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mardi 20 janvier 2009

Grenoble

14 janvier 2009

La dernière semaine n’a pas été des plus réjouissantes. Disons que les contingences de la vie matérielle m’ont rattrapée tout d’un coup et que j’ai mal reçu l’impact : j’ai été stressée au maximum, alarmée par un budget que je devais resserrer et par ma recherche d’un nouveau logement qui n’avançait pas, alors que mon bail actuel était déjà résilié – ce problème est réglé, j’en parlerai dans une prochaine entrée. Mes nuits ont été tortueuses, ne venant même pas à bout de l’anxiété qui grugeait mes journées. Je pense aussi que, depuis que mes parents avaient quitté la France, j’avais intériorisé un mal du pays qui sapait ma vitalité. Et à cela s’ajoutait un partiel – c’est le nom pour les examens finaux, je ne sais pas pourquoi ça s’appelle ainsi, comme si l’évaluation était donnée d’emblée comme incomplète. Je l’ai fait ce matin, il durait quatre heures, mais je ne sais pas si je l’aurai bien réussi, car j’avais la tête vraiment ailleurs et j’arrivais mal à bien formuler les fruits de mon étude, qui aurait pu être plus soutenue, oui, des littératures du XVIIIe et XIXe siècle français. En tout cas, j’ai compris que j’ai besoin d’une certaine stabilité d’esprit pour réussir et m’accomplir personnellement, équilibre qui est d’ailleurs plus précaire en France ; je me sens bien ici, mais il n’en demeure pas moins que ce n’est pas chez moi, alors je dois faire attention.

C’est pourquoi, lorsque Élise m’a proposé d’aller passer un week-end à Grenoble, j’ai accepté sans véritable hésitation : j’avais besoin de changer d’air et le contact avec la nature que les Alpes représentent m’apparaissait plus que bienfaiteur. Et je n’avais pas tort. Cette ville m’a charmée comme quand j’y étais allée en 2007, d’autant plus que, cette fois, nous avons même fait de la randonnée pédestre dans la Chartreuse enneigée. Nous avons marché jusqu’à la Bastille, un rocher calcaire transformé en place forte à travers les fortifications alpines. La majorité de notre parcours était constituée de sentiers à ciel ouvert, mais nous sommes aussi passées dans des allées de pierre, presque lugubres dans leur manque d’éclairage et avec leurs toiles d’araignées. Nous avions apporté du pain et du fromage du marché de la place Sainte-Claire à Grenoble pour nous rassasier. Installées sur un banc séché par le soleil, nous en avons profité pour nous faire dorer un peu et pour discuter paisiblement. La situation était quasiment paradisiaque : le ciel clair, la blancheur de la neige, les rayons chaleureux, le panorama de la paisible ville traversée par l’Isère et l’air frais étaient de véritables baumes pour le cœur, d’autant plus que, comme par magie, de fins flocons tombaient malgré le soleil. Disons que j’ai pu oublier pendant ces quelques instants mes soucis, enivrée par la beauté du moment. D’ailleurs, lorsque j’ai vu au bout de la rue pour la première fois une des fameuses montagnes, je me suis exclamée « ah ! une petite Alpe ! », comme si l’expression, un peu trop familière pour la grandeur dont elle devrait témoigner, mettait en valeur une amitié qui m’unissait déjà à ce paysage de la démesure – ma sensibilité romantique ! Je me suis d’ailleurs sentie aussi bien qu’à travers le relief escarpé des Appalaches lorsque je visite ma grand-mère à Saint-Philémon.

Bien que la rudesse des hivers français ne se compare en rien avec ceux du Québec, Élise et moi avons eu très froid – il faisait - 5°c environ. En fait, nous n’avions pas vraiment d’endroit où loger avant que la nuit arrive et que nous puissions nous rendre à l’auberge de jeunesse située en banlieue de la ville, alors nous devions marcher jusqu’à ce que mort presque s’ensuive : un pavé peut se révéler d’un froid extrême lorsque la lumière du jour disparaît. Nous cherchions un resto bon marché, samedi soir, pour manger de la tartiflette – y a-t-il quelque chose au monde de plus réconfortant : pommes de terre, lardons, crème, reblochon –, mais sans grand succès, un peu alourdies en plus que nous étions par la fatigue du froid et de la marche. Cependant, un ange venu du ciel, véritablement, est arrivé à notre secours, alerté par le fait que nous scrutions un plan de la ville : une jeune fille française, qui avait fait un échange étudiant à Ottawa, nous a indiqué le chemin jusqu’à un resto de spécialités savoyardes. Vraiment, c’était un coup de chance et la tartiflette était savoureuse, chaude, crémeuse, délicieuse ; en bref, aussi bonne pour le moral qu’un tel plat peut l’être pendant une journée froide d’hiver. Nous avons mangé tous les morceaux de pain en accompagnement et astiqué nos assiettes, ce qui nous a donné assez d’énergie pour rejoindre, en bus, nos lits réservés.

Nous avons continué dimanche notre voyage de SDF (sans domicile fixe) en errant encore dans la ville, plus grise, ce jour-là. Nous rêvions au chien que nous avions vu en arrivant samedi matin : une énorme bête avec des poils très longs, qui semblait être un manteau d’esquimau en elle-même et qui ne devait certainement pas avoir froid. Pestant presque contre notre condition de faible humain, nous avons pris un café au Tonneau de Diogène, café à vocation littéraire où j’étais déjà allée, puis un chocolat dans un endroit quelconque. Nous avions profité de la chaleur du Musée des Beaux-Arts samedi – et d’un beau de Staël, Sicile, une très vive toile –, puis de celle du Musée d’Histoire naturelle en ce dimanche ; nous y avons apprécié une exposition sur la genèse des Alpes, sur les espèces dont ces montagnes recèlent, presque tout autant que le calorifère de la salle de bain où nous avons pris une longue pause. Nous sommes rentrées en fin d’après-midi à Lyon, par TER (train express régional), bien contente de notre petit séjour et, pour ma part, bien certaine que la neige, le froid puissent ravigoter l’esprit à défaut du corps.

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