ? ». Niaisement, je lui ai répondu que je n’étais pas triste parce que j’étais en voyage, mais il a répondu que les deux se pouvaient. Ce César était bien gentil, content de ce que nos deux prénoms soient d’origine latine, et même pas harassant, s’étant éclipsé par lui-même après ces quelques mots échangés. Je lui ai donné mon adresse mail pour qu’il m’envoie le texte – que j’aurais pu lire avec une aide italienne –, mais je ne l’ai jamais reçu ; je ne saurai jamais si j’étais fatiguée ou triste, d’autant plus que je n’avais pas compris son explication des métaphores qu’il avait élaborées dans ce qui m’a semblé être un poème en prose.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Yuta et moi avons déambulé sur la via Magenta, et avant sur la via Dante, truffée de boutiques où les vêtements, évidemment, sont tous plus beaux et chers les uns que les autres. Tout ce que je connaissais de Milan, quand j’étais à Québec, s’arrêtait à son statut de capitale internationale de la mode et cette connaissance restreinte n’a du moins pas été démentie : en plus des trésors esthétiques que contiennent les commerces, tout le monde est habillé avec une superbe classe et environ une femme sur quatre porte un des sacs bruns à motifs dorés conçu par Louis Vuitton. Enfin, nous avons marché jusqu’à l’église de la Renaissance Santa Maria delle Grazie et avons pris une pause devant ce monument de dépouillement pour nous reposer de notre promenade sous le soleil. Comme Yuta aussi rédige un journal de bord, nous avons pris ce temps pour déposer des notes dans nos cahiers respectifs, à travers les enfants qui jouaient à cache-cache sous le regard bienveillant de leur mère. Je ne sais toujours pas trop pourquoi, mais j’étais particulièrement triste à ce moment-là, comme si j’avais imaginé que la beauté de l’Italie allait me combler une bonne fois pour toutes, alors que je me sentais encore vide. Mais la vie n’a pas d’absolus à offrir, quand le comprendrai-je donc définitivement, je ne sais pas. Cependant, dans l’écriture, j’ai décidé que mes plaintes devaient cesser et que je devais, en conséquence, profiter de la chance énorme de voyager en Europe et d’être en santé, m’imprégner de « l’étincelle d’or » que parfois l’existence offre, dans la beauté, dans les contacts humains. Puis, j’ai eu envie de m’acheter un gros collier avec des perles de diverses couleurs – ce que je n’ai pas encore fait – pour égayer mes tenues noires.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cela dit, le creux que j’ai ressenti cet après-midi-là présageait peut-être la navrante découverte que j’allais faire le soir même. Alors que Yuta et moi buvions une bière dans un agréable bar alternatif – avant 21 h, c’était l’apéro, ce qui signifiait que nous pouvions manger à volonté dans un buffet en achetant une consommation –, j’ai eu l’idée de regarder les photos que j’avais prises pendant la journée, mais je n’ai jamais trouvé mon appareil dans mon sac. Ma déception était gigantesque ; je ne sais pas si je l’ai oublié quelque part ou si on me l’a simplement volé, même si je faisais toujours attention à une telle éventualité en enroulant autour de mon poignet le cordon de l’appareil. Ce qui m’a le plus fâchée, c’était les photos de Bucarest que j’avais perdues, photos avec des amis que je reverrai dans trop longtemps, pour être optimiste : ce petit prisme de plastique et de filages transportait avec lui tant de lumière çà et là emmagasinée. Je me suis consolée en me disant que la disparition de ma mémoire numérique n’altérait en rien la qualité du voyage passé, puisque, encore une fois, « tout [était] perdu sauf le bonheur ». De toute façon, j’avais toujours mon carnet de notes – celui que ma très chère collègue Émilie m’avait offert avant de partir – qui contenait mes pauvres descriptions et impressions. Ainsi, sans photos, j’étais condamnée à communiquer l’approximation lorsque j’allais devoir parler de mon voyage ; je pensais constamment à l’incapacité de la littérature selon Blanchot, comme quoi, grossièrement, on ne peut jamais dire exactement ce que l’on voudrait. J’avais d’ailleurs lu dans Eminescu, le poète roumain, qu’il faut accepter de ne pouvoir pas tout écouter et de ne pas pouvoir tout retenir non plus. J’ai dû en acquérir, tant bien que mal, la sagesse, bien que j’aie rajouté, à la suite de la perte, beaucoup de notes pour préserver mes souvenirs déjà évanescents. Et, en bonne littéraire que je suis, j’ose affirmer que les mots peuvent rajouter une couche d’intimité, d’émotions, à un récit purement référentiel, ce que crée la photographie, en quelque sorte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, avec une espérance naïve de retrouver mon appareil, Yuta et moi sommes retournés dans un café Internet où nous étions allés pour consulter nos courriels et à l’Office de tourisme, sans rien y trouver. Si j’arrive maintenant à bien canaliser mon découragement, ce n’était pas encore ainsi à ce moment-là, mais Milan allait encore savoir m’éblouir. En effet, retournés sur la Piazza del Duomo, Yuta et moi avons entendu une mélodie qui nous a attirés tous les deux vers sa source. De jeunes hommes à l’allure très branchée se produisaient sur la place : un quatuor de violons, un accordéon et une guitare revisitant Vivaldi, si mon oreille a été juste. L’ensemble n’était pas composé de virtuoses, mais c’était presque mieux ainsi, tant leur enthousiasme était communicatif et donnait une vitalité particulière à leur spectacle. Avec le décor de la place, dont les gigantesques colonnes et le gigantesque arc de la Galleria Vittorio Emanuele II, cet événement impromptu s’est avéré simplement salvateur, parce que cette musique classique m’a soulagée de mes problèmes de photos, qui m’ont paru presque secondaires pendant ces instants-là. D’ailleurs, un des violonistes a dû remarquer que j’étais émerveillée, car, après les pièces interprétées, il donnait la réplique à un de ses collègues en jouant des fragments techniques et en me jetant quelques vifs regards – les Italiens ! Peu importe, j’étais bien heureuse d’avoir croisé cet orchestre de rue très chic qui, bien sûr, parce qu’il est de Milan, ne se compare à rien d’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour déjeuner, ce midi-là, nous avons suivi encore une fois un conseil de Giulia – elle nous avait fait une liste de lieux à visiter à Milan avec les adresses – et nous nous sommes rendus chez Luini, une boulangerie artisanale située près du Duomo. Après avoir attendu dans la queue constituée d’étudiants et d’adultes, j’y ai acheté un panzerotto, spécialité de l’endroit, qui est une espèce de pâte, moins feuillée et grasse que celle du croissant, mais on peut comparer, dont l’intérieur est garni de différents ingrédients : j’ai choisi proscuitto è mozzarella. C’était servi chaud, miam ! En après-midi, Yuta voulait visiter des magasins de disques et des librairies, mais je n’en avais pas trop envie pour ma part, alors nous nous sommes séparés pour nous rencontrer plus tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis d’abord allée prendre un café au comptoir du petit Chocolat sur la via Boccaccio pour ensuite me rendre au Musée de la Triennale, musée consacré au design italien. L’exposition en cours, se nommant « Série, hors série », portait sur la relation le prototype et la série, entre le design et l’industrie. Ce qui ferait la spécificité de la conception italienne, ce serait qu’elle parvient à préserver dans ses objets un équilibre entre la personnalisation première du prototype et sa démultiplication stérilisante dans la série. En effet, il s’agit de penser à tout ce que connote l’inscription « made in Italy » pour comprendre comment les Italiens réussissent maintenir ce juste : élégance, fonctionnalité et durabilité. Ma visite m’a donc permis de voir différents produits de ce design italien, que j’ai scrutés un à un. Entre autres, j’ai bien aimé la rustre cafetière Bialetti, l’ancêtre de toutes les cafetières italiennes, le fossile moderne, un bloc de polymère à travers lesquels des formes vides de plastiques creusaient des vides et une chaise à structure de métal et à enveloppe de cuir, image du corps humain. Cette exploration du design, parce qu’il est la beauté rendue utile, m’a fait penser à la conception platonicienne du Beau, que j’aurais autrement pensée révolue. Au terme de l’exposition, j’ai constaté que Milan montrait vraiment que l’Italie, immensément riche de son histoire artistique, est encore aujourd’hui le leader en esthétique, sachant s’adapter aux exigences de la technologie et des productions de masse de son époque, alors que Rome, par exemple, semble plutôt mortifiée par son passé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, le dernier jour du voyage, d’autant plus triste que nous ne verrions véritablement pas Geraldine, nous sommes allés visiter le Castello Sforzesco, les Sforza étant une dynastie d’origine milanaise. D’abord une forteresse et aujourd’hui un musée, cette construction est issue du XVe, ce qui explique son apparence Renaissance, bien que les années de dominations espagnole et autrichienne et d’autres événements historiques subséquents, comme la Deuxième Guerre mondiale, aient opéré sur elle des rénovations de style plus récent. Nombre de ducs ont vécu dans ce château, ainsi que Léonard de Vinci, qui a décoré une partie de l’intérieur, que nous n’avons malheureusement pas visité. Cette demeure fortifiée s’est révélée elle aussi admirable : de la brique rougeâtre à travers laquelle on distinguait parfois des motifs noirs, d’autres fois beiges, beaucoup de petites ouvertures et de fenêtres de forme rectangulaire, placés à la verticale, des tours aux quatre coins avec une autre, centrale, avec une horloge sur la devanture et une fontaine sur cette place du devant. Puis, derrière, c’était tout aussi agréable, car le grand espace vert de la ville y est situé. Parce que j’y étais déjà allée le jour précédent, avant d’entrer dans le Musée de la Triennale, je savais que Yuta devait absolument explorer le Parco Sempione, sans doute l’un des plus beaux que j’ai vu de toute ma vie – il y a même une bibliothèque municipale à l’intérieur, le paradis de la lecture et de la nature conjugués ! Initialement, c’était un boisé, alors on en sent encore la densité, malgré les sentiers qui le traversent de partout et son lac intérieur. Ce parc a voulu être conçu selon le modèle des jardins romantiques, où les courbes ainsi que les jeux d’ombres et de lumière abondent et sûrement que les gigantesques arbres qui nous ont impressionnés collaboraient à ce décor de rêverie. S’ils prennent du temps à atteindre leur maturité, la majesté – toute italienne – qu’ils développent dans cette lenteur s’avère hors du commun. L’harmonie des couleurs du parc est d’ailleurs agréable à l’œil dans sa recherche : le vert, le rouge des arbres décoratifs, les lampadaires foncés, les chemins de gravier clair. C’est ainsi dire que nous avons évolué sans bruit dans ce havre de beauté, pendant de longues minutes. Je n’avais pas d’appareil-photo pour immortaliser ces moments incroyables, mais c’était presque mieux ainsi, parce que je devrais vraiment sentir les lieux et le temps pour ne pas l’oublier jamais, au lieu d’utiliser la photographie comme béquille – mais pour soutenir quel souvenir si on n’a rien vu, au final ? Mon père avait déjà dit, d’ailleurs, à ce sujet, qu’il ne voulait plus voyager avec un caméscope, parce qu’on perd trop du voyage avec  l’œil toujours devant l’image et non pas devant la réalité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons encore beaucoup marché, comme pour capturer Milan qui disparaissait incessamment, à notre grand dam. Nous avons évolué à travers les quartiers chics près du parc et trouvé une boulangerie ouverte le dimanche, où j’ai mangé une part de pizza mozzarella-épinards avec leur délicieux pain comme pâte. Puis, dans un quartier pavé pour les piétons exclusivement, nous avons visité un marché aux puces milanais, c’est-à-dire un mélange d’œuvres d’art, de bijoux tous jolis et de pièces vintage de designers. Nous avons finalement salué la Scala, la fameuse et massive maison d’opéra, en redescendant une dernière fois vers la Piazza del Duomo, que je devais bien essayer de mémoriser intimement. J’ai longuement regardé son superbe écran géant qui présentait en continu, en italien et, en petits caractères, en anglais, les multiples événements culturels de Milan ; l’arrière-plan de ces publicités était toujours noir et des sculptures d’inspiration classique, blanches, en constituaient toujours les illustrations, comble de l’élégance. Et nous nous sommes engouffrés dans la bouche de métro, répétant dans nos têtes « Arrivederci (au revoir), Milano ! » Par la suite, j’ai eu envie de suivre des cours d’italien à Québec pour vivre encore cette allégresse sonore, que le petit guide Routard de langue italienne de Yuta nous avait inculquée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mes moments d’éblouissement profond, j’en suis venue à me demander pourquoi vouloir voyager quand on habite à Milan, tant cette ville, au terme de mon séjour, m’avait apparu représenter l’apothéose de la beauté et de la culture dans une ville qui constitue tout à la fois le centre économique de l’Italie. Pour paraphraser une chanson que j’ai entendue à Milan, la poésie semblait presque une chose légère dans cet environnement sublime. Même, Yuta était absolument amoureux de la ville et voulait y habiter. Moi, je ne sais pas, c’était peut-être, malgré tout, trop pour moi : l’impression d’une odalisque néoclassique à laquelle on a ajouté, en peinture, une vertèbre pour qu’elle ait des dimensions corporelles harmonieuses mais irréelles. D’ailleurs, j’ai vu une cycliste à caractère quasiment cinématographique : une jeune femme qui se déplace à vélo – élégant, noir, de style plus ou moins ancien – avec des escarpins rouges, à talons pas trop hauts, avec un bonnet évidemment assorti à ladite couleur. En fait, Milan m’a toujours donné l’impression d’être devant des images – que je pourrais dire merveilleuses avec Rimbaud. L’important, c’est d’avoir vu et on dirait que Rousseau le savait déjà avec son illustre maxime « les voyages forment la jeunesse » tirée de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Émile&lt;/span&gt;. C’est vrai que, maintenant, je sais un peu plus ce dont j’ai envie pour ma vie future. Bien sûr, les gens ont beaucoup d’argent en Italie et le dépensent conséquemment, mais c’est surtout leur fierté et leur infinie sensibilité esthétique dont j’ai envie de me souvenir. Et ça n’efface pas le reste, de toute façon, c’est seulement une manière plus fine d’apprécier l’existence. C’est pourquoi nous n’oublierons pas la Roumanie après avoir visité l’Italie, ce avec quoi la maman d’Alex nous taquinait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De retour à Lyon, quand j’ai demandé à Giulia pourquoi elle sentait le besoin d’aller voir ailleurs, elle m’a répondu, en riant, que ça fait vingt ans qu’elle y habite : l’habitude, le désenchantement viendrait donc à bout de tout ! Cela dit, Giulia envisage de réaliser son master en esthétique : Yuta et moi avons mal vu ce qu’elle pourrait étudier d’autre à Milan, d’autant plus que sa fac, l’Università degli Studi di Milano, que nous avons visitée le premier jour, avec ses colonnades et ses arcs, ressemblait à un musée.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-4078963176109952522?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/4078963176109952522/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=4078963176109952522' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4078963176109952522'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4078963176109952522'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/05/milan-milano-milaaaaannoo.html' title='Milan – Milano – Milaaaaannoo'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-3070139753132785686</id><published>2009-05-09T11:46:00.002+02:00</published><updated>2009-05-09T11:48:09.238+02:00</updated><title type='text'>Rome – Roma</title><content type='html'>Nous avons pris l’avion vers Rome le 14 avril à partir de Budapest. Le vol n’était pas long, à peine deux heures. Mais ces quelques instants dans le ciel européen nous ont déjà permis de commencer notre voyage en Italie. En regardant les passagers devant nous, pensé à mes notes de cours du Programme individuel de lecture prises au sujet de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La Chartreuse de Parme&lt;/span&gt;. J’en recopie un passage ici : « L’Italie est une matière pour Stendhal, elle exerce un certain pouvoir sur son imaginaire, exotisme. La figure italienne représente les passions, la vie dangereuse, l’individualisme et les plaisirs. » Les passagers, en avant de Yuta et moi, d’un calme presque impassible avant d’être pris d’un fou rire, avaient tout de ce stéréotype italien : pendant les explications données par les agents de bord à propos des procédures de sécurité à suivre au besoin, ces jeunes hommes italiens ont dû être avertis par une hôtesse car ils parlaient carrément par-dessus l’exposé des consignes ; pendant le vol, certains étaient debout pour se parler entre eux, comme incapables de rester assis ; quand l’avion eût bien atterri, tout le monde a chaudement applaudi. Bien sûr, il va sans dire qu’ils étaient tous élégants avec leurs jeans de la dernière mode et leurs cheveux mieux coiffés que les miens. Et ils nous regardaient, nous, les étrangers, avec leurs grands yeux fiévreux qui démentaient toute tentative de subtilité. Nous sommes arrivés sains et saufs à Rome et n’avons que visité, ce jour-là, notre auberge près de la gare Termini.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, nous avons commencé notre exploration de Rome en grand en en visitant son pays intérieur : la cité du Vatican. Il y avait beaucoup de gens, mais ce n’était pas d’un extrême désagrément, sinon les multiples vendeurs dans la rue qui voulaient nous offrir plein de machins touristiques. Nous avons alors brièvement fait la queue pour accéder à la fameuse Place Saint-Pierre de Rome, dont les entrées devaient toutes passer par des passerelles de sécurité, où l’on détectait si l’on avait du métal sur soi et où l’on demandait également d’ouvrir les sacs ; le Pape est bien protégé. Puis, nous sommes arrivés sur la grande place et avons fait la queue pour entrer dans la basilique éponyme ; j’avais noué mon écharpe autour de ma tête pour la recouvrir de l’ardent soleil italien. Cette nouvelle attente nous a permis de bien observer la finesse monumentale de la Piazza San Pietro. Elle est évidemment très grande, de forme circulaire, pavée en gris foncé et entourée de quatre colonnades de pierre pâle, répondant à celles qui ornent la façade de la basilique, comme le font la multiplicité de sculptures de saints juchés sur ces dernières. Au centre, il y a deux fontaines, symétriquement disposées ; encore au centre, vers le haut, il y a un obélisque, vestige du règne de l’empereur Constantin, au temps de l’ancienne basilique, c’est-à-dire vers les années 300. La construction de la basilique actuelle a commencé vers les années 500 pour se terminer quelque 120 années plus tard ; elle a été voulue comme le monument représentant la chrétienté, ce qui explique à quel point la grandeur sublime qu’elle dégage. L’extérieur rappelle un temple grec en ce que les architectures de la Renaissance puisaient leur inspiration dans les modèles antiques – les principaux concepteurs de cet édifice sont Michel-Ange, Bramante et Le Bernin : colonnes corinthiennes, chapiteau au-dessus de l’entrée centrale et dôme, bleu pâle, strié de blanc et surmonté d’une croix. Le grand nombre de lignes verticales de cette devanture, en plus de celles des colonnes qui forment l’enceinte, octroyaient à ce paysage un équilibre rigide, symbole de la force du pouvoir religieux. À ce sujet, j’ai vu de loin un monsieur en blanc, dont le sourire était agrandi sur un écran géant, qui s’est révélé être Benoît XVI : puisque nous avons visité Saint-Pierre de Rome un mercredi, nous avons eu droit à l’audience papale, prononcée en italien et en espagnol ce jour-là. D’ailleurs, nous avons pu pénétrer la basilique lorsque cette sortie du pape fut terminée et son intérieur était aussi époustouflant que ce que le dehors nous avait donné à voir. Si le Royaume de Dieu existe, j’espère qu’il ressemble à cet espace en forme de croix somptueusement décoré, gros de cinq nefs, d’autant plus immense qu’avec son dôme, sa hauteur atteint environ 150 mètres – impossible de cadrer cette expérience dans une photographie. Si j’avais été émerveillée à Lyon par Fourvière, ce nouveau lieu sacré que je visitais n’avait rien à voir, avec ses sculptures, par exemple, dont La Piéta en marbre de Michel-Ange, représentant la vierge Marie en douleur après de Jésus descendu de la croix. Sinon, l’intérieur de la basilique est de style baroque, esthétique caractérisée par la surcharge de ses ornements et par une recherche du mouvement ; Saint-Pierre de Rome ne souffre par contre d’aucun trompe-l’œil. La pièce-clé du décor était le baldaquin en bronze de l’autel central, dont les colonnes sinueuses soutenaient un dais habillé de feuilles d’achantes. Pour le reste – je sens ici que les mots ne suffisent pas à la description –, des motifs dorés partout, des voûtes resplendissantes de leur bleu céleste et de leurs peintures d’anges et de saints et un plancher fait de fines mosaïques. Au final, grâce, entre autres, aux immenses piliers qui soutenaient cette surcharge visuelle, aucune sensation d’étouffement ne nous importunait, tant la place s’avère ordonnée et aérée : il ne reste qu’à vivre l’émerveillement et le sentiment d’une présence tout à fait transcendante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fin de notre parcours dans le pays de l’Église catholique a fait durer la joie, car nous sommes allés dans les Musées du Vatican. Il y avait véritablement des kilomètres de salles et de couloirs à visiter, tout aussi magnifiquement décorés les uns que les autres, soit par des toiles représentant des scènes religieuses, soit par des cartes géographiques anciennes, etc. Dans la Pinacothèque, j’ai vu, dans la pénombre qui préservait les couleurs de cette fragile œuvre, La Cène de Léonard de Vinci en fresque, devant laquelle je me suis longuement attardée, muette ; j’ai contemplé l’intérieur de la chapelle Sixtine, l’œuvre de Michel-Ange qui contient, entre autres, la fameuse Création de l’homme ; enfin, nous nous sommes arrêtés dans la salle de Raphaël et j’ai pu y voir l’incontournable École d’Athènes. Habituellement, l’art figuratif ne m’interpellait pas trop. Même, avec mes cours d’histoire de l’art et d’esthétique, j’avais presque développé à son égard un certain désintéressement, comme si c’était seulement un art de la reproduction, n’impliquant pas de créativité ni de recherche formelle, en quelque sorte, les artistes étant emprisonnés dans leur préjugé objectiviste. Pourtant, clouée sur place devant nombre de toiles, je ne pouvais plus envisager une telle stérilité à l’égard de l’art d’inspiration classique de la Renaissance. En effet, comme le disait M. Thélot, le grand art transmet des émotions. Et ces chefs-d’œuvre de peinture m’en ont mis plein la vue avec leur accomplissement coloré de beauté narrative. À Lyon, Giulia m’avait dit, à ma grande incompréhension, qu’elle n’avait pas beaucoup aimé l’exposition d’art abstrait « Repartir à zéro » : encore une fois, je n’avais pas imaginé en quoi être d’origine italienne pouvait influencer les critères de jugement esthétique. Comme si ce n’était pas assez, à la suite de ces œuvres géniales, nous avons croisé plus loin, Le Penseur de Rodin au tournant d’un couloir ; encore, une toile de Braque représentant deux oiseaux blancs, dans la collection d’art moderne religieux. C’est ainsi dire qu’à la fin de la journée, j’étais saturée de toute cette magnificence visuelle et spirituelle. Je ne sais pas si c’est l’œuvre d’un conditionnement socioculturel, débuté à l’école primaire, que d’envisager l’existence possible de Dieu et de la charité de Jésus-Christ, mais cette visite du Vatican m’a profondément émue, alors que Yuta, lui, prenait des photos par les fenêtres, pour les rares photos qu’il a prises.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais la beauté de Rome n’est pas exclusive à son cœur religieux, c’est carrément un musée au quotidien envers lequel j’imagine mal devenir habituée, désensibilisée. Toutes ses rues sont pavées, les immeubles de couleur, les fenêtres encadrées par des volets à petites lattes. Le lierre est en santé, d’un vert riche, ponctuant de vie les petites ruelles secrètes et les cul-de-sac, où l’on voit, quelques fois, des icônes religieuses.. Ses places sont toujours bondées, quelques déchets collaborent au désordre et les fontaines sont actives, l’eau jaillissant souvent à travers diverses sculptures mythologiques – d’autres points d’eau, plus petits, servent aux ravitaillements en eau potable des passants – à la Fontaine de Trévi ou à la baroque Piazza Navona, par exemple. Sur cette place vers laquelle nous avions progressé après notre sortie de la cité du Vatican, il y avait une plaque d’égouts, je crois, sur laquelle il était écrit « Illuminazione generale » ; j’ai vérifié et « illuminazione » signifie, en italien, à la fois « éclairage » et « illumination » à la fois, dans son sens plus abstrait. L’appellation devait désigner le nom de la société publique d’électricité, mais, pour m’amuser, j’aimais mieux y lire le signe d’une splendeur vécue collectivement, tant j’étais éblouie, depuis le début du jour, par l’Italie. En fait, extérieurement, Rome a donné l’impression d’une beauté comparable à celle du Vieux-Lyon, sauf qu’elle s’étend à tout son grand centre-ville plutôt qu’à trois rues. Les Romains, pour leur part, sont évidemment tout aussi élégants que leur environnement, évoluant avec style sur leur motocyclette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le soleil se couchait, teintait la pierre pâle de sa chaleur et nous marchions encore dans la ville, comme avides d’en découvrir toujours plus sous le ciel d’un bleu d’une perfection fuyante. Nous avons traversé le Tevere bordé d’arbres, le fleuve qui serpente à travers la ville, en marchant sur un pont, d’aspect ancien et massif et nous sommes arrêtés quelques minutes pour vivre le paysage. Nous avons sinué en soirée sur la rive gauche du Tevere, dans le quartier de la via Trastevere que Yuta avait découvert dans les livres et soi-disant moins touristique. On se sentait, en effet, un peu dégagé de l’affluence, ce que nous appréciions beaucoup, parce que ça nous permettait d’encore mieux sentir le charme de Rome. À ce sujet, nous avons aperçu une ruelle au-dessus de laquelle il y avait une corde à linge qui reliait deux fenêtres situées vis-à-vis : beau comme dans un film, sauf que la vie, en sa qualité « réelle », presque mieux ! Nous avons trouvé un petit resto où j’ai mangé une pizza proscuitto e funghi et sommes revenus jusqu’à notre auberge, à pied et avec le plan à la main, dans la Rome nocturne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain, devant faire vite, nous nous sommes attaqués à un autre monument de Rome, c’est-à-dire son Colisée et tout son quartier antique. Nous avons bu un caffè serré – délicieux ! –  à proximité pour mieux apprécier ensuite ce gigantesque vestige, qui témoigne du certain pouvoir d’éternité des hommes. Nous ne sommes pas entrés à l’intérieur, car, évidemment, il y avait une interminable queue, même si nous n’étions pas en saison particulièrement touristique, et parce que ce Coliseum suffit en lui-même – avec les plaques à portée éducatives qui l’entourent. Aussi le voyage se justifiait-il seulement en scrutant le ciel à travers les arcs et multiples ouvertures de cet amphithéâtre, imaginant le temps de Jules César, la grandeur pourtant révolue de l’Empire Romain. Bien qu’ayant subi une certaine dégradation, ce travail d’architecture était impressionnant dans sa capacité à survivre à la rudesse impitoyable du temps. D’ailleurs, si l’Arc Titus s’élevait encore triomphant, la périphérie du Colisée était jonchée de ruines diverses : des morceaux de ce monument lui-même, des tronçons de colonnes encore cannelées mais anonymes et des fondations sur lesquelles plus rien ne s’élève. C’était beau et triste sous le ciel gris, le tout entremêlé de vifs coquelicots, si bien qu’encore une fois, je me retrouvais dans une expérience du sublime, à savoir vivre une nostalgie à contempler ce qui n’existera plus jamais. Mais ça n’intéressait pas la majorité des gens, occupés à consommer le Beau et à se bousculer : tellement vouloir voir pour ne plus rien voir du tout. Comme lorsqu’ils prenaient des photos avec flash dans la cappella Sistina, ce qui dégradera à vitesse exponentielle les couleurs des œuvres, ou à se dépasser dans la queue lorsqu’on attendait pour entrer dans Saint-Pierre de Rome, alors que la moindre personne civilisée – sans être croyante – sait mettre son égoïsme de côté quand il le faut.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons ensuite sinué jusqu’à la Piazza del Campidoglio, qui accueille le Palais du Sénateur et qui est pavée de dalles formant le tracé de divers losanges en gris pâle à travers le reste de gris presque noir. Je ne procède pas d’une description minutieuse de cette place d’une esthétique magnifiquement équilibrée, me contentant de dire qu’elle a été conçue par Michel-Ange elle aussi – Google pourra combler les lacunes de la mémoire. Retournant vers le centre, nous avons également visité le Panthéon, ce temple religieux construit vers l’an 1 avant Jésus-Christ, originairement destiné à la célébration des divinités antiques : son extérieur est standard, les longues colonnes soutenant un chapiteau, mais l’intérieur m’a surprise, en ce qu’il est entièrement circulaire, enveloppant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au hasard des rues, Yuta et moi avons trouvé une trattoria au fond d’un cul-de-sac – comme dans le Petit-Champlain, la Trattoria San Angelo –, avec des parasols de couleur, des murs de pierre et du lierre. Nous en avons profité pour manger, pour dix euros, environ, il primo piatti (le premier plat, car on dirait qu’ils ont toujours des menus à plusieurs services), c’est-à-dire la pasta italiana : Yuta a mangé des lasagnes et, moi, des linguines au pesto, un pesto goûteux et crémeux, agrémentées d’un parmesan au goût fort. Il va sans dire que c’était molto bene. À vrai dire,l’amour que Yuta et moi avons en commun pour la gastronomie italienne a pris une place importante dans notre voyage. Nous avons apprécié le café, bien sûr, puis la cioccolata calda (un chocolat chaud mais super épais et très chocolaté dans son goût) et, enfin, le gelato, cette glace italienne qui fait rêver la terre entière. Ayant fouillé dans un guide de voyage italien sur Rome dans une librairie, j’ai trouvé l’adresse d’un des meilleurs glaciers de la ville, Giolitti, que nous sommes allés tester par la même occasion, où j’ai choisi les saveurs de cioccolato et limone, ce que l’employé a approuvé par un « bene ! » Par la suite, Yuta et moi avons dégusté silencieusement, dans la rue quadrillée de pierres, notre bonheur épicurien, comme si les gelati concrétisaient l’apogée de la dolce vita.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce furent deux jours très brefs mais d’autant plus intenses avant d’aller prendre le train de nuit vers Milan. Nous avons beaucoup marché, tant et si bien que je pense jamais n’avoir eu autant mal aux pieds : même après une bonne nuit de sommeil, je me réveillais avec ceux-ci toujours amollis, la dureté des pavés romains s’avérant sans merci. Néanmoins, nos longues promenades nous ont permis d’acquérir un panorama d’ensemble du centre-ville, imprégnés que nous étions des quartiers et de leurs essences diverses. Entre autres, nous avons été ravis de découvrir la via Margutta, une rue plus chic que les autres avec de multiples galeries d’art, ou des passages plus calmes où des enfants jouaient au ballon en criant : ces brefs moments nous ont permis de sentir davantage l’âme vivante de Rome, ce que l’incroyable densité de touristes et de patrimoine historique rend plus difficile. Nous sommes partis dans le crépuscule et, du point surélevé où nous étions, sur la Piazza della Repubblica, nous voyions le dôme de Saint-Pierre de Rome, éclatant dans son lointain azur. Lorsque nous étions dans l’avion vers Rome, un Italien – qui avait mal aux oreilles comme moi en atterrissant – s’était exclamé « que magnifico ! » devant le coucher de soleil qu’on pouvait voir du hublot ; j’ai pensé que cette manifestation de la nature se révélait presque banale devant la beauté incroyable de l’homo faber que Rome nous a donnée à voir.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-3070139753132785686?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/3070139753132785686/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=3070139753132785686' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/3070139753132785686'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/3070139753132785686'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/05/rome-roma.html' title='Rome – Roma'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-816087560746838470</id><published>2009-04-29T17:43:00.000+02:00</published><updated>2009-04-29T17:44:10.446+02:00</updated><title type='text'>Budapest</title><content type='html'>Après avoir étonnamment bien dormi dans le train de nuit en partance de la Roumanie, nous sommes arrivés le 13 avril, en matinée, à Budapest. Comme c’était un jour férié, le lundi de Pâques, la ville était extrêmement calme, ce dont Yuta et moi nous réjouissions, en plus d’avoir encore une température exceptionnelle pour ce temps-ci de l’année. Nous avons donc découvert cette capitale de la Hongrie dans un agréable bruissement urbain encore entremêlé de chants d’oiseaux moins forts qu’à Bucarest, cependant. Le panorama de Budapest, traversée par le Danube et sise au tiers sur une colline, nous a fait penser à celui de Lyon. Mais la comparaison s’arrête pratiquement à ce stade, car l’arrière-plan historique de la cité hongroise est nettement différent, cette dernière marquée par des années de domination ottomane puis autrichienne et par le communisme, en plus d’avoir été ravagée par la Seconde Guerre mondiale. Cela dit, c’est encore aujourd’hui à Budapest que se trouve la plus grande synagogue active d’Europe.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Yuta et moi avons commencé par visiter le quartier du Château de Buda, qui appartient au Patrimoine mondial de l’Unesco. Son Palais royal, trois fois détruit depuis son édification datant du Moyen-Âge, a été reconstruit à tout coup selon le style choisi par l’époque ; sa forme actuelle est celle d’une architecture classique, adoptée après la Seconde Guerre, constituée de divers blocs rectangulaires au-dessus desquels se surélève, au centre, un dôme vert pâle. Aujourd’hui, en raison des dommages subis au cours du XXe siècle, le Palais royal contient essentiellement des musées, dont la Galerie nationale hongroise. Nous n’y sommes pas entrés, mais j’en retiens en revanche la magnifique esplanade, elle-même un élégant agencement de fer forgé peint en noir et de murailles ajourées faites de pierres claires, en plus d’offrir une superbe vue de Budapest sous un ciel parfaitement bleu. Et nous n’étions visiblement pas les seuls émus par ce paysage, car il y avait, parmi les nombreux touristes, de nouveaux mariés décoiffés par le vent. Nous avons également sinué à travers les rues plus résidentielles du quartier du Château, peuplées de maisons colorées, dont les motifs illustraient l’influence baroque qui les caractérise, alors que leurs bases seraient issues de l’époque romaine ! Avant de redescendre dans la partie Pest de la ville, nous sommes allés voir l’Église Mathias, vestige de la monarchie en ce qu’elle a longtemps constitué le lieu de couronnement des rois hongrois. Parce qu’elle était en rénovation et que des échafauds et autres outils recouvraient sa façade, je n’ai pas pu m’exclamer devant son style gothique. Peut-être que c’était seulement un mauvais moment dans l’année pour voyager, mais il m’a semblé que tout était en reconstruction – cela doit témoigner de la constance du travail dévastateur que le temps opère.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Néanmoins, le Parlement hongrois, situé sur les rives du Danube et vieux de cent ans, a pu me satisfaire avec son style néogothique, fait de pointes acérées s’élevant vers le ciel, et son mélange de presque blanc et d’orange brûlé. J’ai gardé l’impression que ces teintes étaient assez répandues dans Budapest, dont l’éclectisme architectural est assez marqué, par ailleurs, au carrefour d’influences slaves, latines et souvent turques, tant dans les lieux de cultes faits de bulbes d’oignons dorés que les bains ornés de larges coupoles bleu foncé, surmontées de faucilles de lune. Les ponts qui traversaient le Danube étaient également d’aspect varié. J’ai particulièrement aimé le Pont des Chaînes, celui qui relie les deux rives du centre-ville : c’est le plus vieux de Budapest, avec une arche centrale massive, faite de pierre. Enfin, vers le sud, le pont Élizabeth, au contraire, était d’une minceur presque sèche, comme s’il souffrait encore de sa reconstruction post-guerre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fin de notre première journée, Yuta et moi sommes allés dans un petit parc près de notre auberge où avait lieu un festival de jazz et de vin hongrois, ce qui constitue toujours un mélange de choix, comme si c’était une concrétisation de la synesthésie. Assise sur un talus herbé, j’y ai goûté un rouge sec, dont j’ai oublié le cépage, mais dont je garde, au moins, un bon souvenir gustatif. Nous avons d’autant plus apprécié cet événement qu’il semblait fréquenté par les Budapestois eux-mêmes et que c’était une manière de s’imprégner de leur style de vie ; ce que nous avions précédemment vu de Budapest était toujours agrémenté d’insupportables vendeurs d’excursions touristiques et de boutiques souvenirs – qui possédaient quand même de belles poupées de l’Est. Pour le peu de contacts directs que j’ai eus avec les Hongrois, ils furent tous empreints de gentillesse. À l’auberge, à notre arrivée, la préposée de la réception nous a servis du café, des biscuits et – nous l’avons pris plus tard – un petit verre d’alcool hongrois, cela pour nous souhaiter la bienvenue. De plus, dans un des souterrains menant au métro, une dame m’a demandé en hongrois quelque chose à propos des trajets, mais, évidemment, je n’ai absolument rien compris ; me reconsidérant après avoir aperçu mon air effaré, elle me touche le bras et s’excuse. J’ai eu l’impression d’avoir capté cette chaleur humaine propre à l’Est à travers ces deux brèves relations, même si, à la différence de Bucarest, nous ne connaissions personne à Budapest et que, par contraste, cela créait une espèce de vide. De surcroît, comme la langue n’est pas d’origine latine ni même germanique, on ne peut pas compter sur le langage pour nous intégrer : les sons et l’orthographe sont vraiment rebutants. C’est sans doute pour cette raison qu’on répond systématiquement, dans les lieux publics, en hongrois et en anglais.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le second jour, nous nous sommes promenés le long de l’avenue Andrássy, elle aussi inscrite au Patrimoine mondial. C’est une avenue issue du XIXe siècle, conçue selon le modèle des boulevards épurés d’Haussmann, et bordée d’arbres, de squares – dont un dédié au compositeur Liszt – et de fontaines. Sa première partie regorge de boutiques huppées et s’aère un peu, par la suite, pour accueillir l’Opéra de la ville et des musées. Entre autres, nous avons approché le Musée de la terreur, qui relate, entre autres, les horreurs communistes, et dont l’apeurant dehors, presque noir et décoré de formes angulaires métalliques, nous a suffi. En tout cas, ça rappelait la proximité des tourments que cette ville aujourd’hui paisible a vécus ; nous avons tout autant opté pour le chemin de la sérénité et avons préféré continuer notre déambulation. L’avenue, longue de près de deux kilomètres et demi, débouche sur la place des Héros et son Monument du millénaire. Cet impressionnant ensemble de sculptures, qui célèbre le millénaire de la conquête magyare, se compose d’une longue colonne coiffée d’un archange Gabriel turquoise et entourée des sept chefs qui ont mené l’invasion. Après ce bref moment d’histoire, nous avons profité du grand parc derrière, nommé Bois de la ville, au sein duquel il y a le château Vadjahunyad, construit sur une petite île, et un bain turc, alimenté par les sources thermales naturelles de Budapest. D’ailleurs, dans les collines de Buda, ces eaux chaudes ont créé des grottes dans lesquelles des milliers d’Allemands se sont cachés au moment de la guerre. Le temps de se reposer un peu au parc et le moment de partir, encore une fois, arrivait déjà : nous avons regagné l’auberge en empruntant la ligne de métro qui descend sous l’avenue Andrássy, qui a la particularité d’être le premier métro d’Europe continentale et de posséder encore ses entrées d’origine, fabriquées en fer forgé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré les aléas qu’elle a subis, Budapest nous a révélé une esthétique homogène, où la multiplicité de monuments historiques en bon état cohabite avec une ville propre, truffée de cyclistes, et moderne. Je n’ai pas vu de moulins à vent, mais cette charmante capitale, aussi appelée la Perle du Danube, pourrait bien me donner le goût de revenir les voir ainsi que de déguster, à nouveau, la goulasch hongroise, une soupe aux légumes à bouillon pimenté.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-816087560746838470?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/816087560746838470/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=816087560746838470' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/816087560746838470'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/816087560746838470'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/04/budapest.html' title='Budapest'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-6298665647477245598</id><published>2009-04-25T19:03:00.004+02:00</published><updated>2009-04-27T14:20:18.240+02:00</updated><title type='text'>Bucarest - Bucuresti</title><content type='html'>Le 8 avril dernier, je suis partie à la rencontre de l’Europe de l’Est. Bucarest, mon premier arrêt, constituait presque la limite du monde connu : on peut trouver cette ville sur Google Maps, mais l’intérieur de cette capitale n’est pas encore cartographié. Qu’on ajoute à cela l’aura d’insécurité qui accompagne les pays de l’Est, mon périple comportait presque un caractère audacieux – mais je voyage bien pour me dépayser et secouer mes assises. Cela dit, j’étais loin d’y aller seule : là-bas, Alex, le Roumain que j’ai rencontré à Lyon et qui n’y restait qu’un semestre, allait m’accueillir chez lui, dans sa famille ; Yuta me rejoignait le 8 avril également à Bucarest, en soirée. Encore, cela à l’aimable initiative de Catinca, la mère de celle-ci venait me chercher à l’aéroport à mon arrivée pour me mener au centre-ville, afin que j’évite la congestion permanente des voies de circulation en transport en commun ; le nombre de voitures a explosé dans les dernières années et la ville supporte mal cette affluence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis donc arrivée en après-midi à Baneasa, un petit aéroport pour les vols internes ou économiques, et je suis entrée sans problème dans le pays ; mon passeport s’est mérité un sourire dû à la surprise, je pense, du douanier. Puis, comme prévu, Mme Dumitrascu m’attendait à l’entrée et, dans les traits de famille et l’élégance qu’elles ont en commun, on aurait dit que je retrouvais Catinca à travers elle. Nous nous sommes rendues à son appartement – très chic, plein de livres et de boiseries –, où j’ai accepté l’offre à déjeuner de Mme Dumitrascu. Cela présageait déjà toute l’incomparable hospitalité du peuple roumain ! Mon hôtesse a également invité Alex à partager notre copieux repas et il est monté nous rejoindre dans les minutes qui ont suivi ; ce dernier n’avait pratiquement pas changé, sinon que ses cheveux étaient plus courts un peu.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le premier visage de Bucarest que j’ai découvert était sans doute l’un des plus charmants, c’est-à-dire le quartier des ambassades et des instituts culturels – celui du mythique Institut français dont Alex parlait beaucoup en France, car ses nombreuses projections cinématographiques sous-titrées l’ont aidé dans son apprentissage de la langue française. Alors que je m’attendais à pénétrer une ville terne et sans éloquence, j’ai vite changé mon point de vue avec un agréable étonnement. Ce secteur, où se mêlent grandes maisons, blocs d’appartements et bâtiments administratifs, présentait des constructions dont le charme ancien me rappelait l’architecture française : des couleurs claires, de longues fenêtres françaises à carreaux, des mansardes. Également, des colonnades travaillées – certaines constituaient carrément des sculptures du corps féminin, par exemple – offraient souvent le support à un balcon frontal. Avec la quantité d’arbres qui garnissaient les terrains, j’avais l’impression de retrouver la majesté de la rue des Érables, à Québec ! J’étais éblouie, d’autant plus heureuse que ces traces architecturales de l’identité latine de la Roumanie soient aussi perceptibles un peu partout à travers la ville, à travers ce qui subsiste des blessures urbaines infligées par la période communiste et par l’après-communisme également. Je développerai plus loin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Situé sur la rue où a habité l’écrivain et philosophe roumain Mircea Eliade, l’appartement d’Alex et de ses parents n’allait pas me décevoir non plus : grand et aéré, des livres dans une bibliothèque vitrée, des planchers de bois qui craque et, surtout, un balcon qui donne sur une cour intérieure. Cette petite plate-forme, qui communique avec la cuisine, donnait assez de place pour y installer une chaise confortable et pour que quelqu’un se tienne debout à côté ; tout autour de la balustrade étaient installées des plantes vertes dont l’une avait fleuri en rose. Et, devant, nous pouvions contempler un arbre dont les bourgeons se développaient dans un silence ponctué de chants d’oiseaux. Le temps étant ensoleillé et délicieusement doux pendant tous les jours que j’ai passés à Bucarest, ce balcon fut pour tous un endroit de prédilection – avec Mihai, le frère jumeau d’Alex, nous avons commencé par y boire du jus de fruits et carottes dans des verres à vin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant d’aller chercher Yuta à Otopeni (l’autre aéroport de Bucarest, plus grand et plus moderne), nous avons marché un peu dans la ville pour que je la découvre davantage. À la place Rosetti, tout près de chez Alex, j’ai assisté à un événement environ trisannuel : un monsieur était grimpé sur la statue centrale pour boire un coup avec celle-ci, ce qui captivait l’attention de plusieurs passants ! Puis, en déambulant près d’une bouche de métro, j’ai fait la rencontre avec un des « monstres de l’inconscience » qui décorent la ville. Ce sont des sculptures – celle que j’ai vue était une créature à la gueule ouverte – créées à partir des rebuts ménagers, projet visant à sensibiliser les gens au mode de consommation sauvage ; à plusieurs endroits dans la ville, dont sur la mairie, de grandes affiches blanches et vertes disaient que « la ville croît vert ». L’écologiste en moi s’avérait bien ravie ! La littéraire aussi : en errant, nous avons croisé des affiches sur lesquelles étaient inscrites des proverbes divers ; près de la Piata Universitatii, il y avait des stands de bouquinistes installés sur le trottoir, décorés par des figures d’intellectuels peintes avec des stencils. La beauté de la situation était accentuée par l’inscription suivante : « la culture est descendue dans la rue ». Même si je n’avais pas vraiment de préjugés négatifs sur la Roumanie, je n’avais jamais imaginé une effervescence culturelle aussi proche du peuple, ce qui m’a simplement touchée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aussi n’étais-je qu’au début de mon attendrissement, car de l’intérieur aussi la Roumanie s’avère charmante : j’ai reçu de la famille Craciun un accueil exceptionnel. Mme Craciun, une petite dame aux cheveux courts et noirs, constamment pleine d’attentions, m’a fait changer trois fois de pantoufles pour que je porte celles qui m’allaient le mieux et a cuisiné pour nous pendant tout notre séjour sans vouloir qu’on ne l’aide. Évidemment, nous avons bien mangé et beaucoup, de surcroît : entre autres, du cascaval – un fromage à pâte pressée –, des plats de viande et de pommes de terre, des salades de légumes, de la soupe au vrai bouillon de poulet et des petits roulés de pâte feuilletée aux pommes et aux noix. C’est ainsi dire que la cuisine a été un lieu important pendant le voyage, où, en plus de nous régaler, nous discutions tranquillement avec Mme Craciun, qui parle français, tout en écoutant la Romantica Radio, une chaîne bucarestoise qui joue des chansons d’amour populaires majoritairement en anglais et en espagnol. J’ai aussi rencontré M. Craciun, mais les échanges étaient plus difficiles car il ne parlait ni anglais, ni français. Du moins, comme Vincent m’avait prêté son petit guide Le roumain de poche, j’ai pu à quelques occasions glisser un « Buna sera » ou un « Nocta buna » pour entrer en contact verbal avec ce monsieur de grande taille, au regard vif et rieur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le deuxième jour, nous sommes allés voir un monument majeur de la ville, le Palais du peuple, un souvenir de l’époque communiste, lorsque le dictateur Ceausescu était au pouvoir ; aujourd’hui, le Parlement du pays siège dans une fraction de cet immense bâtiment, le deuxième plus grand au monde, après le Pentagone. Pour schématiser au possible, le Palais du peuple est un édifice constitué de deux blocs de formes rectangulaires, un très grand pour la partie du bas et un plus étroit pour le haut, ce qui donne l’allure d’une forteresse à cette construction. L’épuration angulaire de cette architecture produit l’effet d’une solennité inquiétante, sentiment d’ailleurs amplifié par le boulevard rectiligne qui s’étend longuement devant. En sachant que des quartiers historiques ont été détruits pour accomplir cet ouvrage et que, sans en avoir eu le temps, Ceausescu voulait que tous ses ministères soient installés dans les immeubles juxtaposés au Palais du peuple, je n’ai pas d’autre mot que celui de « mégalomanie » pour décrire ce vestige, encore en parfait état, du communisme – le premier que j’aie vu de ma vie. La peur que m’a inspirée ce lieu m’a fait mieux comprendre, par la suite, la douleur perceptible à travers le reste de la ville, la souffrance dont les constructions diverses gardent le silencieux témoignage : des façades en mauvais état, quelques pâtés de maisons ternes, peut-être sales, des chiens errants, des bâtiments à moitié peints d’une couleur, laissés en plan, d’autres abandonnés depuis 20 ans, depuis la chute de l’URSS et plusieurs blocs, identifiés par des pastilles de couleur, susceptibles de s’effondrer. Et cela est toujours dispersé à travers les architectures fines dont j’ai précédemment parlé, les nombreuses églises d’inspiration byzantine – le christianisme orthodoxe est la religion dominante en Roumanie –, les secteurs que nous traversions en silence habités par les gitans et les immeubles ultramodernes qui témoignent d’une radicale occidentalisation de la ville, à un point tel qu’elles ne s’intègrent que rarement au panorama bucarestois. Comme Mihai me le faisait remarquer, le problème est qu’en Roumanie, avec de l’argent, on peut tout faire, ce qui permet, par exemple, de ne pas respecter les lois d’harmonisation de l’architecture urbaine. Si quelques quartiers de la ville semblent marqués par une pauvreté matérielle, c’est plutôt le caractère transitoire du décor qui m’a semblé le plus accentué : quelquefois, des passerelles de bois servent à circuler au-dessus des rues perpétuellement en construction dans le vieux quartier ; au-dessus de plusieurs rues, les fils pour l’électricité et pour les communications demeurent visibles et forment des espèces de nids aux intersections. Du coup, Bucarest apparaît comme une ville bigarrée, au sein de laquelle on sent une tension entre l’indigence du passé et l’attrait du nouveau dans sa forme la plus extrême, c’est-à-dire un capitalisme sauvage, obsédé par l’image de la richesse. Alex me disait d’ailleurs que l’automobile constitue là-bas un symbole de statut social, ce qui explique pourquoi la ville soit tant encombrée de voitures qui circulent ou même stationnées n’importe où.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré ces désagréments somme toute mineurs, nous avons bien profité de notre passage à Bucarest, comme si nous vivions par anticipation la dolce vita italienne – que je vais finir par croire simplement européenne. En effet, à toute heure du jour, même en semaine, les parcs étaient remplis de gens d’âges divers, les bancs des rues également occupés. Cette oisiveté passagère, mariée à la douce allégresse du temps qui me rappelait celle de l’été, dégageait dans la ville un enthousiasme paisible. Et nous y avons participé, profitant tout autant des petits plaisirs de l’existence. Par exemple, le jeudi, pendant qu’Alex bossait à la fac, sur une terrasse d’un resto du quartier historique, Mihai, Yuta et moi avons dégusté les délicieux papanasi (prononcer « papanach »), une sorte de beignets au fromage blanc servis avec de la confiture de fruits ; à chaque jour, tout le monde ensemble, nous visitions les diverses aires vertes de la ville, toutes embaumées des forts parfums des arbres et arbustes en fleurs. Je crois que la plus belle était le Cismigiu, ce parc avec de grands espaces où s’étendre dans l’herbe chauffée au soleil, ses tulipes orangées – ça faisait bien Europe de l’Est ! –, ses monuments épurés qui bordent les allées, ses ponts ouvragés et son immense lac, derrière lequel on voit la Maison de la presse libre. Installés dans la pelouse juste assez longue, à moitié endormis par la chaleur, nous me donnions l’impression de faire partie du poème de Rimbaud, « Sensation » – « je ne parlerai pas, je ne penserai rien » –, si cela peut signifier un peu l’osmose dans laquelle nous baignions. D’ailleurs, cette communion n’a pas seulement relevé de l’espace, mais aussi de la musique qui nous reliait intimement : un peu partout, Yuta jouait sur sa flûte irlandaise la fameuse valse d’Amélie Poulain ; après avoir vu vendredi soir le film &lt;span style="FONT-STYLE: italic"&gt;Paris&lt;/span&gt;, en chœur, nous en fredonnions la &lt;a href="http://www.deezer.com/track/781547"&gt;bande-sonore &lt;/a&gt;de façon quasiment obsessionnelle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La France, comme toujours, exerçait sur nous son envoûtement particulier. C’est pourquoi, tel que mentionné, le vendredi, nous avons vu, dans la petite salle de projection Elvira Popesco de l’Institut français (!), le film &lt;span style="FONT-STYLE: italic"&gt;Paris&lt;/span&gt;, de Cédric Klapisch, qui met en scène les élégants Romain Duris et Juliette Binoche. Il raconte l’histoire d’un trentenaire qui apprend qu’il va mourir et, du coup, de la transformation du regard de ce dernier sur son entourage, son environnement. Plus précisément, diverses histoires d’amour, parfois heureuses, parfois non, exposent toutes ensemble une philosophie du « carpe diem » – j’aime la traduction de « cueille l’instant ». Klapisch nous enseigne à saisir le Beau dans toutes ses formes – artistique, relationnelle, existentielle –, avant qu’il ne nous échappe complètement ou, plutôt, qu’on lui échappe. Ça me convient. Et, par la même occasion, il me semble que je comprenais mieux le jugement intransigeant d’Alex – le plus grand amoureux de la France que je connaisse – envers Bucarest qui n’illumine pas, le soir, la majorité de ses bâtiments dignes de l’être : on ne doit jamais être indifférent à la beauté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les jours à Bucarest se sont écoulés rapidement. Même si nous avons allongé notre séjour d’une nuitée par rapport à ce que nous avions initialement prévu, c’était déjà dimanche qui nous surprenait. Nous sommes allés nous gorger de soleil roumain pour une dernière fois au café-bar branché du Théâtre national, dont la grande terrasse est installée sur le toit dudit bâtiment ; Modalina, une Roumaine que j’avais rencontrée de passage à Lyon, est venue nous y rejoindre. Enfin, pour remercier mes hôtes, j’ai acheté des fleurs chez la marchande du coin en pensant faire essentiellement plaisir à la maîtresse de maison, alors qu’Alex m’a révélé qu’il croyait que ce serait son père le plus le content ! J’en étais heureuse, en quelque sorte, car ça me permettait d’exprimer, au-delà du langage, à travers le bouquet, ma reconnaissance. À leur tour, les Craciun m’ont offert un ensemble de collier et de boucles d’oreille ainsi qu’une édition bilingue (roumain-français) de l’œuvre de leur poète romantique national, Mihai Eminescu : j’étais choyée. Nous étions en retard au moment de partir vers la Gare du Nord, mais j’ai quand même réussi à esquisser un « multumim mult pentru tot » (merci beaucoup à vous pour tout) et un « la revedere » (au revoir).&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant nos cinq jours d’exploration de Bucarest, nous avons visité deux musées : le Musée du paysan, qui présente, à travers une multiplicité d’objets et constructions, différentes facettes de la vie en campagne roumaine, et le Musée du village, composé d’un regroupement de maisons traditionnelles et chapelles provenant de toutes les provinces de la Roumanie. Dans le premier lieu d’exposition, chaque salle était accompagnée d’un petit texte, plus ou moins visible, en français, qui expliquait succinctement les enjeux de la salle. Il y a un de ces préambules qui m’a particulièrement marquée, disant que la magnificence n’avait pas toujours rimé avec richesse, la magnificence étant plutôt issue du fragile mélange du pauvre et du luxe ; je trouvais que c’était vrai et pas seulement pour la portée poétique de cette affirmation. Il se dégageait une belle rusticité de ces témoignages historiques, dont la simplicité, dans son sens le plus positif, me semble avoir imprégné la culture roumaine même. En effet, on y sent des gens authentiques, au sourire franc, qu’on les connaisse peu ou beaucoup, et satisfaits d’une vie qui n’a pas besoin de millions d’artifices, ce que j’espérais trouver en Europe de l’Est. À ce sujet, je dois avouer que, si nous n’avions connu personne à Bucarest, le charme qu’a exercé cette ville sur nous aurait été moins immédiat, car il est clair que la chaleur de ses citoyens y contribue ; sinon, peut-être que ses contradictions nous auraient choqués davantage. C’est ainsi dire que c’était une vraie chance, grâce à Alex, de pouvoir la visiter de l’intérieur, même si l’extérieur révèle une capitale délicate, avec ses fleuristes, ses bouquinistes, son cher Institut français et son Arc de Triomphe, entre autres, qui font perdurer le mythe du Paris des Balkans.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le printemps m’a sans doute aussi aidée à comprendre cette ville pleine de parcs : un amalgame de bourgeons verts en croissance et de minuscules feuilles d’un tendre vert. C’est pourquoi je n’étais pas étonnée lorsqu’Alex m’a mentionné que, même s’il parlait souvent contre Bucarest, il aime sa vie. À quelques reprises, profitant des bienfaits naturels de la cour intérieure de chez Alex, j’ai pensé à Soljenitsyne (penseur russe qui a vécu le Goulag) qui disait, dans &lt;span style="FONT-STYLE: italic"&gt;Études et miniatures&lt;/span&gt;, quelque chose comme tant qu’il pourra sentir une fleur de pommier, la liberté existera. Bien sûr, la Roumanie a beaucoup évolué depuis 1989, ce que j’ai essayé de rendre visible à travers mes descriptions, mais les Roumains ont tout de même offert à Yuta et moi, menacés par le désenchantement des pays surdéveloppés, une belle leçon de sagesse et d’émerveillement qui demeurent purs.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-6298665647477245598?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/6298665647477245598/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=6298665647477245598' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/6298665647477245598'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/6298665647477245598'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/04/bucarest-bucuresti.html' title='Bucarest - Bucuresti'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-250805627298569</id><published>2009-04-07T09:57:00.001+02:00</published><updated>2009-04-07T09:59:22.398+02:00</updated><title type='text'>la dignité quotidienne</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;lundi 6 avril 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine passée, M. Thélot nous a à nouveau montré des reproductions picturales illustrant le Sublime, cette fois-ci à partir de son ordinateur portable personnel – un Mac. Ce type d’activité de la part des profs offre toujours une possibilité de voyeurisme aux étudiants et j’avoue y avoir succombé. En effet, je n’ai pu m’empêcher de scruter les dossiers affichés sur son Bureau virtuel ; rien n’était intitulé « Poésie » ou « Écriture », mais il y en avait un qui s’appelait « Travail quotidien ». Peu importe de quel travail il s’agit, cela signifie bien l’application nécessaire à la réalisation de grandes choses ; à Québec, M. Dumont, dans le cours d’Écriture de l’essai, parlait de l’importance du caractère journalier de l’écriture diariste, qui permet de recueillir de vives impressions et de les accumuler, fructifiant. Ah, les grands de ce monde que j’admire tant… Parfois, c’est nouveau, j’ai l’intuition que je pourrais réaliser moi aussi quelque chose de bien et ça me fait me tenir droite, dans l’écriture et dans le reste. Du coup, quand je pense maintenant au dossier « Travail quotidien », j’ai envie de me donner les moyens de mes ambitions et, pour l’instant, j’écris avec un certain souci esthétique ces quelques lignes de journal.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mais ce n’est pas toujours facile de garder confiance en la vie, en l’existence : quelques fois, tout apparaît futile, d’autant plus que, comme le dit Pascal dans ses &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Pensées&lt;/span&gt;, « la fin sera sanglante ». Autrement dit, la seule certitude que nous avons à la naissance, c’est celle que nous allons mourir. À quoi bon le reste, atteindre la justice, la vérité ? À propos de ce genre de désespoir latent, j’ai bien aimé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Square &lt;/span&gt;de Marguerite Duras, un de ses premiers écrits, assez personnel : c’est un long dialogue entre un homme et une jeune femme qui se rencontrent par hasard dans un espace public et qui se racontent la médiocrité de leur existence, lui qui est vendeur itinérant et elle qui est bonne à tout faire. Je l’ai lu dans le cadre du TD sur Blanchot et M. Mattussi semblait lui aussi touché par ces personnages : avec une gravité presque joyeuse, il disait que, puisque les dialogues ne sont basés que l’essentiel, n’ayant quasiment aucune qualité référentielle, il reste peu de choses. D’où l’épuration déstabilisante de la prose de Duras. Il a renchéri en mentionnant que ce malaise de vivre accompagnait tout être, cela avec une spontanéité et une insouciance telle qu’on aurait dit qu’il parlait de lui. J’étais triste, prise de pitié, je savais qu’il avait raison ; et il maîtrisait encore moins que d’habitude le brouhaha de la classe ce jour-là. D’ailleurs, il ne porte pas de jonc à l’annulaire – que cela ne veuille rien dire ou tout dire. En tout cas, j’ai souvent l’impression de comprendre la vie à l’aide des livres, comme s’ils lui insufflaient sa propre cohérence, son intelligibilité. Ça doit être pour ça que j’étudie en littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La littérature et son caractère salvateur : le poète que nous voyons avec M. Bonnet, Antoine Emaz, parle d’une morale de l’écriture, celle de se tenir droit dans la confusion du monde… Même si vivre de façon sereine, à certains moments, relève du défi, parce qu’on n’arrive pas à se connaître, parce qu’on n’arrive pas vraiment à connaître l’extérieur non plus – le problème du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Loup des steppes&lt;/span&gt;. M. Bonnet disait bien que la poésie d’avance n’est pas vendeuse, d’autant plus que celle d’Emaz gratte nos plaies existentielles et qu’elle nous fait sentir le vide. D’ailleurs, tout le monde avait peur quand ce prof nous a montré des photos du poète : un homme vieilli, presque chauve, avec des cernes indescriptibles qui trahissaient tout effort de sourire. Mais puisque chacun se doit de maintenir sa propre dignité humaine, il faut s’efforcer de donner sens à ce qu’on décide de faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est pourquoi, jeudi dernier, Lysandre et moi sommes allées participer à la manifestation devenue hebdomadaire contre les réformes du milieu de l’éducation, tous niveaux confondus, de la maternelle à l’université. Même si, avec Giulia, nous avions déjà pensé que nous avions encore le cœur de descendre dans les rues s’user les pieds même si on ne pense pas réellement que les choses puissent changer, l’enthousiasme de la foule réunie – « au clair de la lune, mon petit Darcos… » –, l’ambiance sonore que les étudiants en musique de Lyon 2 produisait donnaient à penser, pendant une somme d’instants, que nous avions encore le pouvoir de quelque chose. Dans la mesure où je suis au courant de quelque chose – je trouve ça difficile d’être toujours bien informée –, je m’intéresse à ce qui concerne les universités. Pour l’instant, le recul effectué par le gouvernement n’est pas énorme : Xavier Darcos, ministre de l’éducation, a annoncé à la fin du mois de mars que la réforme des concours d’enseignement sera repoussée d’un an – au fond, ce n’est qu’une application retardée de la loi LRU, acronyme signifiant « libertés et responsabilités des universités ». Cette loi veut que les universités atteignent l’autonomie budgétaire, ce qui signifie, entre autres, des coupures dans le milieu de la recherche, tant dans les fonds alloués que le nombre d’enseignants-chercheurs eux-mêmes. L’éducation ne sera jamais pour moi une marchandise, ni pour beaucoup d’autres gens, d’ailleurs, ce que j’ai constaté pendant cette manifestation. Bien que je ne vivrai jamais les conséquences de cette réforme française, si elle a véritablement lieu, je crois qu’un tel enjeu est d’intérêt universel, d’où le fait que je participe au mécontentement général et que j’adopte ce cogito parodique que j’ai vu sur des affiches faites maison : « je pense donc je nuis ».&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce dernier jeudi m’a donné à voir et sentir une autre forme de désolation sociale. Je ne sais pas pour quelle raison, mais, jeudi matin, M. Mattussi n’était pas là – ordinairement, il n’a pas fait la grève, alors il a peut-être eu un souci d’un autre ordre. Cette absence m’a donc permis de rentrer tranquillement à pied chez moi. Sur mon chemin, j’ai croisé une dame d’origine visiblement arabe qui promenait son enfant dans une poussette. Ils étaient tous les deux habillés avec la douce laideur de la pauvreté et l’enfant avait un revolver de plastique dans les mains ; malgré tout, la femme se tenait droite et donnait à son ménage ambulant une faible aura de fierté, image de toute la dignité que le monde puisse encore lui offrir. Nous attendions toutes deux une traverse piétons et elle m’a demandé, dans un français auquel je comprenais à peu près la moitié de ce qu’elle me disait, si j’avais de la nourriture, « des spaghettis », ou des tickets restau. Je l’ai lui ai dit que non, que j’étais désolée, et, sans colère de sa part, elle m’a dit que c’était parce que le petit n’avait pas mangé. Et je la croyais, malheureusement. Puis, j’ai pensé à lui donner un euro, mais je n’avais que des pièces de deux euros ; dans mon ébahissement confus, je ne lui ai rien donné au final, nos chemins se séparant. Pendant les instants qui ont suivi, je me suis sentie un monstre de cruauté et d’égoïsme. Mon instinct maternel était stimulé. Aussi suis-je trop sensible pour accepter que de telles injustices existent encore dans notre monde et qu’on y adhère avec une indifférence crasse.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma participation aux Assises Internationales du Roman me conscientise d’ailleurs à la cause des immigrés : je lis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Bilal sur la route des clandestins &lt;/span&gt;de Fabrizio Gatti, un journaliste italien qui choisit cette fois de raconter le fruit de ses recherches sous la forme romanesque, ce qui donne une espèce d’écriture naturaliste, à portée très réaliste et aux descriptions ahurissantes. En fait, il a décidé de se transformer en immigrant africain qui voudrait intégrer l’Europe pour comprendre le pourquoi et le comment de la chose. Ainsi, ce livre me fait voyager dans des climats d’une chaleur et sécheresse inouïes, où la vie est ralentie par des conditions matérielles déplorables et à la fois rendue supportable par les brefs instants de tendresse humaine qui transcendent le reste. Dès que Gatti engage la conversation avec les gens qu’il rencontre, au bout de trois phrases échangées, souvent, l’interlocuteur demande s’il veut l’amener en Europe avec lui : ça semble le seul espoir de plusieurs vies – c’est pourquoi, sans doute, la situation de la femme que j’ai croisée jeudi m’a encore plus fait mal au cœur, car la vie européenne n’est pas toujours si idéale pour tous. Vendredi, je suis allée à la préfecture pour qu’on notifie mon changement d’adresse sur mon titre de séjour : je m’y suis rendue assez tôt, pour éviter d’avoir à poireauter dans la queue. Le service n’était pas encore ouvert, les gens attendaient dehors, soit environ une vingtaine de personnes, généralement d’origine arabe et de tout âge, des enfants aux grands-parents. J’étais un peu déçue, car cela signifiait que ce serait long pour moi, mais non. Quand nous avons pu entrer à l’intérieur, pratiquement tout le monde s’est dirigé vers la section « Demande d’asile », ce qui signifie que ces individus n’ont pas de situation régularisée auprès du gouvernement – comme tous ceux qui rêvent de l’Europe chez Gatti et qui veulent seulement y entrer pour ne jamais en ressortir, ce en quoi ils sont bien en droit, selon moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Même si je décris ces situations avec le point de vue d’une fille qui fait partie de la nation dominante, d’autres moments me rappellent toujours à mon sentiment d’étrangère. Sur la table-ronde de la non fiction narrative, dans laquelle Gatti s’inscrit, je travaille avec un collègue de classe, Jean-Claude, qui est en chaise roulante. Il s’est moqué de mon accent en essayant de se l’approprier avec une exagération insupportable et parlant de Céline Dion et de caribou, comme tous les Français, à quelques exceptions près, font ; pourtant, je l’aurais cru plus sensible à ne pas rire de la différence en raison de son propre handicap. Moi, je n’avais plus envie d’en rire, parce que ça n’a jamais été drôle et que ma tolérance a une certaine limite. Je vais finir par penser que les Français sont condescendants : pas un snobisme de l’immédiat, seulement plus insidieux, une manière de penser qui nous regarde avec une certaine supériorité, comme lorsqu’on babille avec un enfant. Du coup, j’avais juste envie de retrouver la stabilité de mon monde connu, celui auquel j’appartiens véritablement, parce que, la littérature, je sais que je peux l’apprécier au Québec aussi, que Claude Paradis et Saint-Denys-Garneau n’aimaient pas voyager – même si je sais, après avoir évacué ma frustration du moment, que cette expérience constitue sans doute la chose la plus enrichissante que j’aie vécue jusqu’à présent. Et ce n’est pas une illusion que j’ai de parler le français, cette même langue employée ici en France – Caroline, ma coloc, approuve –, que les heures que j’ai passées dans la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Grévisse&lt;/span&gt; en témoignent, alors qu’ici je vois des fautes partout. Néanmoins, l’automne prochain, je vais suivre le cours sur le Français en Amérique du Nord pour comprendre comment notre français a effectivement évolué autrement depuis la création de la Nouvelle-France et pour qu’au fond, j’accepte entièrement sa morphologie propre…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a au moins mon petit groupe d’amis qui me fait sentir encore un peu chez moi en terre française. J’oscille ces jours-ci entre la distanciation et le rapprochement de cette identité lyonnaise, sans doute parce que je sens que la fin – cela m’apparaît toujours avec une clarté grandissante – approche. D’ailleurs, je n’ai plus envie de répondre systématiquement par la positive aux invitations à sortir ; parfois, mon mode de vie plus austère de Québec resurgit comme gage d’une sécurité stabilisante, mais j’essaie quand même de me secouer pour évacuer cette torpeur qui me guette – un renfermement sur moi qui n’est même pas fécond, je le sais. Or, je suis donc sortie chez Giulia, je suis allée prendre l’apéro sur les berges du Rhône, au coin de la Guillotière sous un soleil couchant, et je suis aussi allée fêter le départ de Jacques, le coloc d’Eva, qui part un an dans les Amériques. Ça faisait du bien de me retrouver, au fond, avec ces personnes qui apprécient ma compagnie et cela de façon réciproque. Les pigeons sur les berges profitent de l’allégresse printanière ; je ne sais pas si j’ai quelqu’un à courtiser pour ma part, mais je profite tout de même de ces moments éphémères – je crois que la vie ressemble à la nouvelle « Ulrica » de Borges – pour rire et danser sans penser à ce qui alourdit la vie. Pascal disait qu’on avait d’ailleurs raison de se divertir de notre condition humaine, si on en garde la conscience !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il y a une semaine déjà, je suis allée avec Élise et Lysandre visiter Pérouges, somme de constructions humaines qui sont, celles-ci, marquées par la durabilité plutôt que la fugacité : cette municipalité à une demi-heure de train de Lyon est un village médiéval dont l’origine remonte vers le XIIe siècle, alors qu’il était une forteresse. Tout était en pierre, parfois grise, parfois multicolore ; le pavé était inégal, encore plus qu’à Lyon, et nos pieds s’en ressentaient ! C’était petit, alors nous avons vite fait le tour, mais ça s’est avéré tout de même agréable en raison de cette beauté historique à laquelle l’Europe nous habitue – et de cette galette de Pérouges, une pâte mince sur laquelle fige un sirop sucré. D’ailleurs, j’ai particulièrement aimé l’incroyable quantité de jardinières posées contre les fenêtres ainsi que les plusieurs plants de lierre grimpant, comme si, juxtaposés à la pierre, ils témoignent d’un entremêlement harmonieux du passé inusable et du présent fragile, encore soumis à la pluie et au beau temps. Avant de reprendre le train, nous avons marché un peu dans les alentours, dans la campagne et son air frais : nous en avons célébré la verdure ainsi que les moutons et les agneaux qui sommeillaient au soleil, dans leur enclos.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier, je suis allée au Musée des Beaux-Arts pour voir la nouvelle exposition temporaire, Juliette Récamier, muse et mécène. Cette dame d’origine lyonnaise, installée cependant essentiellement à Paris et soutenue par les finances de son mari, un riche banquier, a tenu d’importants salons de sociabilités et de rassemblement littéraire à la fin du XVIIIe et au XIXe siècles, prenant même tête contre Napoléon et son absolutisme. Elle était d’ailleurs une copine de Mme de Staël, celle qui a posé les bases du romantisme français dans son essai &lt;span style="font-style: italic;"&gt;De l’Allemagne&lt;/span&gt;. L’exposition s’attardait donc à nous faire connaître cette dame, que nous pouvions découvrir, entre autres, à l’aide de plusieurs portraits et bustes que les artistes de son entourage ont réalisé. Souvent les reproductions de sa personne étaient idéalisées, ce qui laisse croire qu’elle était une starlette avant l’heure, soucieuse de l’image projetée et de son pouvoir. En effet, le parcours nous montrait plusieurs portraits aussi des prétendants qu’elle a eus, aussi célèbres que Benjamin Constant ou Chateaubriand, par exemple. Ce n’est pas surprenant que Chateaubriand, écrivain à la sensibilité préromantique, l’ait fait son amante, car elle avait l’air d’un vrai ange : des traits fins, des coiffures complexes mais élégantes et des robes toujours blanches qui révélait la gorge profonde dans un jeu de subtil de voiles transparents. En bref, une vraie beauté néo-classique de pure lumière. On aurait cru la déesse dans le poème « Aube » de Rimbaud.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-250805627298569?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/250805627298569/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=250805627298569' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/250805627298569'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/250805627298569'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/04/la-dignite-quotidienne.html' title='la dignité quotidienne'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5313208885549580750</id><published>2009-04-02T23:24:00.005+02:00</published><updated>2009-04-03T00:03:35.535+02:00</updated><title type='text'>le Sublime</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mercredi 25 mars &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’été est arrivé et reparti, mais le printemps demeure. La semaine passée, à chaque jour, le ciel était d’un bleu parfait et le soleil aveuglant, c’était mon nouveau réveil matin ; je n’aurais jamais cru vivre ça à Lyon un jour. Cette lumière radieuse a été accompagnée d’une chaleur de circonstance, tellement que c’était de quoi se découvrir d’un fil ou deux – ça ne rime pas encore, c’est pourquoi j’ai osé… Les berges du Rhône, où des promenades et des terrasses sous forme d’escaliers ont été aménagées, constituent désormais quelques kilomètres de bonheur certain pour se faire chauffer par les rayons du soleil printanier. Jeudi, Élise et moi avons succombé à cet enthousiasme estival et avons acheté des glaces, elle aux framboises, moi au chocolat, en déambulant sur la rue de la République – c’est le printemps pour tout le monde, j’ai même vu juste à temps un pickpocket qui avait la main dans la sacoche d’Élise à la sortie du métro Sans souci… Maintenant, la température est redescendue à un niveau plus normal, mais c’est quand même beaucoup plus chaud qu’à Québec à ce moment de l’année. Bien que ce soit franchement agréable, ça me tord parfois le cœur, car ce retour du beau temps signifie que j’ai vraiment manqué l’hiver, que je ne verrai pas de vrais flocons ni sentirai ma peau rougir de froid. Ici, l’hiver a été gris et morose, avec de la pluie qui n’évoquait que ma profonde nostalgie de la neige. Du coup, j’ai l’impression d’être dépossédée, malgré ce soleil nouveau qui voudrait me faire sourire de la façon la plus entière possible. Comme écrivait Louis-Jean Thibault – oui, encore lui, pourquoi je n’ai pas apporté son recueil ? –, « le moi est une question de pente et de climat ». Il me semble que je comprends mieux ce que ça veut dire, désormais, je pense que je ne pourrai jamais vraiment appartenir au climat lyonnais et à sa douceur permanente.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cependant, le beau temps nous invite au moins à bouger. C’est pourquoi, dimanche de la semaine passée, profitant des voitures de Félix et Léo, quelques amis et moi nous sommes rendus dans une des banlieues cossues du nord-ouest de Lyon, Saint-Romain au Mont d’Or ; nous en avons visité la mauvaise conscience, soit la Demeure du chaos, concept élaboré par Thierry Erckmann. Cet étonnant site, au relief inégal, comporte une multitude de débris – faux cadavres, piles d’autos écrasées, bidons vides, pièces de métal – qui entourent une maison couverte de graffitis de représentations diverses, comme des têtes de mort. Il y avait aussi quelques citations de Ben Vautier qui m’ont tout de suite attendrie, comme celle qui dit que « la fin du monde approche ». En effet, l’ambiance visuelle de cette œuvre géante, marquée par le noir, le blanc et le rouge, évoque une espèce de matérialisation postmoderne de l’apocalypse. Une peur sournoise nous envahissait. On l’avait fait exprès en affichant à l’entrée, en plus du reste, que les créateurs n’étaient pas responsables des blessures causées – c’était pour le principe, car il n’y avait rien de réellement dangereux ou presque. Plus précisément, les chocs étaient d’ordre émotif : un petit garçon a lancé à Lysandre et moi un regard plein d’une incompréhension douloureuse lorsqu’il a remarqué qu’il y avait un corps écrasé sous une voiture. Il va sans dire que les créateurs cherchent à provoquer ceux qui osent pénétrer cet endroit, sans doute trop pour les curieux encore innocents. Néanmoins, pour les grands enfants, je pense que cela convient, parce que la Demeure du chaos est un projet intéressant dans sa subversion et légitime dans son désir de faire réfléchir les gens sur l’art et leur mode de vie. Entre autres, j’ai pensé que cette entreprise se rattachait à celle du mouvement français de la décroissance, un anti-capitalisme qui vise à ralentir la productivité et la consommation à la fois, d’où le graffiti suivant : « il faudrait huit planètes pour que la population mondiale vive comme les occidentaux ! » C’est une problématique d’importance, d’autant plus que la crise économique devrait nous y rendre plus sensibles. En tout cas, plusieurs habitants de la municipalité et la mairie elle-même ne sont pas réceptifs à cette volonté, certes assez brutale, d’éveiller les consciences, puisque, depuis près de dix ans, les autorités menacent de détruire toutes les installations, malgré les pétitions importantes pour sa sauvegarde. Pour ma part, j’ai trouvé que la Demeure du chaos avait un quelque chose de judicieusement comique en ce qu’elle force l’antithèse avec la périphérie huppée dans laquelle elle siège. J’en retiendrai, en bref, un refus total du confort matériel et idéologique, ce qui n’est pas tant rafraîchissant que nécessaire, parfois. Toute stimulante a été ladite visite, je dois dire que j’ai retrouvé avec une certaine tendresse le calme ordonné de la nature lorsque nous avons fait un bref arrêt, sur le retour, à l’île de Barbe, une parcelle de terre cernée par la Saône. Nous avons simplement marché et Lysandre et moi traînions à l’arrière, emplies de l’odeur de la verdure et de la lumière déclinante. Ah, les Québécoises et les espaces naturels ; parfois, même, nos amis se moquent gentiment de nous à ce sujet.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En ville, toutes les forces renaissent avec la venue du printemps : les magnolias sont en fleur et les manifestations se multiplient contre la réforme du milieu de la recherche universitaire. M. Auclerc, mon prof le plus activiste, je crois, avec M. Bonnet, nous avait invités à y participer et j’ai répondu à l’appel il y a une semaine, mardi passé. L’activité consistait à faire une chaîne humaine sur le bord du Rhône, de façon à en longer la plus grande distance possible pour en acquérir le plus de visibilité également. J’ai trouvé que l’idée était bonne et j’étais fière de participer à cet intelligent symbole de solidarité – les enseignants chercheurs doivent prouver qu’ils ont une créativité digne d’être défendue. L’initiative a assez bien fonctionné, nous nous sommes tenus par les mains du pont Galléni jusqu’au pont Morand, ce qui constitue une distance de près de trois kilomètres. J’étais allée toute seule me fondre à la masse – Élise et Lysandre avaient leur cours d’histoire de l’art et je n’avais communiqué avec personne d’autre –, mais j’ai construit une amitié de passage avec Tiffany, une fille de Lyon 2 en études anglaises. Elle était sympathique, mais nous n’avons pas, bien sûr, échangé nos coordonnées, alors je ne la reverrai sans doute jamais. Néanmoins, grâce à cette rencontre presque utilitaire, pendant les moments où nous scandions « Lyon un, Lyon deux, Lyon trois, Sar-ko zé-ro ! », j’ai même pu me sentir intégrée à la microsociété française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En participant à cette manifestation, j’ai eu le désir de dépasser la tension entre le fait d’aller en cours – prioriser l’amour de la littérature – ou faire grève et tout le reste. Pour moi, il ne devrait pas y avoir là d’antinomie et c’est elle que j’ai tenté d’abolir. En fait, peut-être que la pression que je sens possède un quelque chose d’imaginaire, mais c’est quand même ce sentiment qui m’étreint désagréablement lorsque je passe du côté de Lyon 2 (nos pavillons communiquent), où les étudiants distribuent des tracts, barrent les corridors avec des chaises et font des gros yeux à ceux qui semblent vaquer à des occupations plutôt personnelles. Ce n’est pas que je suis contre leurs revendications, au contraire, mais je ne pense pas non plus que les absences aux cours – les profs ne comptabilisent pas les absences en jour de grève déclarée – puissent vraiment changer quelque chose. Solution facile mais de tout de même admissible de M. Thélot : la littérature est une grève perpétuelle du monde. Je ne sais pas si c’est vraiment lié au cas précédent, mais Lyon 3, je l’ai déjà dit, est une fac marquée par sa pensée de droite. À ce sujet, M. Pinchard, un prof de philo que j’avais apprécié en conférence à l’Université Laval l’an passé et qui enseigne, entre autres, l’esthétique à Lyon, ne fait pas la grève non plus ; Giulia m’a dit qu’il était d’extrême droite. Je dois dire que de telles positions politiques me surprennent toujours, en ce qu’elles me semblent si distanciées d’un souci de Bien universel que je juge capital dans toutes les sphères de la vie humaine. Pourtant, cette dualité gauche / droite témoigne bien du combat interne que vit depuis longtemps la France, celui entre les royalistes et les révolutionnaires, par exemple. Encore une fois, mon image de la France était trop romantique : ce n’est pas chacun qui croit en la liberté, l’égalité et la fraternité.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant le cours de Rimbaud, en parlant du dégoût de ce créateur pour la poésie établie et bienséante, M. Thélot s’est permis une légère digression à propos du Printemps des poètes qui s’est déroulé à Lyon. J’en étais heureuse, car j’allais pouvoir avoir son point de vue sur la chose – et je n’ai pas adhéré à son opinion, j’avais enfin hâte que ça arrive. Or, je ne sais pas si c’était plutôt Rimbaud dans sa « Lettre au voyant » ou le prof lui-même, mais ça m’est égal, car ça m’a permis de dialectiser ma pensée et de la fortifier. Le Printemps des poètes, si j’ai bien compris, serait une chose horrible en ce qu’elle est intégrée et soutenue par une structure sociale et que, du coup, elle ne choque rien ni invente. Ainsi, on supposerait une espèce d’aristocratie de l’art qui elle se réserverait à l’avant-garde, à « la poésie objective ». Cela pour dire que je n’étais pas nécessairement en accord avec le fait que la poésie soit mauvaise parce qu’elle devienne un objet d’intérêt populaire. Sans penser que j’aurais à m’en expliquer par la suite, j’ai écrit dans mon entrée précédente de journal que « ce n’était rien de très extraordinaire, mais j’étais quand même heureuse de participer à cette manifestation de l’intime dans un espace public. » Peu importe, je veux bien prôner une démocratisation de la poésie, puisque dans « la nouvelle harmonie » des hommes en marche de Rimbaud, il faudrait sans doute que tous soient sensibles à un usage le moindrement esthétique du langage – et de la vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré ce commentaire de M. Thélot qui m’avait fait, pour le moins, dresser les poils de bras, le cours de Civilisation et culture du XIXe siècle que nous avons eu avec lui en fin de journée a su me redonner tout mon enthousiasme initial et même encore davantage, peut-être. En fait, cette séance était consacrée au visionnage de différentes toiles qui concrétisaient le concept de Sublime – c’est un au-delà des choses qui nous ravit, nous enthousiasme ; du point de vue rhétorique, c’est l’au-delà du persuasif, du convaincant ; du point de vue esthétique, c’est l’au-delà du beau ; du point de vue philosophique, c’est l’au-delà du vrai. Tout cela me donne envie de lire la troisième critique de Kant, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Critique de la faculté de juger&lt;/span&gt;, car nous en avons parlé en classe. Avant-hier, donc, nous avons d’abord observé des œuvres de Poussin, de Courbet et essentiellement d’autres peintres français que je ne connaissais pas. Une des toiles de Courbet, représentant une vague dévorante, illustrait clairement le Sublime : l’œil était immergé dans deux infinis qui le dépassent, soit le ciel et la mer. Et si l’on regardait encore davantage, ces deux immenses masses évoquaient la poétique d’une composition abstraite, sans plus de ressemblance aucune avec le réel. Je ne me souviens plus quelle a été la transition du prof, mais nous avons ensuite parlé de la photographie, cet art en apparence le moins sublime, seulement mimétique. Pourtant, parce qu’il imprime un moment révolu – tout ce qu’on prend en photo n’existe plus jamais pareillement ensuite – sur une pellicule photosensible, parce qu’il témoigne d’une considération du passé et de l’impitoyable action destructrice du temps, il acquiert incidemment un caractère sublime. Ce développement a permis à M. Thélot d’enchaîner sur Yves Klein – il y avait pas de diapositives associées, c’était seulement un élan du cœur non prévu duquel le prof a voulu nous entretenir, sans avoir de notes pour soutenir son exposé, bien sûr, comme très souvent. En guise d’introduction, il a parlé du sublime bleu Klein, ce bleu d’outre-mer très intense, un au-delà du bleu en quelque sorte immatériel, dont l’artiste a dégagé plusieurs toiles monochromes ; je l’avais découvert à Pompidou lorsque j’étais venue en France en hiver 2007. Puis, il a évoqué les anthropométries de Klein (des empruntes dudit bleu laissées par des corps d’hommes et de femmes qui se sont appuyés sur une toile blanche) pour en dégager le même caractère sublime que la photographie, en ce que toutes deux elles témoignent d’une présence passée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, nous avons repris le fil de la projection des images et avons ainsi transité vers Rothko, ce superbe peintre américain de l’abstraction lyrique – j’en avais vu de vrais pendant l’exposition &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Repartir à zéro &lt;/span&gt;! Les toiles pour lesquelles nous le connaissons sont des larges aplats de couleur, constituant une manifestation ultime de l’informe, de l’invisible, c’est-à-dire de l’émotivité pure. Une citation de Rothko lui-même, que j’ai retrouvée dans un document que j’avais pris au musée, explique brillamment le Sublime que sous-tendent ses productions : « un tableau doit être une révélation, la résolution inattendue et sans précédent d’un besoin éternellement familier. » Il me semble qu’à la lumière du cours de M. Thélot, je comprends mieux ce que cette phrase signifie. Une élève a levé la main pour signaler, avec une certaine retenue, qu’elle comprenait mal quel mérite on pouvait attribuer à Rothko en ce que les compétences techniques requises par les toiles que nous avons regardées sont celles de sa jeune sœur de quatre ans – la question fatale qui n’a évidemment pas su démonter M. Thélot. Avec un discernement respectueux, il a répondu que ce type d’art demande un certain affinement du regard, exercice qui peut demander un travail de plusieurs années d’observation et de promenades au musée ; pour ma part, je pense que ce sont mes cours d’histoire de l’art du cégep qui ont effectué ce travail préliminaire, je suis bien consciente de ma chance. Enfin, il a souligné que l’art de Rothko, avec ses grandes étendues lumineuses, celles carrément sombres et ses subtiles variations internes, est du grand art en ce qu’il a la qualité de porter à la reconsidération de la nature de l’art et de l’instrumentalisation des couleurs, des formes. À la défense de l’art dit abstrait, j’ajouterais à cela un commentaire de M. Wunenberger, mon prof d’Esthétique qui est le doyen de la Faculté de philosophie. Ce dernier a mentionné que l’art abstrait porte un nom fautif, car, selon l’étymologie latine du verbe « abstraire », son qualificatif voudrait signifier « qui sépare », alors que ce style pictural a un tout autre projet, celui de retrouver la matérialité pure, la lumière, la couleur, la forme, commune à toute perception visuelle du réel et autrement disséminée à travers les divers objets de la peinture figurative.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SdU17zH5nZI/AAAAAAAABG4/g-pbRniX6DY/s1600-h/Sans+titre-1.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 400px; height: 234px;" src="http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SdU17zH5nZI/AAAAAAAABG4/g-pbRniX6DY/s400/Sans+titre-1.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5320217836260007314" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;M. Thélot n’a généralement pas de difficulté à maintenir son autorité en classe, mais il me semblait que tous étaient particulièrement attentifs ce jour-là, même s’il se faisait tard dans la journée en raison de l’heure de cours que nous rattrapions. Une symbiose s’était lentement tissée entre l’auditoire et le maître, si bien que, le prof s’avouant fatigué et paraissant à court de mots, nous demandant si nous avions des questions, un jeune homme a levé sa main : il a demandé si le poète, aujourd’hui, se devait de s’exercer la main en écrivant selon les austères formes des grands poètes passés ou s’il devait plutôt y aller de bon gré, dans un style libre. On pouvait accorder à l’élève la volonté louable de faire un parallèle avec la brève réflexion sur la tradition et de la modernité que nous avions eue à propos de la peinture, mais il m’a semblé que le but était d’avoir la vision de M. Thélot sur cette chose d’ordre personnel mais essentiel à la fois, comme si cet enseignant détenait la clé de toutes les énigmes du monde – l’effet du charisme, sans doute. Peu importe, j’étais agréablement surprise, ce cours simplement étonnant abordait soudainement tous les sujets qui, moi aussi, me tenaient intimement à cœur ; j’avais le sentiment d’être en train de vivre un moment important de ma vie, comme lorsque j’avais parlé avec Hélène Dorion. Or, M. Thélot a octroyé un état particulier à la poésie, en ce qu’elle est dotée d’un caractère immédiat. Si le pianiste ne fait pas ses gammes avant d’interpréter n’importe quelle mélodie, cela transparaîtra par la suite dans un manque de maîtrise et d’harmonie ; en poésie contemporaine, plusieurs grands créateurs, comme Yves Bonnefoy, sont des monstres d’histoire littéraire, mais, simplement, les formes strictement anciennes sont dépassées. La poésie est une activité du désir – Rimbaud ! – et elle ne se permet pas d’attendre. Du coup, notre gourou d’un jour en a profité pour évoquer le recueil de Jaccottet au passage, intitulé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’ignorant&lt;/span&gt;, ce mode d’existence qui confère à tout poète sa vraie qualité, puisque, être poète, ça ne s’apprend pas. C’est pourquoi M. Thélot en a profité pour nous raconter la touchante petite histoire d’un peintre qu’il connaît : cet artiste visuel s’était fait mettre dehors d’une école d’art parce que ses productions ne convenaient pas à l’institution, mais ça lui était égal, car, école ou pas, il savait qu’il était peintre, simplement, c’était sa destinée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le cours s’est conclu ainsi. Cette fin de journée venait de m’apporter beaucoup de matière à réflexion. Plus précisément, j’avais la tête grosse, saturée, au terme de cette extase intellectuelle et émotive aussi, je crois bien : cette séance en elle-même avait été sublime, j’avais été ravie en son sens propre, c’est-à-dire transportée. C’était comme lorsqu’on rêve à moitié éveillé et qu’on n’est pas sûr de comprendre la logique des événements qui, pourtant, apparaît sur le coup la plus harmonieuse du monde. Même si je sais que j’ai déjà vécu aussi des instants de haute voltige à Laval, de tels cours vont me manquer à Québec et c’est pourquoi j’ai pris tant de temps pour écrire celui-ci. C’est un moyen d’en oublier le moins possible et de le faire renaître à volonté, parce que je sais qu’il sera, comme d’autres séances, irremplaçable : la France est tellement imprégnée de beauté et de culture que ça suinte même dans la façon de vivre, de s’exprimer, d’enseigner.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le mardi qui suivait a continué cette entreprise de l’enseignement sublime. En effet, hier, dans le cours de littérature contemporaine française avec M. Bonnet, nous avons abordé le chapitre de la poésie avec l’auteur Antoine Emaz, que j’ai été enchantée de découvrir. Nous étudions son recueil &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Caisse claire&lt;/span&gt;, une anthologie de ses poèmes écrits entre 1990 et 1997, publiée chez Points. C’est une écriture qui m’a fait penser aux silhouettes longilignes de Giacometti, en ce que ses mots me semblent témoigner d’un passage à une présence minimale dans la matière langagière. M. Bonnet a d’ailleurs comparé son processus de création à celui du sculpteur, en ce que tous les deux doivent effectuer un travail d’épuration pour en arriver à l’œuvre désirée. Chez Emaz, du coup, on lit un fin squelette d’émotions, articulé par des vertèbres de prose et de vers. Tout ce qu’il y a de plus fragile et d’essentiel en même temps, qui nécessite un certain temps d’approche. M. Bonnet l’avait compris, car nous avons eu droit à une petite présentation audio-visuelle pour nous introduire officiellement – hors de nos lectures de chevet – à Emaz : une présentation PowerPoint où défilaient quelques photos du poète mais surtout des vers photographiés directement dans un recueil coloré par une lumière orangée. Pendant que s’enchaînaient les diapositives, une musique alternative, une espèce de doux rock agrémenté de l’indescriptible musicalité de la voix de Thom Yorke (chanteur de Radiohead), nous plongeait dans un état de réceptivité poétique hors du commun. Cet effet commandé nous préparait seulement à une interruption de la musique pour que M. Bonnet lise les vers d’Emaz, ceux qui défilaient. Et ce prof a tellement le don de bien lire la littérature, que ce soit de la prose déjantée ou l’alexandrin le plus symétrique imaginable, que c’était un moment encore simplement génial : M. Bonnet rendait à Emaz toute la délicatesse douloureuse de ses mots. C’était véritablement un récital de poésie en plein milieu d’un cours pendant que, dehors, on voyait par la fenêtre la police nationale, les CRS, en habit anti-émeute, prête à repousser les manifestations somme toute assez paisibles de Lyon 2 ; le contraste était drôle et j’avais l’impression, pendant quelques instants, que la poésie pourrait avoir raison, un jour, de tous ces non-sens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dans la continuité, ma journée s’est bien terminée, en plus, car je suis allée voir avec Élise et Lysandre, à l’opéra de Lyon, le ballet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Giselle&lt;/span&gt;, considéré comme symbole du ballet romantique. Brièvement, l’histoire racontée est celle de l’amour déçu d’une jeune demoiselle de la campagne, éprise d’un garçon promis à une bourgeoise. Le décor s’est avéré très basique, constitué d’une toile de fond qui a succédé à une autre au moment de l’entracte ; elles évoquaient, dans un style bande dessinée, les parties du corps de la femme d’abord comme formes du paysage puis comme pièces d’une sorte de puzzle déconstruit. Ces images s’harmonisaient bien avec la danse au caractère tout autant actuel de la chorégraphie, qui mélangeait les pointés du ballet classique que je connaissais à des mouvements plus angulaires, plus modernes. Comme à propos de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Roméo et Juliette&lt;/span&gt;, c’était suffisant pour m’éblouir et me fasciner devant tant de fraîche légèreté. J’avais envie, comme la danseuse-étoile, de virevolter sans aucune entrave, de n’être que pur élan, que pur transport.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5313208885549580750?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5313208885549580750/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5313208885549580750' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5313208885549580750'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5313208885549580750'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/04/le-sublime.html' title='le Sublime'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://4.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SdU17zH5nZI/AAAAAAAABG4/g-pbRniX6DY/s72-c/Sans+titre-1.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8390416803626646159</id><published>2009-03-21T15:41:00.001+01:00</published><updated>2009-03-21T15:42:48.542+01:00</updated><title type='text'>les passages silencieux</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;samedi 14 mars 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce matin, le groupe d’amis habituel est venu à la maison pour célébrer autour d’un petit-déjeuner préparé par Élise, Lysandre et moi – crêpes, pain doré (ici, on dit « pain perdu ») et salade de fruits – pour célébrer l’anniversaire de Vincent. Je crois que tout le monde a bien apprécié, d’autant plus qu’on a fait goûter à tous le sirop d’érable qu’Élise avait rapporté à Noël de Québec. Ce repas avait le goût du matin de fin de semaine à la maison, surtout ma crêpe dans laquelle je mets, avec un enthousiasme toujours renouvelé, du sirop et de la cassonade.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le week-end dernier, Alex, un ami et collègue québécois qui fait l’échange à Aix-en-Provence, est venu nous visiter à Lyon. J’étais contente de le voir, car c’est quelqu’un avec qui je m’amuse beaucoup et il m’a semblé que la complicité que nous avions développée à Québec n’était en rien altérée, ce qui a toujours un petit quelque chose de rassurant. Vendredi soir, il y a dormi chez Lysandre et, samedi, chez moi : ainsi, notre voyageur a eu l’opportunité de ratisser assez rapidement les quartiers centraux de Lyon. Alex n’était pas seul à être touriste, car sa visite m’a également permis d’aller plus avant vers les charmes secrets de Lyon. D’abord, nous avons sinué à travers le labyrinthe de traboules du Vieux-Lyon, ces étroits passages entre les pâtés de maison, qui sont une particularité architecturale de la ville. Le Routard d’Élise nous indiquait quelles portes nous devions ouvrir depuis les rues piétonnes, puis nous nous engouffrions dans ces passages multicolores qu’elles révélaient pour déboucher dans des cours intérieures aux arches et tourelles impressionnantes. Je me sentais au moment de la Renaissance, tant mon cœur se plaisait à ces incursions instantanées dans un espace-temps véritablement autre. Après ce voyage dans le temps, nous sommes allés bouquiner chez les marchands de livres des quais de la Saône. Le soleil de fin d’après-midi rendait l’ambiance festive ; un des vendeurs s’amusait à provoquer son interlocuteur – car, dans de tels endroits, l’objectif n’est pas tant de faire un énorme profit que de profiter plutôt d’un échange humain – en disant que la guerre, c’est bien, parce qu’après on écrit des bouquins intéressants. Je n’ai pas acheté de livre, mais en scrutant le paysage, j’ai aperçu une enseigne où il écrit inscrit « la vie est belle » et je n’ai pu qu’acquiescer. Nous avons terminé notre pèlerinage du samedi en jetant un clin d’œil à l’ancienne demeure – derrière l’Hôtel-Dieu – de Louise Labé, une des premières poétesses françaises, qui habitait Lyon au moment de la Renaissance. Dimanche a été davantage traditionnel : nous avons fait tous ensemble une visite à mon marché habituel, Vincent et Catinca sont venus aussi, puis nous avons pris une recharge de café chez moi avant d’escalader la colline de Fourvière pour en visiter la toujours aussi élégante basilique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette fin de semaine avec Alex, ponctuée de rires, de souvenirs et de conversations enflammées à propos de politique ou de littérature, m’a laissée pensive. En fait, je pense à comment je pourrai relier les deux rives séparées par l’océan Atlantique, c’est-à-dire comment nous pourrons recréer la France à Québec – tout ce qui donne à la vie la peine d’être vécue. Alex et moi avons parlé d’être colocataires en revenant à Québec ; il ne m’a pas encore donné sa réponse définitive, mais je suis persuadée qu’elle sera positive et je suis heureuse de cette éventualité. Nous avons parlé d’un appartement qui serait pour nous un espace de création – nous aimons tous deux écrire – et où il y aurait des fines herbes en pot dans la cuisine. J’ai déjà franchi le cap des deux tiers de mon voyage et j’arrive mal, du coup, à ne pas penser, avec une certaine mélancolie, à ma ville natale. Mais je me dois d’éviter la déprime et de profiter le plus possible de ces minuscules mois qui me restent à Lyon, car il ne m’est d’aucune utilité rationnelle de m’écraser devant l’ordinateur de Caroline pour chercher sur Internet des appartements libres dans Saint-Jean-Baptiste ou Montcalm pour l’instant, même si je sais que ce que j’aurai construit ici se détruira en grande partie le 15 juin prochain.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré ce genre – oui, je dois l’avouer – de mal du pays, j’essaie de me rendre ici aussi le monde lisible. C’est pourquoi j’ai décidé de participer aux Assises Internationales du Roman, festival qui aura lieu à la fin mai et qui rassemblera des écrivains de partout dans le monde – même M. Bissoondath de l’Université Laval ! En fait, les organisatrices de cet événement sont venus dans le cours de Rimbaud pour le présenter aux élèves de troisième année, car elles recherchaient, entre autres, des grands répondants pour participer aux tables rondes avec les auteurs invités. M. Auclerc était présent pour l’occasion et c’est ce dernier qui a spécifié que les étudiants étrangers étaient fortement invités à prendre part à cet événement, car ils collaboreraient à la richesse d’une diversité des points de vue ; il aurait pu nous nommer et l’adresse n’aurait pas été moins claire. Même si cette remarque s’avérait en quelque sorte comique, elle m’a donnée confiance en mes moyens : j’ai donné mon nom pour être grande répondante. Du coup, lundi dernier, j’ai participé à une rencontre à laquelle on m’a assigné l’écrivain sur lequel je travaillerai, Fabrizio Gatti, un auteur italien – je voulais un auteur européen pour que cette activité soit le plus exotique possible pour moi. C’est à la Villa Gillet, genre de manoir a transformé en maison culturelle juchée un grand terrain vert de la colline de la Croix-Rousse, que nous étions conviés pour cette réunion. M. Auclerc n’avait pas eu l’information que la rencontre commençait une demi-heure plus tôt, alors il est entré par une des fenêtres-portes ouvertes ; je n’ai pas été en retard pour ma part, mais j’étais tout de même un peu désorientée. Sans doute étais-je la seule qui avait son plan de la ville soigneusement dissimulé dans son sac, mais je me sentais quand même à ma place parmi ces amoureux de littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, hier, après le TD de Rimbaud, nous, tous les participants de Lyon 3 aux Assises Internationales du Roman, nous sommes rassemblés au Café des facultés – il y avait plus de salles disponibles dans l’annexe Pasteur et M. Auclerc a offert de payer une tournée – pour discuter de notre première approche des romanciers qui nous avaient été assignés. Ce moment a été agréable, on aurait dit déjà qu’on était une petite famille, même si je ne connaissais personne en particulier. Le clou de cet après-midi ensoleillé s’est pourtant produit après cet échange autour d’un café : alors que je me dirigeais tranquillement vers chez moi, une voix féminine française m’appelait par mon nom, ce qui m’a forcée à m’arrêter à et me retourner. C’était Féodora, une jeune fille qui est ma collègue de classe et qui participe aux Assises aussi. Elle voulait me poser des questions sur le Québec, car elle m’a révélé que son petit copain et elle songeaient fortement à déménager là-bas ; selon elle, entre autres, le système d’éducation en France est gangrené depuis longtemps, la vie semble vraiment meilleure au Québec et c’est ce qu’elle veut offrir à ses enfants. Je ne sais pas si j’ai réussi à dissimuler ma surprise devant cette manifestation presque poétique de l’« american dream », tant je verse plutôt, en général, vers l’« european dream ». Les positions étaient renversées. Je lui ai donc répondu avec le plus d’authenticité dont j’étais capable – en bref, le système universitaire est plus simple et il faut aimer la neige – et je pense qu’elle était satisfaite. Puis, nos chemins ont divergé lorsqu’elle s’est arrêtée dans une boutique de la rue Victor-Hugo pour acheter une écharpe blanche en vue de son propre baptême catholique. C’était une conversation définitivement étonnante.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine dernière, j’ai assisté à un colloque que mon prof d’esthétique, M. Wunenberger, a organisé et qui se proposait d’étudier les esthétique de l’espace et les espaces de l’esthétique en Occident et en Extrême-Orient. J’étais curieuse, car je dois avouer, avec une certaine honte, que je ne connais pratiquement rien des cultures orientales. J’ai assisté à trois présentations, dont assez intéressante sur Merleau-Ponty donnée par le prof d’esthétique que j’avais au semestre dernier, M. Carron. J’en retiens qu’il n’existe pas d’absolu à atteindre ni d’inachèvement dans l’esthétique chinoise, car l’absolu constitue ce qui est, ce qui est là ; ce que nous, Occidentaux, avons du mal à concevoir avec nos antécédents hégéliens. Mais l’exposé que j’ai le plus apprécié est celui qu’a fait M. Carbone, prof d’esthétique à l’Université de Milan – j’ai ensuite appris que c’était le prof avec qui Giulia compte faire sa maîtrise, le monde est petit ! Ce dernier s’est intéressé à la conception du silence dans les esthétiques ciblées : en Occident, le silence est associé à un manque, à la solitude, alors qu’en Extrême-Orient, le silence est condition de parole, il en est le fond. Proust lui a servi à illustrer sa thèse, en ce que Swann mentionne apprécier les cinq notes d’une petite phrase musicale parce qu’elles sont séparées par des silences ; le même phénomène se produit dans la poésie contemporaine découpée par des marges et des blancs au sein même du texte. Aussi l’esthétique japonaise se revendique-t-elle comme non dualiste, puisque, créer, ce n’est consentir à un silence qui est tout autre que mutisme : il demande une attitude d’écoute plutôt que de domination énonciative. J’étais émue par cette sensibilité tellement grande et contrastante qu’on me révélait soudainement. J’ai d’ailleurs un ami japonais, Yuta, et c’est vrai que je le sens lui aussi différent de nous : pour passer le temps, l’autre fois, il a fait un minuscule cygne en origami, œuvre de patience et de raffinement que nous connaissons mal ici.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette semaine, c’était le Printemps des Poètes. Quand j’étais à Québec, j’imaginais cet événement comme énorme, mobilisant toutes les ressources de la ville et, au mieux, une bonne partie de la population. Mais je pense que j’avais oublié qu’ici comme ailleurs, la poésie n’est pas l’affaire de la grandiloquence. Étrangement, je n’étais même pas particulièrement motivée à participer à ce festival d’une certaine importance quand même : il me semble que je n’ai plus envie de me saturer systématiquement de parole, mais plutôt d’apprécier le silence qui accompagne quelques morceaux choisis – c’était étrange comment le colloque d’esthétique pouvait correspondre à mes dispositions intérieures. Néanmoins, j’ai assisté à deux manifestations poétiques, d’abord une mise en scène des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Petits problèmes de géométrie poétique&lt;/span&gt; de Jean Tardieu, poète phare de cette édition du Printemps que je ne connaissais que de nom. C’était assez intéressant, puisqu’au moyen d’un dialogue figuré par deux comédiens qui se donnaient la réplique, on exploitait avec humour et sentimentalité à la fois le potentiel poétique des concepts d’infini et d’espace, par exemple, du domaine scientifique. L’autre spectacle était aussi sympathique : sous la devise de « Lave ton linge en public », il avait lieu dans une laverie des pentes de la Croix-Rousse et consistait en une lecture de différents poètes locaux et internationaux. La dernière présentation s’accompagnait de danse, deux filles bougeaient et s’entrechoquaient comme des gouttes d’eau dans un lave-linge, ça rafraîchissait le langage. Ce n’était rien de très extraordinaire, mais j’étais quand même heureuse de participer à cette manifestation de l’intime dans un espace public.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour finir, M. Thélot et sa parole d’oracle. Quelqu’un dans la classe, lundi, a eu le malheur – ou le bonheur – d’exprimer qu’il comprenait mal la poésie de Rimbaud. Le prof lui a répondu qu’il n’y a rien à comprendre à la poésie ni à la condition humaine – la vision immanquablement ontologique de cet homme me surprend à tout coup. En fait, on peut comprendre la poésie seulement quand on l’entend : elle s’intègre à notre oreille, puis à notre destin, parce qu’on parvient à la subjectiver, d’où l’importance de connaître des passages par cœur. Ainsi les vers peuvent résonner en nous et nous aider à progresser. Si ce discours était impromptu et tout à fait éloquent à la fois, mon expérience personnelle a même pu corroborer les propos de M. Thélot : le vers de Rimbaud, « que salubre est le vent », m’était revenu au moment où le mistral me décoiffait en Provence ; ces jours-ci, c’est plutôt la poésie québécoise qui vibre en moi, celle d’un Louis-Jean Thibault qui, observant la papetière Daishowa, rêve de « donner à lire l’apparence nettoyée des choses, une vie que l’on voudrait régénérée, vivifiée. »&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8390416803626646159?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8390416803626646159/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8390416803626646159' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8390416803626646159'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8390416803626646159'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/03/les-passages-silencieux.html' title='les passages silencieux'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5041778720829651081</id><published>2009-03-14T16:20:00.001+01:00</published><updated>2009-03-14T16:22:22.235+01:00</updated><title type='text'>this routine is paradise</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;jeudi 5 mars 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;M. Bonnet, le prof qui a fait grève à toutes les semaines depuis que le conflit à propos du statut des enseignants-chercheurs a débuté, nous a dit qu’il a recommencé à donner cours mardi parce que, sinon, les manques à rattraper allaient être trop graves – du côté de Lyon 2, les choses n’ont pas repris au complet, je pense. Or, cette semaine, j’ai eu pour la première fois tous mes cours et j’ai pu ainsi retrouver un train de vie « scolaire », c’est-à-dire aller à l’école, avoir des lunchs, lire, se coucher tôt. Certains pourraient penser que c’est ennuyant, mais non : comme le soulignait M. Thélot, il y a une analogie entre le voyage et la poésie – il a même mentionné que qu’elle mettait en valeur l’ambition des étudiants en échange –, puisque tous deux ont la capacité de renouveler le réel, de « changer la vie », comme dirait Rimbaud. C’est pourquoi il y a un graffiti, sur la rue Sala, qui me fait à chaque fois une drôle d’impression et qui dit : « this routine is hell ». Je passe souvent sur cette rue près de Bellecour, sur la Presqu’île, car je l’emprunte pour aller à la fac lorsque je m’y rends à pied. C’est ce qui rend la situation ironique, parce que c’est précisément une routine qui n’est pas l’enfer pour moi, plutôt dire le paradis : elle est l’objet d’un exercice quotidien d’émerveillement devant les architectures diverses, puis devant l’attitude altière des ponts et passerelles, encore devant le cours silencieux de la Saône et du Rhône. Le tout s’avère d’autant plus sublimé que je traverse ces attachants paysages pour aller m’asseoir dans des classes où on s’applique à étudier le pourquoi et le comment de la parole esthétique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début de la semaine passée, Caroline a accueilli dans l’appartement un ami à elle, Jean-Dominique, qui donne des cours de méthode Alexander. C’est une technique qui, au moyen d’exercices modulés selon leur intensité, vise à avoir une plus grande conscience de son corps afin d’obtenir une meilleure posture et d’effectuer des mouvements qui ne font pas forcer de façon inefficace les muscles et les articulations ; on maîtrise les automatismes que le temps a imposés au corps. J’ai eu droit à une petite session gratuite, alors je peux dire que c’était assez intéressant. Giulia, qui était passée à la maison ce jour-là, n’avait pas semblée convaincue de cette méthode inspirée par la philosophie pragmatique, comme quoi les idées ne sont bonnes que selon leur retentissement positif dans nos actions. Je ne sais pas quels résultats peuvent vraiment découler de cette approche,mais au moins ça permet d’établir un contact avec soi et de se sentir maître de son être en entier. Peut-être que cela seulement suffit et ça pourrait expliquer qu’en buvant du thé, plusieurs gens soient venus à la rencontre de cette technique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il vaut mieux être bien dans son corps parce que la poésie, d’ailleurs, est liée au corporel. C’est ce que nous voyons avec M. Thélot dans le cours carrément extasiant qu’il donne sur Rimbaud. En effet, la première expression de la subjectivité se passe par le corps chez l’enfant-poète qui tire la langue et joue de « noires hypocrisies » devant les codes du monde adulte : la corporéité est lyrisme. Ainsi, l’activité poétique deviendra la verbalisation de ce qui est immanent au corps, de ce qui est intérieur. Et si les Illuminations sont parfois d’un hermétisme saisissant, c’est parce le sentir intime n’est simplement pas fait de langage. Pourtant, Rimbaud, comme d’autres, a rêvé d’une langue à la mesure des émotions, d’une unité absolue de l’être : « la nouvelle harmonie ». Mais l’entreprise du poète s’est soldée, on le sait, par son propre retrait du monde de la littérature, puisque ses mots n’ont pas transformé la négativité de la condition humaine. Je me demande encore à quoi, alors, on peut aspirer en écrivant ; j’ai sans doute trop d’exigences vis-à-vis du possible de l’écriture. Il s’agirait peut-être seulement d’exister au lieu de vivre, pour paraphraser Le Clézio, d’accepter d’avoir quelque chose à dire et d’y inscrire son énergie particulière – celle que je sens, étrangement, monter en moi avec un genre de volupté créatrice.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’écrit suivant m’a grandement ravie dans les jours passés : j’ai terminé de lire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le loup des steppes&lt;/span&gt; d’Hermann Hesse, œuvre que j’ai lue dans le cadre du cours sur Blanchot, car il l’avait étudiée dans un de ses essais. J’ai été profondément touchée par ma lecture comme ça faisait longtemps que je ne l’avais pas été. Le personnage qui écrit les carnets donnés à lire songe au suicide et c’est ainsi qu’on peut suivre la longue et complexe transformation d’une détresse humaine obsédée par l’idéal en un désir de vivre fragile mais bien présent. En bref, c’est le travail de toilette intellectuelle d’un jeune homme absolu – merci encore, Ponge – confronté à son insolubilité que l’auteur développe avec finesse. La métaphore radiophonique, enfin, illustre à quoi chacun doit s’en tenir avec l’existence : une version altérée et brouillée que l’on nous projette à distance de l’essence des choses – des êtres, de la beauté et de l’émotion. C’est lourd mais intelligent, donc à lire de toute urgence pour tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si tout porte à croire que n’existe pas un certain point de l’esprit où les contradictions n’existent plus – pied de nez au malheureux Breton –, mon cours sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les pensées &lt;/span&gt;de Pascal me laisse à penser ou à simplement éprouver une timide espérance. L’écrivain lui-même, avec la joie chrétienne dont il fait preuve, a de quoi séduire. Puis, le prof, M. Landry, est croyant, ça se voit en le regardant, avec la grâce qui brille dans ses yeux et son sourire carrément béat – mais je ne veux pas que ce portrait ait l’air d’une caricature. Il donne son cours avec tant d’enthousiasme que c’en est attendrissant d’amour humain ; aujourd’hui, j’ai croisé ledit prof et il m’a saluée, j’en étais choyée, d’autant plus que ça ne m’arrive pas souvent ici, en France. En tout cas, à Québec, dans la rue, une dame m’avait donné des papiers sur la vie communautaire autour de l’église de mon quartier en me disant que ça paraissait que j’avais la foi. Peut-être qu’elle voulait m’en convaincre, je ne pourrai jamais savoir, mais j’ai parfois l’impression d’avoir une sensibilité pour un au-delà des choses. Je ne sais pas ce qu’est Dieu ni si je l’ai rencontré, mais rechercher Dieu, ça pourrait être ça, le trouver, comme dirait Pascal. Je déroge, du coup à l’athéisme de Ponge, que je ne veux pas prendre comme absolu non plus, puisque j’ai envie, à certains moments, d’assister à une messe donnée à la cathédrale Saint-Jean. Ça pourrait m’élever l’âme un peu, pour un certain temps.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La fin de semaine a été plaisante, on aurait dit que le printemps arrivait : samedi, il faisait quinze et, pour fêter ça, Élise, Lysandre, Giulia et moi sommes allées boire une bière sur une terrasse près de chez Élise. C’était le symbole du beau temps et l’allégresse qui l’accompagne lorsqu’on se permet de remiser, pour un moment, nos manteaux d’hiver. Même le soir tombé, nous avons fait durer la joie avec Vincent et Catinca en cuisinant chez moi « la tartiflette du bonheur », pour citer Élise, avec son reblochon fondant sur le dessus : elle était excellente. J’étais heureuse de pouvoir accueillir à nouveau mes amis autour de la table basse du salon, cette fois enjolivée d’une nappe à motifs blancs et rouge vin. Giulia avait une autre soirée de prévue ; même si on a un cours ensemble, on se parle de moins en moins, quelque chose s’est dissout entre nous, si quelque chose il y a déjà eu. Nous avons fait un souper chez elle dimanche soir, avec plusieurs autres – les Allemands n’y étaient pas, le groupe s’est peut-être juste relâché en général, les amitiés ne sont plus aussi inquiètes et enthousiastes. Mais ça m’est égal – même si Alex est parti, même si Géraldine aussi, depuis près de deux semaines, cette Italienne que j’ai connue un peu et dont j’ai beaucoup aimé l’élégance et l’énergie –, car ce n’est que l’essentiel qui subsiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À propos de l’essentiel : en France – en Europe – pratiquement tout le monde fume la cigarette et je dois dire que j’ai succombé quelques fois à cette tentation lors de quelques soirées entre amis. J’ai fumé environ deux cigarette par jour il y a un peu moins d’un mois et ce pendant deux semaines. Je ne pensais pas avoir commencé à fumer pour vrai, mais lorsque j’ai arrêté au complet pendant les jours qui ont suivi cette période, j’ai déjà senti que mon corps réclamait quelque chose qui n’avait ni trait à la soif, ni trait à la faim et que je m’affolais complètement à l’idée d’aller à un tabac. Ça m’a alarmée et j’ai décidé que je ne fumerais plus du tout, sinon qu’en de très rares occasions, pour le plaisir dangereux que représente le goût du tabac et la fumée. J’étais amusée par le fait que mon corps réagisse au manque, mais je considère que je vaux davantage qu’une dépendance, d’autant plus qu’elle est une véritable autodestruction. Ainsi, je me centre un peu plus sur l’essentiel et non pas les codes sociaux. En effet, j’ai dû être franche avec moi en me disant que, s’il n’y avait pas autant de gens autour de moi qui fument – comme ma coloc –, je ne serais jamais passée d’une cigarette très rarement fumée à une quotidienneté du geste. Et tant pis mon amour-propre aurait désiré que j’aie du style et que je paraisse encore plus Européenne : je suis authentique et cela convoque encore, heureusement, un peu de pureté, de cohérence existentielle, en France comme ailleurs.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5041778720829651081?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5041778720829651081/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5041778720829651081' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5041778720829651081'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5041778720829651081'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/03/this-routine-is-paradise.html' title='this routine is paradise'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-7807638206910503941</id><published>2009-02-28T14:49:00.000+01:00</published><updated>2009-02-28T14:51:25.962+01:00</updated><title type='text'>des espaces habitables</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 22 février 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j’utilise Internet, je le fais à partir de l’ordinateur de Caroline, qui a un clavier Azerty, ce qui signifie qu’entre autres, la lettre « a » est située à la place du « q » - c’est partout comme ça en France. Mes doigts sont désormais confus quand j’arrive sur mon pauvre petit clqvier canadien-français, je cherche mes accents et tout le reste. C’est presque dire que j’ai la main plus française qu’autrement, ce qui m’apparaît assez déstabilisant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En guise d’introduction, je dois aussi parler d’une histoire de confiture. Avant qu’Alex ne parte, nous étions allés faire les courses au Marché’U et avions acheté de la confiture de fraises, ce qui m’horripilait, car, je ne sais pas pourquoi, mais trop souvent la saveur de fraises dans les produits industriels a un goût artificiel qui ne me plaît pas du tout ; je redoutais le pire de la confiture de fraises de la marque du commerce. J’ai été agréablement surprise après l’avoir essayée : elle me rappelle la saveur des fraises à moitié confites de ma grand-mère. J’ai d’ailleurs pensé à Sabine qui disait que beaucoup de choses, en Amérique, avait un goût augmenté, caricatural, et j’avais envie de lui donner raison – peut-être que le snobisme européen est parfois fondé. Depuis, le matin, je mélange souvent ladite confiture à ma faisselle quotidienne et je me réjouis du sentiment de félicité chaque fois recréé. Il convient aussi de noter que la faisselle provient du marché Saint-Antoine – qui borde la Saône – où Caroline et moi faisons quelques courses le dimanche, ce qui lui surajoute une valeur d’ordre presque esthétique, du moins émotif.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine qui vient de s’écouler était une semaine de relâche, mais je n’ai pas trouvé que ça faisait une extrême différence avec d’habitude, vu que plusieurs profs avaient participé à la grève concernant la réforme du statut des enseignants-chercheurs. J’ai pu au moins profiter de cette liberté totale pour bien m’intégrer dans l’appartement. En fait, je me sens déjà chez moi et ça me plaît bien : Caroline écoute France Inter (l’équivalent de la Première chaîne de Radio-Canada) et on joue ensemble aux fléchettes en buvant de la tisane. J’ai tout de même essayé de mieux personnaliser ma chambre en ajoutant des rideaux Ikea – très simples, longs et blancs – à la fenêtre de ma chambre et je dois dire que ça l’a totalement transformée, à mon grand bonheur. J’ai aussi profité de la cuisine pour nourrir mon appartenance : émerveillée encore du luxe que constitue le fait d’avoir un four, j’ai cuisiné des galettes à la mélasse, qui avaient drôlement le goût du Québec. J’ai préparé mercredi une soupe-repas avec Mala ; elle était venue dîner à la maison et j’étais bien heureuse de pouvoir l’accueillir ici, dans le Vieux-Lyon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;De jeudi à vendredi, je suis allée faire un bref séjour à Chambéry, petite ville de Savoie, là d’où Sabine vient. Bien sûr, elle n’y était pas, mais sa mère, Marie-Claude, m’a accueillie avec générosité et enthousiasme, comme lorsque j’y étais venue il y a deux ans. Jeudi, je suis arrivée dans l’après-midi et nous sommes allées marcher au bord du lac Bourget, le fameux lac de Lamartine, avec Marine, la sœur de Sabine. Le paysage était sublime : les coques et mâts silencieux bougeaient au rythme des vagues sous le regard majestueux des Alpes qui encerclent la région. L’air frais m’a fait du bien encore une fois, le temps était clair et la brise froide : rien de mieux pour une Québécoise en exil. Le lendemain, avec Marie-Claude et William, un ami de la famille, je suis allée faire de la raquette dans un des massifs des Alpes dont j’ai, bien sûr, oublié le nom ; j’ai néanmoins en tête celui de l’ensemble des sentiers parcourus, regroupés sous l’exotique appellation de « Petit Canada ». C’est vrai que, si on oublie l’altitude à laquelle nous avons accédé en voiture, c’était ressemblant avec l’épais tapis de neige qui défonçait parfois et les conifères aux branches alourdies par des milliers de flocons blancs. Puis, entre ces activités en plein air, j’ai évidemment eu droit à de copieux repas préparés avec des ingrédients de première classe : avec Marie-Claude, nous avons fait quelques courses dans une coopérative d’agriculture biologique qui rassemble les productions de la région. J’ai même mangé du canard, de quoi oublier ma petite vie estudiantine aux moyens de envergure discutable. Ce qui a été agréable, aussi, c’est que j’ai eu l’impression de retrouver un chez moi dans cet appartement de Chambéry. Quand j’étais venue pour la première fois, j’y étais restée presque une semaine et je m’y sentais déjà bien ; quand j’y suis retournée il y a quelques jours, presque rien n’avait changé. Entre autres, le hall de la résidence était toujours vert clair et Jean-Paul, le beau-père de Sabine, m’a divertie avec ses connaissances et son humour cinglant. Je sens que c’est réconfortant pour moi de commencer à véritablement me sentir attachée physiquement mais surtout affectivement à des espaces donnés, surtout ceux qui se situe dans la région Rhône-Alpes, soit Chambéry, oui, et Lyon, en premier lieu. C’est d’ailleurs avec plaisir que j’accueillerai Marie-Claude quand elle passera voir &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La mort à Venise &lt;/span&gt;de Thomas Mann à l’Opéra de Lyon – moi aussi je vais aller le voir mais à une autre date –, ainsi que Sabine quand elle sera de retour en France : Lyon ne sera plus qu’une amalgame de rues et de lumières à la forme de mes agglomérations intérieures.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans cette volonté d’habiter véritablement le Vieux-Lyon, j’ai organisé samedi soir une petite crémaillère pour que, symboliquement, aux yeux de tous, ce soit mon chez-moi et non plus celui d’Alex – je ne veux pas qu’on l’oublie pour autant, bien sûr, mais je veux posséder mon existence, simplement. Plusieurs amis que j’aurais aimé voir n’étaient pas à Lyon pendant ce week-end, mais la chose s’est bien déroulée quand même. Lysandre m’avait grandement aidée à préparer des petites bouchées pour régaler les invités: une partie était au chèvre, tomate séchée, oignon et ail et l’autre au roquefort, miel (roumain, celui qu’Alex avait laissé pour que tout le monde y goûte) et noix de Grenoble. Ce n’était pas une soirée à grands déploiements, juste assez pour moi, je pense, pour que l’ambiance soit juste assez sympa avec du vin rouge et un peu de musique gitane.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au début de la semaine, avec Caroline, nous avions regardé le film &lt;span style="font-style: italic;"&gt;À bout de souffle&lt;/span&gt; de Godard. C’est un film français assez vieux, 1960, en noir et blanc mais très joli et amusant ; Jean Seberg est une femme vraiment trop belle, Jean-Paul Belmondo pas mal non plus. Racontant l’histoire assez originale d’un couple d’amants – ah, le thème éternel –, le film est un mélange d’art, d’amour et de liberté, tout ce qui rend la vie si essentielle, au fond. J’avais envie de regarder mille fois encore cette œuvre cinématographique, mais lentement mon obsession s’est dissoute : je ne dois pas oublier que le cinéma n’est pas la vie. Mais j’aimerais au moins le revoir plus tard, ce que je pourrai faire, puisque le film est en fait un fichier téléchargé sur Internet… Peu importe, j’ai au moins décidé que j’avais, comme les actrices, le droit d’être un peu belle. Après avoir souffert une expérience de cruauté gratuite qui m’a fait penser aux malheurs de Rousseau – un garçon de dix-sept ans inconnu, dans la rue, m’a dit que je redevrais renouveler ma garde-robe ; je me suis acheté des bottes longues brunes, sans talons mais élégantes et confortables, qui me donnent une dignité féminine. Elles sont d’ailleurs très seyantes lorsque j’arpente quotidiennement les pavés multicolores du Vieux-Lyon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-7807638206910503941?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/7807638206910503941/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=7807638206910503941' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7807638206910503941'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7807638206910503941'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/02/des-espaces-habitables.html' title='des espaces habitables'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-1735949704601070475</id><published>2009-02-17T14:35:00.001+01:00</published><updated>2009-02-17T14:47:14.675+01:00</updated><title type='text'>« tout est perdu sauf le bonheur »</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 15 février 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pas mardi dernier mais mardi de la semaine précédente, j’ai enfin déménagé dans mon nouveau chez-moi. Il me semble que cette journée était mémorable dans son lot de négativité : pluvieuse à souhait, ponctuée de plusieurs allers-retours en métro avec une charge considérable de bagages, marquée par la malchance – la porte de sortie du métro m’a fermé violemment dessus, comme si elle n’avait pas senti mon poids. Une chance que j’arrivais au terme de mes péripéties de déménagement ce jour-là dans une colocation sympathique ! Caroline (Lyonnaise – oui, oui, ça existe), Alex et moi avons trinqué avec un verre de vin rouge pour me souhaiter « bienvenue à la maison » ; j’étais émue d’enfin avoir une place et de m’y sentir bien – je ne me sentais pas à ma place à la Part-Dieu. Disons que j’ai vite oublié les gouttes d’eau qui m’avaient auparavant détrempée pendant la journée au profit d’une chaleur toute humaine. D’ailleurs, il faut dire que l’appartement dans lequel j’habite, désormais, a quelque chose d’idéal, puisqu’il est situé sous Fourvière, donc derrière la cathédrale Saint-Jean, en plein cœur du charme Renaissance du Vieux-Lyon. Mais son attrait n’est pas seulement d’intérêt géographique : une grande cuisine, un grand salon avec un canapé confortable et des genres de poufs qui peuvent se réunir autour de la table basse, quelques plantes et un système de son relié un ordinateur Apple.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Si j’ai pris du retard dans l’écriture de mon journal durant les derniers jours, c’est parce que ceux-ci ont été emplis à pleine capacité, ce qui est un avantage de la vie en colocation, d’autant plus que j’avais deux colocataires du temps qu’Alex n’était pas encore rentré en Roumanie. Ce même mardi qui a marqué mon arrivée définitive dans le Vieux-Lyon, je suis allée avec mes deux colocs à la petite salle de spectacle située dans les pentes de la Croix-Rousse, À thou bout t’chant, pour voir en spectacle le groupe de musique duquel le cousin de Caroline faisait partie, Lulu. Alex et moi avons été désagréablement surpris par le coût d’entrée de huit euros pour un spectacle d’un mardi soir pluvieux, mais notre mauvaise humeur s’est vite estompée devant la prestation de qualité à laquelle nous avons eu droit. Caroline nous avait dit que c’était de style « chanson française » et j’approuve cette appellation, dans tout le charme qu’elle colporte ; le chanteur a une voix riche qui met en valeur des textes pleins de finesse et qui se mélange harmonieusement à divers instruments, guitare, piano, violon, accordéon, banjo, piano à vent. C’est ainsi dire que tout ça nous a beaucoup plu. Dans les jours qui ont suivi, Alex et moi avons écouté en boucle le disque &lt;a href="http://www.deezer.com/track/517690"&gt;De Bray-Dunes à Menton&lt;/a&gt; sans s’en lasser, c’était simplement tropagréable, plein de cette poésie musicale que la chanson française, vieille ou nouvelle, réactive sans cesse. J’avais eu peur d’empiéter sur l’espace d’Alex en m’installant dans l’appart quelques jours avant qu’il ne soit véritablement parti, mais c’est plutôt le contraire qui s’est produit, en ce que nous nous sommes révélés d’harmonieux colocs : nous mangions souvent ensemble, préparions du café l’un pour l’autre, partagions des goûts musicaux semblables, nous plaisions à recevoir nos amis. Puisque Caroline était moins souvent à l’appart – elle travaille – et que j’avais déjà Alex comme ami, je dois avouer que les liens entre nous se sont développés de façon asymétrique pour l’instant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À travers cette adaptation à mon nouvel espace de vie, je suis aussi allée à mes cours, même si j’en avais encore moins qu’à l’habitude. Plus précisément, plusieurs profs sont en grève en raison de la réforme des masters – ici, il faut préférer cet anglicisme à « maîtrises » – que le Ministère de l’Éducation veut imposer : ces hautes instances n’ont pas donné assez de temps aux universités pour formuler un nouveau programme de master enseignement, branche de master permettrait à des gens moins qualifiés en recherche de donner cours aux étudiants. Ainsi, ceci signifie une dégradation de la qualité des enseignements et une recherche universitaire moins soutenue, parce que le projet de réforme de l’enseignement supérieur demande une réforme du statut des enseignants-chercheurs ; les détails de ce changement ne sont pas encore tous dévoilés, mais il serait question d’une méthode d’évaluer la qualité des recherches (!). Sarko, dans un discours à l’Élysée, a souligné la qualité « médiocre » (au sens de « moyen ») de la recherche française, ce qui est assez insultant, considéré le classement dudit pays au sein de l’Europe – le CNRS (Centre National de Recherche Scientifique) se classe premier – et la petite expérience que moi-même j’en ai eu. À cet égard, le rayonnement international des publications universitaires françaises en littérature, le séminaire auquel j’ai assisté à l’ENS ou même seulement les très actifs enseignants-chercheurs que j’ai rencontrés à ma fac, comme M. Thélot ou M. Auclerc, m’ont montré que la recherche universitaire est loin d’être médiocre, elle est plutôt un lieu de réalisation de l’excellence intellectuelle. Mais ça n’intéresse visiblement pas le Président et ses comparses. Et les profs et étudiants continuent de manifester. Je me trouve blasée en comparaison avec l’enthousiasme révolutionnaire des Français, malgré tout, et même avec celui de quelques amis Européens allemands et italiens – Arne, Ümit, Giulia et Geraldine. On nous avait avertis de ne pas traîner dans les manifestations en raison de la précarité de notre carte de séjour, mais je ne sais pas si mon manque de motivation est lié à quelque chose de moins technique et de plus désobligeant. Aujourd’hui un peu mieux informée – consultation de périodiques en ligne et visionnage des discours de Sarkozy – sur le conflit que mardi dernier, peut-être que je manifesterai si l’occasion s’en présente à nouveau ; tout demeure pacifique, de toute façon, et la cause est noble.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Malgré la gravité des enjeux, les profs ne sont pas tous solidaires, ce qui m’apparaît un peu étrange. J’ai eu deux cours sur Pascal – la troisième fois, M. Landry a fait la grève –, tous mes cours sur Blanchot et aussi tous les cours de M. Thélot, même si j’aurais pensé que ce prof aurait été gréviste, tout révolutionnaire de première classe que je l’imaginais : Rimbaud le révolté nous dit qu’il faut « changer la vie », mais ça s’arrêterait à la contestation des formes littéraires, en fin de compte ? J’ai été déçue par cet aspect ambigu du comportement de M. Thélot ; j’attendais sans doute trop de lui, alors qu’il n’est qu’un prof parmi d’autres. Cependant, sa justification de son inaction l’a presque entièrement excusé, en ce que sa « conception tragique et mystique de l’existence » le distancie du politique et que, pour lui, l’enseignement de la littérature est une sorte de grève perpétuelle du monde, qui permet d’en cultiver une approche critique. Le prof avait la vraie posture du poète romantique, solitaire et incompris de tous ; il avait l’air vieilli, ce jour-là, il rayonnait moins, malgré tout. Alimentée par les cours auxquels j’assiste, je suis pourtant sensible à ces recherches d’une émotion agrandie, hors de la pauvreté du réel : Pascal, le cœur éclairé, se croit un élu de Dieu et Blanchot rêve du « livre à venir », une manifestation de l’absolu vers laquelle toutes les œuvres le moindrement littéraires tendent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai vu, il y a déjà une semaine, le très beau film de Bertolucci, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;The Dreamers&lt;/span&gt; (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les Innocents&lt;/span&gt;), qui s’intéresse lui aussi aux absolus, à savoir ici comment l’art nourrit la réalité et inversement. Racontée très brièvement, l’histoire s’avère être celle d’un amour tordu, au moment de mai 68, en France – quelle force évocatrice possède donc ce pays ! –, entre un jeune Californien et deux Français tout particulièrement éperdus de cinéma. Mais l’Américain a peur de jouer complètement, comme lorsque la sœur et le frère français veulent reproduire une scène un peu risquée d’un film que j’ai oublié et que l’étranger répond, pour se dégager de l’offre : « oui, mais c’est un film ». Dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;The Dreamers&lt;/span&gt;, une telle distinction n’existe pas, la vie est une œuvre d’art, tout dangereux que ça puisse devenir. En tout cas, ça donne lieu à des scènes d’une beauté éblouissante, surtout lorsque l’actrice se déguise en personnages de films ou en la Vénus de Milo. C’est un film du déséquilibre qui demande de jouer jusqu’au bout – il faut tirer des cocktails Molotov ou ne pas manifester, par exemple –, alors je dois dire que ça a ébranlé mon brin de sérénité intérieure, le peu de mesure aristotélicienne que je parfois je réussis à mettre en œuvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers jours, sinon, ont été parallèlement marqués par une tristesse sourde, parce qu’Alex devait lentement abandonner Lyon ; il est parti vendredi matin. Je n’imagine même pas ce que sera mon propre départ, étant donné que j’étais déjà démoralisée pour cet ami. Frizi était partie la semaine passée, mais j’étais moins proche d’elle, alors j’ai moins compris, senti ce que ça représentait. Mais quand le moral d’un colocataire ne va pas, c’est communicatif. Nous avons quand même contemplé, à plusieurs reprises, avec une certaine émotivité, la cathédrale Saint-Jean, éclairée et esseulée dans la nuit ainsi que Fourvière illuminée depuis la fenêtre. Même, après avoir fait les courses au Marché’U de la Presqu’île, nous avons pris une pause sur le bord du Rhône, dans un mutisme presque total, pour contempler le Rhône, l’Hôtel-Dieu et Fourvière qui se mêlait, au loin, au ciel nuageux, tout en buvant une bière à cinquante centimes. C’était apaisant, d’un calme plaisant. Les paysages nous quittent, mais nous ne les quitterons jamais : ils demeureront encore plus beaux, sans doute, inaltérés et inaltérables, dans l’espace intime de la mémoire. Les souvenirs peuvent perdre de leur acuité, oui, mais je pense qu’on oublie mal le vécu lui-même, tout esthétique il peut s’avérer de toute façon. Comme Prévert le dit, c’est la carte-citation que j’ai offerte à Alex comme cadeau de départ, « tout est perdu sauf le bonheur » – les Français savent si bien comprendre et dire les choses. C’est ainsi dire que vendredi a été un jour qui serre le cœur : Arne, Vincent, Catinca et moi avons accompagné Alex jusqu’à Perrache, de là où il prenait le Satobus vers l’aéroport. Une autre scène que je ne pourrai pas oublier : celle d’un Alex aux yeux brillants, nous regardant depuis son siège dans l’autobus et tenant contre la vitre son portable dans lequel il avait écrit en texto « Vous allez me manquer ! ». C’était horrible, autrement dit. On va sans doute se revoir, mais c’est quand même triste de voir un ami ainsi partir au loin, d’autant plus que, selon lui, c’est vers une société roumaine qui ne laisse pas encore autant de place aux belles choses qu’en France, ce à quoi lui-même est sensible. Je retiendrai d’Alex, à ce sujet, le devoir d’art et d’émerveillement auquel son côtoiement nous convie : je pense qu’il est la personne qui a le plus vu de films que je connaisse – avec Sabine (une Française, évidemment), peut-être. Il m’a fait une liste de films à voir auxquels sont juxtaposées des cases à cocher. C’est une véritable tâche à effectuer et j’en suis heureuse, parce que ça m’oblige à me nourrir, simplement, du mouvement élégant des images, de vies repensées, reconfigurées.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le week-end est tranquille comme l’appart est un peu vide lui-même. Je cherche à décorer ma chambre, j’irai bientôt acheter quelques machins chez Ikea. À l’extérieur, il neige, mais d’une neige si légère qu’on la dirait en apesanteur ; la gravité est renversée. Ce matin, je paressais dans mon lit et les cloches de la cathédrale m’ont gentiment indiqué de me lever. Alex m’avait avertie à propos de cette musique du dimanche, comme quoi elle pouvait s’avérer dérangeante ; pour l’instant, elle me plaît beaucoup, parce qu’elle me rappelle toute la magnificence du Vieux-Lyon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-1735949704601070475?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/1735949704601070475/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=1735949704601070475' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1735949704601070475'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1735949704601070475'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/02/tout-est-perdu-sauf-le-bonheur.html' title='« tout est perdu sauf le bonheur »'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-6006455175173682386</id><published>2009-02-07T18:37:00.000+01:00</published><updated>2009-02-07T18:38:12.709+01:00</updated><title type='text'>Le beau et le délicat</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 1er février 2009&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je me nourris bien. La semaine passée, pour le samedi, Vincent et Catinca nous avaient invités (Lysandre, Alex, Élise – mais elle ne pouvait pas venir –, et moi) à un petit repas bien français : salade et chèvre chaud, quenelles nature à la sauce tomate et fromage et gâteau au yaourt. C’était sympathique dans leur petite cuisine chaleureuse, d’autant plus nous avons agrémenté ce souper de quelques larmes de vin rouge. Nous avons écouté pas mal de chanson française, Claude François, par exemple, ue je ne connaissais pas vraiment, mais aussi les grands classiques qu’on chérit toujours autant, comme Aznavour. Le repas était copieux et tout le monde en était heureux ; la bohème dont nous fait rêver l’illustre chanteur est belle, mais lorsque le ventre est creux, on ne peut pas manger qu’un jour sur deux : on appelle maman, comme dirait l’autre. Voilà le désenchantement des enfants de la chanson française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le matin suivant, mon petit-déjeuner a également été agréable et ancré dans la tradition en ce qu’il se constituait de la somme des achats faits au marché qui épouse la Saône – et il faisait soleil ce jour-là. J’y étais allée avec Arne et d’autres Allemands et nous avons rapporté nos provisions jusqu’à la Guillotière, chez Arne, pour les mettre en commun et les déguster : baguettes, fromages (morbier, comté, chèvre), terrine, saucissons, clémentines, raisins, tomates cerise. Une tasse de café surajoutée à tout ça et je crois désormais au bonheur, en autant qu’on ne parle pas exclusivement allemand autour de moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeudi, j’ai commencé mon déménagement en allant poser la valeur d’un grand sac dans mon nouvel appartement, que j’essaie d’éviter d’appeler « chez Alex », car il faut que je m’y sente chez moi et non pas dans l’espace d’un autre. Nous avons déjeuné ensemble, mais je n’ai pas très bien réussi les croque-monsieur : la moutarde de Dijon était trop piquante, même si j’en avais mis qu’un peu, et les coins du pain avaient trop séché. Mais je ne dois pas me concentrer que sur le négatif, parce que la vie comporte, oui, sa part de désillusions, de recettes presque ratées, mais aussi une part de rêve qui rétablit l’équilibre. À ce sujet, je pense que la France constitue l’objet qui convie par excellence à la rêverie : Alex m’a raconté qu’à Bucarest, il visionnait un grand nombre de films à l’Institut Français de sa ville, songeant à ce pays qu’il allait visiter des années plus tard, en fumant, avant les représentations, des cigarettes Pink Elephant, des cigarettes à la vanille qu’on ne trouve qu’en France.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai quitté définitivement mon studio de la Part-Dieu, enfin. L’insipidité de ce quartier commercial, telle qu’on peut en trouver en France, est laissée derrière et je crois que ce n’est que le meilleur qui m’attend, désormais. Peu importe, vendredi, j’ai fait le ménage de mon premier chez-moi dans une grande hâte pour préparer l’état des lieux. Puis, un peu confuse, je me suis retrouvée dans le corridor de la résidence avec une montagne de sacs. J’ai appelé Lysandre et Élise à mon secours, car je n’aurais jamais pu transporter tout mon bagage sans leur aide, ce que j’avais préalablement pensé faire. Depuis ce moment et pour quelques jours, je suis une sans domicile fixe, mais les amitiés solides qui m’entourent me sont d’un support très apprécié. J’ai laissé ma valise chez Lysandre, ainsi que quelques sacs et de la nourriture périssable, entreposé chez Élise ma plante et d’autres aliments et accepté l’offre on ne peut plus aimable d’Anne-Sophie, une copine française, de m’héberger chez elle pendant le week-end – Alex accueillait des amis roumains et je n’aurais pas eu de place où dormir dans cet appart qui sera bientôt le mien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma nouvelle existence de Lyonnaise – puisque, déménager, c’est véritablement changer d’espace vital, ça modifie notre décoration intérieure – a donc bien commencé : Anne-Sophie habite dans le sixième arrondissement, un quartier huppé au nord de la rive droite du Rhône. Ce n’est pas une partie si différente de la ville en tant que telle, mais son atmosphère posée et ses habitants, tous aussi distingués les uns que les autres, lui donnent un relief différent. On s’attarde peut-être un peu plus au travail de fer forgé des balcons et aux longues fenêtres qui ponctuent uniformément les immeubles doucement colorés. Il est d’ailleurs difficile de ne pas faire de lèche-vitrine lorsqu’on déambule le long des rues ou même lorsqu’une destination particulière motive notre déplacement : les boutiques de décoration, de mode, les cafés sont tous attirants. Mon admiration ne s’est pas limitée à l’aspect d’abord extérieur du quartier, car l’appartement d’Anne-Sophie était tout à fait magnifique lui aussi. C’est un petit studio avec un mur de pierre ; un lit-mezzanine en bois et un canapé en tissu à grosses fleurs de style classique et aux ornementations boisées habitent avec classe cet espace restreint fait en hauteur. Le tout étant mis en valeur par différentes affiches illustrant des événements culturels et une batterie de cuisine rouge. En tout cas, c’était assez beau pour être vrai, surtout que, quand j’y suis entrée pour la première fois, Anne-Sophie, dans une lumière tamisée, lisait tranquillement en écoutant quelque composition de Schubert, je crois. Bien sûr, il existe une correspondance entre l’appartement et celle qui l’habite de façon permanente : Anne-Sophie est une belle grande femme, fière, qui porte des lunettes rouges et qui a une prédilection pour les vêtements noirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ainsi entourée par de telles effusions de beauté, je me sentais bien, quoiqu’un peu laissée en reste par rapport à ces accomplissements mêmes d’une vie esthétique avec mes vêtements d’un noir délavé et mes bottes déjà usées par les pavés lyonnais. Cela dit, puisque, visiblement, la littérature m’aide toujours à comprendre la vie, j’ai au moins pu méditer sur Ponge et les valeurs qu’il défend parmi toutes, selon ce qu’il affirme dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Savon&lt;/span&gt;, soit le beau et le délicat. L’esthétique et l’éthique se rejoignent sans anicroche : le beau est un mode de vie, ce que je constate dans le sixième arrondissement, qui met le mieux en valeur les êtres et les modes d’existence possibles. Comme le dit également Ponge, ces considérations sont issues d’« une formation, bourgeoise sans doute, mais humaine aussi. » C’est plus facile d’aimer les belles choses lorsqu’on en a les moyens matériels, mais je pense que cette importance du beau réside ailleurs que dans les considérations monétaires, peut-être même strictement ailleurs : ce n’est pas tout d’avoir de l’argent, encore faut-il avoir du goût. Or, avoir des petits pots d’Occitane en Provence – genre de Fruits et Passion haut de gamme – n’est pas capital, il s’agit plutôt de cultiver notre sensibilité, de toujours inviter nos sens s’accomplir. Et je pense que l’art en constitue un moyen privilégié, puisqu’il propose, dans toutes ses manifestations, d’esthétiser la vie à moindre prix. En tout cas, je pense que c’est cette proximité du beau, que ce soit en raison de l’architecture, de l’histoire, de la culture, de la poésie, pourquoi pas, qui donne tant envie de venir, et de revenir aussi, en France. Parce que nous sommes tous des esprits et des corps en quête d’une harmonie assurément liée au à ce qui plaît aux sens ; aujourd’hui, je suis restée dans l’appartement d’Anne-Sophie à écouter Schubert, après être allée au musée et avoir vu des enfants s’émerveiller devant l’action painting de Pollock. D’ailleurs, en déménageant dans le Vieux-Lyon, un quartier assez joli aussi, avec son charme de la Renaissance et son ouvragée cathédrale Saint-Jean, j’ai l’impression de me donner droit à un peu plus de beauté – ce que je devrais toujours faire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette semaine, j’ai relu mon journal de bord depuis le début de sa rédaction en prévision de l’envoyer à l’Université Laval, étant donné que cet exercice d’écriture compte pour un cours en lui-même. Cette vision rétrospective m’a fait voir qu’au début du voyage, je méditais sur la nature de l’identité française, sur les spécificités de ses habitants, de façon explicite, en formulant des affirmations qu’il ne me restait plus qu’à mettre en pratique. Maintenant, je ne fais plus ça, mais ai-je pour autant évacué les questionnements à propos du caractère français ? Je ne crois pas, j’ai plutôt carrément intégré ma réflexion, en ce que c’est mon regard sur les choses qui change et qui, comme j’ai tenté de l’expliquer, devenu peut-être plus impressionnable, chérit l’élégance propre à la France. En ce moment, c’est tout ce qui me faut comme gage de stabilité, puisque j’attends encore que mon prochain lit se libère.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-6006455175173682386?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/6006455175173682386/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=6006455175173682386' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/6006455175173682386'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/6006455175173682386'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/02/le-beau-et-le-delicat.html' title='Le beau et le délicat'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5636218338047429374</id><published>2009-01-25T16:46:00.003+01:00</published><updated>2009-01-25T17:03:28.789+01:00</updated><title type='text'>Vivre chaque jour comme le premier</title><content type='html'>22 janvier 2009&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine passée, afin de célébrer la fin effective de mon semestre d’automne, j’ai assisté à un séminaire du Centre d’Études Poétiques de l’ENS LSH (École normale supérieure, lettres et sciences humaines) ayant pour thème la poésie française au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. M. Auclerc m’y avait conviée, en décembre, quand je lui avais demandé s’il y avait des activités à venir du groupe de recherche qu’il dirige sur Ponge. Cette visite à teneur intellectuelle était d’ailleurs doublée d’une valeur touristique, car elle m’a permis d’entrer dans un haut lieu du savoir et d’observer, pendant quelques heures, cette hiérarchisation de l’éducation propre à la France. En effet, très peu de gens sont admis à l’École normale surpérieure, 200 demandes sont acceptées sur 3000 annuellement environ, et les dossiers ne sont pas évalués en fonction des revenus… Cela dit, le séminaire conviait des participants de tous les horizons – j’en étais la preuve même –, dont plusieurs étudiants de Lyon 2. Tout le monde était très élégant et avait le sourire et la poignée de main bien orchestrés ; l’intelligence et sa sociabilité ont des codes ! Le bâtiment lui-même avait l’aspect d’une construction neuve, du moins très bien entretenue, avec une grande place pavée l’épousant. L’intérieur était structuré selon de grands espaces lumineux et très bien chauffé, peut-être trop, mais on ne lésine pas sur le budget !&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Deux présentations m’ont particulièrement intéressée, d’abord celle sur Ponge étudiant Braque et puis une autre traitant du regard de Bonnefoy sur Giacometti. Je ne savais pas que les exposés allaient porter sur les échanges entre la littérature et les arts visuels, mais je n’en étais pas moins heureuse, tout autant de constater le dialogue entre les institutions culturelles de la ville, car beaucoup ont fait référence à l’exposition du Musée des Beaux-Arts de Lyon « 1945-1949. Repartir à zéro, comme si la peinture n’avait jamais existé ». L’homme qui a parlé en premier (il devait être un chercheur au sein du groupe de M. Auclerc) a présenté un Ponge critique d’art, fonction que je ne lui connaissais pas, qui s’est intéressé aux similarités morales dans son propre processus de création et celui de Braque, où les esquisses jouent un rôle primordial. En effet, les dessins témoignent d’une rectification continuelle, du choix de la perfection relative et peuvent devenir un but en soi, comme j’ai remarqué en lisant le livre-dossier du &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Savon&lt;/span&gt;. La conservation des brouillons pallie, chez Ponge, l’incertitude de pouvoir vraiment tirer une œuvre absolue ou simplement finie de l’activité de création. Ainsi cette première partie du séminaire ouvrait la voie à une réflexion non pas sur le pouvoir de la littérature mais plutôt sur son impuissance. C’est en quelque sorte ce sur quoi le doctorant de Lyon 2 a insisté avec son exposé inspiré, entre autres, d’un article de Bonnefoy rédigé à propos de Giacometti où le poète s’applique à une critique de la transparence surréaliste. Les surréalistes voient le langage comme un moyen d’accès à la surréalité et ne considèrent donc pas les mots comme une fin en soi ; Giacometti, en rupture avec le mouvement après avoir adhéré à celui-ci, et Bonnefoy lui-même sont plus sensibles à une problématisation du langage, comme quoi sa clarté n’est pas donnée d’avance, qu’il comporte des failles, des interstices. Or, l’élongation caractéristique des silhouettes de Giacometti n’est pas pure stylisation, c’est le passage à une unité minimale de la forme dans une matière divisible à l’infini. La mimésis se prive de l’expérience de l’un – le doctorant a remanié le titre de l’exposition que j’ai mentionnée en disant non plus « repartir à zéro », mais « repartir vers zéro ». La création a donc lieu à fleur de néant et on peut ainsi passer de « zéro à un » ; la présence, dans les mots comme dans la matière à sculpter, est le résultat d’une synthèse des limites de l’être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout intelligentes et rationnelles ces réflexions ont été, elles avaient également une résonance d’ordre émotif en moi. Depuis que j’avais découvert &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Nadja&lt;/span&gt; en secondaire cinq, j’ai tellement admiré Breton et ses idéaux, sa quête d’une surréalité transcendantale comme horizon rassurant, mais voilà que tout s’est détruit lentement. Et ce séminaire a constitué le point final, je pense bien, de ce démantèlement. Un extrait du texte de présentation de cette rencontre autour de la poésie de l’après-guerre s’avère quasiment brutal envers le surréalisme : « beaucoup éprouvaient le sentiment d'un essoufflement du modèle surréaliste, aggravé d'une gêne devant une certaine futilité des feux d'artifice qu'il proposait, et devant l'idéalisme que représentait quoi qu'il en ait son optimisme quant aux pouvoirs de l'homme. » L’art, après la guerre, a perdu son innocence, c’est tout ce qu’on peut dire : tout art doit désormais avoir conscience de ses faiblesses et renier son aspiration à l’idéal. Cet été, quand j’ai lu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La littérature contre-elle même&lt;/span&gt;, François Ricard avait déjà amorcé en moi le travail de purification de la jeune fille absolue, pour paraphraser Ponge, que j’étais devenue : Ricard avait clairement affirmé que la surréalité n’existe pas, même si « tout porte à [y] croire »… Malheureusement ou pas, il n’existe pas d’absolu de la communication, ni de l’être ; autrement dit, la perfection n’est pas de ce monde. Il s’agit donc pour moi, maintenant, d’accepter la fragmentation inhérente à toute chose. Je savais que la France était laïque, mais je sais pas si je la supposais athée à ce point. En tout cas, ce refus total de transcendance me laisse à penser et, au moins, me propose une vision un peu plus saine, un peu moins lyrique, de ce que pourrait constituer une existence vivable. C’est comme lorsque j’ai découvert que Fourvière ou les ponts du Rhône s’éteignaient pendant la nuit : toute hagarde en étais-je devenue, j’ai compris que Lyon, même si sa beauté est moins éblouissante, demeure une ville à travers laquelle on peut quand même trouver son chemin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Somme toute, ce séminaire à l’ENS a été bénéfique pour moi. Même si je ne comprenais pas toujours tout ce qui était dit, car les références fusaient et la terminologie universitaire chatoyait, je me sentais bien dans ce bouillonnement poétique ; je me sentais à ma place, si peu soit-il. J’étais autant enthousiasmée que lors des cours de M. Thélot – il faisait partie de l’auditoire ! –, et que ceux, il y a déjà longtemps, de poésie que Louis-Jean Thibault donnait au cégep. Ce dernier, après avoir fait une maîtrise à l’ENS (!), a d’ailleurs rédigé sa thèse de doctorat sur l’interaction entre peinture et poésie chez Bonnefoy, ce qui me porte ici, en France, à me réjouir du monde et de son étonnante cohérence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine passée, également, Lysandre est arrivée à Lyon pour le semestre d’hiver. Élise et moi sommes allées la chercher à l’aéroport et nous l’avons aidée à s’installer et à se démêler avec la paperasse d’arrivée. Nous étions très excitées de la revoir en terre française et de lui faire découvrir cette ville qui est devenue un peu la nôtre déjà. En plus de partager avec elle nos repas en commun, ça nous permet d’ailleurs de visiter Lyon avec notre émerveillement initial qui, qu’on le veuille ou non, s’estompe parfois. Comme le dit Éric-Emmanuel Schmitt, il s’agit non pas de vivre chaque jour comme le dernier, mais plutôt de le vivre comme le premier. Les « ah ! c’est beau ! » ponctuent à nouveau nos conversations que l’on regarde le Rhône, les immeubles de la Presqu’île ou les pavés et les couleurs antiques du Vieux-Lyon – nous en avons visité la petite bibliothèque municipale qui s’est avérée très charmante avec son plafond haut et son entrée à colonnades. Ce dernier quartier, d’ailleurs, me charme d’autant plus que c’est où j’habiterai dans quelques jours, déménageant pour prendre la place d’Alex qui retournera bientôt en Roumanie. Pour sa part, Lysandre habite dans le troisième arrondissement, près de l’élégante préfecture et du pont Lafayette. C’est un endroit de la ville que nous ne connaissions pas trop avant, assez chic, il y a beaucoup de magasins de décoration. Le studio de Lysandre ne détonne pas ; ce que j’y préfère, c’est la fenêtre dont le rebord est assez large pour constituer une banquette. Lysandre en a profité pour y installer son sac de couchage et des coussins, la fenêtre devant un endroit de rêve pour avoir un œil sur le Rhône et l’autre dans un bouquin.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, dimanche dernier, nous sommes allées toutes les trois, avec Mala, mon amie allemande violoniste, dans la crypte de Fourvière pour y entendre le Requiem de Mozart en concert, dans lequel chanteurs lyriques, choristes et musiciens conjuguent leurs voix. Je connaissais déjà cette musique, mais cette séance particulière ne ressemblait en rien à celles que me procure iTunes : l’architecture de la salle, son acoustique, la pièce musicale en soi et l’émotion des interprètes créaient ensemble toute une expérience esthétique, à consonance religieuse peut-être. Car le beau a toujours quelque chose de divin. Ça avait quelque chose d’apaisant, d’autant plus que le panorama nocturne de Lyon, que nous avons longuement regardé, sans trop parler, avant de prendre place à l’intérieur, nous avait déjà délectées avec son fourmillement lumineux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ces moments de recueillement de l’esprit ont d’ailleurs concordé avec ma lecture du recueil &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Contre la mort&lt;/span&gt; de mon prof, M. Thélot. Je l’avais reçu depuis longtemps, mais je n’étais pas arrivée à me concentrer suffisamment pour le traverser en entier. Cette méditation sur la vie, car la mort ne nous concerne pas, semble-t-il dire, comme Épicure, demande de faire un peu de silence à l’intérieur de soi, ce que je parviens mieux à faire maintenant. Ainsi, pour une image du recueil, même si « contre la mort la poésie dit    l’utopie », une hirondelle en feu peut traverser le granit.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5636218338047429374?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5636218338047429374/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5636218338047429374' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5636218338047429374'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5636218338047429374'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/01/vivre-chaque-jour-comme-le-premier.html' title='Vivre chaque jour comme le premier'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8252756089097476662</id><published>2009-01-20T15:34:00.000+01:00</published><updated>2009-01-20T15:35:09.037+01:00</updated><title type='text'>Grenoble</title><content type='html'>14 janvier 2009&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La dernière semaine n’a pas été des plus réjouissantes. Disons que les contingences de la vie matérielle m’ont rattrapée tout d’un coup et que j’ai mal reçu l’impact : j’ai été stressée au maximum, alarmée par un budget que je devais resserrer et par ma recherche d’un nouveau logement qui n’avançait pas, alors que mon bail actuel était déjà résilié – ce problème est réglé, j’en parlerai dans une prochaine entrée. Mes nuits ont été tortueuses, ne venant même pas à bout de l’anxiété qui grugeait mes journées. Je pense aussi que, depuis que mes parents avaient quitté la France, j’avais intériorisé un mal du pays qui sapait ma vitalité. Et à cela s’ajoutait un partiel – c’est le nom pour les examens finaux, je ne sais pas pourquoi ça s’appelle ainsi, comme si l’évaluation était donnée d’emblée comme incomplète. Je l’ai fait ce matin, il durait quatre heures, mais je ne sais pas si je l’aurai bien réussi, car j’avais la tête vraiment ailleurs et j’arrivais mal à bien formuler les fruits de mon étude, qui aurait pu être plus soutenue, oui, des littératures du XVIIIe et XIXe siècle français. En tout cas, j’ai compris que j’ai besoin d’une certaine stabilité d’esprit pour réussir et m’accomplir personnellement, équilibre qui est d’ailleurs plus précaire en France ; je me sens bien ici, mais il n’en demeure pas moins que ce n’est pas chez moi, alors je dois faire attention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est pourquoi, lorsque Élise m’a proposé d’aller passer un week-end à Grenoble, j’ai accepté sans véritable hésitation : j’avais besoin de changer d’air et le contact avec la nature que les Alpes représentent m’apparaissait plus que bienfaiteur. Et je n’avais pas tort. Cette ville m’a charmée comme quand j’y étais allée en 2007, d’autant plus que, cette fois, nous avons même fait de la randonnée pédestre dans la Chartreuse enneigée. Nous avons marché jusqu’à la Bastille, un rocher calcaire transformé en place forte à travers les fortifications alpines. La majorité de notre parcours était constituée de sentiers à ciel ouvert, mais nous sommes aussi passées dans des allées de pierre, presque lugubres dans leur manque d’éclairage et avec leurs toiles d’araignées. Nous avions apporté du pain et du fromage du marché de la place Sainte-Claire à Grenoble pour nous rassasier. Installées sur un banc séché par le soleil, nous en avons profité pour nous faire dorer un peu et pour discuter paisiblement. La situation était quasiment paradisiaque : le ciel clair, la blancheur de la neige, les rayons chaleureux, le panorama de la paisible ville traversée par l’Isère et l’air frais étaient de véritables baumes pour le cœur, d’autant plus que, comme par magie, de fins flocons tombaient malgré le soleil. Disons que j’ai pu oublier pendant ces quelques instants mes soucis, enivrée par la beauté du moment. D’ailleurs, lorsque j’ai vu au bout de la rue pour la première fois une des fameuses montagnes, je me suis exclamée « ah ! une petite Alpe ! », comme si l’expression, un peu trop familière pour la grandeur dont elle devrait témoigner, mettait en valeur une amitié qui m’unissait déjà à ce paysage de la démesure – ma sensibilité romantique ! Je me suis d’ailleurs sentie aussi bien qu’à travers le relief escarpé des Appalaches lorsque je visite ma grand-mère à Saint-Philémon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Bien que la rudesse des hivers français ne se compare en rien avec ceux du Québec, Élise et moi avons eu très froid – il faisait - 5°c environ. En fait, nous n’avions pas vraiment d’endroit où loger avant que la nuit arrive et que nous puissions nous rendre à l’auberge de jeunesse située en banlieue de la ville, alors nous devions marcher jusqu’à ce que mort presque s’ensuive : un pavé peut se révéler d’un froid extrême lorsque la lumière du jour disparaît. Nous cherchions un resto bon marché, samedi soir, pour manger de la tartiflette – y a-t-il quelque chose au monde de plus réconfortant : pommes de terre, lardons, crème, reblochon –, mais sans grand succès, un peu alourdies en plus que nous étions par la fatigue du froid et de la marche. Cependant, un ange venu du ciel, véritablement, est arrivé à notre secours, alerté par le fait que nous scrutions un plan de la ville : une jeune fille française, qui avait fait un échange étudiant à Ottawa, nous a indiqué le chemin jusqu’à un resto de spécialités savoyardes. Vraiment, c’était un coup de chance et la tartiflette était savoureuse, chaude, crémeuse, délicieuse ; en bref, aussi bonne pour le moral qu’un tel plat peut l’être pendant une journée froide d’hiver. Nous avons mangé tous les morceaux de pain en accompagnement et astiqué nos assiettes, ce qui nous a donné assez d’énergie pour rejoindre, en bus, nos lits réservés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons continué dimanche notre voyage de SDF (sans domicile fixe) en errant encore dans la ville, plus grise, ce jour-là. Nous rêvions au chien que nous avions vu en arrivant samedi matin : une énorme bête avec des poils très longs, qui semblait être un manteau d’esquimau en elle-même et qui ne devait certainement pas avoir froid. Pestant presque contre notre condition de faible humain, nous avons pris un café au Tonneau de Diogène, café à vocation littéraire où j’étais déjà allée, puis un chocolat dans un endroit quelconque. Nous avions profité de la chaleur du Musée des Beaux-Arts samedi – et d’un beau de Staël, Sicile, une très vive toile –, puis de celle du Musée d’Histoire naturelle en ce dimanche ; nous y avons apprécié une exposition sur la genèse des Alpes, sur les espèces dont ces montagnes recèlent, presque tout autant que le calorifère de la salle de bain où nous avons pris une longue pause. Nous sommes rentrées en fin d’après-midi à Lyon, par TER (train express régional), bien contente de notre petit séjour et, pour ma part, bien certaine que la neige, le froid puissent ravigoter l’esprit à défaut du corps.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8252756089097476662?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8252756089097476662/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8252756089097476662' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8252756089097476662'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8252756089097476662'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/01/grenoble.html' title='Grenoble'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8107737293715401502</id><published>2009-01-20T12:35:00.001+01:00</published><updated>2009-01-20T13:36:06.075+01:00</updated><title type='text'>Littérature, musique, mémoire</title><content type='html'>9 janvier 2009&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Une petite entrée à propos de mes découvertes artistiques et culturelles qui méritent qu’on ne les oublie pas :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-    Une publicité que je croise souvent dans la gare de la Part-Dieu me fait surprend à chaque fois. Elle annonce un téléphone portable d’une belle forme épurée et de fines majuscules impriment par-dessus un slogan renversant : « de la communication à la poésie ». J’ai l’impression qu’on n’aurait pas de telle publicité en Amérique, tant la poésie est perçue comme l’anti-productivité, l’anti-effectivité – ce qui gêne nos littératures capitalistes. Je pense que l’Europe cultive davantage que nous le goût pour les belles choses et la France, surtout, en ce qui a trait à la littérature.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-    Une installation artistique qui se veut une réflexion sur la Seconde Guerre mondiale, au nord de Place Bellecour. Elle se constitue d’un amalgame de piliers de béton entre lesquels le promeneur peut évoluer et, sur plusieurs d’entre eux, il est imprimé des poèmes de différents écrivains qui parlent, à leur manière, du terrible événement. Et puis, sur une des colonnes du fond, le philosophe concepteur nous indique, entre autres, que la mémoire est un lieu de passage. Désormais, cette expérience du souvenir fera plus que passer en moi, du moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-    J’ai fini la lecture du recueil Pourquoi nous aimons les femmes du Roumain Cărtărescu et cette écriture de l’intime, à portée largement autobiographique, m’a beaucoup plu. Comme je l’avais remarqué chez Popescu, ici encore la beauté que la littérature s’applique à décrire ne procède en rien – ou presque – de la rhétorique, elle est toute calquée depuis la tendresse du réel même, du quotidien ; c’est plein d’amour. Cette simplicité, dans son sens le moins péjoratif possible, fait donc plaisir à lire, autant pour le fond que la forme : le récit des souvenirs, des réflexions et des rencontres ancrés dans un espace spatio-temporel qui m’est presque totalement inconnu s’est avéré envoûtant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;-    Je suis allée hier pour une deuxième fois au Hot Club de Lyon (association née en 1948), une boîte de jazz située près de la Place des Terreaux et qui a accueilli tous les grands noms du genre. J’aime beaucoup cette petite salle située dans un sous-sol aux voûtes de pierre, auquel on accède après avoir payé un tarif réduit pour les étudiants ; les musiciens sont toujours de qualité et on peut boire un sympathique verre de Côtes-du-Rhône pour 1,60 euros si le cœur nous en dit. Peut-être que le bonheur a le goût du rouge et le son de Peterson ou de Reinhart.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8107737293715401502?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8107737293715401502/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8107737293715401502' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8107737293715401502'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8107737293715401502'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/01/littrature-musique-mmoire.html' title='Littérature, musique, mémoire'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-4162657915250305339</id><published>2009-01-17T13:13:00.001+01:00</published><updated>2009-01-17T13:17:20.108+01:00</updated><title type='text'>Les fêtes à Lyon</title><content type='html'>7 janvier 2009&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps des fêtes est déjà terminé – le mot « fête » est utilisé en France dans son acception religieuse, alors il est inscrit partout « bonnes fêtes », et je n’ai pas eu le temps de me dégager du sens de célébration d’anniversaire que je rattache à cette expression. De façon générale, la vie se déroule rapidement, mais il m’apparaît toujours ahurissant de devoir célébrer le retour de la lumière – passage au solstice d’hiver à Noël – et la nouvelle année dans un grand énervement. Ici aussi, les fêtes sont marquées par une apogée de la consommation. Si c’est moins charmant de voir le gigantesque centre commercial de la Part-Dieu ouvert pendant les dimanches de cette période, il fait bon cependant d’errer dans les allées du Marché de Noël, en plein air, installé à Perrache, où l’on peut rencontrer divers produits d’artisanat et du terroir alimentaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Tout magique que l’on imagine l’esprit de Noël, il y a des éléments du décor qui rectifient cet enivrement enfantin : les gendarmes et les soldats à mitraillettes. Je suis impressionnée par le nombre de ces hommes et femmes que j’ai vus déambuler dans les endroits publics. Je sais que le maintien de l’ordre public est important – surtout depuis Sarkozy ? –, mais je ne vois pas en quoi afficher si ouvertement des armes prêtes à tuer aide à l’hygiène de la ville. Elle la dégrade, plutôt, en créant un climat de peur qui pousse chacun à se méfier de son prochain et à se vautrer dans un individualisme de secours. D’ailleurs, en raison des tristes événements qui se déroulent encore dans la bande de Gaza, plusieurs manifestations des communautés arabes, sympathisant avec la cause des Palestiniens, ont remué le centre-ville ; j’ai vu une grande quantité de camionnettes de la gendarmerie à Place Bellecour, mais le soulèvement populaire s’est déroulé sans dégénérescence aucune. Alors que pour moi les conflits internationaux avaient presque toujours été doublés d’une aura d’abstraction en raison de leur éloignement géographique, j’ai pris conscience, en traversant la place, de la proximité humaine, tout à fait concrète, qui nous réunit tous. Si vous avez envie d’en savoir plus sur le conflit israélo-palestinien, je vous invite à regarder &lt;a href="http://www.radio-canada.ca/nouvelles/international/carte-interactive/reportages/2009/01/14/003-2835.shtml"&gt;cette absolument pertinente entrevue &lt;/a&gt;orchestrée par Céline Galipeau avec un prof juif de l’Université de Montréal, qui est lui-même contre l’offensive israélienne.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est dans ce climat plutôt tendu qui recouvrait Lyon que mes parents sont arrivés pour me visiter. Ils sont restés dans la ville du 22 au 31 décembre, alors ces neufs jours dans le cœur lyonnais nous ont permis de passer plusieurs beaux moments ensemble : (re)découvrir la ville et prendre son temps. Mes parents logeaient dans une petite chambre équipée sur la Presqu’île, près de Perrache, alors c’était idéalement situé pour explorer le centre-ville et pour profiter le plus de la ville dans un minimum de temps ; nous avons marché beaucoup et bien mangé aussi, à la découverte de multiples petits restos, ce qu’un budget d’étudiante ne permet pas en temps normal ! Si mes parents n’ont pas exactement apprécié le froid humide de Lyon et son ciel presque toujours gris, je crois qu’ils ont aimé le Rhône, la Saône – sur lesquels nous avons d’ailleurs navigué pendant un dîner-croisière –, la grande place Bellecour, le fameux panorama spirituel de la cathédrale St-Jean surplombée par Fourvière, toutes deux illuminées, etc. C’est vrai, c’est toujours ravissant au regard, d’autant plus qu’en leur présentant, j’avais l’impression que ce paysage faisait partie de moi, en quelque sorte, comme s’il était accordé à mes sentiments, pour paraphraser Poulin. Même s’il n’y a eu ni sapin chez moi, ni dans la chambre de mes parents, ni musique assortie, j’ai senti que c’était Noël quand même, peut-être encore plus que d’habitude : comme il y avait longtemps de ça, notre petite famille de trois était rassemblée – il manquait le chat – et il me semble que c’est tout ce qu’il faut de chaleur humaine pour apprécier le temps des Fêtes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant ces jours passés en compagnie de mes parents, pour profiter de la vitalité culturelle de la ville, nous nous sommes adonnés à une multiplicité d’activités du genre : opéra (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La chauve-souris &lt;/span&gt;de Strauss), Musée des Beaux-Arts, Musée des miniatures et Musée Lumière. Je pense que c’est cette dernière sortie qui m’a marquée le plus. Nous y avons observé les évolutions du cinéma, techniques et formelles, ainsi que toute l’ampleur de l’inventivité des frères Lumière. Les textes de l’exposition étaient magnifiquement rédigés et le parallèle qui était tracé entre la pellicule filmique et le bandage de tulle graisseuse inventé par Auguste Lumière m’a laissée rêveuse : l’opération du cinématographe serait celle, au fond, recoudre des fragments de vie au moyen d’atomes de lumière. Dans les jours entourant cette visite du musée, j’ai vu le très charmant film &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La nuit américaine &lt;/span&gt;de François Truffaut où le cinéma est mis en abyme et j’ai pris en note une partie du texte qui réfléchissait elle aussi sur le lien entre la vie réelle et la vie cinématographique : « les films sont plus harmonieux que la vie, Alphonse. Il n’y a pas d’embouteillages, il n’y a pas de temps morts, tu comprends ? Les films avancent comme des trains dans la nuit. » Si je n’ai pas toujours été enchantée par le septième art, je dois dire que mon intérêt pour celui-ci s’avère grandissant ; on dirait que je prends conscience de sa force esthétisante et transformatrice – peut-être dangereuse en ce qu’elle écarte trop du réel, cependant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Néanmoins, j’ai effectivement senti le besoin de lier tous les segments de ma vie et de joindre, pour les confondre, au mieux, les deux paysages qui structurent ma vie depuis le 9 septembre, soit celui de Québec et celui de Lyon. C’est pourquoi j’ai aussi célébré avec les amis qui n’étaient pas rentrés dans leur pays respectif pour le temps des fêtes. J’ai donc eu un souper multiculturel, où j’ai pu goûter, entre autres, des spécialités roumaines – les sarmales, genres de cigares au chou –, et le très français foie gras, toujours aussi délicieux. L’ambiance musicale était elle aussi éclectique : un peu d’accordéon d’un Alex débutant, beaucoup d’Aznavour, puis du classique, puis des chansons de Noël traditionnelles de différentes origines et de différentes langues. Pour le Québec, j’avais mis « Minuit chrétien », j’aime cette chanson depuis que je suis petite sans trop savoir pourquoi. Noël avait une consonance religieuse, finalement, même si j’étais dans une France laïque ; le « Merci Marie » de Fourvière nous éclairait d’ailleurs par la fenêtre et un bel esprit de communion nous unissait tous.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;On se plaisait à dire que, la prochaine fois qu’on fête Noël ensemble, nous ferons telle chose ; nous savions bien qu’il n’y aurait pas d’autres fois, mais je pense que ça témoignait au moins d’une certaine éternité du présent. Je pense, à cet effet, que Rousseau, persuadé de l’instabilité perpétuelle de la vie, disait que le bonheur était de vouloir prolonger à l’infini un instant éphémère. C’est ce que j’ai ressenti avec mes parents et mes amis en ces jours de fêtes, qui, après une bonne raclette du Jour de l’An chez Eva, se sont terminés avec un lent et agréable partage d’un « époustouflant risotto » et de petites galettes des Rois – fête clairement plus célébré ici qu’au Québec – avec Élise, qui était revenue de Québec, et Daniela.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-4162657915250305339?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/4162657915250305339/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=4162657915250305339' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4162657915250305339'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4162657915250305339'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2009/01/les-ftes-lyon.html' title='Les fêtes à Lyon'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-2159893774979907786</id><published>2008-12-20T19:38:00.001+01:00</published><updated>2008-12-20T19:39:38.855+01:00</updated><title type='text'>« au vaisseau de mes vingt ans »</title><content type='html'>vendredi 19 décembre 2008, et le gris habituel&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi de la semaine passée, en soirée, j’étais allée au Cinéma National Populaire (CNP) de la Place des Terreaux, avec Marie et Fritzi. C’est un petit cinéma charmant, il m’a fait penser au Clap en raison des quelques films indépendants qu’il présente et des tarifs qu’il offre : un abonnement de 5 films pour 25 euros, ce à quoi j’ai adhéré, puisqu’il est bon pour six mois. L’architecture de la salle, qui était petite, était simplement magnifique, avec ses arcs de pierre et de ciments qui se rejoignaient sur un plafond noir. Nous y avons vu le film Leonera, un drame argentin qui a fait partie de la sélection officielle de Cannes. L’œuvre racontait l’histoire d’une femme qui, incapable de se souvenir des circonstances entourant un meurtre qui s’est produit dans son appartement, est incarcérée et qui accouche d’un enfant que sa mère voudra lui enlever. En bref, c’était assez lourd comme visionnage, mais intéressant en raison du contraste entre la violence qu’on connaît des prisons et la naïve douceur d’un environnement carcéral pour femmes qui ont de jeunes enfants.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai eu 21 ans dimanche passé et nous avons célébré mon anniversaire préalablement samedi. Comme mon studio est très petit et qu’il ne se prête pas à de sérieux regroupements sociaux, Giulia m’avait proposé de tenir dans son salon mon anniversaire, ce que j’ai accepté avec plaisir. Après que Giulia m’ait préparé des pâtes aux tomates et au thon, nos amis habituels sont venus (pas Élise car elle était déjà rentrée pour Noël), ainsi que d’autres étudiants en échange que je vois moins souvent mais que j’apprécie tout de même et des amis de philo qui étudient avec Giulia ; nous devions être une vingtaine personne, je n’avais jamais eu un si grand anniversaire! C’était une soirée tranquille comme d’habitude, tout le monde buvait son verre avec presque tous une cigarette, jusqu’à ce que minuit tape : Giulia nous a présenté un gâteau italien que sa mère avait rapporté, le panettone, accompagné de quelques lampions qui faisaient office de bougies – heureusement, j’ai réussi à éteindre les trois d’un même souffle! J’ai même reçu des cadeaux : un recueil de nouvelles de littérature actuelle roumaine, Pourquoi nous aimons les femmes, d’Alex et son frère, un roman japonais, Kitchen, de Yuta, une petite aquarelle de Pélou, un pot avec des narcisses à faire croître de Vincent et Catinca, des chocolats Voisin de Catherine et, de mes autres amis, un ensemble de collier et de boucles d’oreille en bois avec quelques accents mauves. Franchement, j’étais choyée ; ce n’était pas tant pour les cadeaux que ce rassemblement agréable autour de moi, en France, en Europe, où, il y a trois mois, je me sentais une intruse. Je reproduis le petit mot qui était écrit sur la carte que le groupe m’a offerte, car il est touchant et témoigne bien du sentiment qui m’a habitée, qui m’habite encore (et je laisse là les quelques maladresses de langage, elles contribuent à la beauté de la situation) :&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;« Chère Julie,&lt;br /&gt;Voilà ton premier anniversaire à l’autre côté de l’océan.. et ici il fait froid aussi :) heureusement que tu ai trouvé des amis qui te chauffent!&lt;br /&gt;Joyeux anniversaire :) »&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;Et les signatures suivaient. Je pense que je n’aurais pu rien espérer de mieux pour mon anniversaire, « au vaisseau de mes vingt ans » : le partage d’une présence réciproque en territoire français dans quelque chose de même plus grand qu’une métaphore filée. Disons que ça éloigne un peu le manque de neige et minimise la constance du gris.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers jours se sont écoulés au fil des évaluations de fin de semestre. J’ai passé du temps à bosser à la bibliothèque de Lyon 2 avec Giulia et Géraldine. J’étais nerveuse, surtout pour mon mardi à trois examens dont deux se déroulaient à l’oral. Lorsqu’est venu le grand jour, afin de désamorcer mon stress, j’ai dit à M. Auclerc, avant de commencer mon exposé, que nous n’avions pas de tels examens au Québec – un tête-à-tête avec le prof où l’on présente de vive voix notre travail. Je ne tremblais pas, mais c’était proche, je pense ; j’ai au moins pris confiance au fil de l’avancement de mon exposé. On dirait que nous avons, Québécois, toujours une mentalité de colonisés, comme si on était toujours inférieurs à la mère patrie – tant par rapport aux différences d’enseignement, qu’à notre méfiance vis-à-vis de l’accent français, par exemple. Pourtant, nous ne serions pas autant « nés pour un petit pain » que nous le pensons : M. Auclerc, au terme de mon oral, m’a dit que je n’avais pas à m’inquiéter! Pour ma part, je lui ai dit que j’avais beaucoup apprécié ma découverte de Ponge par l’intermédiaire de son cours et il était content d’avoir suscité un tel enthousiasme. Nous avons donc été, encore une fois, rassurés tous les deux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je redoute pourtant mes évaluations de philo où j’ai dû écrire des dissertations en classe. Personne n’a expliqué quelle méthode il fallait utiliser – « soyez clairs » –, alors j’espère que j’aurai bien fait ça, je pense au moins que mes examens valent la note de passage. Puis, sinon, j’aurai les connaissances acquises et les réflexions débutées sur lesquelles me consoler. À ce sujet, j’ai découvert l’idée de liberté transcendantale chez Kant, comme quoi on est toujours libre d’agir, peu importe les conditions environnantes, car la cause intérieure est insensible à la causalité extérieure. C’est pourquoi le voleur, même s’il est pauvre et ignorant, doit être accusé de son crime. Ah, le charme de l’idéalisme, très rousseauiste, d’ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’attends – je le sais, à tort – la neige. Mais je me réjouis quand même de ces quelques voitures que je vois parfois qui portent sur leur toit une épaisse couche blanche. Je me demande toujours d’où elles viennent. La semaine passée, j’ai succombé et j’ai mis mes deux mains dans un des plafonds de neige et j’ai formé une motte. C’était trop bien de sentir ma balle se durcir et ses contours fondre entre mes doigts. J’avais retrouvé, pendant quelques instants, le temps et l’espace perdus.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-2159893774979907786?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/2159893774979907786/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=2159893774979907786' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2159893774979907786'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2159893774979907786'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/12/au-vaisseau-de-mes-vingt-ans.html' title='« au vaisseau de mes vingt ans »'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-2604351001162577233</id><published>2008-12-19T13:59:00.002+01:00</published><updated>2008-12-19T14:26:22.160+01:00</updated><title type='text'>décembre à lyon</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mercredi 10 décembre 2008, des flocons de papier dans la fenêtre&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fin de semaine passée, Lyon était lumineuse, même plus qu’à l’habitude, car elle célébrait son propre rayonnement avec l’annuelle Fête des Lumières. Les rues du centre-ville et du Vieux-Lyon ont été bondées pendant toute la fin de semaine par les citoyens, les touristes et les marchands qui ont tous festoyé à leur manière. C’était presque une fête de la consommation – de nourriture, d’odorant vin chaud et d’électricité. Pourtant, cet événement s’avère initialement voué à la Vierge Marie, dont la bonté aurait autrefois sauvé les Lyonnais de la peste; seule Fourvière, la basilique juchée sur une colline, en gardait la mémoire, car elle était illuminée de bleu et, à côté d’elle, en caractères lumineux, était inscrit « Merci Marie ». Le remerciement est même encore affiché aujourd’hui. Outre ce message religieux qui transformait le paysage habituel, ce sont les milliers de lumières qui changeaient le visage de la ville : des lampes qui révélaient sous de nouveaux angles des bâtiments, des guirlandes ampoules de couleurs accrochées au-dessus des rues (même au-dessus de celles qui ne sont pas du centre), des projections de diverses animations, des œuvres lumineuses d’étudiants en arts plastiques, etc. En bref, un vrai délice pour les yeux et les oreilles aussi, parfois, car ces installations visuelles étaient souvent doublées d’une ambiance sonore d’inspiration électronique. Vendredi dernier, j’ai assisté à la projection sur le Musée des beaux-arts de la Place des Terreaux d’une des pièces maîtresses de tous les projets : c’était la courte histoire d’un enfant qui prenait l’assaut de la ville. La facture faisait penser à celle du Moulin à images, c’était joli et les éléments de la vidéo s’incrustaient dans les particularités architecturales de l’immeuble. Ce que j’ai préféré, c’était la fin. Le musée était enseveli sous des taches de peinture multicolore et une écriture d’enfant traçait par-dessus, avec une orthographe horrible, des règlements : pas le droit de couper la parole, etc., jusqu’à ce que la voix du gamin dise : « pas le droit de graffiter sur les murs! ». C’était beau de mise en abyme, ça exaltait presque la fibre révolutionnaire de foule française qui s’est permis de rire un peu de ce clin d’œil qu’on lui a lancé. Et méditer, peut-être, sur ce que l’art pourrait avoir de contestataire. Lundi soir, je suis allée voir d’autres installations encore : une partie du parc de la Tête d’Or était illuminée de façon stupéfiante elle aussi, avec ses arbres multicolores et ses barques clignotantes, et les berges du Rhône, décorées, entre autres, par des projections de hublots où l’on voyait passer, avec la patience de l’observateur, des sirènes. Tout a été franchement magnifique et je suis triste, en quelque sorte, de savoir que je ne pourrai pas assister à ces effusions de clarté et de couleurs l’an prochain. C’était très agréable de revisiter sous une nouvelle lumière – c’est le cas de le dire – des lieux qui m’étaient autrement presque familiers. Dernière chose : une œuvre d’art expérimental m’a particulièrement touchée : c’était un cube illuminé de l’intérieur et troué à de multiples endroits ; depuis chaque trou pendait un gant de plastique. Une affichette expliquant qu’on avait voulu ainsi rendre la lumière tangible, tactile, j’ai bien apprécié ce brin de poésie au sein du capharnaüm urbain qu’est l’arrêt de métro Guillotière, où l’œuvre était située.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Sinon, pour le reste, il n’y a rien de très particulier qui se passe. Les cours se terminent, personne n’applaudit les profs – même pas ceux qui le mériteraient. Pour le TD de XIXe siècle, j’ai fait un exercice formatif, qui consistait en la rédaction d’une introduction et d’un plan détaillé, en vue de la dissertation que nous devrons écrire pour l’évaluation finale du CM. Je pensais avoir bien travaillé, je comprenais Zola et son naturalisme, mais je redoutais quand même la fameuse méthode française, et ce n’était pas à tort : j’ai eu 8 / 20 – pour passer, il faut 10. En fait, j’avais de bons éléments d’analyse, certains mêmes que peu avaient vu selon les dires du prof, mais mes observations étaient mal organisées et mon introduction trop succincte, en plus de contenir des passages mal formulés. Je suis au moins contente d’avoir fait ce devoir, car je vais savoir à quoi m’en tenir pour l’examen. Et je vais aussi savoir que, lorsqu’on demande une preuve d’un argument amené, ce n’est pas nécessairement une citation du texte, mais seulement une allusion à une œuvre ou tout autre élément de nature aussi éthérée ; les Français ne connaissent pas la rigueur intellectuelle de l’Amérique, je pense qu’ils y préfèrent l’éloquence. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de retour sur mon explication linéaire de la quatrième promenade de Rousseau : je n’ai jamais revu la prof, car Mme Cron aurait trop eu d’absences et elles seraient désormais impossibles à rattraper.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce n’est pas officiellement l’hiver encore, mais je pense que nous avons ici atteint ce à quoi ressemble l’hiver à Lyon : il fait zéro, environ, et en de rares occasions à la pluie s’entremêlent de discrets flocons de neige. Ça me rend folle à chaque fois, c’est continuellement une première neige, qui ne reste malheureusement pas au sol. J’ai au moins des flocons de papier permanents dans ma fenêtre. Ce qui est le plus drôle, c’est de voir les Français, tout recroquevillés, frissonnants et emmitouflés dans leurs manteaux, comme si nous étions en Arctique. Et Élise et moi qui nous entêtons à dire que ce n’est pas trop froid – car nous avons un barème d’évaluation de la température qui n’est nullement français, plutôt très québécois. Il me semble que ma résistance à ces temps plus frais me rend fière de ma patrie marquée par son caractère nordique. Cela dit, il faudrait que je m’achète des gants, car j’ai laissé ceux que j’avais au Québec ; je ne sais pas comment j’imaginais la température lyonnaise, mais il demeure vrai que les mains rougissent lorsque le temps oscille autour du point de congélation.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-2604351001162577233?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/2604351001162577233/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=2604351001162577233' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2604351001162577233'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2604351001162577233'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/12/dcembre-lyon.html' title='décembre à lyon'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-4681344814011080692</id><published>2008-11-30T17:26:00.002+01:00</published><updated>2008-11-30T17:30:10.514+01:00</updated><title type='text'>« Les voix du silence »</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;sous un ciel qui s’ennuage graduellement&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Diverses lectures m’ont nourri l’esprit de façon bénéfique cette semaine. D’abord, pour mon cours d’esthétique, je devais lire l’article « Le langage indirect et les voix du silence » de Merleau-Ponty, extrait de son ouvrage &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Signes&lt;/span&gt;. Le titre de ce texte m’apparaissait déjà très beau, la poésie et la philosophie s’y confondent. Ma lecture de ses réflexions m’a été tout aussi agréable, même si c’était parfois aride pour moi qui ne suis qu’une philosophe à temps partiel. J’ai néanmoins l’impression d’avoir compris un peu où il voulait en venir, d’autant plus que nous avions préalablement étudié en classe la pensée dont il faisait la critique, celle de Malraux par rapport à l’art moderne. Pour Malraux, l’artiste est moderne parce qu’il inscrit sa subjectivité dans son œuvre, développe un style particulier dans la peinture qui opère une « déformation cohérente » de la réalité – cette émergence de la subjectivité est un lieu commun de l’art moderne, il me semble, combien de fois l’a-t-on répété dans les cours d’histoire de l’art. Pour Merleau-Ponty, le style n’est pas un choix en tant que tel, il n’y a pas deux ordres de réalité, soit la subjectivité et le réel. À la Renaissance, si on peignait des toiles à caractère photographique, ce n’était pas parce qu’on voulait masquer la subjectivité, c’est parce qu’on percevait le réel de cette manière convenue, et ce n’est qu’un mode de représentation parmi d’autre, une compréhension ponctuelle de la réalité. L’art moderne n’en est qu’une autre perception. Cette compréhension du monde est déterminée par le corps, car ce sont nos organes perceptifs qui l’effectuent, discernant les couleurs, les formes, les mouvements divers. Le corps procède donc d’un apport spontané à l’art et définit le rapport de l’être au monde dans sa manière de s’exprimer; le style s’avère inhérent à toute activité corporelle, non pas, comme Malraux le soutenait, un choix délibéré du sujet artiste. Cette philosophie où le corps et l’esprit sont unis constitue une nouveauté pour moi, fortement imprégnée du dualisme traditionnel de Platon, et je trouve rafraîchissante cette vision, peut-être même pertinente dans la mesure où elle réconcilie l’être dans son entièreté – sans verser dans l’épicurisme – et qu’elle stipule que ce que nous voulons dire n’est pas hors de nous mais bien en nous. J’ai envie de prendre des cours plus poussés en philo (ceux que je suis sont pour les étudiants de première année) pour le semestre prochain pour mieux étoffer ma formation complémentaire. Au début de l’automne, j’avais acheté le recueil &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La philosophie de A à Z &lt;/span&gt;et j’ai le goût de densifier encore plus mes pensées, ma vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le cours de théorie de la lecture, nous lisons un recueil de poésie de Francis Ponge, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le savon&lt;/span&gt;. Cette œuvre est tout à fait originale et elle me surprend constamment, ça ne ressemble à rien d’autre que j’aie pu lire auparavant. Ponge était lui-même un poète de la marge, en retrait presque complet des activités surréalistes même s’il en était contemporain. Comme le titre l’indique, témoignant d’un certain parti pris des choses, tout le texte s’applique à une étude précise du petit galet moussant : « Il y a beaucoup à dire à propos du savon. Exactement tout ce qu’il raconte de lui-même jusqu’à disparition complète, épuisement du sujet. Voilà l’objet même qui me convient. » (quatrième de couverture) Le poète décrit donc le savon qui mousse à plusieurs reprises, sans que cela n’exclue les répétitions. Je crois cependant que ce sont justement les variations subtiles de sens qui évoluent dans ses observations qui donnent la richesse à son étude. D’ailleurs, cette exploration du savon est le lieu, pour Ponge, de donner à sa propriété de laver un second sens, celui de la toilette intellectuelle où toute eau simple n’a aucun pouvoir. Non seulement l’objet poétique est ici assez singulier, mais aussi la fonction pragmatique (qui pousse à agir concrètement) qu’il donne à la poésie, celle de purifier les esprits, de les rendre un peu plus propre. Le « je » l’assume explicitement en mentionnant, entre autres, que le savon a comme mission de sauver les jeunes hommes absolus du suicide, d’où la figure du lecteur absolu qu’il fait apparaître. Ponge nous sauve ainsi tous du lyrisme et j’admire sa démarche particulière qui met les choses devant l’humain, genre de décentrement anthropocentrique. Je vais définitivement réaliser mon exposé pour M. Auclerc sur ce petit recueil tout blanc, par ailleurs, très bien savonné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi, enfin, j’ai bel et bien produit mon explication linéaire de Rousseau devant la classe. Mais, bien sûr, ça ne pouvait pas se passer normalement : comme la prof est arrivée en retard (comme presque toujours) et qu’elle a parlé trop longuement après la première explication, j’ai moi-même commencé en retard ma présentation, ce qui fait que les étudiants qui avait un cours à 10 h ont dû subitement quitter la classe alors que j’en étais environ aux deux tiers de mon explication. J’ai donc arrêté de parler et regardé la prof avec un air interrogateur. Mme Cron a dû excuser pour moi la conduite des élèves et s’est proposée de prendre mes feuilles où était presque rédigée en entier mon explication pour qu’elle puisse consulter le reste de mon travail, d’autant plus que, selon ses dires, j’avais parlé un peu vite et qu’elle n’avait pas toujours compris. Les Français parlent vite aussi parfois, mais elle ne demande jamais d’avoir leurs feuilles, alors je pense qu’elle faisait peut-être référence à mon accent. Mme Cron m’avait déjà demandé si je voulais passer à l’écrit vu que j’étais une étudiante en échange; je n’avais véritablement pas compris ce qu’elle voulait dire. Enfin, j’étais un peu mal à l’aise devant cette étrange situation, parce que la prof m’a fait sentir que ma langue était une barrière et parce que j’avais bien envie de terminer mon explication qui me paraissait pertinente, où Rousseau, comme Sartre plus tard, s’aperçoit qu’en littérature, il faut toujours un peu mentir pour être vrai. J’ai l’impression d’avoir bien travaillé, malgré tout, même si je n’ai pas toujours l’impression d’avoir utilisé la bonne terminologie française pour analyser le détail du style de Rousseau. J’ai du moins hâte d’entendre la reprise (genre de correction à l’oral et d’explication des notions importantes soulevées ou non soulevées dans l’explication) qu’elle fera de mon travail la semaine prochaine. Car Mme Cron a au moins dit que mon écriture était lisible, dans un élan de pitié naturelle, peut-être.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La différence effective du français du Québec et du français de France est un sujet de conversation qui revient souvent avec les Français mais aussi avec les étudiants étrangers. Fritzi m’a dit que, lorsqu’elle était allée à Montréal, elle avait entendu dire les Montréalais que, pour eux, ils parlaient le québécois plutôt qu’un français international et que, pour elle, j’étais la première personne qui n’acquiesçait pas à cette déclaration que je juge pour le moins douteuse. L’an passé, dans quelques-uns de mes cours à l’Université Laval, nous avions amorcé une réflexion à ce sujet, et j’ai toujours penché du côté d’un français standardisé. Je ne sais pas exactement pourquoi, c’est peut-être en raison mon amour de la langue française, car, pour ma part, j’écris et je parle le français de Baudelaire, de Breton et de Bonnefoy, tout comme celui de Miron et de Brault. La langue devrait être un facteur d’unification, non pas de division, même si je ne voudrais pour rien au monde que le français du Québec perde ses mélodies et ses travers. Ici, je rêve de poudrerie et de sloche, mais qui peut vraiment comprendre ça? Seulement, je persiste à croire que nous devons garder &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Robert&lt;/span&gt; comme outil de référence, qui sait d’autant plus bien identifier les mots d’argot ou les canadianismes; en France comme au Québec, nous devons protéger l’intégrité de notre langue française, qui demeure, à mon avis, la source d’une poésie ancestrale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi a été une journée étrange. C’était le dernier cours avec M. Thélot, j’en étais triste mais visiblement presque la seule, car toute la classe a parlé pendant le cours, c’était désagréable et irrespectueux. Le prof essayait d’intéresser le groupe en racontant des trucs plus drôles ou en variant les tons de sa voix, mais ça ne faisait pas de grosse différence. À la fin, quand il a fini le cours et qu’il nous a souhaité une bonne année universitaire, les gens se levaient brusquement pour partir et nous avons été peut-être dix élèves sur cent ou cent cinquante qui ont applaudi ce prof ma foi extraordinaire. C’était pathétique. Le rapport aux professeurs en France n’est vraiment pas le même qu’au Québec, où on les admire souvent et les respecte toujours. Ici, ils apparaissent comme des individus médiocres (au sens de moyen) au pouvoir et au savoir de peu d’importance, tout accomplis que ces gens peuvent être. À cet égard, j’ai découvert que M. Thélot avait publié assez récemment un premier recueil de poésie, intitulé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Contre la mort&lt;/span&gt;, après avoir étudié pendant vingt ans la poésie des autres, comme l’expliquent les présentations de l’œuvre. M. Thélot ne blaguait donc pas trop quand il disait que c’était difficile de se remettre à bien écrire quand on a arrêté pendant vingt ans. Connaissant déjà en quelque sorte la sensibilité de l’auteur et alléchée par la préface mise en ligne, j’ai commandé aujourd’hui en ligne le recueil, dont le titre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Contre la mort&lt;/span&gt; m’apparaît assez puissant et près de l’essentiel, ça rappelle presque la volonté d’agir de Ponge. Je devrais recevoir le livre dans 48 heures au maximum.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, je ne suis pas allée au marché pour la première fois depuis tous mes dimanches passés à Lyon. Il fait froid et puis nous n’avions besoin de rien en particulier, alors Élise et moi avons paressé chacune de notre côté. J’ai mangé un reste de soupe de la semaine, alors j’étais quand même assez bien dans mon petit studio.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-4681344814011080692?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/4681344814011080692/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=4681344814011080692' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4681344814011080692'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4681344814011080692'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/les-voix-du-silence.html' title='« Les voix du silence »'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-7589588257247107714</id><published>2008-11-29T14:58:00.002+01:00</published><updated>2008-12-01T10:23:02.000+01:00</updated><title type='text'>« Que salubre est le vent »</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 23 novembre, dans la nuit pluvieuse&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai à nouveau apprécié, jeudi soir, du Beaujolais nouveau – acheté à Lyon – afin de m’assurer qu’il n’était pas si mauvais et de partager avec ceux qui n’étaient pas venus à Beaujeu le plaisir de cette fête d’envergure nationale ou même internationale. Puis, après mon cours du vendredi, je suis partie en fin d’après-midi pour Aix-en-Provence. La résidence avait besoin de mon absence pour repeindre mon studio pendant le week-end : j’en ai profité pour aller visiter Sylvie-Anne – et pour quitter la grisaille lyonnaise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Quand j’étais allée à Nîmes en 2006, j’avais découvert la Provence et bien aimé ses couleurs (bleu et jaune), son ambiance, son caractère austral. Et je suis encore une fois tombée sous le charme. Juste en arrivant, la végétation usuelle de la région est toujours d’une agréable surprise : des palmiers et des plants d’aloès décoraient la ville. Il n’a cependant pas fait très chaud pendant mon court séjour, car, à ma grande joie d’assister à ce moment spécial, se produisait un phénomène météorologique particulier au climat provençal : le mistral. Le mistral est un vent sec et fort qui souffle pendant des périodes de un à trois jours et qui s’accompagne d’un ciel très ensoleillé, bien que ce vent soit froid, arrivant de l’Europe du Nord. On dit qu’il est salubre car il a comme fonction d’assécher les marais humides – cette information, trouvée dans Wikipédia, m’a rappelé un vers de Rimbaud, « que salubre est le vent », et j’ai eu l’impression d’être décoiffée par cet air poétique à tout instant en Provence. Dans la nuit de vendredi à samedi, j’entendais le mistral se déchaîner et j’avais presque l’impression d’être dans une tempête de neige du Québec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi, Sylvie-Anne et moi sommes allées à Marseille. Je n’avais jamais visité cette ville non plus et je l’ai trouvée belle, bigarrée et chaleureuse. J’avais oublié que les gens parlaient avec un accent marseillais très fort; même si parfois je ne comprenais rien quand ils parlaient trop vite, c’était agréable à écouter, c’est comme s’ils avaient du soleil plein la langue. Nous avons passé la journée à errer dans le Vieux-Port, où j’ai pu contempler pour la première fois de ma vie la mer Méditerranée, houleuse et encombrée de bateaux amarrés. Tout était bleu (le ciel, la mer) et blanc (les immeubles, les bateaux, leurs mâts), c’était impressionnant et apaisant pour l’esprit. J’ai eu de la chance aussi car les marchés de Noël venaient de débuter à Marseille, alors nous avons pu leur jeter un coup d’œil : ce sont de petits kiosques en bois, saisonniers et extérieurs, qui présentent divers produits à offrir en cadeau. Nous n’avons par contre que succombé pour un petit verre de vin chaud, c’est toujours sympathique et ça réchauffe! De retour à Aix, le soir même, nous en avons préparé et partagé avec d’autres étudiants en échange à la résidence de Sylvie-Anne : vin rouge, cannelle, muscade, cassonade et morceaux de pomme qui sont chauffés dans une casserole. C’était presque aussi bon que plus tôt dans la journée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, nous sommes restées dans Aix et nous avons visité cette ville un peu plus longuement. C’était étrange, car j’étais presque aussi touriste que Sylvie-Anne et Laurence dans cette agglomération d’environ 150 000 habitants; les filles ont préféré visiter d’autres villes que la leur en général et c’est pourquoi elles ne connaissent pas encore les secrets bien gardés d’Aix ni même toutes ses rues. Pour ma part, je pense que je n’aurais pas été capable de ne pas visiter Lyon de fond en comble ou presque : il me faut bien connaître mon espace de vie, avoir un sentiment d’appartenance non seulement social mais géographique. Enfin, on vit chacune le dépaysement de façon particulière. Même si mes guides n’étaient pas aguerries, j’ai pu découvrir une petite ville charmante, truffée de fontaines (la grande Rotonde près de la résidence universitaire), de pavés et de ronds-points. De plus, je me suis étonnée devant les jeux de mots avec « Aix », qui donnent un air sympa à cette localité. J’en recense quelques-uns : Aix-élan, Aix-presso, Informat-aix, Mairie aix-press – même l’administration municipale se prête à ce petit plaisir littéraire! En après-midi, nous avons visité la majestueuse cathédrale Saint-Sauveur, dont le début de la construction remonterait au XIIe siècle. L’architecture est de style roman et gothique à la fois en raison du long temps que son édification a demandé; œuvres picturales et sculpturales y abondant, l’intérieur était magnifique, avec ses puits de lumière, et on sentait l’âge de ce bâtiment. Laurence m’a dit que Rodin avait eu sa révélation de Dieu en entrant dans Notre-Dame-de-Paris et qu’elle avait compris comment ç’avait pu se produire quand elle est entrée dans cette cathédrale d’Aix. J’ai été moi-même d’accord, on sentait la présence toute immatérielle de quelque chose de plus grand que soi. Le cloître, juxtaposé à la cathédrale, était également impressionnant avec ses colonnades uniques et sa verdure paisible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le reste de la journée a aussi tout aussi riche en émotions : rentrant bredouilles chez Sylvie-Anne d’avoir marché longuement sans trouver l’atelier Cézanne, nous sommes tombées nez à nez avec cette petite maison entourée d’arbres, située dans une pente qui redescendait vers le centre-ville. En moins de deux, nous étions donc dans une pièce assez grande, au deuxième étage de l’immeuble, éclairée par de grandes fenêtres. J’étais en quelque sorte bouleversée par cette visite : dans ma tête défilait l’histoire de Claude Lantier (personnage principal de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’œuvre&lt;/span&gt; de Zola qui joue le précurseur de l’impressionnisme), son goût pour les ateliers où ruisselle la lumière du style plein air, pour les toiles gigantesques. Zola, d’ailleurs, était inséparable de Cézanne. À cet arrière-plan littéraire que j’avais s’ajoutaient les esquisses que nous pouvions consulter, les objets qui ont servi de modèles et toute l’âme et les couleurs d’un bâtiment qui a habité un des grands de ce monde. J’avais l’impression d’être dans un monde de fiction tellement cette visite était soudaine mais importante à la fois. Ce sentiment était renforcé aussi par le paysage extérieur : en se promenant nonchalamment, Sylvie-Anne s’est exclamée : « c’est le Mont Sainte-Victoire! » Je n’étais pas dans un cours d’histoire de l’art ni même sur Google, seulement la réalité me rattrapait, la réalité rattrapait l’art que je connaissais depuis les livres. J’ai quand même aperçu ce panorama avec de grandes taches de bleu et d’orangé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant que je ne rentre à Lyon, nous avons mangé une soupe aux légumes, crevettes et crabes, cuite dans un bouillon de poisson. J’avais peur de ne pas aimer, mais j’ai pensé que je devais essayer la cuisine un peu plus locale et je n’ai pas été déçue. Vendredi, nous avions mangé de la ratatouille typique et ça m’avait plu aussi. Je suis donc revenue ce soir et j’ai correspondu en TGV à Avignon. Bien sûr, en sortant de la gare Part-Dieu, il pleuvait – que pouvait-il faire d’autre à Lyon –, mais j’ai encore plein de vent salubre et de soleil en moi.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-7589588257247107714?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/7589588257247107714/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=7589588257247107714' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7589588257247107714'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7589588257247107714'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/que-salubre-est-le-vent.html' title='« Que salubre est le vent »'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5096895478424831733</id><published>2008-11-27T10:03:00.001+01:00</published><updated>2008-11-27T10:05:00.687+01:00</updated><title type='text'>Beaujolais nouveau</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;jeudi 20 novembre 2008, dans la pénombre déjà tombée&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En préparant mon explication linéaire de la fin de la quatrième promenade des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rêveries&lt;/span&gt;, j’ai découvert qu’il y avait, chez Rousseau, une dualité interne profonde entre le moi idéal et le moi vécu. En fait, alors que tout son cœur est tendu vers un respect absolu de la vérité en tout moment, Jean-Jacques a constaté qu’il a parfois menti dans sa vie, à son grand désarroi, même si ses remords l’auront mille fois repenti; son besoin de transparence n’est pas comblé entièrement. Même, il en vient à s’accuser d’avoir usé de fiction – avec son roman, par exemple – pour donner une forme agréable et sensible à une vérité utile, parce que c’est défigurer la vérité que de l’orner ainsi (je cite librement). Je dois avouer que j’ai été un peu effrayée par cet attachement presque trop fidèle à la vérité, mais ça m’a au moins permis de comprendre quelle portée on pouvait accorder à son projet d’écriture autobiographique : dans ce type de texte, la transparence à soi est doublée d’une transparence dans le langage, on ne peut qu’y écrire que le vrai, car c’est ce qui en détermine le genre littéraire. Rousseau pouvait donc résoudre ses antithèses dans l’écriture.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les réflexions que j’ai tirées de mon analyse m’apparaissent intéressantes et j’avais hâte, en quelque sorte, de les révéler mercredi à la classe, même si j’étais mortellement stressée par l’éventualité d’une prestation orale – car je dois bien avouer que je n’ai pas encore acquis l’éloquence des Français, mes mots sont toujours enchevêtrés dans une confusion d’expression à la moindre divagation de mon esprit. J’étais en retard ce matin-là et j’ai couru pour prendre le tram à l’heure; je suis arrivée dans la classe au bon moment, pour constater que c’était plutôt la prof qui n’était pas ponctuelle, puis simplement absente. Un mélange de frustration et de soulagement s’est abattu sur moi et j’ai tenté de me consoler ensuite à la Manu (le cours de Rousseau est sur les Quais, l’autre pavillon, à 25 minutes de marche de la Manu) en mangeant un pain au chocolat et en buvant un chocolat – cela très français et très bon. C’est ainsi dire que mercredi a été une étrange journée, puisque je pensais que j’allais avoir fait mon explication linéaire et que j’allais pouvoir profiter du reste de la journée dans un relâchement presque total de l’esprit.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce qui suivait dans l’après-midi et dans la soirée était un événement assez spécial : le Service des Relations Internationales avait organisé une expédition dans la région du Beaujolais afin que nous allions fêter la cuvée 2008 du Beaujolais nouveau, toujours fêté le troisième jeudi de novembre. Pour moi, ça représentait aussi la première sortie hors de Lyon. Nous avons sinué à travers les collines de la campagne française où paissaient quelques moutons – plusieurs Espagnols chantaient à tue-tête dans le bus des chansons à répondre, ce qui altérait l’ambiance –, puis le car s’est premièrement arrêté à la cave de Quincié, une coopérative de producteurs qui collecte le raisin d’environ 800 hectares de vignes. Nous avons alors pu visiter les lieux de transformation du raisin jusqu’à sa forme de liquide alcoolisé. Les gigantesques cuves où fermente le raisin étaient impressionnantes, d’autant plus que tout le bâtiment dans lequel nous avancions était imprégné d’une forte odeur de vin rouge. Cette visite s’est conclue de façon fort sympathique : entre autres, nous avons dégusté le Beaujolais nouveau 2008, qui n’était disponible qu’à la vente à partir de minuit, mais dont nous pouvions profiter quand même, sans payer, en après-midi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://2.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SS5il28SWJI/AAAAAAAAAqg/0qhk9R0pdXM/s1600-h/Beaujolais-nouveau-2008_large.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 300px; height: 144px;" src="http://2.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SS5il28SWJI/AAAAAAAAAqg/0qhk9R0pdXM/s400/Beaujolais-nouveau-2008_large.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5273260616240486546" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;Nous nous sommes ensuite dirigés vers Beaujeu, la petite ville où se tenaient les festivités officielles. Cette année, le visuel a été réalisé par l’artiste français contemporain Ben Vautier (j’avais déjà vu un de ses travaux au Musée d’art contemporain à Lyon), alors il va sans dire que ça me plaisait toujours de voir les affiches et leur slogan teinté d’humour. L’art était au service du vin ou au service divin, comme dirait Rabelais. Enfin, les places publiques de Beaujeu se sont remplies graduellement de gens de tout âge et de toute nationalité; une animatrice, dont la voix était projetée partout dehors par des haut-parleurs, demandait aux gens de dire « santé » dans leur langue natale et se plaisait à dire que Beaujeu était la capitale du monde en ce soir de novembre. Les animations lumineuses et les bâtiments éclairés de façon multicolores abondaient et donnaient aux lieux un air de fête, ce paysage étant supporté par la diffusion de chansons à boire et de mélodies folkloriques. Chacun s’est acheté un verre et nous avons dégusté diverses déclinaisons du Beaujolais présentées sous de petites tentes de toile en plastique blanc. Dans l’espace d’une heure, de 19 h 30 à 20 h 30 environ, il n’y avait plus de vin nulle part, même si on nous en servait qu’une lampée au fond du verre à chaque fois – il y avait beaucoup de gens. Dans ce même mouvement de désertion du vin, les places publiques se sont aussi dépeuplées rapidement, c’en était presque drôle. Mais le froid, lui, était de plus en plus poignant; nous avons décidé de nous réfugier dans un café pour boire des chocolats. Nous avons donc discuté et perdu notre temps jusque vers 23 h, où les gens se sont mis à affluer de nouveau en prévision de la vraie célébration, à minuit, du Beaujolais nouveau. Heureusement, les masses humaines produisent de la chaleur et nous étions bien, nous avions même retrouvé notre air festif. Le présentateur a fait un discours à tonalité presque religieuse, comme me le faisait remarquer Larissa : le Beaujolais nouveau est une fête du partage, du rassemblement pour célébrer les fruits de la terre. Cette exaltation de l’esprit était d’ailleurs rehaussée de la lumière de plusieurs flambeaux qu’une délégation apportait avec elle tout comme de celle des feux d’artifice qui nous faisaient lever la tête au ciel. Enfin, le décompte terminé, nous avons pu déguster à ce cher Beaujolais nouveau, dont le goût, assez fruité, n’a pas assez maturé à son goût, mais c’est bien dû à sa nouveauté. Et peut-être qu’il y a plus de plaisir à l’égard du Beaujolais nouveau dans la fête autour de lui que dans la richesse de ses arômes.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Petit détail : en rentrant à la maison, Fourvière n’était pas illuminée comme à l’habitude, cela change étrangement le paysage nocturne, le défigure.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5096895478424831733?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5096895478424831733/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5096895478424831733' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5096895478424831733'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5096895478424831733'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/beaujolais-nouveau.html' title='Beaujolais nouveau'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://2.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SS5il28SWJI/AAAAAAAAAqg/0qhk9R0pdXM/s72-c/Beaujolais-nouveau-2008_large.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-9104236864072341974</id><published>2008-11-16T22:30:00.002+01:00</published><updated>2008-11-16T23:07:33.668+01:00</updated><title type='text'>Ciel gris et clémentines</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;sous ma petite lampe, dans la fragile chaleur de mon studio&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette semaine, l’hiver est arrivé, plus particulièrement jeudi, avec son air très frais. Lundi, j’avais acheté un foulard (noir encore) plus chaud pour protéger ma gorge défaillante, alors je trouve qu’il m’est bien utile, même si j’ai entièrement retrouvé la voix. Le froid lyonnais n’a cependant rien à voir avec celui du Québec, car la température actuelle se situe autour de 5 degrés. Mais la chaleur a duré si longtemps ici pour que je me surprenne quand même de cette légère baisse : en quelque sorte, je ne l’attendais plus et elle me gèle les mains. Elle est d’ailleurs doublée d’un ciel gris en permanence, on ne peut plus détestable; que je le veuille ou non, ça sape mon moral, surtout quand une bruine humidifie mes vêtements. Au moins, les clémentines d’Espagne que j’achète au marché sont sucrées et juteuses; comme au Québec, elles arrivent à un moment de l’année où nous avons bien besoin de leur énergie et de leur couleur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La semaine qui vient de se terminer n’a pas été trop chargée, puisque le mardi, Jour du Souvenir, était férié : nous n’avons pas eu d’école. Cette petite vacance nous a permis d’assister à un phénomène assez déstabilisant qui doit sûrement être particulier à la France, le phénomène du pont. En fait, puisque le jour férié était un mardi, certains commerces, institutions et même professeurs ont modifié leurs activités afin que le lundi soit une sorte de jour férié à son tour et que se forme ainsi un congé de quatre jours consécutifs. Élise et moi avons trouvé cette pratique – non généralisée – d’abord scandaleuse, tout choqué que notre intérêt nord-américain pour l’efficacité se révélait. Puis, en examinant la chose, je crois qu’un tel mouvement peut seulement nous faire réfléchir plus longuement : s’il n’y a donc pas seulement le travail qui soit important dans la vie, cette prise de conscience peut transparaître dans nos modes d’organisation sociale.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers jours ont été ponctués de diverses soirées entre amis. Dimanche soir passé, nous sommes tous allés chez Giulia pour une soirée cinéma qui s’est transformée en soirée télé, on se sentait presque à la maison. J’y ai fait connaissance avec George, un Roumain de passage chez Alex, et nos brefs échanges ont mené à la même confrontation des altérités que j’ai sentie lors de la rencontre avec l’auteur Popescu ou lorsque je rencontre des Roumains et Roumaines en général. En fait, je lui avais simplement demandé ce qu’il faisait à Lyon et il m’avait répondu qu’il voyageait en France et qu’il s’arrêtait aux endroits qui lui plaisaient pour le temps qu’il désirait – il se déplace en moto. J’avais donc répondu que c’était bien, car il était libre de faire ce qu’il voulait. Et il avait répliqué, avec un air franchement étonné : « tu n’es pas libre, toi? » Surprise, j’avais bredouillé et répondu que oui, que, oui, bien sûr j’étais libre, mais que j’avais des engagements, l’école par exemple. Cette conversation m’était restée longtemps dans la tête, je me suis demandé jusqu’à quel point on utilise à tort et à travers ce concept de liberté. Un peu plus et il ne voudrait rien dire dans nos sociétés démocratiques, alors que, pour ces gens issus de pays ont vécu sous l’emprise d’une dictature, j’ai l’impression que la liberté veut encore tout dire; Popescu, au fond, revendiquait l’emploi le plus « libéré » du langage, le plus authentique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi soir, nous avons fait une soirée de cinéma international et c’était au tour du Québec d’être présenté aux amis du monde entier : nous avons regardé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les invasions barbares&lt;/span&gt;, film que j’ai réussi à louer à la Bibliothèque municipale. Je pense que tout le monde a apprécié, la mort et le bonheur sont des thèmes assez universels. Même chose pour la beauté de l’image. Par contre, Arne a révélé qu’il a dû user de toute sa concentration pour suivre les dialogues, car l’accent québécois était très perceptible. Mais je crois tout de même que le langage particulier du cinéma a fait passer outre ces quelques inflexions étrangères de la voix.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mardi, Élise et moi avons profité du congé pour avancer notre exposé sur le premier chapitre de L’œuvre de Zola. Puis, en soirée, nous sommes allées sur une péniche, le Sirius. Les péniches sont des bateaux à fond plat qui sont attachés à des quais : c’est ainsi dire que cette forme de bars s’intègre particulièrement bien à la géographie de la ville, on en retrouve sur les bords du Rhône et de la Saône. Le Sirius, pour sa part, est situé sur le Rhône. Nous avons retrouvé dans cette installation flottante une ambiance chaleureuse, caractérisée par ses lumières tamisée, le bois et les tonneaux qui servent de tables d’appoint. On pourrait comparer l’endroit à la Barberie à Québec. Nous en avons donc profité pour boire de la bière, mais ce n’était pas notre but premier : nous venions voir un concert d’un groupe lyonnais dont Vincent, le mec avec qui nous étions allées dans un bouchon, est le chanteur. La musique était de genre pop-rock, au son qui se rapproche parfois de Radiohead et nous connaissions déjà quelques chansons, car nous étions allées visiter le site web du groupe au préalable. Les textes étaient en anglais. Bref, une petite soirée sympathique qui nous a rendues au fait de ce qui se fait comme musique, entre autres, à Lyon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le reste de la semaine, jusqu’au vendredi, a été marqué par le travail pour la fac, plus précisément pour la préparation de ce fameux exposé. J’ai, entre temps, bu un bon café avec Giulia – les Italiennes ne boivent pas n’importe quoi – et mangé des oranges et bu du thé avec Alex qui était malade à son tour. Vendredi est donc venu rapidement et Élise et moi étions stressées par la présentation que nous devions faire, bien que nous puissions lire notre texte à l’avant, sans effort particulier de mémorisation. Même si nous avions fourni un honnête travail, je pense que nous avions un complexe de performance envers ce milieu d’éducation française et ses professeurs exigeants. Nous avons néanmoins fait une bonne présentation, le prof nous a félicité d’avoir recouru à Genette pour nous donner des assises théoriques, mais je dois avouer que c’était plutôt l’initiative d’Élise qui s’ennuie des approches plus construites de la littérature. J’ai eu l’impression de bafouiller pendant l’oral, j’avais le sentiment que tous les petits visages de la classe écoutaient mon accent, mais Élise m’a dit que j’ai été claire. Je crois que je n’arrive pas encore tout à fait à être en harmonie avec mon identité à deux versants, malgré tout. J’ai parfois l’impression d’être un imposteur dont on découvre la vraie nature quand j’ouvre la bouche.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soirée, même si personne n’a désiré m’accompagner (Élise était partie à Aix-en-Provence), je suis allée à l’Auditorium de Lyon pour assister à un concert de l’Orchestre national de Lyon, parce que c’était une soirée spéciale destinée aux étudiants, à laquelle on pouvait assister gratuitement en présentant notre carte étudiante. Je n’ai pas été déçue : on jouait la Sixième symphonie de Tüür en première partie et la Sixième symphonie de Tchaïkovski en seconde. Je ne connaissais pas le premier compositeur : j’ai appris, dans le programme, qu’il était Estonien et qu’il était un artiste encore en vie. J’avais du moins senti, à l’écoute, que cette musique était ancrée dans son époque (2007), en raison de ses sonorités proprement post-modernes où s’entremêlaient les sonorités cristallines des carillons à l’angoisse profonde des cuivres, par exemple. Disons qu’on percevait le malaise du XXIe siècle à travers ces mélodies où les contrastes se succédaient, s’emboîtaient. C’est ainsi dire que les harmonies presque bonbon de Tchaïkovski sont venues mettre un baume sur l’ambiance d’instabilité qui s’était mise en place. Mon esprit s’est alors épuré pendant quelques instants, sans que je ne regrette un peu la fraîcheur artistique de la première symphonie interprétée. J’ai apprécié, somme toute, ce concert de l’Orchestre qui a su doser deux styles bien différents pour en indiquer à l’oreille les beautés particulières.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pendant cette fin de semaine, j’ai été prise de quelques accès de nostalgie. Je ne sais pas si c’est parce qu’Élise n’était pas là, mais je me suis sentie particulièrement seule – je ne suis pas allée à Aix-en-Provence car je devais préparer mon explication linéaire d’un passage de Rousseau que je vais présenter mercredi matin. Chez Giulia, avec le groupe habituel, nous avons écouté des chansons du groupe français La rue Kétanou et ça m’a rappelé de bons moments passés à Québec : « y’a des cigales dans la fourmilière / et c’est pourquoi j’espère ». Je me suis demandé justement ce que j’espérais encore construire ici, alors que toute ma vie ou presque est là-bas. Mais je crois que, poser la question, c’est y répondre : les paysages que je parcours, les gens que je rencontre, les découvertes culturelles qui m’éblouissent, tout ça constitue et constituera un bagage unique. Je peux d’ailleurs mettre cette affirmation en parallèle avec une phrase de la lettre de motivation que j’avais rédigée pour partir en Profil international : « je voue une grande partie de mon existence aux mots et il est évident que la possibilité de vivre en France enrichirait mon regard littéraire; les nouveaux lieux d’inspiration dont je serais imprégnée affineraient mon rapport à la poésie. » C’est sûr que rien n’est perdu, que, même, tout est à embrasser; et tout ça pourrait prendre forme un jour. Je me suis surprise aujourd’hui à écrire quelques vers aujourd’hui à travers de ma liste d’achats pour le marché; il m’a semblé que ça faisait des lustres que je n’avais rien écrit de poésie. Comme M. Thélot l’avait mentionné, on perd vite la main. Alex m’avait dit, un jour, que tout le monde devrait être obligé de tenir un journal de ses activités personnelles jusqu’à cinquante ans, puis après on pourrait écrire ce vécu accumulé qui aurait, du coup, mûri. J’avais trouvé ça drôle et presque vrai, mais je ne sais pas, finalement, si la vie peut vraiment attendre d’être écrite. Peut-être que la richesse des souvenirs réside beaucoup dans la manière avec laquelle on les rapporte : la prose sèche rapporte des mémoires stérilisées, alors que les métaphores fines, qui sait, pourraient véritablement recréer les instants vécus. C’est d’ailleurs ce à quoi Rousseau emploie la prose poétique de ses &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rêveries&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, mes tristesses passagères ont été consolées par des rencontres agréables. En fait, je suis sortie avec Mala, une Allemande; je la connaissais déjà, mais peu, et j’étais contente de me rapprocher de cette fille qui étudie en lettres et en philosophie, qui ne sort pas à chaque soir, mais qui sait quand même s’amuser. Avec d’autres amis, nous sommes allés à l’atelier Gédéon, sur la rue Burdeau (celle de l’exposition de photographies). C’est un atelier de dessin et de peinture qui, le soir venu, offre son espace à des chanteurs ou musiciens qui veulent bien l’animer. Le décor du spectacle solo était donc assez bien, des toiles, des esquisses, des instruments de musique installés un peu partout. Le garçon, accompagné de sa guitare, a chanté des pièces de folk et de blues; la chose a été sympathique, mais décevante pour les six euros donnés à l’entrée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi, j’ai fait connaissance avec un couple très sympathique : Vincent, un Français, et Catinca, une Roumaine qui habite en France depuis un an et demi. Vincent est littéralement fasciné par mon accent, par la culture québécoise, par tout ce qui nous différencie et nous rapproche à la fois. Au début, j’étais un peu lasse de l’entendre faire ses petits commentaires qui se voulaient pourtant sympathiques (d’autant plus que je me sentais seule d’avance, comme exclue des autres), mais ça m’amuse bien aussi au final, car je peux aussi m’appliquer à pointer ce qui est différent, pour moi, en France. Catinca étudie en lettres modernes également, mais elle est rendue à la maîtrise, et Vincent se consacre plutôt aux études commerciales. Aujourd’hui, je suis allée avec eux au marché. Ils habitent sur la Presqu’île depuis deux mois, mais ils n’avaient jamais encore participé à cette activité dominicale, j’ai trouvé ça étonnant : j’étais presque moins touriste qu’eux. Après avoir fait les courses, nous sommes allés poser les sacs dans leur appartement qui se situe vers la pointe de la Presqu’île, près de la gare Perrache, et c’est moi, cette fois, qui n’étais jamais allée dans ce secteur de Lyon. Après avoir sinué à travers un labyrinthe de corridors et de portes en bois, nous sommes montés dans un minuscule ascenseur qui se rendait au cinquième étage, où était situé leur logement. C’était drôle, car l’ascenseur montait très lentement et nous étions serrés, les trois, dans ce petit habitacle. Nous sommes redescendus ensuite pour aller manger un petit quelque chose à L’épicerie, ce petit bistro à l’ambiance rustique où j’étais déjà allée avec Élise et Sylvie-Anne. À nouveau, ça m’a plu, j’ai savouré une soupe au potiron, c’était de saison, et elle était bien chaude. Rien de mieux pour survivre au ciel qui était encore gris, évidemment. Cette petite journée a été bien agréable sans qu’elle soit marquée par des événements extraordinaires, comme si je l’avais passée en compagnie d’amis de longue date, alors que je ne connais Vincent et Catinca que depuis deux jours. Nous avons pris notre temps ensemble, ce qui m’apparaît une manière louable de m’approprier une existence plus sereine ici.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-9104236864072341974?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/9104236864072341974/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=9104236864072341974' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/9104236864072341974'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/9104236864072341974'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/ciel-gris-et-clmentines.html' title='Ciel gris et clémentines'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8144650432002312866</id><published>2008-11-14T15:44:00.002+01:00</published><updated>2008-11-14T15:50:30.359+01:00</updated><title type='text'>Des mots et des voix en automne</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 9 novembre 2008, dans la langueur de l’après-midi&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, ça fait exactement deux mois que je suis arrivée. Sans que ce soit surprenant, je vais dire que le temps a passé vite et, en même temps, on dirait que tout a passé d’une vitesse étonnement lente, car j’ai l’impression d’avoir autant de souvenirs que si j’avais mille ans, comme dirait Baudelaire, alors que ces deux mois représentent seulement bien seulement soixante jours, un cinquième de mon voyage.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi, à mon grand bonheur, j’ai eu deux heures de cours magistral sur Rousseau, pour rattraper l’absence du prof la semaine précédente. Nous avons étudié les types de rêveries auquel l’écrivain s’abandonne. C’était bien, surtout en raison de l’accent que la prof a mis sur la portée intellectuelle de certains textes, alors que les manuels scolaires présentent plutôt Rousseau comme un simplet rêveur devant la nature. Il faut toujours rétablir la vérité pour ce cher Jean-Jacques… Plus tard dans l’après-midi, j’avais mon cours sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La tournée d’automne&lt;/span&gt;; M. Lavorel explorait cette fois le thème de la rencontre, du départ, et a éclairé le titre de l’œuvre d’une façon nouvelle pour moi. Alors que j’avais toujours pensé que le titre mettait en évidence l’inaltérable continuité du lien entre le Chauffeur et Marie – puisque le roman raconte la tournée d’été et que le titre parle de celle d’automne –, le prof a fait remarquer que le terme « tournée » est porteur d’un caractère éphémère, même si cela n’empêche pas que les tournées se succèdent à l’infini. J’avoue avoir été surprise par cette affirmation, mais ce sens révélé me plaît bien, je pense même qu’il témoigne mieux du travail de finesse de Poulin que mes grossières exagérations d’interprétation. Si parfois j’ai trouvé que les analyses littéraires en France, trop proches des mots, manquaient de vue d’ensemble, je dois avouer que celles de M. Lavorel sont, à quelques exceptions près, d’une justesse incomparable.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après mes cours habituels, mardi, je suis allée avec Giulia et Élise chez Arne boire un café, ce à quoi il nous avait invitées avant de se rendre à une rencontre avec un auteur roumain (qui vit à Lausanne en Suisse et qui écrit en français), Marius Daniel Popescu, activité organisée par notre prof de littérature du XXe siècle, M. Auclerc, dans le cadre de la Saison culturelle européenne. Nous étions installés dans une petite salle du pavillon des Quais. Il y avait peut-être, dans le meilleur des cas, vingt personnes présentes. Je croyais que notre prof était bien content que nous soyons venus et mon impression s’est confirmée lorsqu’il a souligné, dans son mot d’introduction, qu’il remerciait les étudiants en échange de leur présence, ceux-là même qui, entre autres, font la richesse et le dynamisme de Lyon 3 – c’est vrai qu’on participe généralement dans les cours, contrairement aux autres étudiants n’écoutent pas et qui parlent entre eux. C’était une drôle de situation qui en devenait presque émouvante, la rencontre culturelle s’avérant démultipliée. Cette entrée en matière plutôt singulière n’a pas détonné d’avec l’original personnage qu’est Popescu, d’abord auteur de quelques recueils de poésie, puis fondateur et éditeur d’un journal de création littéraire dont il a été longtemps l’unique contributeur et enfin romancier. Malgré cette activité créatrice qu’on pourrait juger assez prenante, Popescu ne s’arrête pas à celle-ci, car il consacre aussi sa vie au métier de chauffeur d’autobus à Lausanne. C’est ainsi dire qu’il est un poète du quotidien; la vie, les émotions qu’on ressent, les rencontres, toutes les actions les plus banales, nous révèle-t-il, sont ses sources d’inspiration. Mais ça n’a pas tout à fait à voir avec Patrice Desbiens, par exemple, parce Popescu pousse plus loin son sentiment, jusqu’à formuler la phrase-choc comme quoi « les mots ne devraient pas exister », ne suffisant jamais à exprimer tout ce qu’on voudrait, à recréer un regard échangé, un paysage touchant ou la sensation humaine exactement vécue. Je dois dire que cette réflexion m’a rejointe en quelque sorte : même si je n’y adhère pas, c’est tout de même un spectre qui se promène au-dessus de moi parfois, comme si le combat était perdu d’avance. Ce qui était surtout génial dans ce dévoilement de la pensée de Popescu, c’est que ce n’était vraiment pas ce que l’auditoire était prêt à entendre ou même voulait entendre. On sentait se mettre en place une tension dans la salle : un écrivain qui dit qui ne travaille pas pour la musique ni les images des mots, qui voit ces véhicules de sens de façon presque utilitaire, ça choque. Si j’ai compris, les mots seraient, pour Popescu, un moyen de rapporter de façon fragmentaire le réel qui lui est porteur d’une beauté intrinsèque. Et qu’ont à voir là-dedans les chercheurs en littérature, les théoriciens? Rien, Popescu a dit lui-même qu’il n’écrivait pas une thèse de doctorat là-dessus. Disons que ce refus d’intellectualisation du processus de création était assez déstabilisant. En fait, ça m’a plu, parce que l’enthousiasme et la sensibilité sans borne de l’auteur ont fait contrepoids à la désobligeante simplicité de ses réflexions. L’écrivain a appris le français entre 25 et 30 ans et cet étonnement qu’il a gardé devant la langue est vraiment rafraîchissant : dans un de ses écrits où une femme demande à son mari quel cadeau il lui a acheté, l’auteur énumère les noms d’objets inscrits sur une facture la plus banale possible et termine en disant « c’est un poème ». Et Popescu de nous regarder avec son sourire franc et ses yeux pleins de lumière. Il avait aussi rédigé des poèmes de récréation, où, selon le son choisi, s’opèrent des variations sur un même thème; ça ressemblait aux jeux de l’Oulipo ou des surréalistes, mais il ne déconstruisait pas le langage, il cherchait plutôt à se l’approprier, ce qui faisait référence à l’intégration massive de la langue française qu’il a dû opérer. En bref, on aurait dit un enfant étonné qui s’amusait avec les affluences de mots et de sons, qui les approchait de la manière la plus « vierge » possible – alors qu’on sait que la Roumanie a vécu des temps très difficiles où la dictature employait le langage comme arme. Somme toute, pour moi, la littérature doit toujours convoquer un émerveillement devant les mots, soit, ou devant la vie et Popescu m’a semblé bien sensible à cette magie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi s’est opérée une grande révolution dans ma vie de Lyonnaise : j’ai acheté mon abonnement au réseau de Transport en commun de Lyon. J’ai en profité pour descendre à l’université en tram et c’était bien plaisant. J’avais envie de rire en entendant les rails miauler au contact des wagons qui tournaient, mais j’ai assez bien contenu mon enthousiasme devant les visages taciturnes des autres passagers. Le parcours T1 longe une voie routière dont j’aime bien le nom : le Cours de la Liberté. C’est vrai que je me sens un peu plus libre maintenant avec mon laissez-passer, je ne dépends plus des tickets qui s’écoulaient trop rapidement ou de mes pieds, qui n’aimaient pas trop les jours de pluie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeudi, comme je n’ai jamais cours, je me suis plongée dans la lecture de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’Œuvre&lt;/span&gt; de Zola. J’aime la poésie et ça m’a parfois portée à entretenir une froideur envers le genre romanesque, froideur peut-être un peu irrationnelle, car j’ai, en fait, encore une fois, succombé à Zola – la première fois étant lorsque j’ai lu &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La curée &lt;/span&gt;au dernier semestre. L’écriture naturaliste, visant une observation stricte du réel, s’oppose normalement à l’écriture poétique et à son lyrisme; chez Zola, pourtant, je sens une densité littéraire que je ne retrouve nulle part ailleurs. J’ai été carrément aspirée par cette petite brique de 400 pages écrites en petits caractères, si bien que j’en ai lu pendant huit heures pendant cette journée. Comme le roman expose l’émergence de la peinture impressionniste à travers son personnage principal, le peintre Claude, l’écriture zolienne opère une constante mise en abyme du regard de l’artiste : l’œil de l’écrivain capte tous les détails du paysage, les gouttes de lumière, les moindres taches de couleur, l’horrifiante luminosité de l’éclair, l’infime tremblement du personnage principal. Ce maniement de la description m’a plu, il s’efforce lui-même d’être impressionniste, cherchant à capturer dans l’instant un phénomène d’une réalité changeante sans effort de synthèse (ce sont à peu près les mots de Charles Bally que j’ai rencontrés en faisant de la recherche pour l’exposé de vendredi prochain). Cette interrelation des arts me surprend agréablement en quelque sorte, d’autant plus qu’elle s’avère au service d’un récit dont les enjeux sont assez graves : la réussite et l’échec dans la création artistique, l’enfantement dans l’art opposé à l’enfantement dans la femme. Plus précisément, Claude, d’abord follement amoureux de la sensuelle Christine, finit par ne voir que sa femme comme un modèle, comme une entité picturale, lui étant devenu obsédé par son désir de l’Œuvre sublime, ultime, où la femme devenue Femme. Disons que c’est assez intéressant de voir évoluer un personnage romantique dans un monde stérilisant qui ne laisse pas de place à de telles envolées. Par l’entremise de ce récit où Paris constitue le théâtre d’une lente dégradation des espoirs d’artistes, on sent à nouveau la décadence du Second Empire que Zola étudie; l’art, aussi extrême soit-il, ne réussit pas tout à fait à combler le vide de cette époque, pas plus que la corruption des personnages de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La curée &lt;/span&gt;n’a pu évacuer leur malaise existentiel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soirée, après cette journée intensive de lecture, je suis allée à l’Opéra de Lyon avec Élise pour voir le ballet &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Roméo et Juliette&lt;/span&gt;, dont la musique a été composée par Serge Prokofiev et les décors et costumes réalisés par le bédéiste internationalement reconnu Enki Bilal. Comme mes connaissances en musique classique sont relativement limitées et que je n’avais assisté qu’au ballet de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Casse-Noisette &lt;/span&gt;auparavant, cette soirée s’avérait pour moi une nouvelle aventure de spectatrice et je dois avouer que j’ai été totalement ravie. La scène présentait un décor futuriste dominé par le bleu, le blanc et le rouge et formé de différents volumes à l’aspect métallique; un balcon en ruine rappelait la scène classique du dialogue amoureux entre Roméo et Juliette. Si cet élément de la scénographie se révélait assez proche de l’œuvre originale de Shakespeare, le récit en tant que tel l’était moins, il avait été simplifié au profit d’une politisation de son propos. En fait, les parents des deux amants n’existaient plus, remplacés par l’entité « pouvoir » : un homme en noir faisait sporadiquement les cent pas au-dessus des danseurs, correspondant aux hommes plus bas, en noir également, qui, par des métaphores physiques, brutalisaient les protagonistes. Je pense que cette épuration narrative était nécessaire, car on a pu ainsi mettre davantage l’accent sur les jeux de mouvement des corps, graciles, harmonieux, simplement sensuels. Dans la danse, les humains deviennent des œuvres d’art animées; je trouvais que certaines scènes, particulièrement les duos de Roméo (habillé en gris) et Juliette (en blanc, bien sûr), convoquaient une beauté d’ordre pictural – peut-être était-ce grâce à la fonction d’artiste visuel bidimensionnel de Bilal. Or, cette mise en scène tout à fait actuelle et agréable à l’œil, doublée de l’envoûtante musique de Prokofiev, m’a vraiment conviée à l’expérience intense d’une esthétique qui allie modernité et finesse sous le thème inépuisable de l’amour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi, dans ma quête quasiment irréalisable de consultation de périodiques littéraires, je me suis rendue au pôle Lettres et musique de la bibliothèque Chevreul de Lyon 2, de laquelle je peux emprunter des livres grâce à l’association des trois facs de la ville. Oui, j’étudie bien à Lyon 3, mais, visiblement, pour cette chère université, les lettres – ni la philo – ne sont des priorités, ce qui fait que la quantité de livres à notre disposition est ridicule; on dirait une bibliothèque pauvre du cégep. Je dois dire que je m’étais attendue à quelque chose de plus grand pour une université française, pays où la culture serait primordiale, mais je n’avais pas pensé qu’une fac de droite, en l’occurrence la mienne, pourrait négliger les chères zones grises du savoir. Donc, Lyon 2, une université un peu plus bohème, bénéficie d’une belle petite biblio avec plein d’œuvres littéraires (majoritairement françaises, mais ça c’est un autre problème, celui de l’impérialisme littéraire) et de périodiques en consultation libre. J’ai donc pu trouver ce que je cherchais sur Rousseau. L’ambiance de ce lieu a également ajouté à mon enthousiasme d’étudiante en littérature : les plafonds bas, la blancheur des murs, les escaliers en colimaçon, les planchers de bois qui craquent, l’impassible de silence dans lequel baignaient les rayons et les tables de travail m’ont vraiment apaisé l’esprit. On aurait dit une maison des livres; j’aurais presque croisé Jacques Poulin sans trop de surprise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce jour-là, j’avais descendu la rue de Marseille toute seule et je n’avais pas totalement reconnu cet espace qui m’est autrement familier, car je l’emprunte toujours pour aller à la fac : la lumière de l’automne, le crépuscule changent véritablement le visage d’une ville. Il m’a fait quand même, de sortir dehors, après ma visite de la bibliothèque de Lyon 2, sur le bord du Rhône, d’une part plongé dans la noirceur d’un soir précoce, d’autre part irisé par mille couleurs urbaines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ma fin de semaine a été tranquille, j’avais été fatiguée toute la semaine et un mal de gorge avait pris le dessus. Hier, même j’avais perdu complètement la voix, alors j’ai dû prendre du repos et boire beaucoup de thé avec du miel, ce qui est très doux et bon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8144650432002312866?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8144650432002312866/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8144650432002312866' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8144650432002312866'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8144650432002312866'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/des-mots-et-des-voix-en-automne.html' title='Des mots et des voix en automne'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-2999049063349138226</id><published>2008-11-04T23:22:00.002+01:00</published><updated>2008-11-04T23:34:42.256+01:00</updated><title type='text'>Airs</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;lundi 3 novembre 2008, la fenêtre ouverte&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Alors que j’avais allumé le chauffage pour la première fois cette semaine, j’ai ce matin ouvert la fenêtre pour que l’air doux entre dans mon appartement. C’est ainsi dire que la température, encore une fois, est inconstante, mais je me réjouis bien du soleil et du ciel bleu, tant qu’à ne pas avoir de neige. Les brises d’automne lyonnaises ressemblent aux effluves du printemps du Québec.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi passé, Élise et moi avons décidé d’abandonner la chorale, car, de 18 h à 21 h le lundi soir, c’était trop long et trop tard. D’autant plus que les professeurs de la chorale répétaient toujours les mêmes choses d’une semaine à l’autre, sans qu’il y ait de véritable progression – pourtant, j’étais tout ce qu’il y a de plus débutante et ça m’a quand même paru redondant. J’aimais bien chanter Mozart et m’entourer de l’harmonie des voix, ça me faisait même penser que, comme dans le film que j’ai visionné au début du voyage, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chambre avec vue&lt;/span&gt;, la vie et la musique ne pourraient faire qu’un. Mais je crois bien aussi que la musique ne soit pas qu’une question de chorale, mais plutôt de mélodie intérieure – je risque de trouver cela ailleurs, avec un peu de volonté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les derniers jours ont été venteux, se sont écoulés rapidement. J’ai assisté à mes cours – je n’avais pas de CM de Rousseau, car la prof devait s’absenter. Tout baigne, mais je dois avouer que j’ai procédé d’un petit relâchement scolaire que je ne tarderai pas à rattraper. J’ai du moins parcouru plus de la moitié de l’essai de Malraux sur l’art moderne, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le musée imaginaire&lt;/span&gt;, commencé à lire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’œuvre&lt;/span&gt; de Zola et je dois avouer que ça me plaît beaucoup, alors je pense bien que je n’ai au moins pas perdu mon goût de la lecture. Ni celui du café.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi et jeudi, je suis allée chez Giulia. La première soirée fut plus banale mais non moins amusante, quelques gens, elle et moi avons parlé autour d’un verre de vin puis sommes sorties dans un bar du quartier; la seconde était plus spéciale, car plusieurs amis se rassemblaient dans ce cher appartement du Vieux-Lyon pour partager une raclette – j’avais tellement hâte d’en manger, ça m’obsédait depuis mon arrivée en France. Larissa avait oublié le fil électrique spécifique à son poêle à raclette, mais ce n’était pas grave, car nous avons pu bénéficier de la collaboration du four micro-ondes pour faire fondre le fromage. Ainsi chacun a partagé les fromages apportés et les périphériques propres à la raclette. C’était délicieux, évidemment. Jeudi soir est aussi arrivée, depuis Aix-en-Provence, Sylvie-Anne qui venait visiter Élise et moi pour la fin de semaine. Après avoir mangé une assiette chez Giulia, nous sommes allées la chercher à la gare Part-Dieu et sommes revenues manger le reste de la raclette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi soir, chez Arne, on dînait tous à nouveau ensemble, mais cette fois sous le concept d’un repas international : tout le monde cuisinait un truc spécifique à son pays. Pas tout le monde n’a participé cependant, nous étions moins de cuisiniers que de convives, mais c’était bien comme ça, car je crois que ça faisait plaisir à tous de partager. Cela dit, Arne, Allemand, a cuisiné une soupe aux poireaux et viande hachée; Giulia, Italienne, a fait des pâtes au pesto; Alex et son ami de passage, Roumains, ont préparé des œufs à la coque garnis de mayo et de crème, le tout accompagné d’un fromage fumé. À nouveau, tout était délicieux. Les Québécoises se sont occupées du dessert. Après avoir délibéré, Élise, Sylvie-Anne et moi avons choisi de faire du pouding chômeur. Nous avons trouvé la recette sur un site québécois et avons préparé les mélanges nécessaires avant d’arrive chez Arne, où nous avons pu mettre le tout au four – car ni Élise et moi n’avons de tel électroménager dans nos appartements respectifs. Nous sommes restées longtemps devant le four à regarder notre création qui allait témoigner à la terre entière de la légitimité de la cuisine québécoise. Nous avons même procédé d’une petite prière, pas très catholique, du crû de Sylvie-Anne : « au nom du sucre, du beurre et du Saint-Esprit ». Toutes nos pensées positives ont porté fruit au final : ça ne goûtait pas tout à fait le pouding chômeur de la province, mais c’était du moins pas mal sucré, alors ç’a plu à tous. Même, certains ont demandé la recette ou ont simplement souligné qu’ils aimeraient bien qu’on en refasse; nous étions alors bien contentes! Après ce dîner international, nous sommes tous sortis dans le Vieux-Lyon, qui recèle de petits bars tous très sympathiques. Comme c’était l’Halloween, nous avons pu croiser quelques gens déguisés et apprécier quelques décorations. Cette fête semble moins populaire qu’en Amérique du Nord.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons passé principalement le reste de la fin de semaine entre Québécoises. Samedi, nous avons marché depuis chez moi jusque dans le Vieux-Lyon, ce qui doit prendre environ quarante-cinq minutes; c’était une bonne manière de s’imprégner du paysage et de contempler les deux veines bleues de la ville, le Rhône et la Saône. Il faisait gris et il ventait beaucoup, mais c’était agréable quand même. De toute façon, c’est ce genre habituel de la température, il me semble, qui témoigne vraiment de la personnalité de Lyon. Arrivées à la Place des Cordeliers, nous avons véritablement découvert, même Élise et moi, l’église Saint-Bonaventure. Elle était très vieille, moins luxueuse que Fourvière, mais d’autant plus impressionnante : l’épuration du décor, peuplé de longues et minces chandelles blanches, épurait l’esprit aussi. Malgré cette ambiance agréable, nous n’avons pas assisté à la messe que les cloches annonçaient avec ferveur. Nous nous sommes plutôt déplacées vers la belle cathédrale Saint-Jean dont j’aime toujours observer la façade et avons cédé aux tentations maléfiques que constituent le vin chaud et les marrons grillés. Très français comme collation, d’autant plus que ce ne sont pas pour moi des goûts habituels; le sucre et la cannelle dans le vin qui fume font rêver les papilles. En soirée, nous sommes restées tranquille dans mon studio en écoutant quelques épisodes des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Mystérieuses cités d’or&lt;/span&gt;. Élise a dormi chez moi comme Sylvie-Anne l’a fait pendant tout son séjour.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dimanche, j’ai fait une partie du marché avec Alex et son ami roumain de passage, puis le reste avec Élise et Sylvie-Anne. Rassurées par les expériences positives de Sylvie-Anne, nous avons enfin acheté des clémentines, qui se sont avérées excellentes, mûries à point, sucrées! Puis, en tendant l’oreille et le regard, nous avons aperçu sur la Passerelle du Palais de justice, qui traverse la Saône, un petit orchestre qui attirait les passants; nous avons été nous aussi charmées par les sons et nous nous sommes approchées. Je me sentais comme dans&lt;span style="font-style: italic;"&gt; La tournée d’automne&lt;/span&gt; quand le Chauffeur sort de son appartement pour s’avancer vers la mélodie croissante de la fanfare. Enfin, cette fois, de jeunes gens jouaient divers instruments : trompette, saxophone, percussions, etc. Certains musiciens sautaient en s’exécutant, bien que tous apparaissaient emplis d’une joie communicative. Ils ont interprété, sans chant, la pièce « Our Time Is Running Out » du groupe de rock anglais Muse, ce qui m’a fait rire, car l’harmonie que cela produisait était hétéroclite mais tout de même réussie. Seulement les chiens qui avaient le malheur de traverser la passerelle à ce moment-là semblaient affolés par le vacarme. Pour la première fois depuis mon arrivée à Lyon, bien que le nombre de sollicitations que j’ai eues soit incroyable, j’ai donné des pièces de monnaie à ces habiles bricoleurs de mélodie, qui ont égayé le calme presque plat d’un matin au marché.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour déjeuner, nous sommes allées dans un petit resto de tartines de la Presqu’île, L’épicerie. C’était sympa, l’ambiance, très « française » avec ses serviettes à carreaux et les meubles de bois, m’a rappelée celle de ce cher Temporel de la rue Couillard. En plus, comme nous le faisions souvent à Québec, nous y avons mangé une soupe aux légumes très savoureuse; et, pour ma part, j’ai terminé ce petit repas par un bol de lait chaud auquel je devais ajouter moi-même la poudre de cacao, servie dans un contenant fermé avec une attache de métal. Cela m’a réjouie, j’étais heureuse comme une enfant et je ne me suis pas formalisée du service pas très rapide des serveurs. Je pense que j’apprends à prendre mon temps et ça me convient assez bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En après-midi, nous avons regardé un film à l’Institut Lumière, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le troisième homme&lt;/span&gt;, réalisé par Carol Reed et mettant en scène, entre autres, Orson Wells. Cette œuvre m’a bien plu, une histoire comique d’espionnage tournée à Vienne en noir et blanc. Léger, mais pas trop.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Durant ces derniers jours, j’ai eu l’impression que nos accents québécois sont revenus en force. Peut-être pas les accents, car je ne crois pas avoir acquis le français, mais seulement des tournures de phrases, des expressions qui ne sont pas d’un français universel. Cela a refermé un peu la petite bulle que je tente de dissoudre en général, surtout que j’ai compris qu’ici personne ne connaît Gaston Miron ni Hector de Saint-Denys Garneau. Cette absence de jonction entre les paysages est merveilleuse et effrayante à la fois; je pense que, cette fin de semaine, marquée par son caractère québécois, m’a fait rendre compte que le natal, malgré tout, s’avère irremplaçable. Car ce cher voyage à Lyon existe bien en raison de tout ce qui lui préexiste.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-2999049063349138226?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/2999049063349138226/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=2999049063349138226' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2999049063349138226'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2999049063349138226'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/11/de-lair-frais.html' title='Airs'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-4578889579764557772</id><published>2008-10-26T22:43:00.003+01:00</published><updated>2008-10-29T07:44:19.633+01:00</updated><title type='text'>La chaleur du chocolat</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dans ma couverture de laine&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Les journées se sont refroidies à Lyon. Je pense que l’automne est arrivé pour vrai – jusqu’à preuve du contraire. En Vélo’v, mes mains gèlent et mes oreilles aussi. Je pense qu’il faudrait que je m’achète un bonnet pour me préparer à cette saison plus froide; j’avais apporté ma tuque du Québec, tricotée et doublée en polar, mais je constate maintenant qu’elle détonne ici, que j’aurais l’air d’une nordique désorientée en la portant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;D’ailleurs, l’automne influe sur mes états d’âme. Cette semaine, je me sentais grise comme le ciel et même les bribes de soleil qui me parvenaient dans la cour intérieure des Quais ne réussissaient pas tellement à me réchauffer. J’ai eu quelques montées de spleen et, évidemment, du mal du pays. En parlant avec ma famille, j’ai su qu’il avait neigé à Québec et j’ai eu un pincement au cœur. J’ai bu du jus d’orange et mangé du miel pour me réconforter et je peux dire que ç’a fonctionné. En fait, je crois que c’est parler avec des amis que je me suis faits ici qui m’a aidée, car on a pu se signifier mutuellement que, oui, on habite en France pour un temps donné et que l’on existe l’un par rapport à l’autre. J’avais toujours pensé que j’étais une fille solitaire, mais je ne crois pas l’être tant que ça, au fond; j’ai failli m’affoler en pensant que je ne ferais rien vendredi soir. D’ailleurs, c’était étrange de constater que, les amis que je considère comme « proches », je ne les connais même pas depuis un mois. J’ai pourtant l’impression que ces moments d’avant font partie d’une autre vie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mardi, nous (Élise, Arne, Giulia, David, Larissa, ses deux colocataires et moi) sommes allés au Pathé de Place des Cordeliers voir le dernier Woody Allen, la comédie romantique &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Vicky Cristina Barcelona&lt;/span&gt;. Comme le titre l’indique, le film se déroule en Espagne, où deux Américaines viennent passer ensemble un été. Le réalisateur en a profité pour convoquer de mille façons l’atmosphère particulière de ce pays : protagoniste artiste et tombeur, musique de la langue, concerts émouvants de guitare espagnole, architecture de Gaudí, soleil, vin, plaisirs de la chair, etc. Enfin, tout un univers exotique était mis en place pour lutter contre la logique froide et la monochromie du monde américain dont les deux jolies femmes émergeaient. Quant à la structure du récit, elle s’articule de façon circulaire : Cristina demeure célibataire, malgré ses rencontres, et Vicky, malgré son aventure impulsive et son penchant pour une vie bohème, voue sa vie à un mariage sans saveur. La fin n’est pas ce qui est de plus heureux, mais le tout forme un beau rêve, un bon divertissement pas trop métaphysique. J’avais lu une critique de ce film, au Québec, comme quoi cette œuvre apparaîtrait comme la somme des fantasmes d’un Woody Allen vieillissant et je suis assez d’accord. Enfin, je me suis bien amusée; cette visite au cinéma m’a aidée à lutter contre la température frisquette.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mes efforts, cette semaine, ont souvent convergé vers ce désir de chaleur, ce qui m’a menée, mercredi, à boire mon premier chocolat (ne pas prononcer « chocolât »…) au café étudiant de la Manu. Il était très bon.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi soir, finalement, je suis sortie. Larissa m’a invitée à me joindre au groupe d’amis communs qui allait voir un spectacle de musique gitane. J’étais bien heureuse, d’autant plus que cela recoupait mon intérêt récent pour la culture romani. La première partie du spectacle était orientée vers une musique gitane d’influence espagnole tandis que la seconde, assurée par un autre groupe, Le train des balkans, nous présentait des mélodies balkaniques, aux accents parfois arabes. J’ai bien apprécié cette incursion dans un monde musical inconnu dont l’intensité et la sensualité convie à la fête; en effet, tout le monde dansait au rythme du violon, de la contre-basse, de la clarinette, des percussions et du mélange des voix, bien sûr. Pendant ces quelques instants de pur bonheur, je me suis oubliée dans la foule et ça m’a fait du bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après ce chaleureux voyage chez les Roma, les amis et moi nous sommes dirigés chez Frizi, une Allemande que je ne connaissais pas, mais que mes amis allemands connaissaient. De toute façon, ici, le statut d’étudiant Erasmus (qui englobe, finalement, tous les étudiants en échange, d’Europe ou pas) crée d’emblée un genre de communauté entre les gens qui ne se sont jamais rencontrés. Lieu de discussion tranquille et de consommation modeste de vin, cette fin de soirée fut agréable et même cocasse à certains égards : alors que certains invités s’amusaient à recenser de quelle nationalité les convives étaient, certains ont cru, à me voir, que j’étais Française; plus tard, d’autres gens, parce que je parlais avec un Allemand et que j’avais les cheveux blonds, sans doute, pensaient que j’étais moi-même une Allemande. Ç’a m’a bien amusée de constater à quel point mon identité pouvait être fluctuante – ou de savoir à quel point je n’en avais pas.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier, avec Élise, Arne, Philippe (ami allemand d’Arne qui est en échange à Lille de passage à Lyon) et Giulia, je suis allée visiter le Musée des Beaux-Arts de Lyon. Notre visite a débuté par une petite marche dans la cour intérieure du musée, qui fait office d’hall d’entrée. C’était très paisible et majestueux à la fois : des colonnades, des pavés, de la verdure, des arbres, des statues disposées entre ceux-ci. Certains mangeaient par terre et j’ai eu envie d’y revenir pique-niquer moi aussi. Puis, nous sommes entrés dans l’édifice en tant que tel, où nous avons non pas acheté mais reçu (gratuité, entre autres, pour les étudiants de moins de 26 ans!) les tickets d’accès à toutes les expositions du musée. Cela dit, nous n’avons visité qu’une exposition, car elle était gigantesque et nous a saturé tous : « Repartir à zéro », réflexion sur l’abstraction de l’après-deuxième guerre. C’était vraiment intéressant, car les œuvres que j’ai vues ont permis de concrétiser la théorie d’histoire de l’art que j’avais vu dans mes cours du cégep. Cette période de l’art s’est beaucoup intéressée au mode de représentation de la réalité, car la figuration classique ne convenait plus aux artistes qui ne voulaient simplement pas représenter le réel, trop mutilé et horrible (disparition du récit dont M. Thélot a parlé dans la conférence); elle ne permettait pas non plus aux sujets d’exprimer leur subjectivité propre. L’exposition présentait des artistes qui ont exploré de plusieurs façons les voies de l’abstraction, en utilisant différents matériaux, la classique peinture à l’huile mais d’autres fois du goudron, du verre, des textiles, des collages de photos. Il y avait même une belle série de productions (dont j’ai malheureusement, encore une fois, oublié le nom de l’artiste) qui étaient issus d’exploration de divers types de peinture qui étaient produits dans des usines des camps de concentration; j’ai été impressionnée par le fait qu’on puisse transformer radicalement une si horrible expérience en source de création. Peut-être que la mort, si proche, rend la vie plus visible, tactile. Métaphoriquement et non à la fois, les peintres cherchent aussi à créer de l’espace – vital? – dans leurs toiles; un artiste (je ne sais plus qui) avaient carrément troué sa toile pour que ses trous lui donnent une nouvelle profondeur. Même si je me suis arrêtée, émue, devant deux tableaux de de Staël, j’ai surtout été marquée par les grands maîtres américains du XXe siècle : Pollock, Newman, Rothko, etc. Cela dit, le Québec n’était même pas laissé en marge : un Riopelle nous représentait fièrement, ainsi qu’un imprimé au mur d’un passage du manifeste &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Refus global&lt;/span&gt;, signé par les peintres automatistes de la province qui cherchaient eux aussi à voir refonder les visions du monde grâce la magie de la création. Enfin, outre ces considérations plutôt nationalistes, j’ai constaté que l’art en général, à ma grande joie, devant cette autodestruction de l’humanité qu’a constituée la deuxième guerre mondiale s’est vraiment érigé contre la laideur dans son acception la plus morale; il émanait de cette communauté d’œuvres, pour ainsi dire, une force, une lucidité incomparables.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un autre ordre d’idées, encore au musée, par contre, nous avons assisté à une scène tirée directement du livre &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les fruits d’or &lt;/span&gt;de Nathalie Sarraute. Plus précisément, un groupe d’hommes, vêtus de façon chic, évoluait à travers les œuvres autour d’un vrai connaisseur : petites lunettes rondes de couleur, manteau long, foulard bien placé, doigt pointeur, visage sérieux. Ce dernier monsieur, comme s’il détenait la fameuse « échelle des valeurs », jugeait les œuvres à voix haute sous les hochements de tête approbateurs de ses compatriotes avares de ses commentaires. Le berger et ses moutons se déplaçaient ainsi nonchalamment, en me regardant même d’un air suspect, moi qui regardais des tableaux si peu dignes d’intérêt. C’était dégoûtant et hilarant à la fois. J’ai compris que la réalité rejoint parfois la fiction, celle de Sarraute, du moins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour terminer ce somme toute agréable après-midi au musée, les amis et moi avons décidé d’aller prendre un café sur la Place des Terreaux, sur laquelle le musée est situé. Nous sommes allés au Moulin joli, car Élise et moi étions déjà allées et savions que le café y était correct, voire bon. Nous nous sommes installés dehors et avons bu nos espressos sous un soleil très bienvenu tout en discutant de nos appréciations personnelles de l’exposition.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soirée, nous nous sommes rendus chez Alex, où d’autres gens étaient invités aussi, pour un rendez-vous cinématographique qui deviendra vraisemblablement hebdomadaire. Nous avons regardé le film français sur les Roms, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gadjo dilo&lt;/span&gt; (L’homme fou), que nous devions regarder la semaine passée. Cette fois, nous avons réussi à le voir, mais pas à mettre les sous-titres. Outre quelques bribes de français, le film se déroule majoritairement en langue romani : nous, spectateurs, étions donc plongé dans le même climat d’incompréhension que le personnage principal, qui essaie d’intégrer cette langue inconnue. C’est ainsi dire que nous avons vécu une expérience de cinéma des plus particulières : comme Alex ne pouvait que traduire ce qui était dit en roumain, comme il n'y avait que quelques mots de français pour nous tendre tous  la main, nous devions observer les émotions, les gestes, les lieux, puis s’enivrer de la musique; toute une sémiotique de la communication qu’on tend à oublier lorsque les mots, le langage utilitaire, s’imposent. Je crois que ç’a bien servi la cause du film, car cette sensibilité que nous devions développer en tant que spectateur répondait bien à la simplicité, à l’humanité des personnages présentés et de leurs mœurs, ce qui donne tant de charme aux Roma. &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Gadjo dilo&lt;/span&gt; a donc, je crois, procuré à tous une belle soirée, d’autant plus que Marie, une Allemande qui étudie en philo, avait préparé une quiche dont elle a offert à un morceau à tous.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-4578889579764557772?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/4578889579764557772/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=4578889579764557772' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4578889579764557772'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/4578889579764557772'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/la-chaleur-du-chocolat.html' title='La chaleur du chocolat'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5530120301228593534</id><published>2008-10-23T12:59:00.005+02:00</published><updated>2008-10-23T13:24:50.946+02:00</updated><title type='text'>Sensibilités à la lumière</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mardi 21 octobre 2008, dans le calme de mon studio&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi soir dernier, en me rendant à la fête donnée par Giulia dans son appartement, j’ai indirectement fait avec Élise une excursion dans le Vieux-Lyon. Nous sommes descendues à la Gare Saint-Paul en transport en commun et, dans un mélange d’ombre et de lumière, nous avons exploré les rues pavées de ce quartier ancien. Les bâtiments étaient pleins du charme de l’architecture de la Renaissance; tourelles, colonnades et enseignes peinturées se succédaient, Élise et moi pensions croiser Rabelais. Je n’avais pas encore vu de fameuse traboule, ces petits passages – plus étroits que des ruelles – entre les bâtiments, jusqu’à ce que j’aperçoive, inondée d’une douce clarté, une ouverture dans la pierre qui menait jusqu’à une rue plus haute. C’était magique! Malheureusement, toutes ces images ont défilé rapidement devant moi, car nous cherchions avant tout à rejoindre le logement de Giulia. Élise et moi lui avons communiqué notre enthousiasme sans borne pour la beauté de son quartier, mais elle nous a révélé que, pour sa part, quoique les fleuves qui traversent Lyon lui plaisent beaucoup, elle aime mieux les châteaux de Milan, sa ville natale. Disons que cela a remis pour un instant notre émerveillement en perspective, étant donné qu’Élise et moi ne sommes pas habituées à tant de tradition architecturale. Néanmoins, l’appartement de Giulia ne nous a pas fait déchanter : portes de bois, hauts plafonds, boiseries, plâtre couleur beurre, etc. Disons que c’était magnifique et que ç’a rendu pas mal de filles jalouses, filles qui habitent dans des chambres ou studios quasiment sans âme. Sinon, beaucoup de gens se sont entassés dans les appartements au final, plusieurs Erasmus, bien sûr, et plusieurs Français aussi, avec lesquels je n’ai pas fait connaissance. Les groupes ne se mêlaient pas naturellement et je dois dire que je n’ai pas trop forcé la chose non plus. Cette pendaison de la crémaillère pour Giulia s’est avéré un succès et peut-être même un peu trop, car les voisins sont venus avertir à plusieurs reprises du niveau de bruit que toutes les voix conjuguées produisait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi, Élise et moi avons erré dans le quartier de l’hôtel de ville puis vers la Croix-Rousse. Nous sommes d’abord allée à l’Opéra de Lyon pour acheter des billets pour le ballet Roméo et Juliette ainsi qu’un Pass Opéra qui nous permet d’avoir des tarifs préférentiels dans cette maison qui produit des spectacles de musique, de danse, etc. C’est prometteur.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après cet achat, nous sommes allées sur la rue Burdeau, que M. Thélot avait conseillée au groupe pour ses multiples galeries d’art qui participent à l’événement lyonnais de Septembre de la photographie – qui se continue véritablement jusqu’à la fin octobre. Dans la galerie Mathieu, il y avait un travail de réflexion sur l’architecture urbaine récente qui m’a assez intéressée, mais dont j’ai oublié le nom de l’artiste. Cela dit, sa méthode de prise de vue consistait à cadrer un coin d’immeuble d’angle préférablement aigu pour mettre en valeur sa géométrie quasiment irréelle. Le procédé, répété pour une vingtaine de photos toutes en noir et blanc, créait un effet sériel, comme si les bâtiments étaient tous manufacturés dans un moule quasiment identique. Mon malaise de spectatrice s’est d’autant plus accentué que les immeubles paraissaient particulièrement angulaires, comme si leur vraie nature de pointe, flèche acérée se manifestait soudainement grâce au regard singulier du photographe. Ce que j’ai remarqué au cours de ma déambulation sur la rue Burdeau, c’est que la photographie demeure vraiment un art engagé, que l’œil artistique recherche bien la beauté non pas seulement esthétique mais une beauté parlante. Grâce à la photo, on découvre que le monde révèle, toutes miniatures soient-elles parfois, ses blessures et ses joies à qui veut bien prendre le temps de les observer. Élise et moi nous sommes ensuite déplacées vers la galerie Réverbère, qui accueillait les travaux de l’Anglais Rip Hopkins. En guise d’introduction à l’œuvre dudit artiste, on présentait un projet que le photographe avait réalisé pour &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le Monde&lt;/span&gt;, dans lequel il s’employait à illustrer de façon cynique les grandes valeurs de la France. Par exemple, pour représenter la jeunesse, Hopkins a photographié deux jeunes qui s’embrassent sur un fond de graffitis, pendant que lui-même, le photographe, est en train de tomber par terre avec une échelle de métal. Dans chaque cliché, le photographe apparaissait, muni d’un déclencheur souple mauve, ce qui m’a confondue en tant que regardeuse : disons que cela met mal à l’aise, qu’on n’oublie jamais que nous sommes que devant un processus de représentation d’une réalité configurée, imaginée. Outre ce premier travail des plus pertinents, les ensembles photographiques d’Hopkins étaient regroupés sous l’intitulé &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Viewpoint&lt;/span&gt; et mettaient principalement en scène les reclus de la société, marginaux volontaires ou pas – patients d’un asile psychiatrique isolé sur une île grecque, habitants de Riga, une ville de Lettonie, qui veulent sauvegarder un cirque de l’abandon, Roma de la Roumanie et de la République tchèque. J’ai tout particulièrement apprécié la série &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Strange days&lt;/span&gt;, réalisée en 2000, dans laquelle s’opposaient des photographies couleur prises chez les Roma et d’autres noir et blanc prises de ceux qui adhèrent à la société, tout cela dans une même ville tchèque. Si les photographies n’étaient pas toujours prises sur le vif, l’intensité des émotions transmises n’en était pas amoindrie; de la multiplicité de couleurs qui rendaient compte de la réalité des Roma émanait une sorte d’espoir, de liberté poétique qui s’opposait à la grisaille technologique des citoyens en bonne et due forme. Une photo, entre autres, montrait un panneau d’affichage vide sur lequel on voyait, suspendu dans l’air, un corps de femme, habillée, et dont le haut du corps était hors-cadre – sûrement pour éviter de montrer qu’elle se tenait contre le revers du panneau. Puis, comme sous-titrage, Hopkins mentionnait quelque chose comme quoi la croyance populaire voudrait que les Roma aient la faculté de voler. Cet imaginaire, que j’avais déjà rencontré lors de ma lecture de &lt;span class="Apple-style-span" style="font-style: italic;"&gt;Carmen&lt;/span&gt; de Mérimée, me fascine et j’ai retrouvé ce même sentiment grâce à Hopkins; comme le disait le feuillet explicatif, « photographier [a relevé] ici, aux sens artistique et humain, d’une rencontre. » Même si je sais que le contexte socioéconomique des Roma ne soit pas toujours très viable, je me plais quand même à rêver à ce type de déconstructions sociales où l’errance demeure continue, où le Bien et le Mal se confondent.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour terminer notre après-midi très riche en découvertes, Élise et moi avons décidé de se payer la traite en achetant chez Voisin, un chocolatier français, deux coussins à 80 centimes chacun. Ce sont des confiseries typiquement lyonnaises qui consistent en un centre mou de chocolat et en un enrobage assez épais de sucre vert. Vincent nous avait recommandé ces sucreries, certes sympathiques mais malheureusement pas renversantes au final.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soirée, nous sommes allées chez Alex. Encore une fois, comme cet ami habite lui aussi dans le Vieux-Lyon, Élise et moi avons pu allègrement assouvir nos inclinations touristiques en photographiant la belle cathédrale Saint-Jean illuminée et la petite Fourvière, qui nous regardait du haut de sa colline comme un astre brillant. À la fête, il y avait moins de monde que chez Giulia, alors, à mon avis, c’était mieux : j’ai pu parler avec de nouvelles personnes dans une ambiance plus calme, sur un fond de musique électro que je ne connaissais pas mais qui m’a bien plu. Élise et moi avons remarqué que le fait que nous ne fumions pas de cigarettes altère notre intégration des sociabilités européennes, bien que personne n’en fasse de cas sauf nous. La soirée engagée plus tard dans la nuit, nous avons terminé le tout en beauté au Bec de jazz, un bar situé dans la montée vers la Croix-Rousse. Nous avons trouvé cet endroit après avoir erré longuement, mais c’était bien de se promener la nuit dans la ville, comme si nous étions en train d’en conquérir les moindres détours sous le regard bienveillant du Rhône et de la Saône silencieux.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le lendemain a été une journée tranquille. Après le marché habituel avec Élise, je suis retournée chez moi en Vélo’v et j’ai lu le conte philosophique &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’ingénu&lt;/span&gt; de Voltaire. Avant de lire cette œuvre, je n’entretenais pas pour cet auteur les meilleurs sentiments, car, pour ce que j’en connaissais, grand ennemi de Rousseau et homme aux mille contradictions – il recevait de l’argent de la cour alors qu’il la critiquait. Ma lecture ne m’a pas particulièrement enchantée davantage, même si j’y ai retrouvé la même fraîcheur d’écriture que celle que j’avais croisée dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Candide ou l’optimiste&lt;/span&gt;. Cependant, le style condescendant de Voltaire m’a laissée froide : il se cite lui-même, il rit de ses personnages caricaturaux, il détourne le sens de la vertu, etc. Au moins, dans cette prose, on rencontre les Lumières qui réussissent, grâce à la raison, à tout transmuter positivement avec la fin du conte : le janséniste se convertit à une version plus saine du christianisme, le religieux abuseur reconnaît ses torts et veut aider son L’ingénu. Je reconnais que le genre du conte ait pu être une avancée dans le domaine littéraire, mais je crois que c’est le caractère trop grossi propre à ce genre d’écrits qui m’a déplu, d’autant plus que la littérature y semble devenir un outil de propagande (bien que je ne sois pas nécessairement en désaccord avec les idées proposés) plus qu’un objet de méditation esthétique. Voltaire n’a pas réussi à être un poète.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le dîner, Élise, Daniela et Irene sont venues chez moi et nous avons préparé des pâtes aux artichauts que nous avons dégusté assises par terre, car je n’ai pas assez de chaises. Du moins,c’était bon et, en plus, cela a pu aider les filles dont la cuisine de leur étage, en résidence, ne propose plus qu’un rond électrique fonctionnait pour environ 30 ou 40 personnes. C’est assez dingue et ce type de désagrément me fait apprécier mon petit studio individuel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ensuite, Élise et moi sommes retournées chez Alex, car il nous avait invitées, avec Giulia, à venir chez lui pour une soirée cinéma – moins onéreuse que dans de grandes salles de la Presqu’île! Alex voulait absolument que nous regardions un film téléchargé sur l’ordinateur, un film français sur les Roma mettant en vedette Romain Duris. J’ai trouvé ça drôle de reconnaître chez Alex un écho pour ma fascination pour les peuples bohémiens, alors je lui ai parlé de l’exposition de photographies qui m’avait touchée et il m’a semblé surpris, je crois, par la connotation positive que l’artiste accordait aux Roma, car habitant en Roumanie, il sait que ces marginaux sont mal vus par les « civilisés ». Enfin, malheureusement, nous n’avons pas réussi à faire fonctionner le film téléchargé sur l’ordinateur, alors nous nous sommes rabattus sur YouTube et nous avons regardé divers clips et bande-annonces en buvant du thé et en commentant nos visionnages. Élise et moi en avons profité pour montrer à Alex et Giulia le vidéo de Michel Rivard et cie contre les coupures en culture et je crois bien que ç’a leur a plu; Giulia nous a révélé que de telles coupures se produisent aussi en Italie, à son grand désarroi. Je me demande quel tournant prend notre monde… Enfin, nous nous sommes arrêtés la bande-annonce de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;L’auberge espagnole&lt;/span&gt; et ces brefs instants ont opéré sur moi le même charme qu’à l’habitude, j’avais le goût de revoir le film. Cette fois, pourtant, il me semble que cette magie était décuplée, exaltée par la mise en abyme du moment : nous étions et sommes quatre étudiants Erasmus en voyage en train de mélanger nos vies et nos identités dans l’auberge française que constitue pour nous Lyon. Je me suis dit que peut-être que la vie pourrait ressembler à un film.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5530120301228593534?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5530120301228593534/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5530120301228593534' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5530120301228593534'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5530120301228593534'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/pellicules-sensibles-la-lumire.html' title='Sensibilités à la lumière'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-2749766857299389885</id><published>2008-10-19T13:43:00.009+02:00</published><updated>2008-10-19T13:49:35.378+02:00</updated><title type='text'>Remarques sur l'horizon</title><content type='html'>&lt;div style="text-align: center;"&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPsd03Dq7EI/AAAAAAAAAd8/vPM2rVg1lmM/s1600-h/gFarhad_Ostovani3.gif"&gt;&lt;img style="margin: 0pt 10px 10px 0pt; float: left; cursor: pointer; width: 572px; height: 200px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPsd03Dq7EI/AAAAAAAAAd8/vPM2rVg1lmM/s400/gFarhad_Ostovani3.gif" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5258829783854935106" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Yves Bonnefoy dans la main de Farhad Ostovani. Google m'a aidée à retrouver les vrais mots; cette image représente un des textes de l'exposition dont j'ai parlé.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-2749766857299389885?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/2749766857299389885/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=2749766857299389885' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2749766857299389885'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2749766857299389885'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/remarques-sur-lhorizon.html' title='&lt;i&gt;Remarques sur l&apos;horizon&lt;/i&gt;'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPsd03Dq7EI/AAAAAAAAAd8/vPM2rVg1lmM/s72-c/gFarhad_Ostovani3.gif' height='72' width='72'/><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-7327082280178261396</id><published>2008-10-19T10:22:00.002+02:00</published><updated>2008-10-20T22:28:07.637+02:00</updated><title type='text'>Les longs travaux de la patience</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;vendredi 17 octobre 2008, sous une lumière de fin d’après-midi&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Déjà se termine une semaine somme toute calme. Une forme de quotidien s’incruste dans mon existence à Lyon : lire, écrire mon journal (!), assister à mes cours, marcher ou rouler en Vélo’v, cuisiner avec Élise, discuter avec ce que je pourrais appeler mon nouveau cercle social. J’en reparlerai plus tard.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mardi, j’ai eu mon cours habituel sur les représentations de la lecture. Comme ma grippe ne faisait pas relâche encore, j’ai suivi de peine et de misère, ma toux et mes éternuements devenant la trame sonore du cours. Ç’a été quand même intéressant, quoique Barthes et le prof aussi, malheureusement, puissent être d’un flou irritant. À la fin du cours, comme nous le faisons depuis des années, Élise et moi avons tardé à sortir de la salle, ramassant trop lentement notre attirail d’apprentissage. M. Auclerc avait lui aussi mis du temps à sortir et il a engagé la conversation en nous demandant si tout allait bien pour nous – il se souvenait que nous étions Québécoises, car nous lui avions demandé, d’un air effaré sans doute, au début du semestre où on peut acheter les œuvres au programme; Élise suit également un autre cours avec ce prof, il l’avait également remarquée ainsi. Enfin, cette entrée en matière assez classique de la part de M. Auclerc a dérivé jusqu’au sujet des approches différentes des études littéraires qu’ont la France et le Québec. Nous lui avons d’emblée déclaré qu’au Québec, les textes sont observés avec des approches nettement plus théoriques (Élise et moi avons toujours pensé que c’est ce qui manque au cours de M. Auclerc pour que le contenu qu’il nous présente gagne en substance) alors qu’ici, en France, les études demeurent vraiment collées contre le texte et les mécanismes de son langage. Le prof a semblé au courant, il savait que la sociocritique était pas mal développée (Angenot), et il a mentionné qu’il y a eu en France un recul théorique depuis les vingt dernières années, car on aurait dit que les approches trop conceptuelles du texte éloignaient du vrai sens. Le débat éternel, quoi, bien que j’aie l’impression que le Québec fait mieux avec sa rigueur méthodologique. M. Auclerc a souligné au passage que nous devons trouver que son cours n’analyse pas trop finement les textes, comme s’il se sentait en manque par rapport à la façon de procéder des Français, mais nous lui avons répondu que non; en vérité, son cours est agréable même si on remarque que ce prof manque d’expérience, comme je l’ai déjà mentionné. Enfin, nous avons tous les trois ri ensemble lorsque nous avons révélé à notre interlocuteur qu’étudiant en lettres modernes, nous n’avions droit que de suivre deux cours de littérature avant 1800, alors qu’ici, les cours de type abondent et que tous les élèves sont obligés de suivre des cours de latin, langue résolument pas moderne. Cette petite conversation a été assez sympathique, tout bien considéré. On dirait que M. Auclerc avait besoin de parler; peut-être s’est-il senti inquiet, tout jeune prof qu’il est, peu sûr de ses performances. Si tel était le cas, j’aurai au moins compris sa détresse, celle de ne pas savoir où l’on va, dans un cours comme dans un pays. J’aurai également su que seules les voix humaines peuvent nous rassurer pour un temps donné.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans ce cours de littérature française du XXe siècle, nous sommes plusieurs étudiants Erasmus (je sais que je ne fais pas d’échange à l’intérieur de l’Europe, mais c’est plus facile de se faire comprendre par cette étiquette) et ainsi s’est formé un petit groupe d’amis. Donc, mardi, après le cours, nous avons pris l’habitude de discuter dehors, où d’autres connaissances viennent nous rejoindre. On dirait que se forge en moi un sentiment d’appartenance, je dois dire que ça ne me déplaît pas du tout. Ça fait du bien de reconnaître des visages dans les classes et après celles-ci, surtout, et de savoir qu’on a dépassé le stade du « Tu étudies en quoi? » et du « Tu viens de quel pays? ». J’ai même eu des invitations à deux soirées en fin de semaine (chez Giulia, une Italienne, et chez Alex, un Roumain), c’est réjouissant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi a été une journée plus difficile car ma grippe atteignait son paroxysme. J’avais deux périodes de TD (1 h 30 chacune) où des étudiants présentaient des explications linéaires de texte et, lorsque le travail donné à entendre s’avère de mauvaise qualité, assister à ce type d’exercice est des plus insupportables. Disons que mon cerveau congestionné avait du mal à rester positif, même si j’ai félicité une étudiante après son explication linéaire d’un extrait des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rêveries&lt;/span&gt;, explication intelligente qui rendait véritablement hommage à ce cher écrivain, mieux que je ne pourrais le faire, j’en ai bien l’impression – c’est un cours de troisième année, je sais, mais j’aime toujours me mettre la barre haute. L’exposé portait sur la dernière promenade où Rousseau raconte et réfléchit sur la tendre partie de son existence passée avec Mme de Warens, où l’écriture sacralise cette dame et où l’on assiste à la naissance de l’être moral qu’est devenu Rousseau. Outre cette performance très enthousiasmante, les prestations étaient assez ennuyantes. De surcroît, la prof (mais il en va de même pour tous les profs), à la fin de chaque présentation orale, fait la correction à voix haute de ce qui a été dit et souligne aussi ce qui n’a pas été dit – tout aurait pu être enseigné par la prof! Vraiment pénible pour la personne en avant et aussi pour les confrères de travail qui ne peuvent que compatir. Je ne comprends pas pourquoi les Français s’acharnent à de tels exercices, alors que cela devrait être fait plutôt à l’écrit, selon moi : économie de temps et d’émotion. Même la prof, Mme Cron, toujours si élégante et à propos, a lancé des regards désespérés à la fenêtre et a soupiré sèchement plusieurs fois. J’apprendrai peut-être à être éloquente, du moins, avec la pratique dont il s’ensuivra de mes multiples exposés à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En soirée, après avoir dormi chez moi pour avoir un minimum vital d’énergie, j’ai participé à un quiz international organisé par l’association internationale de Lyon 3. Élise et moi étions jumelées à une Française bien sympathique dont j’ai malencontreusement oublié le nom. L’activité était plutôt agréable même si les questions portaient souvent sur la géographie européenne et que cela nous désavantageait, Élise et moi. Il aurait fallu plus de questions sur la littérature! Nous avons quand même eu du plaisir et nous sommes restées pour la finale avec les six meilleures équipes, dont Arne et Larissa, deux amis allemands, faisaient partie. Ils se sont mérité la troisième place et quelques prix : cahiers, parapluies, etc.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Jeudi, qui l’eût cru, Élise et moi avons déposé aux Relations internationales notre demande de carte de séjour. Cette dernière assurera la légalité de notre séjour en France lorsque nos visas respectifs arriveront à échéance, cela en décembre prochain. Avec Daniela et d’autres filles, nous avions pensé faire un petit séjour à Genève le temps d’une fin de semaine vers la fin d’octobre. Cependant, cela ne sera pas possible : comme nous n’avons pas encore de titre de séjour officiel, il est plus sage de rester en France, pour éviter des complications lors du retour au pays, même si nous en serions sorties que pour des fins touristiques. C’est ce que M. Wang, responsable des demandes de titres de séjour, nous a révélé avec un brin d’affolement, surtout que nous voulions sortir de l’Union Européenne, étant donné que la Suisse n’y a pas adhéré.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, vendredi, aujourd’hui, j’avais le cours magistral sur l’histoire littéraire française du XIXe siècle avec M. Thélot. C’était bien comme à l’habitude, mais le prof avait l’air plus dissipé que d’autres fois, il digressait beaucoup, c’était drôle et captivant à la fois. C’est pourquoi je tiens à rapporter un de ses propos. Outre ses exhortations habituelles à nous gaver de culture, comme écouter les compositions les plus romantiques de Beethoven en lisant &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Chatterton&lt;/span&gt;, une pièce de théâtre tout aussi dramatique de Vigny, dérivant de son exposé sur ladite œuvre, il s’est permis quelques considérations sur la poésie, comme quoi elle serait un artisanat et non pas seulement un éclair de génie. M. Thélot nous a recommandé d’écrire dès ce soir un sonnet bien réglé pour qu’on se garde la main, car, si on n’écrit pas pendant vingt ans et qu’on veut recommencer ensuite, c’est très difficile. Cette réplique était étrange, je ne sais pas s’il se parlait à lui-même. La salle, cette fois, n’a pas éclaté de rire. Je ne sais pas si le prof, pour sa part, s’est simplement amusé en nous livrant ce singulier discours, mais ça m’a donné matière à réflexion. Moi-même, parfois, j’écris des poèmes, je me désole puis je veux tout abandonner (pourquoi écrire quand Yves Bonnefoy écrit?); je me dis que je n’ai pas assez vécu encore pour poétiser. Mais peut-être que le temps d’écrire n’a pas de spécificité, il s’agirait seulement de le prendre et d’y croire un peu. Pour éviter des accès de nostalgie dont M. Thélot souffre peut-être et pour avoir la main prête en tout temps, on ne sait jamais. La main, à force de travail, pourrait elle-même trouver son temps. Ayant ainsi trouvé une forme de motivation à l’écriture, je pense que je vais essayer de participer au concours littéraire « Des pas dans la ville » organisée par ma faculté des lettres lavalloise, ça me fera un petit exercice.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-7327082280178261396?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/7327082280178261396/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=7327082280178261396' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7327082280178261396'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/7327082280178261396'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/les-longs-travaux-de-la-patience.html' title='Les longs travaux de la patience'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-1645877076016608519</id><published>2008-10-16T11:21:00.003+02:00</published><updated>2008-10-16T11:24:46.364+02:00</updated><title type='text'>« Que parler d’autre que de l’horizon? »</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;lundi 13 octobre 2008, sur ma table&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est l’automne ici et il fait chaud. J’ai toujours l’impression que je baigne dans un climat de fausseté : ce n’est pas un vrai automne ici, ce n’est qu’une minime froideur que l’on injecte à l’été et que de la mort dont on barbouille les feuilles. Il fait environ 20°c pendant la journée et je ne sais jamais comment m’habiller. J’ai tout de même réussi à attraper dans un mal de gorge, ce qui fait que j’ai sauté cette semaine la pratique de chorale pour me m’emplir de repos et de thé.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi passé, Élise et moi nous sommes offert un petit cadeau : nous avons partagé une pâtisserie à 1,80 euros, une religieuse. C’était une espèce pâte à chou dans laquelle il y avait de la mousse au chocolat. La pâte du bas elle-même était ornée d’un pompon de pâte. Le tout était également nappé de chocolat. C’était très bon, évidemment, on goûtait très fort le cacao – et le sucre! Les pâtisseries françaises regorgent de petites merveilles de la sorte. On s’offre aussi parfois des délices un peu plus communes : croissants au beurre, pains au chocolat.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Samedi, nous avons décidé de découvrir le plus grand espace vert de Lyon, le parc de la Tête d’Or. Pour ce faire, nous avons chacune emprunté un vélo fourni par le système urbain de vélos accessibles en libre-service, Vélo’v Grand Lyon. Nous avons acheté une carte de courte durée d’une valeur de 1,50 euros en attendant de faire l’inscription totale (10 euros pour l’année). Tout s’est bien déroulé, à l’exception près que nous avons un peu tourné en rond avant d’arriver au parc, car nous ne savions pas exactement quelles rues prendre pour s’y rendre, déambulation d’autant plus compliquée en raison des multiples rues à sens unique et ronds-points. Nous sommes finalement arrivées à destination et nous avons pénétré avec bonheur dans ce havre de paix et de verdure, ce que nous n’avions pas vraiment côtoyé depuis notre arrivée en France. Les arbres y sont gigantesques et ils délimitent des zones à ciel ouvert où le soleil réchauffe quelques promeneurs. Dans ce parc, on trouve aussi des jardins remplis d’une multiplicité de fleurs multicolores et de fines herbes en bonne santé. L’anis, la menthe et le persil, entre autres, chauffés au soleil, répandent leurs intenses parfums et cela crée des paysages tout à fait magnifiques à voir et à sentir. Cet espace naturel de la ville se particularise aussi par le zoo municipal qu’il constitue. Les petits enfants comme les plus grands peuvent s’amuser à regarder l’air ébahi des animaux (ours, crocodiles, girafes, flamands roses, daims, etc.) qui évoluent dans le territoire qu’on leur a délimité. Après avoir marché et visité les différents attraits du parc, Élise et moi en avons profité pour nous reposer dans l’herbe fraîche, qui sent d’ailleurs la même chose qu’au Québec. Nous avons ainsi pu faire le plein de sérénité naturelle pour affronter avec calme la vie urbaine dans laquelle nous baignons. Un peu plus et je rêvais comme une promeneuse solitaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lorsque nous quittions le parc, nous avons croisé une femme et son enfant qui marchaient aussi vers la sortie. Soudain, le petit garçon s’est écrié « Un marron! » et a ramassé par terre, avec empressement, ce grand trésor qu’il venait de découvrir. Sa mère lui a répliqué que ce n’était pas manger; ce type de marron est bel et bien indigeste. Ce qui fait sourire dans ce récit anecdotique, c’est qu’Élise, il y a quelques jours, avait eu la même réaction que l’enfant devant un marron qui gisait par terre. Elle aussi s’en était emparée avec joie et le traîne depuis dans son manteau. Cela me fait croire qu’il existe un parallèle entre l’étonnement de l’enfant et de celui du voyageur, de l’apatride. Plus précisément, on voit tout comme si c’était pour la première fois : ce que d’autres écraseraient sous un pas pressé s’avère une source d’émerveillement pour qui sait y porter attention.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le reste de la fin de semaine s’est déroulé sans grande cérémonie. Un marché vite fait, de nouvelles photos du Rhône et de ses rives qui m’ont parues encore aussi belles qu’auparavant. Puis, j’ai avancé un peu ma lecture des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Poèmes antiques et modernes&lt;/span&gt; de Vigny. La première œuvre est suivie des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Destinées&lt;/span&gt; que je dois aussi lire. Pour l’instant, cette poésie m’apparaît un peu aride, mais intéressante par la réécriture au négatif des mythes religieux chrétiens.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, une des aires ouvertes de l’université accueillait divers stands attribués aux pays où les étudiants de Lyon 3 peuvent partir en échange d’études. Élise et moi avons fièrement représenté le Québec, dont la spécificité linguistique le distinguait – encore une fois – drastiquement du reste du Canada. Nous avions décidé de participer à cette activité par bonne humeur, intéressées à promouvoir à qui veut bien notre chère Université Laval; je n’avais cependant pas pensé que ce serait l’occasion d’entrer en contact réel avec des étudiants français. C’est ainsi dire que j’ai été surprise, car Élise et moi avons dû raconter quelques fois la belle histoire de notre pays, où neige, froid et langue française persistent par je ne sais quelle magie. Un étudiant, franchement intéressé par la province et notre statut d’étudiantes en échange, m’a même invitée à lui parler de mon expérience ici. J’ai dit que j’appréciais bien mon séjour, même si je constatais que ce n’était pas toujours facile d’entrer en contact avec les autres étudiants. Le jeune homme a renchéri en soulignant que, Lyon 3 étant une fac de droite, ses étudiants « locaux » ne sont pas intéressés par les étudiants étrangers, en fait, surtout ceux qui étudient du côté du droit et de l’économie. Selon lui, Lyon serait la ville la plus froide de France. Même si certaines personnes, comme cet étudiant enthousiasme, portent à croire que les Lyonnais sont sympas, je crois le soleil de l’automne que je vis ici ne parvient pas en effet à combler le manque de chaleur humaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À ce sujet – et mon interlocuteur a tout confirmé –, j’ai remarqué que, lorsqu’on se promène du côté du droit et de l’économie de la Manu, on se fait constamment dévisager de la tête au pied par ces gens toujours habillés de façon impeccable avec un beau portable en main et dans l’autre main une cigarette fumante. En fait, la Manufacture dans son ensemble, tout comme la bibliothèque, est divisée en deux aires de vie, soit une destinée aux lettres et aux langues et une autre destinée au droit et à l’économie : c’est de quoi alimenter une belle dichotomie entre ces secteurs du savoir et même entre les attitudes qui en découlent. Sabine, une amie française que je connaissais avant de partir en voyage, m’avait avertie de cette scission de Lyon 3, mais je n’imaginais pas ce que c’était de la vivre réellement. Quand j’erre dans l’université, j’aime mieux me réfugier du côté des littéraires habillés avec un peu plus de couleur et avec des regards un brin plus bienveillants. Le Service des Relations Internationales est d’ailleurs situé de ce côté de la fac.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Enfin, à 17 h s’est produit un événement que j’attendais depuis longtemps : une conférence-débat sur « L’Ut pictura poesis (la poésie comme la peinture) aujourd’hui » animée par M. Thélot, mon cher prof, où étaient invités le poète Yves Bonnefoy (!) et un critique d’art de l’Institut de Paris, spécialiste du peintre iranien Farhad Ostovani. Ces échanges étaient suivis du vernissage d’une exposition sise dans la bibliothèque de la Manu dudit artiste, avec qui Bonnefoy travaille en concert depuis longtemps, ses textes accompagnant les toiles. Pour amorcer la discussion, qui s’avérait un séminaire doctoral ouvert à tous, M. Thélot a procédé d’une présentation des enjeux qui sous-tendent au sujet traité. Alors qu’une alliance mimétique entre la peinture et la poésie existait depuis Aristote, le peintre puisant dans les vers des sujets et récits mythologiques ou simplement historiques, la modernité en art, depuis le romantisme, a brisé cette paisible unité. La poésie ne raconte plus, elle s’attarde plutôt à la diction d’une affectivité. En peinture, l’émotion l’emporte également, si bien qu’on assiste à une disparition graduelle du récit figuratif, dont découlera une tendance à l’abstraction. Un nouveau lien cependant subsiste entre peinture et poésie, où le regard du peintre devient source de connaissance pour le poète qui se demande ce qu’on peut désormais voir sans savoir, sans récit, sans discours sur le monde.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Cette introduction des plus pertinentes a ainsi ouvert la voie au poète dont j’avais très hâte d’entendre les propos. Yves Bonnefoy est un monsieur assez âgé, avec les cheveux blancs qui vont dans tous les sens et avec un regard très profond, d’une densité qui particularise l’œil des poètes. Cet artiste du langage (et aussi essayiste, penseur littéraire) a proposé que la poésie soit une prise de contact avec le monde extérieur. La substance de celui-ci se révèle infinie, puisque tout objet observé donne un nombre inimaginable de détails à percevoir, et absolue, en raison de l’unicité convoquée par le regard – cela m’a fait penser à Saint-Denys Garneau qui peignait des œuvres où regard et réalité s’unissaient enfin. Comme la peinture témoigne de la réalité sensible qui échappe au langage, handicapé par les schèmes et concepts qui le constituent, l’art pictural offre une matière brute sur laquelle le poète peut méditer. Ce qui m’a le plus surprise dans cette réflexion, c’est que Bonnefoy oppose à cette vastitude perceptive s’oppose notre finitude d’humain, nous qui ne sommes que des êtres de passage; j’avais toujours cru que l’écriture était un moyen de transcender notre éphémérité, pas de nous la rendre palpable, sentie en quelque sorte. Soudainement, j’ai eu le sentiment de la fragilité de nos existences, tout (re)devenait clair. Bonnefoy a d’ailleurs déclaré que la poésie, nourrie par la lucidité de la peinture, doit se débarrasser des amas d’une pensée scientifique qui contribue à nous divertir, au sens pascalien du terme, et qui contamine notre rapport direct au monde sensible.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;a onblur="try {parent.deselectBloggerImageGracefully();} catch(e) {}" href="http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPcH2yA-afI/AAAAAAAAAcs/Re3kXrmDiOs/s1600-h/farhad_ostovani-a.1193426440.jpg"&gt;&lt;img style="margin: 0px auto 10px; display: block; text-align: center; cursor: pointer; width: 550px; height: 192px;" src="http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPcH2yA-afI/AAAAAAAAAcs/Re3kXrmDiOs/s400/farhad_ostovani-a.1193426440.jpg" alt="" id="BLOGGER_PHOTO_ID_5257679727698536946" border="0" /&gt;&lt;/a&gt;&lt;br /&gt;La visite de l’exposition d’Ostovani m’a engagée davantage dans ce parcours de méditation. J’emprunterai maintenant quelques considérations exprimées par le spécialiste du peintre pour mieux expliquer ce que j’ai vu, pensé. Dans les toiles d’Ostovani, on réfère à la réalité sans effet de réalité : on en est constamment distanciés par l’accumulation d’hachures, de gris, de beiges et de zones floues, ou par la surabondances de détails, notamment dans les dessins de feuilles mortes. En regardant ces productions, j’étais enveloppée par un sentiment d’inquiétude, tant la gravité des tons et le dépouillement des compositions souligne l’absence de d’une chose même qui nous échappe. Plus ça va et plus on se prend parfois à rêver à l’horizon, sujet de prédilection chez Ostovani. L’horizon, lieu d’unité au loin et d’émergence de la lumière, contient toutes nos espérances. À cet égard, une phrase de Bonnefoy, parmi d’autres, m’avait marquée (et je cite grossièrement) : « que parler d’autre que de l’horizon? » J’aimerais me souvenir de plus de phrases de ces petits poèmes en prose, alors je pense que je vais y retourner pour en prendre en note et pour observer à nouveau les œuvres, car la petite soirée d’ouverture ne s’y prêtait pas totalement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Beaucoup de gens ont assisté au débat-conférence et au vernissage aussi, peut-être cinquante ou cent personnes et c’était parfois difficile de circuler à notre aise pour contempler les œuvres placées dans l’espace réduit du sous-sol de la bibliothèque. Cela dit, à travers ces visages pour moi anonymes, j’ai reconnu quelques-uns de mes profs, dont ma prof de Rousseau. J’ai croisé son regard alors que nous nous étions penchées sur un même travail d’Ostovani et, instinctivement, je lui ai souri, je ne sais pas pourquoi : peut-être pour notre amour partagé de Rousseau ou seulement par courtoisie. Je n’ai cependant reçu aucune marque d’attention de sa part, son visage est resté fermé. Élise, qui m’accompagnait depuis le début, m’a intimé de partir, car nous en étions au moment de la soirée où les gens se mêlent entre eux et discutent autour de petites bouchées. Nous n’avions, pour notre part, personne avec qui échanger. Nous avons quitté discrètement, un peu bredouilles. Je me suis sentie comme devant une toile d’Ostovani, très petite, confrontée à un monde dont toute la subtilité se dérobe à moi et se réfugie dans l’horizon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-1645877076016608519?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/1645877076016608519/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=1645877076016608519' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1645877076016608519'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1645877076016608519'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/que-parler-dautre-que-de-lhorizon.html' title='« Que parler d’autre que de l’horizon? »'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><media:thumbnail xmlns:media='http://search.yahoo.com/mrss/' url='http://3.bp.blogspot.com/_BCpTp65TTOY/SPcH2yA-afI/AAAAAAAAAcs/Re3kXrmDiOs/s72-c/farhad_ostovani-a.1193426440.jpg' height='72' width='72'/><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-2303583491317205031</id><published>2008-10-09T18:07:00.001+02:00</published><updated>2008-10-09T18:10:42.566+02:00</updated><title type='text'>Julie et Jean-Jacques</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;à côté de mon petit-déjeuner, dans mon studio&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps déjà file à une vitesse inconsidérée. Cela fait déjà plus d’un mois que je suis à Lyon. Comme je lis Rousseau et que je suis très sensible à son désir de sincérité, je vais l’être moi aussi : ça va faire une semaine que je n’ai pas écrit mon journal et je n’inventerai pas d’entrées faussement datées. Pas de chronologie imaginaire à construire, je montre seulement qu’ici comme ailleurs, le temps s’avère une matière très fugace. Je vais néanmoins essayer d’être plus constante dans mon écriture pour les jours qui viennent. Comme je l’avais vu dans mon cours d’écriture de l’essai lors de notre approche de l’écriture diariste, un auteur (dont j’ai oublié le nom) disait que, si on ne veut pas révéler de choses honteuses dans notre journal, nous n’avons qu’à ne pas les faire dans la vie réelle. Je vais essayer de suivre ce précepte.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Vendredi passé, Élise et moi avons décidé de rester chacune de notre côté, alors je me suis investie d’une mission assez excitante, celle d’aller visiter la Bibliothèque municipale, succursale Part-Dieu (bibliothèque centrale comme l’est Gabrielle-Roy à Québec), et de m’inscrire au réseau des bibliothèques lyonnaises. Je n’ai pas pris de photos, alors je vais tenter de vous décrire comment c’était. L’extérieur est tout à fait horrible : un gros bloc de béton où les entrées concaves sont sombres, peu de fenêtres de surcroît. Juxtaposé à cette pièce énorme, un petit mais très long cylindre (environ 10 mètres de diamètre) qui, je crois, serait le « Silo moderne », espèce de réserve à livres seulement accessible aux employés. Après avoir contemplé ce paysage des plus pittoresques, je suis enfin entrée dans ce gigantesque bâtiment pour progresser dans une multitude de corridors plus ternes les uns que les autres jusqu’à ce que j’arrive au hall de la bibliothèque. Cette fois, c’était plutôt ravissant : mélange d’œuvres d’art, de ciment texturé, de bois et de couleurs. J’ai souscrit à l’abonnement annuel « Lire écouter voir » (j’aime bien cette appellation – tout est poétique en France) pour 35 euros. Ce n’est pas gratuit comme à Québec, mais les modalités de prêt sont différentes : je peux louer tous les livres, DVD et œuvres d’art gratuitement. J’envisage bientôt de me choisir une peinture ou autre pour décorer temporairement mon studio. Ma visite de la bibliothèque a aussi été l’occasion de découvrir une programmation culturelle d’autant plus renversante qu’elle est abondante, axée sur l’Histoire, la poésie, la musique, les arts visuels, etc. Je me promets d’y retourner pour assister à une de ces activités au moins qui sont, bien sûr, gratuites, membre ou pas. Pour terminer mon périple, je suis allée explorer la section consacrée à la littérature et j’ai constaté qu’elle n’était pas très fournie et que beaucoup de livres n’étaient disponibles qu’en consultation sur place, ce qui m’a déçue. Certaines cotes de livres étaient rédigées à la main : cela m’a beaucoup amusée, car on ne verrait jamais ça à Québec. Mon travail dans le Réseau des bibliothèques de la ville m’a rendue attentive à ce genre de détails, d’autant plus que j’ai visité le Service du traitement où tout est rigoureusement informatisé! Cela dit, j’ai trouvé un ouvrage de Barthes qui contenait &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le plaisir du texte&lt;/span&gt;, alors j’étais bien heureuse, car j’ai pu ainsi me préparer de façon très sommaire pour mon cours de théorie de la lecture. Enfin, le comble de l’anti-technologie : le commis de bibliothèque a apposé un Post-It sur mon livre pour indiquer la date de retour! Quand même, j’ai bien apprécié ma visite de la Bibliothèque municipale et j’y ai retrouvé l’ambiance que j’aime tant de Gabrielle-Roy : beaucoup de livres et de culture, du silence et des plafonds hauts, tout ce qui est propice à l’élévation intellectuelle. Je crois bien que ce sera un lieu de travail pour mes projets ou lectures à venir.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Depuis une semaine, j’ai assisté à deux fêtes, une « soirée internationale » organisée par le Service des Relations Internationales de Lyon 3 et une autre plus intime donnée par Arne, un ami allemand. Ces deux événements ont été très plaisants. J’ai même dansé lors de la première fête et ça devait faire des années que je ne l’avais pas fait! Ça me rappelle les paroles de Jim Corcoran qui disent qu’« [il a] toujours voulu danser / mais [qu’il se] le refusai[t] », un peu comme moi, mais, cette fois, j’ai lâché prise et je me suis épanouie davantage. Ensuite, nous avons joué au billard et c’était tout aussi amusant, même si nos techniques n’étaient pas des plus au point! Lors de la fête privée, nous n’avons que parlé et bu du vin – plusieurs Européens fumaient des cigarettes –, ce qui était propice à connaître de nouvelles personnes et à développer, au mieux, des amitiés. La colocataire d’Arne, une Française, s’est avérée très accueillante : elle nous a offert à dîner et s’est intéressée à nos origines diverses. Ce qui était drôle, c’est qu’à la fin de la soirée, lorsque j’ai quitté, j’ai fait la bise à des invités non français, alors que la bise est un code social typique du pays qui nous accueille, comme quoi nous sommes bien en train de l’intégrer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Encore une fois, la sincérité rousseauiste qui me tenaille me pousse à expliquer les réflexions qui ont accompagné mes rencontres de type international. Ces pensées, d’abord répréhensibles, se sont au moins transformées en une plus grande ouverture d’esprit; on dirait que je fais mes confessions à mon tour! À mon arrivée à Lyon et dans les jours qui ont suivi, j’étais fâchée – peut-être juste déçue – de me tenir avec des étudiants étrangers alors que je voulais tant accéder à la culture française. Il est vrai qu’il est plus facile d’entrer en contact avec les étudiants qui sont aussi en échange, le Service des RI se transforme en genre de ghetto. En effet, on est tous dans le même bateau, à la dérive de nos identités, et tout le monde tente de s’accrocher à l’Autre. Maintenant, je connais quelques étudiantes françaises, c’est bien, mais je me suis surtout aperçue que les étudiants étrangers étaient des gens tout à faits géniaux et riche d’une culture encore une fois différente de la mienne. Apatrides que nous sommes, nous cherchons chacun à se rejoindre par l’entremise de la langue française, ce qui est assez émouvant. Parfois, il faut parler plus lentement, répéter ou traduire des mots de l’anglais pour donner corps à la communication, mais c’est un travail qui me plaît énormément de transmettre ma langue à qui s’y intéresse : c’est transmettre une part de mon identité pour en recevoir la leur à la fois.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dimanche, le lendemain de la soirée chez Arne, Élise, Daniela et moi sommes allées faire notre marché hebdomadaire. Puis, en fin d’après-midi, nous sommes allées à l’Institut Lumière, ancien espace de travail des frères Lumière qui ont inventé le cinématographe, une caméra de prise de vue et projecteur à la fois. C’est ainsi dire que Lyon a grandement collaboré aux débuts du cinéma et les noms des voies de circulation en témoignent : avenue des Frères Lumières, rue du Premier Film, etc. Voisin d’un très joli parc, l’Institut est constitué du hangar initial, dont on aperçoit les anciennes poutres à l’intérieur, ainsi que de rallonges plus modernes. Nous y avons acheté un billet pour visionner, dans une salle unique mais très grande, une projection du film Edward aux mains d’argent, cette œuvre de Tim Burton que je n’avais jamais vue et qui s’est avérée déconcertante, bouleversante, tout à fait magnifique. J’ai découvert que j’étais plus émotive que je le pensais, car j’ai pleuré à la fin du film. La réflexion sur la solitude que j’avais amorcée avec la lecture des &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Rêveries du promeneur solitaire &lt;/span&gt;a pu se prolonger dans ce visionnage. J’ai ressenti une terrible pitié pour ce Edward dont les mains spéciales l’empêchaient de vivre parmi les autres. Cette impossibilité, concrétisée par un attribut physique, apparaît comme intrinsèque à l’être, originelle, et surtout irréversible. Cela m’a fait penser à Rousseau qui, présentant parfois sa solitude comme un privilège, parfois comme mortellement triste, croit avoir été destiné pour toujours à l’exclusion du genre humain. Ce type de constat me touche manifestement trop. Peut-être ai-je peur moi aussi d’être seule, seule dans le désert du monde, pour reprendre un lieu commun romantique.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Encore aujourd’hui, et cela s’avère tout à fait effrayant à constater, Rousseau demeure une figure littéraire solitaire et propice à la moquerie lorsqu’on le présente en classe. C’est ce que j’ai remarqué dans mes cours de littérature française du XVIIIe siècle. Sa croyance en Dieu, l’importance capitale qu’il accorde au cœur, son amour de la botanique, ses mœurs simples, sa paranoïa aussi suscitent toujours des rires parmi les élèves et je dois dire qu’encore une fois, cela m’attriste. Voltaire a grandement sali l’image de Rousseau pendant son vécu et on dirait que la diffamation opérée pendant ce siècle a gardé une espèce de légitimité : Voltaire apparaît comme une belle et grande figure, avec ses conceptions religieuses éthérées qui ont tout pour charmer l’époque actuelle, alors que Rousseau a l’air d’un dérangé, rien de moins. Pourtant, moi, c’est un penseur et écrivain qui me rejoint vraiment et je n’arrive pas à m’expliquer pourquoi on ne pourrait pas en diffuser une vision plus impartiale. Peut-être sera-t-il un éternel incompris. Je n’ai pas lu Pierre Vadeboncœur, mais j’avais feuilleté un de ses ouvrages qui m’intéressait énormément, Les deux royaumes, et j’étais tombée sur une phrase qui disait quelque chose comme « Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis toujours senti d’une grande amitié pour Jean-Jacques Rousseau. » Quelqu’un aurait donc le même sentiment que moi; il faut que ça vienne du Québec, peut-être pour grandir autrement que dans l’incompréhension d’un personnage tout à fait extraordinaire par son caractère irrémédiablement vertueux, qui aura même influencé Kant.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mardi matin est arrivé et c’était enfin le moment où le TD d’esthétique (offert par la Faculté de philosophie) débutait. Quelques problèmes de logistique m’ont bien amusée pendant cette matinée : il y avait beaucoup plus d’élèves que prévu d’inscrits au cours, alors nous avons changé de salle. Cela dit, la nouvelle salle non plus ne contenait pas assez de bureaux et les employés de l’université ne semblaient pas très enclins à nous en fournir davantage (ils ont apporté un bureau de trois places et une chaise de plus), ce qui a forcé certains élèves (dont moi!) à s’asseoir par terre pour suivre le cours. Je trouvais ça vraiment marrant, mais j’avais des fourmis dans les jambes à la fin! Quant à la matière du cours, c’était vraiment intéressant et assez difficile pour être stimulant : nous avons étudié une reproduction de toile où Vélasquez. Ce dernier y a représenté divers personnages et, en arrière-plan, un peintre au travail dont le regard est tourné vers l’extérieur de la toile, vers le spectateur lui-même. Cette mise en abyme a donc été pour nous l’occasion d’étudier les niveaux de représentation de l’œuvre, celle que nous avons sous les yeux, photocopiée, et celle du peintre fictif, image invisible aux yeux du regardeur. Nous devons lire &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Le musée imaginaire &lt;/span&gt;de Malraux, j’ai hâte, j’ai cru comprendre que qu’on y parle de comment les anciens critiques d’art ont dû imaginer, penser les œuvres qui n’étaient aucunement reproduites et disponibles comme elles le sont aujourd’hui, peu importe leur époque d’appartenance. Cela pour dire que ce cours va vraiment me permettre d’acquérir de nouveaux outils pour approcher l’art.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En après-midi, je suis allée m’inscrire à des TD auprès du secrétariat des lettres situé à la Manufacture. Cependant, avec les horaires d’ouverture tout à fait conviviaux, ça ouvrait à 13 h 30 et j’avais un cours à 14 h aux Quais (à 30 min. à pied de là) : j’ai dû me dépêcher en prenant le métro. Je suis arrivée en retard de six minutes, mais Daniela m’a dit que ce n’était qu’une minute plus tard que le professeur lui-même. Il n’avait d’ailleurs vraiment pas l’air fâché. Ce n’était pas pour me racheter, mais j’ai participé dans le cours et j’étais fière de moi. Je tentais d’avoir des interventions pertinentes et on dirait que je cherchais moins mes mots que d’habitude. Je travaille mon éloquence, hourra. Cela va me servir pour les multiples explications linéaires que je devrai présenter à l’oral pour les évaluations des TD. Mercredi matin, une élève a présenté un exposé particulièrement intéressant sur les&lt;span style="font-style: italic;"&gt; RPS&lt;/span&gt;, j’espère en être capable d’en faire autant, avec de multiples références à la philosophie et une analyse fine de l’enchevêtrement des réflexions et des récits de Rousseau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Hier soir, Élise et moi sommes allées à la rencontre d’un ami de Félix qui habite à Lyon, Vincent. Je lui avais demandé de nous faire découvrir un resto pas cher et proprement lyonnais. Je ne me rappelle pas de son nom (à bon vin point d’enseigne?), mais je me souviens qu’il est situé sur la rue des Marronniers. Nous avons mangé un menu typique aussi : salade lyonnaise (salade verte, lardons, œuf poché et croûtons), pour moi un poisson blanc, pour eux des andouillettes sauce moutarde (mais Vincent n’avait pas faim alors j’ai mangé la moitié de son assiette, un vrai régal, quand même!), du fromage Saint-Marcellin et du pain, une tarte à la praline et un pot de Côte du Rhône à 7 euros. J’avais été trop craintive pour commander des andouillettes, mais je serai rassurée pour l’avenir, mon palet approuve. Tout était délicieux, d’autant plus que ce repas de plusieurs services n’a coûté que 11 euros, tout inclus. C’est incroyable! Il faisait très chaud à l’intérieur, c’était petit, mais on y mangeait comme dans une cuisine personnelle, avec des serveurs souriants et attentionnés qui, évidemment, s’intéressaient à ce cher accent québécois. Élise et moi étions très fières de manger tard (Nous avons commencé vers 20h45 et fini vers 22h30). En tout cas, c’est sûr que je vais y retourner : comme a dit Vincent, c’était le meilleur pour le moins cher. Mission bouchon (resto typique lyonnais) réussie!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;La soirée cependant s’est terminée sur une drôle de note. Élise et moi rentrions en métro A (vers Vénissieux) vers 22h45, il y avait pas mal de gens dans les wagons, mais ce n’était pas bondé. Un jeune homme écoutait tranquillement son iPod rangé dans la poche de son pantalon, avec le fil d’écouteur qui passait sous son chandail. Puis, un autre jeune homme est passé, il buvait de la Heinekein, puis il lui a demandé s’il pouvait lui prêter un écouteur pour qu’il puisse entendre lui aussi la musique. Le garçon accepte, puis l’autre lui demande s’il peut monter le volume, le propriétaire sort le joli iPod de sa poche, lui montre qu’il faut mouvoir son doigt de façon circulaire pour l’augmenter. Je me disais : « c’est pas possible, l’inconnu va tirer après le iPod, il va se détacher des écouteurs et il va partir avec ». C’est effectivement ce qui s’est produit. Le pauvre jeune homme lui dit « eh, mais arrête », l’autre lui dit de le suivre vers l’arrière, où le malfaiteur semblait avoir des comparses. Puis, la belle voix enregistrée du métro a annoncé l’arrêt auquel nous étions arrivés, « Sans souci ». La scène était bizarre et la voix y ajoutait une tonalité ironique. Je n’ai pas tourné la tête pour regarder, mais celui qui s’est fait volé a dû descendre du métro peu après sans autre altercation, car on entendait le voleur ricaner avec ses amis et dire « trop facile, trop facile ». Presque tous les passagers avaient assisté à la scène avec attention, sans dire mot cependant. Que pouvions-nous faire sinon se vautrer dans notre silence et compatir? Après le métro, je devais correspondre avec un bus au terminus Grange Blanche. Je crois que j’étais encore sous le choc de cette vision et j’ai pris le bus dans le mauvais sens; j’ai dû faire le chemin inverse à pied, seule dans les rues désertes. Mais non, rien n’est arrivé. J’ai pris le dernier 28 à 00h08 et j’étais heureuse que l’arrêt soit situé directement à la porte de ma résidence.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je finis cette entrée ma foi très longue par un petit commentaire sur les élections fédérales qui approchent à grands pas. La télécopie vers Ottawa à partir de Lyon coûtait 20 euros pour 3 pages, alors j’ai décidé que je ne voterais pas, d’autant plus que je n’aurais sûrement pas reçu à temps mon bulletin de vote qui doit être délivré par la poste – il paraît qu’aux Etats-Unis, on peut voter en ligne. Même si je ne remplirai pas officiellement mon devoir démocratique, je tiens à souligner que j’espère que M. Harper ne sera pas notre premier ministre à nouveau, ni minoritaire ni majoritaire. Je pense que le Québec et le Canada méritent mieux que les politiques conservatrices qui ne tiennent pas compte de ce qui construit vraiment le futur d’une société : le respect de l’environnement, le partage égal des richesses, et l’art, bien sûr, qui est la voix d’une nation, qu’elle soit québécoise ou canadienne. Je concentre tous mes espoirs vers ce jour du 14 octobre 2008.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-2303583491317205031?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/2303583491317205031/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=2303583491317205031' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2303583491317205031'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/2303583491317205031'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/julie-et-jean-jacques.html' title='Julie et Jean-Jacques'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8726145356156811787</id><published>2008-10-03T16:42:00.005+02:00</published><updated>2008-10-03T16:51:16.783+02:00</updated><title type='text'>Mouvements</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;jeudi 2 octobre 2008, sur mon bureau-table&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;Sur mon bureau de cours en littérature française du XXe siècle : « DIEU EST AMOUR ; l’amour c’est Dieu ». C’est une salle qui appartient au département de philo, je pense. Je vais finir par croire que tous ces graffitis et écriteaux littéraires parsemés sur mon chemin témoignent d’une proximité incomparable chez les Français au langage et à la pensée. On pourra dire que c’est issu d’une riche tradition de sociabilités : salons, cafés, fumoirs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est une petite journée tranquille aujourd’hui, je n’ai pas de cours le jeudi. Alors, je peux prendre le temps d’écrire une belle entrée de journal, d’autant plus que je viens de nettoyer mon bureau. Il me reste à passer un coup de balai pour que tout soit beau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans mon cours sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La tournée d’automne&lt;/span&gt;, lundi, le prof nous a photocopié une carte du Québec pour que tous les élèves situent les localités que le Chauffeur visitera dans le roman. Étrangement, j’étais un peu émue devant la carte de retrouver toute cette toponymie chargée de vécu et ce fleuve dont je partage le nom. Je dis « étrangement » car je n’avais jamais encore compris à quel point j’étais attaché à ce pays qui n’est pas un pays, mais l’hiver (Vigneault). Ce qui m’a le plus chavirée, c’est que les autres étudiants dans la classe voyaient la carte sans grande émotion. Je pense que j’ai senti à ce moment-là ce que c’est d’avoir une patrie et c’est un sentiment assez fort, plus puissant peut-être que toute l’identité française que je ne pourrai jamais acquérir. À la fin du cours, j’ai souhaité à monsieur Lavorel un beau voyage, car il vient visiter le Québec pendant deux semaines.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Lundi soir, j’ai participé à une activité parascolaire à laquelle je serai inscrite pour l’année entière, la chorale de l’université. Au début, j’étais stressée à l’idée de devoir chanter devant les autres, mais ma gêne s’est dissipée très rapidement. Il y avait d’autres gens comme moi qui n’avaient jamais chanté dans une chorale et j’avais quand même une longueur d’avance en sachant relativement lire une partition. Nous avons fait divers exercice de réchauffement de la voix et de respiration; j’ai pu mettre en pratique les quelques acquis de mes cours d’arts dramatiques du secondaire. J’ai découvert que ma voix claire serait celle de type soprano, faudra voir si je serai encore classée dans ce groupe la semaine prochaine. Le prof de chorale est tout à fait génial, il est dynamique et vraiment pas gênant. Comme il dirait, « la chorale, c’est le bonheur » : l’entremêlement des voix, françaises et étrangères, les harmonies fugaces et la fragilité des musiques que le groupe a chantées étaient vraiment agréables. Je crois qu’on pourra faire du beau travail à grande échelle (deux spectacles prévus) et que je pourrai en réaliser aussi de façon plus intime. La pièce que nous travaillerons la semaine prochaine est « Hallelujah » d’Hendel.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je redoutais un peu mon mardi matin, parce que j’avais un cours à 8h, un TD d’esthétique (Mineure culture philosophique). C’est tôt! Et j’ai eu plus de problèmes que prévu : j’ai trouvé le local vers 8 h 10 pour comprendre que ce n’était même pas mon cours qui s’y donnait. En cherchant comme une désespérée, j’ai croisé dans le dédale de corridors une étudiante qui m’avait manifestement remarquée la semaine passée dans un autre cours de la mineure, car elle est venue à moi pour me dire qu’elle cherchait aussi la salle 312. Après un moment partagé de panique, nous nous sommes rendues compte que le cours de travaux dirigés ne commençait que la semaine prochaine, étant donné qu’il est donné par la faculté de philosophie et que ses activités ont débuté une semaine plus tard que la faculté des lettres. Le système universitaire est compliqué, ici! Au moins, cette mésaventure m’a permis de rencontrer cette étudiante française très sympathique ainsi que de parler avec deux autres filles de la mineure. L’une d’elle, Claudie, m’a révélé qu’un de ses penseurs favoris était Rousseau. Est-ce lié, je ne sais pas, mais je lui ai offert de lui prêter mon cahier de notes, puisqu’elle n’avait pas pu assister à la première séance.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En après-midi, j’ai eu mon cours sur la théorie de la lecture. Le petit prof – assez jeune et toujours habillé de façon très élégante, prédominance du noir – a conclu la partie sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les fruits d’or&lt;/span&gt; de Sarraute. Si quelques fois une confusion générale réglait sur la classe, je pense qu’il a bien fait ça : Élise et moi, nous nous sommes avouées que nous avons eu chacune, pendant ce cours, un mouvement d’amour intense pour Sarraute, peut-être l’effet d’un tropisme… Enfin, je pense que seule une fine orchestration de la part d’un prof peut permettre cela. Je pense que le Nouveau Roman serait une période de la littérature française que j’aimerais réétudier à nouveau.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Mercredi, j’ai assisté au premier travail dirigé sur Rousseau. Nous avons aussi essayé d’établir à quels genres littéraires l’écrivain emprunte dans son discours qu’il veut informe. La présence marquée du « je » dans le texte, l’écriture imagée et le mouvement dans la pensée qu’on retrouve dans &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les rêveries du promeneur solitaire &lt;/span&gt;ont tout pour rattacher ce type d’essai au registre introspectif que Vigneault, professeur et chercheur littéraire québécois, a théorisé ou à forme de l’essai-méditation qu’Angenot, un Québécois lui aussi, s’est employé à définir. Bien sûr, la prof n’a aucunement recouru à ces théories pour étudier l’écriture de Rousseau : elle nous a plutôt parlé d’un Français, Michel Beaujour, qui a pensé un genre de l’autoportrait – qui a au fond toutes les caractéristiques de l’essai méditatif mais qui, je trouve, accorde un caractère narcissique à la démarche de l’auteur. Par exemple, Rousseau ne brosse pas tout à fait de portrait de lui-même : il suit les mouvements de sa pensée, cela bien sûr parle de lui-même, cela convoque le récit de souvenirs, mais, au final, l’écriture y devient un mode de connaissance (traité sur la vérité et le mensonge de la quatrième promenade) et, malgré la volonté manifestée de Rousseau d’écrire que pour lui-même, un moyen d’accéder à l’universel du « je » émotif et en questionnement vis-à-vis de l’Autre. L’art ne peut se dégager, il me semble, de sa volonté de rejoindre soit un lecteur, soit un spectateur. Si les Français étaient plus familiers avec la notion d’essai littéraire, je pense que cette appellation d’essai méditatif gagnerait à être connue au profit de l’autoportrait ou de l’autobiographie, ce dernier genre, lié plus spécifiquement au récit, ne témoignant pas de la richesse réflexive d’une écriture de la pensée. J’avais envie de présenter à la prof les &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Approches de l’essai &lt;/span&gt;de F. Dumont, un gros sabot en théorie littéraire québécoise. Cela dit, ce recueil est évidemment resté au Québec; il faudrait peut-être que j’y renvoie aussi mes attachements théoriques un peu trop tricotés serré pour ne pas que cela handicape mon regard qui veut tout prendre ce qui s’offre à lui.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8726145356156811787?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8726145356156811787/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8726145356156811787' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8726145356156811787'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8726145356156811787'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/10/mouvements.html' title='Mouvements'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-1225520007976429604</id><published>2008-09-29T21:09:00.001+02:00</published><updated>2008-09-29T21:18:56.732+02:00</updated><title type='text'>Harmonies</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche 28 septembre 2008, dans un bus TCL 28 vers Laurent Bonnevay, puis sur mon bureau-table&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai fait un rêve assez évocateur dans lequel je venais habiter à Lyon. Cependant, à la différence de mon séjour actuel, je suis repartie chez moi, au Québec, après une semaine. De retour là-bas, je discutais avec mes parents et j’ai constaté que je m’ennuyais de Lyon, que je voulais y retourner, ce qui s’est produit également dans mon rêve. Je pense que, depuis ce moment-là, je suis réellement arrivée à Lyon, au sens où l’a grossièrement représenté ma vision nocturne : mon ennui inconscient – ou pas – de mon pays d’outre-mer m’a quittée pour que je concentre ici tout mon être, que je m'ancre à cette terre française qui m’accueille. Je n’ai d’ailleurs que le présent comme seul port d’attache.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En fin de semaine, j’ai commencé à lire Les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. C’est la dernière œuvre qu’il a écrite. Elle est d’ailleurs incomplète selon certains dires. Cher Rousseau. C’est triste à lire, il était désormais si seul, reclus de tous, pensant que tous ses contemporains se moquaient de lui et que même les générations futures ne pourraient rien obtenir de lui de valable, car ses textes seraient malicieusement falsifiés. Il stipule donc à plusieurs reprises que Les rêveries ne sont écrites que pour lui d’un bout à l’autre. Pourtant, même si l’œuvre a été publiée de façon posthume, je n’arrive pas à croire que Rousseau n’attendait absolument plus rien des hommes. Cela me rappelle la réflexion de Todorov dans son essai sur le bonheur rousseauiste, intitulé Frêle bonheur. Il expliquait que, malgré tout ce que Rousseau peut dire, ce dernier demeure un écrivain et ses écrits sont destinés à des lecteurs. Si le penseur prône la solitude comme moyen d’être heureux, il présente implicitement une autre solution au rapport à l’Autre, celui d’une relation médiatisée par un texte. Je crois bien que Rousseau a gardé espoir en l’écriture jusqu’à la fin; c’est très juste de l’avoir fait, je peux en témoigner!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, avec Élise et Daniela, je suis allée à Fourvière, le petit quartier juché sur une colline où siège la belle cathédrale. Nous avons pris un funiculaire qui nous a menées à moitié du chemin et nous avons terminé avec nos petites jambes le reste de l’ascension. C’était calme, c’était le matin, et tout me surprenait par ses magnifiques couleurs : le lierre rouge, la verdure mélangée aux jaunes timides, le ciel d’un bleu clair. Une belle journée d’automne, en bref. Nous avons visité la cathédrale de Fourvière dont l’architecture est magnifique, de l’extérieur comme de l’intérieur. Le bâtiment d’abord est assez imposant, puis, lorsqu’on approche, on découvre un fin travail de sculpture : entre autres, on y trouve des lions ailés, des anges et des dentelles qui ornent les tourelles. Ces détails ennoblissent la cathédrale et répondent à la superbe décoration de l’intérieur. Les voûtes, hautes de 27 mètres, sont intégrées à un décor tout doré. Des vitraux chargés, des représentations picturales (pas d’habituel chemin de croix) et des colonnades ornées d’oiseaux invitent l’esprit à se recueillir dans ce havre de silence que nous étions appelées à conserver. Comme nous sommes arrivées à la fin de la messe, nous avons pu entendre les derniers puissants accords de l’orgue. Je ne sais pas si je suis croyante, mais j’ai trouvé que visiter cette cathédrale avait quelque chose de ressourçant, sa beauté architecturale et le silence entremêlé à la musique ont eu de quoi élever l’âme. C’était comme retrouver, par un dimanche matin quelconque, une part d’universel : j’ai le même état d’esprit lorsque j’entre dans l’église du village de mon enfance. Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour Noël, mais je pense bien que j’aimerais assister à une des messes de Noël de la cathédrale de Fourvière. On dirait que, comme les écrivains romantiques, j’ai besoin d’intégrer un peu de transcendance à cette vie ultra-rationalisée.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Après la visite de la cathédrale, nous sommes retournées au marché visité pendant ma deuxième semaine pour y faire des courses. C’était très bondé, mais agréable quand même, nous avons trouvé de beaux produits à nouveau. Alléchées depuis des semaines par l’odeur inoubliable, Daniela, Élise et moi avons acheté un poulet rôti accompagné de petites pommes de terre qui ont cuit dans le gras de la volaille. Nous avons déjeuné avec cette trouvaille et il va sans dire que c’était bon!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir, nous sommes allées au cinéma, le Pathé près de Place Bellecour. Nous y avons vu le film &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Faubourg 36&lt;/span&gt; de Christophe Barratier, réalisateur de la production Les choristes. À nouveau, l’œuvre présentée laisse une place importante à la musique : l’histoire s’articule autour d’une petite salle de spectacle que l’on tente de faire fonctionner dans un faubourg pauvre de Paris au temps des luttes communistes, vers 1936. C’est un film très sympathique qui a captivé mon attention durant tout son cours, l’histoire bien ficelée et la musique originale forment un univers stimulant pour le spectateur. La fin du film – un simple détail – m’a beaucoup plu : on voit plusieurs fois des rideaux qui se ferment sur la scène devant les personnages, mais, à la fin, les rideaux se ferment devant nous, spectateurs. Cela nous rappelle qu’on est bien devant une représentation, non pas dans la vraie vie, ce qu’on tend à oublier, subjugués par l’enchaînement des événements. Si on peut critiquer le film en disant que ses personnages sont grossis, caricaturaux, on pourra rétorquer qu’on était bien devant un mélodieux spectacle.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En attendant l’autobus, ce soir, j’ai revu la cathédrale de Fourvière en ne m’y attendant plus. Elle nous regardait de haut comme un petit astre illuminé. C’était digne d’une carte postale. Nous avons d’ailleurs remarqué qu’on avait d’abord vu en cartes postales certains paysages de nuit qui nous entouraient, comme si la réalité imitait les photographies. J’ai hâte à la Fête des lumières, les architectures que j’ai vu éclairées tout à l’heure, par des lumières blanches ou de mille couleurs, m’ont donné envie d’en voir plus! En passant sur le pont Lafayette, qui traverse le Rhône, j’ai aperçu la Croix-Rousse et ses minuscules fenêtres illuminées : on aurait dit que ces lumières, toutes entourées de noirceur, étaient de la poudre d’étoile dispersée à l’horizon.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-1225520007976429604?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/1225520007976429604/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=1225520007976429604' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1225520007976429604'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1225520007976429604'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/harmonies.html' title='Harmonies'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-3384051035272595195</id><published>2008-09-26T16:54:00.002+02:00</published><updated>2008-09-26T17:00:01.732+02:00</updated><title type='text'>Passages nuageux</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;à la bibliothèque de la Manufacture&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je débute cette entrée par un sympathique graffiti dont j’ai corrigé les fautes et dont je m’interroge encore sur le sens, parce que je me demande si sa qualité n’est pas seulement d’ordre rhétorique :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;le savoir est une arme, mais qu’est-ce qu’une arme sans le savoir?&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;C’est l’automne, à nouveau. Le ciel est incertain, nuageux et bleuté, comme le Rhône et la Saône. Je ne sais jamais comment m’habiller. Comme au Québec, il y a ce moment de l’année où le soleil nous brûle et où l’ombre nous glace. Sur les trottoirs, je vois quelques fois des pigeons morts, ça fait lugubre. Ici, pendant la saison froide, il n’y a pratiquement pas de neige à ce que j’ai entendu dire. Je considère donc que j’entre maintenant dans un automne qui durera six ou sept mois, je dois m’habituer à ce paysage comme dessiné au crayon de plomb; il n’y aura rien de la blancheur d’un hiver à la &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Maria Chapdelaine&lt;/span&gt;.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avant-hier, je suis allée avec Élise au Troc de l’île, une brocante géante que Félix (un Québécois) m’avait dit d’aller voir, car nous cherchions quelques meubles pour rendre plus habitables nos espaces vitaux respectifs. Pour ma part, je cherchais une table de chevet. J’en ai déniché une en pin, en assez bon état et avec une poignée frontale qui lui donnait un certain charme. Elle coûtait 15 euros, alors c’était dans mon budget. Après avoir apporté chez Élise ses propres achats (une chaise pliante en bois vert et une petite table d’appoint), nous avons conjugué nos forces pour apporter jusque chez moi (à trois kilomètres de la brocante, environ) la chère petite table qui semblait assez inoffensive. Cependant, elle s’est révélée assez lourde et elle nous a fatiguées toutes les deux. Nous avons donc pris un beau petit souper en tête-à-tête pour nous récompenser! La table de chevet a servi de table de repas : c’était la première fois ensemble que nous ne mangions pas par terre, car je pouvais m’asseoir sur le lit et Élise sur la chaise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je voulais consigner ces moments hier dans mon journal, mais je ne l’ai pas fait, car j’étais d’humeur trop maussade. L’administration de l’université avait montré, encore une fois, aux étudiants étrangers toute l’ampleur de son inefficacité. Il y avait une réunion d’information quant aux choix de cours pour les étudiants étrangers, car le premier livret de cours qui nous avait été distribué contenait des informations erronées. Élise avait reçu le courriel (mél…) d’invitation, mais pas moi pour je ne sais quelle raison. Tout de même, je m’y suis rendue dans l’espoir d’obtenir quelques éclaircissements. On nous a distribué de nouveaux livrets de cours (950 étudiants étrangers, vous imaginez le gaspillage de papier) pour apprendre que la valeur en crédits de plusieurs cours a changé et donc que l’horaire de cours que j’avais établi ne contenait pas suffisamment de crédits en vue du parcours lavallois auquel je suis toujours liée. J’étais fâchée et découragée, car je devais intégrer à mon horaire un cours dont les exposés magistraux étaient commencés depuis 2 semaines. En plus, comme les étudiants étrangers ne sont pas inscrits à un diplôme comme les étudiants français, nous ne pouvons pas accéder aux emplois du temps en ligne, genre d’horaires où l’on peut trouver quand et où se donnent les cours magistraux (CM) et les travaux dirigés (TD). Vraiment pratique pour des étudiants qui sont mêlés d’avance par tout ce nouveau système auquel ils doivent s’intégrer. C’en était presque humiliant. Le professeur qui donnait la réunion s’est vu forcé de dire que nous étions dans une université du Moyen-Âge. Par chance, j’ai découvert ce matin que le cours que j’ai décidé d’ajouter se donne aux deux semaines le vendredi de 11 h à 13 h, alors j’ai pu y assister comme si ça faisait longtemps que je l’attendais. Il faudra maintenant que je règle le cas du cours sur Les rêveries du promeneur solitaire, car il se peut que je ne puisse pas le suivre, ce cours s’intégrant à un bloc de trois cours dont un seul, déterminé par le hasard, sera évalué à la fin (il me semble important qu’on vérifie les acquis des cours qu’on suit, pourtant). La prof semble cependant assez sympathique à la cause des étudiants étrangers, alors je m’autorise à être optimiste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans le cours auquel j’ai assisté ce matin, Éléments de stylistique générale, nous avons encore vu les fonctions de la communication telles que Jakobson les a théorisées. Depuis le début de mes études en littérature, je pense que ça fait cinq fois qu’elles me sont enseignées. Les explications qu’on en fait en France comme au Québec sont semblables. Comme la stylistique est l’étude de ce qui particularise le discours d’un écrivain, nous avons aussi parlé de l’appartenance générique d’une œuvre, car il est important de voir comment le discours littéraire se positionne par rapport aux balises classique du genre exploité. C’est à ce point-ci de l’exposé de la professeure que cette dernière a présenté des notions qui entrent en contradiction avec ce que j’ai appris à la session dernière à l’Université Laval. Nous avions dit, au printemps, que le « je » dans la poésie lyrique était non métaphorique, qu’il renvoyait directement au poète, d’où l’appartenance de la poésie au régime de la diction; en France, on dit que le « je » du poème ne renvoie pas au poète qui signe le texte, mais, d’une part, au « je » universel, absolu, qui n’est pas relié à un être en particulier et, d’autre part, à l’image esthétisée que le poète veut projeter de lui-même. Dans ce cas, le poème contiendrait toujours une part de fiction. Je ne sais pas encore quoi penser de ces points de vue divergents, seulement cela m’attriste un peu, aujourd’hui, de penser que la poésie pourrait n’être qu’un jeu de l’imaginaire, un exercice d’éloquence et non pas le peu de vérité qu’on parvient quelque fois à percevoir ou à exprimer.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-3384051035272595195?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/3384051035272595195/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=3384051035272595195' title='1 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/3384051035272595195'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/3384051035272595195'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/passages-nuageux.html' title='Passages nuageux'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>1</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-1499667100063307990</id><published>2008-09-25T14:30:00.000+02:00</published><updated>2008-09-25T14:38:24.611+02:00</updated><title type='text'>Arts français</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mardi 23 septembre 2008, sur mon bureau-table &lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le temps passe vite et trois journées bien remplies reposent déjà derrière moi. Cette entrée sera particulièrement longue, car mon dimanche a été culturellement riche : c’était, en fin de semaine, les journées du patrimoine et plein d’événements étaient spécialement mis sur pied pour l’occasion et d’autres, ordinairement payants, étaient gratuits, comme cette visite au musée dont je vous ferai part. On promeut bien la culture, ici, en France, et il ne faut pas croire que ça n’intéresse personne, au contraire : les lieux que j’ai visités étaient tous bondés.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Donc, avant-hier, dimanche, je suis allée au Musée d’art contemporain avec Élise, Daniela et Julia, deux autrichiennes. La visite était gratuite et les deux expositions que nous avons visitées se sont avérées très intéressantes. J’ai particulièrement apprécié le travail de Christian Lhopital, un artiste dont la production est orientée vers le dessin. La découverte de son art s’est amorcée par la présentation de sa dernière série de dessins sur papier, intitulée &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Tout va bien&lt;/span&gt;. Son style léger et fin fait penser aux traits d’un croquis, d’un brouillon. Mais si on s’approche, on découvre des personnages qui évoluent subtilement au fil des répétitions, des visages fantomatiques, des morceaux de divers matériaux incrustés aux motifs. J’ai aimé la subtilité du dessin, l’ironie du titre aussi lorsque j’ai aperçu des personnages désarticulés et même ensanglantés, parfois. Cela m’a fait penser à Ensor, ce peintre dont les figures oscillent entre le burlesque et le tragique. Ainsi s’est ouverte la voie jusqu’à l’œuvre monumentale,&lt;span style="font-style: italic;"&gt; L’énigme demeure&lt;/span&gt;, réalisée à même les 150 m2 de murs blancs que le MAC de Lyon a offert à Lhopital. La production était toute faite de poudre de graphite, dont la couleur pâle se mêlait à la blancheur de la salle. C’est à force de nuances que les formes naissaient, le mouvement opalescent, les visages aussi, quelques fois. Je suis entrée dans cette œuvre comme dans un espace de rêve, de flottement, de fragilité aussi : puisque cette création sera effacée à la fin de l’exposition, ces dessins et frottis, pourtant si immenses, ne s’avèrent qu’éphémères.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, nous avons visité une salle qui regroupait divers produits d’un rendez-vous de création, en 2008, où étaient conviés vingt artistes de la région. Je remarque que le travail des artistes dits visuels, aujourd’hui, s’oriente souvent vers la multidisciplinarité, comme pour créer un art total, auquel même la technologie obéit. C’est du moins ce que j’ai ressenti pendant cette exposition d’art très actuel. Les travaux étaient généralement très intéressants; je pourrais dire que j’ai préféré le projet d’Yza Mouhib, une installation vidéo où une rue défilait pendant que les spectateurs portaient un casque d’écoute. Claire Sainte-Rose, titre de l’œuvre, y lisait un texte choquant de Nelly Arcan où une femme aurait voulu que les hommes, pour elle, sortent du cours tranquille de leur existence. La narratrice, pourtant, prend conscience vers la fin que la beauté, présente dans tous les petits gestes de la vie, suit aussi un chemin linéaire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour terminer la visite, j’ai pu observer, à mon grand bonheur, une œuvre de l’artiste Ben. Installée au milieu du musée, dans aucune salle, une espèce de cabane contenait un bric-à-brac incroyable, symbole de consommation et de chaos à la fois, auquel se mêlaient diverses phrases qui font rire et réfléchir. J’ai essayé d’en retenir le plus que je pouvais, car ce type d’humour ironique me plaît beaucoup!&lt;br /&gt;« l’art est inutile, rentrez chez vous »&lt;br /&gt;« les mots sont des choses; achetez donc des choses »&lt;br /&gt;un perroquet à côté duquel il était écrit : « demolish serious culture » (Harper s’y plaît bien, il n’a pas compris que c’était une blague)&lt;br /&gt;C’est ainsi montrer que j’ai énormément apprécié ma visite au Musée d’art contemporain qui a été, de surcroît, gratuite. Je pourrais dire que l’art n’est pas inutile et que je vais assurément retourner au MAC de Lyon!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dernière chose sur le musée : il était situé dans le quartier qui se nomme « Cité internationale ». C’était vraiment étrange, on aurait dit un 10/30 qu’on veut rendre habitable. C’est un nouveau quartier élaboré par un architecte quelconque où tous les bâtiments se ressemblent et où tout est trop chic. Bien qu’il soit juxtaposé à l’élégant parc de la Tête d’or, ce secteur de la ville n’a aucune âme, tout semble fixé à jamais dans son inertie. Vraiment, l’ambiance n’était pas géniale. On peut dire que l’architecture du musée s’intégrait au reste, bien que la Cité internationale illustre assez clairement que la vie ne peut être autant esthétisée. La vie est bigarrée, plutôt.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Pour le déjeuner (ou dîner, comme il vous conviendra), nous sommes redescendues sur la Presqu’île à la rencontre d’une étudiante allemande, Irène. Nous avons mangé des kebabs dans une rue truffée de restaurants du genre, c’était l’occasion d’être doublement étrangère pour moi, à la France encore, puis à ce monde arabe. En tout cas, les kebabs étaient délicieux! Élise et moi, les filles les plus gourmandes de la terre, en aurions mangé un second.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Nous avons ensuite continué notre périple vers l’hôtel de ville dont la visite était offerte à tous en ce dimanche. Si l’idée ne m’enchantait pas trop au début, j’ai vite été enthousiasmée par ce bâtiment majestueux du dehors et carrément époustouflant à l’intérieur. Même, des Lyonnais, amis de Julia, étaient surpris par ces trésors qu’ils n’avaient jamais explorés. La succession des salons, des lustres, des riches tentures, des plafonds qui ne sont pas des trompe-l’œil m’a renversée. On dirait un mini-Versailles. L’hôtel de ville a majoritairement été rénové au temps du Second Empire (1851-1870) et j’ai alors pensé à &lt;span style="font-style: italic;"&gt;La curée &lt;/span&gt;de Zola, à ses grands bals, aux hôtels d’une richesse décadente; je comprends mieux maintenant l’esprit de grandeur qui animait le Second Empire. Ce qui est aussi intéressant à savoir, c’est que certaines salles de l’hôtel de ville ont servi à recevoir les membres du G7 il y a une dizaine d’années. Toute qu’une réception!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;À l’école, les choses vont bien. J’ai eu mon premier cours pour tous les cours que je suivrai et tout m’apparaît intéressant. Je vais approfondir ma connaissance de Rousseau et de son écriture multiforme avec le cours sur &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les rêveries du promeneur solitaire&lt;/span&gt; et rêver de la belle ville de Québec, de chats et de littérature avec Jacques Poulin que je connais déjà bien. Quand même, c’est déjà autre chose de le redécouvrir à partir de la France, avec un regard neuf, l’analyse fine du texte que le prof nous propose s’y surajoutant. M. Lavorel, le professeur, aime beaucoup le Québec, alors c’est très bien! Il connaît même mon prof lavallois de littérature québécoise, M. Boivin. Mon cours de philosophie générale s’avère moins dense que prévu, je dois dire que ça me déçoit un peu. Les attentes étaient élevées, certes, je rêvais d’un semblant de Thomas de Koninck qui donne un cours de trois heures sur Platon. Ici, je vais voir, pour l’instant, ce ne serait qu’une heure de cours par semaine.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’avais terminé hier, tard dans la soirée, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les fruits d’or&lt;/span&gt;, car le prof du cours de théorie de la lecture, M. Auclerc, avait mentionné que la session du 23 septembre (aujourd’hui) porterait sur ce roman. Surprise : aujourd’hui, quasiment personne n’avait lu le livre ni ne l’avait acheté. Et le prof trouvait ça normal, il avait photocopié les extraits de l’œuvre, comme s’il avait convenu que personne n’aurait le roman en main. C’était stupéfiant, encore une fois, pour Élise et moi : à Laval, dès qu’on nous le suggère pour un cours en particulier, il faut avoir acheté le livre et l’avoir lu, de surcroît! Nous sommes de belles machines à apprendre, alors qu’ici, tout va lentement mais sûrement. Nous avons dû avoir l’air de deux élèves modèles, qui avaient lu très à l’avance le livre étudié et qui étaient assises au premier rang. J’ai réalisé encore une fois que j’étais étrangère, même si parfois je me promène dans Lyon et j’ai l’impression d’être chez moi.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, j’ai rencontré de nouveaux visages et essayé de tisser des liens. Mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas que les gens soient malintentionnés, c’est juste qu’apprivoiser quelqu’un (pour reprendre la terminologie du Petit Prince), ce n’est pas si évident. Et j’imagine toujours que j’aurai de grands amis en quelques instants, qu’on m’invitera à un souper français ou à je ne sais quelle activité. Rien de tel ne se produit, bien sûr, j’attends encore le dialogue tant recherché des cultures. Cela usera ma patience, mais ça me va ainsi. Miettes par miettes.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-1499667100063307990?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/1499667100063307990/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=1499667100063307990' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1499667100063307990'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/1499667100063307990'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/lart-dtre-franais.html' title='Arts français'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-5154898032713354238</id><published>2008-09-22T15:01:00.003+02:00</published><updated>2008-10-03T16:54:00.934+02:00</updated><title type='text'>Deuxième semaine à Lyon</title><content type='html'>&lt;span style="font-style: italic;font-family:times new roman;font-size:85%;"  &gt;v&lt;span style="font-size:100%;"&gt;endredi 19 septembre 2008, à la bibliothèque de la manufacture, puis dans mon lit&lt;/span&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;J’ai eu un cours tout à fait « tripatif » ce matin, je n’ai pas d’autre mot qui saurait mieux dire mon émotion. C’était le premier cours d’histoire littéraire française du XIXe siècle avec M. Thélot, le prof qui avait semé la pagaille en disant que Rimbaud était le plus grand poète français. Ce monsieur avait attiré mon attention d’élève et ce n’était pas à tort!&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Ledit prof a débuté le cours en nous donnant des rendez-vous culturels : conférence avec Yves Bonnefoy (!) et exposition sur les liens entre poésie et peinture, visionnages et emprunts à l’Institut Lumière (maison de cinéma), visite aux musées d’art de la ville. Il a souligné, au passage, dans un élan quasiment lyrique, que ce genre d’activités procure un plaisir réel, intellectuel, un plaisir au sens platonicien. C’était beau à voir.&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Ce préambule très stimulant terminé, M. Thélot a commencé la matière, une histoire politique du siècle étudié, afin que nous comprenions mieux dans quel contexte la littérature aura évolué. C’était classique comme entrée en matière, mais ce fut réalisé de façon extraordinaire. Ce flot d’informations s’enchaînait de façon fluide, le prof souvent même laissait ses notes derrière lui. Un vrai passionné.Le prof parle bien, avec un langage recherché mais pas trop, et agrémente son discours de diverses citations. Par exemple, l’aphorisme suivant de Pascal, « le silence éternel de ses espaces infinis m’effraie », lui a servi à illustrer comment la révolution copernicienne (la Terre n’est pas le centre l’univers) a créé un mal de vivre au XIXe siècle. Les titres d’œuvres et les auteurs fusaient aussi; tous à lire, selon le prof. Au début, on rit devant ce nombre exhaustif de suggestions, mais ça finit par nous donner le goût du dépassement, de tout découvrir à notre tour.&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Je crois que j’avais vraiment besoin d’un cours comme celui-ci. Pour la première fois depuis bientôt deux semaines, je me suis sentie vraiment chez moi, dans cet univers littéraire auquel j’ai été conviée. Un sentiment d’avoir trouvé le natal en moi m’a submergée cet avant-midi. &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style="font-style: italic;font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;samedi 20 septembre 2008, sur mon bureau-table&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Aujourd’hui, Élise, William (un de mes voisins de résidence) et moi sommes allés nous promener sur la Presqu’île de Lyon. Nous sommes d’abord allés sur la Presqu’île pour nous fouiner parmi les étalages de livres des bouquinistes de la Saône. Nous avons trouvé trois livres (&lt;span style="font-style: italic;"&gt;La nausée&lt;/span&gt; de Sartre, &lt;span style="font-style: italic;"&gt;René&lt;/span&gt; de Chateaubriand et les&lt;span style="font-style: italic;"&gt; Poèmes antiques et modernes&lt;/span&gt; suivi de &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Destinées&lt;/span&gt; de Vigny) qui seront à l’étude à la fac, alors c’était réjouissant. Nous avons ensuite poursuivi notre périple jusqu’à la Croix-Rousse, car le fameux chauffeur de taxi nous avait aussi recommandé un marché qui s’y trouve. Nous avons marché beaucoup et il nous fallait escalader en plus la colline sur laquelle le quartier de la Croix-Rousse est situé! Je pensais que ce quartier allait être impeccable, mais il y avait beaucoup de graffitis, comme ailleurs dans la ville, en fait, sauf dans les environs de Bellecour, le centre huppé et touristique truffé de policiers. Cela dit, le marché était bien, mais nous sommes arrivés lorsque les maraîchers et autres producteurs ramassaient leurs produits, alors nous avons dû faire vite. C’était le paradis pour les pigeons, car ces derniers se régalaient de divers morceaux tombés des boîtes rapidement emballées. Enfin, nous sommes redescendus à la place Bellecour, en dénichant au passage quelques cartes postales qui pourront porter loin nos mots qui s’adaptent lentement à leur nouvel environnement. J’ai pris beaucoup de photos pendant toute la journée, je me sentais comme une vraie touriste – je le suis encore aussi, en quelque sorte.&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Au terme de nos vagabondages, je peux dire que nous avons marché beaucoup, plus d’une heure (c’est ma moyenne quotidienne, maintenant que j’habite à Lyon!), mais cela a valu la peine. Nous nous sommes régalés de divers panoramas ainsi que d’architectures raffinées – j’aimerais cependant avoir plus de connaissances dans ce domaine! Nous avons même visité des ruines d’un ancien théâtre romain, le premier où on aurait mis à mort les chrétiens considérés comme hérétiques dans ces temps-là. De plus, nous sommes entrés dans une église assez impressionnante transformée en hôpital pendant la Révolution française. Lyon a tellement d’histoire, c’est incroyable, j’ai le goût d’en découvrir plus encore. Et disons que ça remet en perspective les 400 ans de notre chère ville. &lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;Ce soir, avec Élise, nous avons bien mangé, encore une fois : une casserole d’aubergines, de tomates et de pois chiches servie avec du couscous. C’est assez impressionnant, on se le faisait remarquer mutuellement, on mange aussi bien qu’au Québec et notre alimentation est variée. Je pense que nos visites au marché cultive notre goût pour les bons aliments! Il faut juste espérer que notre motivation à cuisiner perdure même avec les cours.&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:courier new;font-size:100%;"  &gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;/span&gt;&lt;span style=";font-family:times new roman;font-size:100%;"  &gt;J’ai un peu de difficulté à me sentir en session universitaire pour l’instant. Je lis &lt;span style="font-style: italic;"&gt;Les fruits d’or&lt;/span&gt; de Sarraute et je trouve ça bien, mais un peu ardu – je suis rouillée des vacances! Tout y est vaporeux, les personnages, le propos. C’est normal : c’est du Nouveau Roman. Même si je le sais, ça me désarçonne. Ici, je tente d’habiter Lyon comme une vraie Lyonnaise et il me semble que je cherche tout sauf ce qui est imprécis. Je veux toucher de la pierre, des rues, des noms, un fleuve et une rivière. Tout prendre en photo pour croire que ça existe. Je crois que je ferais mieux d’accepter que mon cheminement (s’il en est un) vers l’identité française sera long et indéfini, à l’image de la communication littéraire, comme dirait monsieur Auclerc.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-5154898032713354238?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/5154898032713354238/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=5154898032713354238' title='2 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5154898032713354238'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/5154898032713354238'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/deuxime-semaine-lyon.html' title='Deuxième semaine à Lyon'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>2</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-8941328259229644631</id><published>2008-09-17T10:25:00.000+02:00</published><updated>2008-09-18T12:12:16.314+02:00</updated><title type='text'>Premiers jours à Lyon</title><content type='html'>(Plusieurs entrées du journal sont contenues dans celle-ci. Comme je n'ai pas Internet dans mon studio et que j'ai hier eu accès à Internet à l'université, ça rend les mises à jour plus compliquées.)&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mercredi 10 septembre 2008, dans mon nouveau lit&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je suis arrivée hier à Lyon. Par hasard, hier, en roulant de peine et de misère ma valise, j’ai rencontré Élise qui sortait de sa rue, Jeanne Koehlër. On s’était donné rendez-vous plus tard, mais je dois dire que j’étais quand même contente de la rencontrer. Je pense qu’elle l’était aussi. On a pu se sentir un peu moins étrangères pendant ces moments passés ensemble. Ça aide aussi à récupérer du décalage horaire d’être deux pour s’occuper mutuellement de l’autre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Élise et moi avons découvert quelques épiceries françaises, mais, surtout, le supermarché et magasin à grands rayons Carrefour. Il est situé dans un grand centre commercial pas très loin de chez moi, la Part-Dieu. Ça peut se comparer à Place Laurier, mais à quatre étages et vraiment plus bondé. Le Carrefour s’avère l’un des premiers lieux que j’ai visités de Lyon et je dois dire qu’il m’a découragé, car il faisait vraiment trop américain, au sens où ce centre propose de la consommation à outrance, des néons, des rayons de produits, tout ce que, dans mon petit cœur lyrique, je ne voulais pas que la France soit. Ai-je quitté l’Amérique pour m’y retrouver de l’autre côté de l’océan? J’ai dit à Élise, sur le coup, que je ne voulais jamais y retourner, mais, bien sûr, on y retournera, car c’est facile d’accès et pas cher. J’aurai, maintenant, une vision un peu moins romantique de la France mais plus réaliste. Les gens y mangent et y magasinent comme ailleurs.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Afin d’aménager mon espace de vie plus convenablement, nous sommes allées chez Ikea aujourd’hui, en tram. C’était bien. Mon choc des magasins français avait dû passer.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai pensé que ce serait facile de m’intégrer aux Français, de devenir comme eux : la désinvolture, le raffinement, etc. Oui, ça fait une journée que je suis arrivée, je pourrais me dire d’être patiente. Je pensais partager leur langue, mais est-ce bien la même, quand j’ai honte d’ouvrir la bouche devant eux? Ils pourraient découvrir mon français bâtard, hachuré par la distance, par la rudesse du pays, de ses voisins.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce soir, j’ai bu un peu de vin. On fait ce qu’on peut. Au moins, les Français de la résidence saluent les autres locataires et je m’efforce de leur répondre, ce qui n’est pas encore automatique. Cela m’assure un genre de reconnaissance. Ici, je n’ai plus d’identité – pour l’instant – mais j’existe. C’est un début.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;jeudi 11 septembre 2008, même endroit&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Il a tonné, puis plu, puis grêlé ce soir. Le ciel est toujours incertain à Lyon, ou presque. Parfois, il tombe quelques gouttes pendant que le soleil nous éclaire brutalement. En cette fin de journée orageuse, je dois avouer que je m’intègre déjà un peu plus à Lyon. Je reconnais quelques lieux en me promenant, c’est encourageant. Je reconnais des noms. Je reconnais mon studio. Je pense que de dire et d’écrire ce que je fais et ce que je connais m’aide à m’intégrer à la ville. L’écriture demeure pour moi un lieu d’appartenance…&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, nous avions notre première rencontre à la fac, c’était la rencontre pour tous les étudiants étrangers en avant-midi, puis une rencontre en après-midi selon notre champ d’études. La première rencontre a été correcte, mais la seconde m’a complètement découragée. Mélange de frustration et de déception. On m’avait bien avertie que l’administration française était laborieuse; j’avais même expérimenté ce constat avec les procédures à suivre avant l’arrivée à Lyon 3. Cependant, rien ne vaut une expérience en chair et en os. En fait, tout a commencé avant-hier : le service des relations internationales n’avait pas reçu mes trois photos d’identité nécessaires, entre autres, à la fabrication de ma carte étudiante. Au moment où le joli garçon me l’apprend, je lui refile les trois que j’avais prévues pour ma carte de séjour. Je reviens donc deux jours plus tard (délai annoncé), aujourd’hui donc, mais la carte n’est pas prête : ils sont tellement débordés que cela ira jusqu’à mardi prochain avant que je ne l’aie. (La carte permet l’accès au réseau Wifi et à toute sorte d’avantages étudiants.) La pression a un peu monté en moi, mais ça allait. Le pire est arrivé au moment de la rencontre de l’après-midi. On nous distribue un document photocopié avec des listes de choix de cours, mais on ne parvenait pas à lire vraiment les intitulés de cours, car la largeur de colonne du tableau, étant trop étroite, coupait le début des intitulés. Il fallait donc y aller en devinant. Puis, la tutrice pédagogique nous dit que les horaires des CM (cours magistraux) sont affichés dans le corridor de notre faculté, mais que les horaires de TD (travaux dirigés) n’étaient pas encore élaborés; les TD commencent deux semaines après les CM qui débutent le 16 septembre, alors on peut se promener dans ces cours et voir ce qui nous intéresse. J’ai été déconcertée par cette latitude ainsi que par le manque d’organisation – est-ce possible de concevoir une telle désorganisation à Laval où le choix de cours de chaque étudiant a été effectué depuis des mois? J’avais mon petit choix de cours effectué avec M. Baker comme bouée de sauvetage, mais c’était trop beau : la valeur en ECTS (crédits européens) de plusieurs cours a changé et je dois trouver de nouveaux cours à ajouter à mon horaire. Dans cette petite salle de cours, en échangeant des regards de désespoir avec Élise, j’ai craqué : j’ai rêvé pendant quelques bonnes secondes d’être de retour à Laval.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Au fond, je suis plus Américaine que je ne l’aurais pensé : aujourd’hui, tout en moi rêvait d’efficacité. J’ai écouté Brel en faisant la vaisselle et le ménage; je ne sais pas encore ce que c’est être Française.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec Élise, nous avons bien soupé : petites pommes de terre bouillies, saucisse de Toulouse, haricots verts et oignons grillés. Le tout arrosé d’un verre de vin très bon marché. Et une petite friandise française, du flan. Un peu de sucre et de gras, ça fait toujours du bien.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;samedi 13 septembre 2008, sur mon bureau-table&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;C’est le premier souper que je mange seule, un reste de pâtes aux tomates et au thon. Élise et moi avons décidé de souper chacune de notre côté.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;L’automne est arrivé soudainement. Depuis deux jours, après l’orage de jeudi soir, il fait froid et il pleut. Je ne sais pas si la chaleur qui m’a accueillie est pour revenir. Je ne crois pas, en fait.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En marchant avec Élise, nous avons vu une affiche du gouvernement français qui incite les jeunes à étudier en leur donnant une bourse de 1000 € pour initier leur scolarité. On voit souvent de telles publicités en se promenant. Même moi, étudiante officiellement aucunement française, je vais bénéficier des allocations gouvernementales aux étudiants pour mon loyer. En considérant le prix d’une année universitaire en France (400 €), on remarque que les priorités de la société française sont autrement dirigées que les canadiennes et même que les québécoises. La mère patrie ne doit pas être fière de son enfant. L’éducation n’a pas pour lui la même valeur : au Québec, tout ce qu’on accumule, ce sont des déficits, des coupures et des films pour essayer de dénoncer les errances de notre système. Un système très organisé, certes, qui pourrait gagner à l’être moins, finalement, même si ça m’a fâchée hier à la fac. Car, l’éducation, c’est plus qu’une question d’efficacité et d’argent : c’est la base d’une société qui assure le maintien intelligent de tout le reste.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;J’ai hâte que les cours commencent pour rencontrer des étudiants et professeurs français, je n’ai pas encore l’impression de vraiment « toucher » à la culture française. Et je m’ennuie de la littérature. Lire seule, c’est pas pareil. À la résidence, il n’y a pas vraiment de salle commune, finalement, alors on ne peut pas trop entrer en contact avec les autres locataires, jusqu’à preuve du contraire.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;dimanche, 14 septembre, même endroit&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, il y a eu beaucoup d’action dans ma nouvelle vie de Lyonnaise.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Avec Élise, je suis allée me promener avec le Vieux-Lyon, un des quartiers les plus touristiques de Lyon – le 3e arrondissement, où j’habite, n’est pas touristique. Par hasard, c’était une fin de semaine où plein de céramistes venus de différentes régions de la France exposaient leurs créations afin de les vendre. Tout était très beau, plein de belles idées mises à l’œuvre qui savent renouveler un matériau assez ancien. Je crois que les gens de la place comme les touristes apprécient de telles présentations artistiques : c’était bondé. Deux stands sur une cinquantaine, environ, présentaient des styles plus modernes et j’ai trouvé qu’ils détonnaient, même si leur présence était légitime.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Puis, Élise et moi avons continué notre promenade jusqu’au but premier de notre visite des vieux quartiers, soit le marché en plein air du quai Saint-Antoine. Un chauffeur de taxi nous avait recommandé ce marché et nous le bénissons maintenant, car notre expérience fut réjouissante. Nous avons fait une bonne épicerie – à travers les vrais Lyonnais – pour peu d’euros. Mais ce n’est pas ça qui m’a le plus plu, je crois. Je pense que c’était l’ambiance, l’air frais d’automne et les effluves d’herbes et de produits du terroir mêlés aux sourires des gens et aux cris des marchands. Il me semble qu’un marché comme ça invite à la culture du goût, simplement, même pour moi qui ne sait que peu cuisiner. Élise et moi avons donc eu des produits de qualité notre souper (spaghettis carbonara aux légumes). Un des commerçants m’a dit que j’étais mignonne et qu’il espérait que d’autres garçons me le diraient aussi. Et il plaisantait avec d’autres dames, en les appelant « mesdemoiselles » juste pour les faire sourire. Il me semble que c’est un peu de ça, l’esprit français : retrouver un peu de sa jeunesse, de sa spontanéité, pour mieux savourer les sucres d’une confiture abricot-mûre (c’est cela que le marchand présentait, entre autres). Épicure, tiens donc?&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Dans un autre ordre d’idées, j’ai rencontré ma voisine de studio. Sa porte était ouverte, elle arrivait et moi aussi, alors je l’ai saluée. Elle semble sympathique; elle est un peu désemparée d’être seule ou presque dans cette grande ville : elle est aussi étudiante en échange pour un an (Université de Colombie-Britannique) et étudie en géographie et en français aussi. Je crois que nous allons bien nous entendre, c’est toujours bien de savoir une petite présence près de soi, une présence qui est toute à construire pour l’instant. Puis, évidemment, échanger avec autrui, ça donne toujours de l’énergie.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;span style="font-style: italic;"&gt;mardi 16 septembre 2008, dans mon lit à nouveau&lt;/span&gt;&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;En guise d’exergue, voici deux énoncés étranges créés par des affiches qui annoncent un journal (j’enlève l’italique et les majuscules pour accentuer l’effet, vous en conviendrez) :&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;&lt;div style="text-align: center;"&gt;le progrès en vente ici&lt;br /&gt;le progrès presse&lt;br /&gt;&lt;/div&gt;&lt;br /&gt;Hier, c’était la pré-rentrée, le moment où, devant les élèves rassemblés par année d’études, les professeurs présentent leur(s) cours ainsi que les particularités scolaires de l’année à venir. À première vue, on pourrait dire qu’une telle journée serait inutile, surtout quand les profs lisent le descriptif de cours disponible sur Internet. Cela dit, ces petites réunions permettent de mettre des visages sur des noms, sur des cours, de donner de la chair à ce qui demeure plutôt inerte sur papier. De plus, le regroupement de tous ces élèves prêts à apprendre était d’une merveilleuse effervescence. On aurait dit une petite fête, presque. Tout le monde parlait par-dessus les autres, comme dans une classe du secondaire, même si la réunion de laquelle je parle s’adressait aux étudiants de troisième année. Les professeurs devaient demander le silence! Ces derniers, cependant, ont aussi pris du bon temps. M. Thélot, un professeur qui m’intéressait déjà, en raison de ses sujets de recherche (la poésie moderne française), s’est amusé en présentant son cours sur Rimbaud : il a dit que c’était le plus grand poète français, créant tout un émoi parmi l’assistance; je devrais dire parmi les profs, qui ont ri et fortement bavardé par la suite. Tant pis pour Baudelaire et Hugo! Enfin, la pré-rentrée fut bien sympathique et a permis d’humaniser en quelque sorte mon entrée à Lyon 3.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Aujourd’hui, donc, c’était la rentrée officielle. J’ai eu un cours, Littérature du XXe siècle, qui va être génial. C’est un cours de troisième année, mais demandant et stimulant comme je les aime. Le cours porte plus précisément sur la théorie de la lecture, sa représentation et ses processus. Nous lirons Sarraute et Sartre, entre autres. Avec l’exercice d’introduction au cours que le prof avait préparé, nous avons déjà constaté que le lecteur essaie de combler les vides que le texte laisse, de créer des liens entre les personnages, par exemple, alors qu’il n’y a pas d’élément forcément qui les unisse dans le texte. C’est assez troublant de constater que notre lecture d’un texte suit une logique préétablie de façon inconsciente qui peut altérer notre compréhension réelle de l’œuvre.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Le prof de ce cours, M. Auclerc, en plus d’expliquer clairement les réflexions assez complexes du cours, est sympathique. Un peu confuses, Élise et moi sommes allées le voir à la fin du cours pour savoir s’il y avait des livres obligatoires pour le cours ou si on pigeait comme on voulait; pourquoi pas une liste de livres clairement établie comme à Laval? Le monsieur nous a donc répondu qu’on devait lire les œuvres qu’on allait discuter en classe, etc. Au bout de quelques mots échangés, il nous a demandé si nous appréciions notre séjour en France. Tout ça pour dire que je pensais que l’enseignement en France allait être beaucoup plus hiérarchisé que ce que je constate présentement. Les profs des cours magistraux parlent à leurs élèves de façon normale et avec le sourire, comme ailleurs, quoi!&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Ce professeur nous a aussi appris que les livres ne sont pas commandés ici dans une librairie en particulier, mais qu’il fallait y aller par soi-même un peu partout. Cela me porte à penser que les Français n’entretiennent pas les mêmes rapports avec la littérature que ceux que nous avons au Québec. Ici, le livre et l’éducation sont décloisonnés, ils font partie du quotidien. Pas de bocal universitaire où enfermer, à l’écart de tous, les universitaires et leur paperasse. Le livre s’avère en action, comme en témoigne aussi le grand nombre de publicités qui annoncent la rentrée littéraire. La littérature, en France, convie à la fête (ce que je retiens de ma pré-rentrée) et au mouvement.&lt;br /&gt;&lt;br /&gt;Je termine cette entrée sur une situation cocasse qui s’est produite ce soir. J’étais allée à la résidence d’Élise pour qu’on se prépare à souper ensemble. Nous avions fini de manger et fini la vaisselle et retournions à la cuisine commune pour qu’Élise, à la demande générale, fasse une petite démonstration du parler québécois qui fait tant rire les Français. Élise avait apporté C’t’a ton tour, Laura Cadieux pour en lire un extrait. Entourée des résidents, elle a lu une partie du texte et plusieurs se sont exclamés qu’ils ne saisissaient presque rien. Puis, un étudiant chinois, qui comprend difficilement le français et encore moins le joual, nous demande si on faisait un mariage, avec le livre ouvert où lire dedans, où on dirait « pour toujours »; le regard de ce garçon était tout de même juste, j’étais à droite d’Élise et, en face de moi, il y avait un Français. Tout ce que j’ai cependant pu répondre au Chinois, c’était : « It’s not a wedding! » La remarque du jeune homme asiatique m’a fait comprendre que tout un monde qui sépare nos cultures, plus grand que je ne l’aurais imaginé. Michel Tremblay en guise de vœux d’amour éternel, ce serait assez original. Il n’y avait pas de mariage, ce soir, certes, seulement un désir d’aller vers l’Autre, de partager ensemble nos voix, ce qui m’apparaît comme un genre d’alliance aussi durable.&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-8941328259229644631?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/8941328259229644631/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=8941328259229644631' title='3 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8941328259229644631'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/8941328259229644631'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/premiers-jours-lyon.html' title='Premiers jours à Lyon'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>3</thr:total></entry><entry><id>tag:blogger.com,1999:blog-771182568492032508.post-130951962496872729</id><published>2008-09-08T04:21:00.000+02:00</published><updated>2008-09-18T12:19:09.893+02:00</updated><title type='text'>Préface</title><content type='html'>&lt;span style="font-family: times new roman;font-family:'courier new';" class="Apple-style-span" &gt;Demain, peut-être, comme dirait Daniel Bélanger.&lt;/span&gt;&lt;div class="blogger-post-footer"&gt;&lt;img width='1' height='1' src='https://blogger.googleusercontent.com/tracker/771182568492032508-130951962496872729?l=juliealyon.blogspot.com' alt='' /&gt;&lt;/div&gt;</content><link rel='replies' type='application/atom+xml' href='http://juliealyon.blogspot.com/feeds/130951962496872729/comments/default' title='Publier les commentaires'/><link rel='replies' type='text/html' href='http://www.blogger.com/comment.g?blogID=771182568492032508&amp;postID=130951962496872729' title='0 commentaires'/><link rel='edit' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/130951962496872729'/><link rel='self' type='application/atom+xml' href='http://www.blogger.com/feeds/771182568492032508/posts/default/130951962496872729'/><link rel='alternate' type='text/html' href='http://juliealyon.blogspot.com/2008/09/prface.html' title='Préface'/><author><name>Julie</name><uri>http://www.blogger.com/profile/12919600276161183493</uri><email>noreply@blogger.com</email><gd:image rel='http://schemas.google.com/g/2005#thumbnail' width='16' height='16' src='http://img2.blogblog.com/img/b16-rounded.gif'/></author><thr:total>0</thr:total></entry></feed>
