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lundi 29 septembre 2008

Harmonies

dimanche 28 septembre 2008, dans un bus TCL 28 vers Laurent Bonnevay, puis sur mon bureau-table

Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai fait un rêve assez évocateur dans lequel je venais habiter à Lyon. Cependant, à la différence de mon séjour actuel, je suis repartie chez moi, au Québec, après une semaine. De retour là-bas, je discutais avec mes parents et j’ai constaté que je m’ennuyais de Lyon, que je voulais y retourner, ce qui s’est produit également dans mon rêve. Je pense que, depuis ce moment-là, je suis réellement arrivée à Lyon, au sens où l’a grossièrement représenté ma vision nocturne : mon ennui inconscient – ou pas – de mon pays d’outre-mer m’a quittée pour que je concentre ici tout mon être, que je m'ancre à cette terre française qui m’accueille. Je n’ai d’ailleurs que le présent comme seul port d’attache.

En fin de semaine, j’ai commencé à lire Les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. C’est la dernière œuvre qu’il a écrite. Elle est d’ailleurs incomplète selon certains dires. Cher Rousseau. C’est triste à lire, il était désormais si seul, reclus de tous, pensant que tous ses contemporains se moquaient de lui et que même les générations futures ne pourraient rien obtenir de lui de valable, car ses textes seraient malicieusement falsifiés. Il stipule donc à plusieurs reprises que Les rêveries ne sont écrites que pour lui d’un bout à l’autre. Pourtant, même si l’œuvre a été publiée de façon posthume, je n’arrive pas à croire que Rousseau n’attendait absolument plus rien des hommes. Cela me rappelle la réflexion de Todorov dans son essai sur le bonheur rousseauiste, intitulé Frêle bonheur. Il expliquait que, malgré tout ce que Rousseau peut dire, ce dernier demeure un écrivain et ses écrits sont destinés à des lecteurs. Si le penseur prône la solitude comme moyen d’être heureux, il présente implicitement une autre solution au rapport à l’Autre, celui d’une relation médiatisée par un texte. Je crois bien que Rousseau a gardé espoir en l’écriture jusqu’à la fin; c’est très juste de l’avoir fait, je peux en témoigner!

Aujourd’hui, avec Élise et Daniela, je suis allée à Fourvière, le petit quartier juché sur une colline où siège la belle cathédrale. Nous avons pris un funiculaire qui nous a menées à moitié du chemin et nous avons terminé avec nos petites jambes le reste de l’ascension. C’était calme, c’était le matin, et tout me surprenait par ses magnifiques couleurs : le lierre rouge, la verdure mélangée aux jaunes timides, le ciel d’un bleu clair. Une belle journée d’automne, en bref. Nous avons visité la cathédrale de Fourvière dont l’architecture est magnifique, de l’extérieur comme de l’intérieur. Le bâtiment d’abord est assez imposant, puis, lorsqu’on approche, on découvre un fin travail de sculpture : entre autres, on y trouve des lions ailés, des anges et des dentelles qui ornent les tourelles. Ces détails ennoblissent la cathédrale et répondent à la superbe décoration de l’intérieur. Les voûtes, hautes de 27 mètres, sont intégrées à un décor tout doré. Des vitraux chargés, des représentations picturales (pas d’habituel chemin de croix) et des colonnades ornées d’oiseaux invitent l’esprit à se recueillir dans ce havre de silence que nous étions appelées à conserver. Comme nous sommes arrivées à la fin de la messe, nous avons pu entendre les derniers puissants accords de l’orgue. Je ne sais pas si je suis croyante, mais j’ai trouvé que visiter cette cathédrale avait quelque chose de ressourçant, sa beauté architecturale et le silence entremêlé à la musique ont eu de quoi élever l’âme. C’était comme retrouver, par un dimanche matin quelconque, une part d’universel : j’ai le même état d’esprit lorsque j’entre dans l’église du village de mon enfance. Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour Noël, mais je pense bien que j’aimerais assister à une des messes de Noël de la cathédrale de Fourvière. On dirait que, comme les écrivains romantiques, j’ai besoin d’intégrer un peu de transcendance à cette vie ultra-rationalisée.

Après la visite de la cathédrale, nous sommes retournées au marché visité pendant ma deuxième semaine pour y faire des courses. C’était très bondé, mais agréable quand même, nous avons trouvé de beaux produits à nouveau. Alléchées depuis des semaines par l’odeur inoubliable, Daniela, Élise et moi avons acheté un poulet rôti accompagné de petites pommes de terre qui ont cuit dans le gras de la volaille. Nous avons déjeuné avec cette trouvaille et il va sans dire que c’était bon!

Ce soir, nous sommes allées au cinéma, le Pathé près de Place Bellecour. Nous y avons vu le film Faubourg 36 de Christophe Barratier, réalisateur de la production Les choristes. À nouveau, l’œuvre présentée laisse une place importante à la musique : l’histoire s’articule autour d’une petite salle de spectacle que l’on tente de faire fonctionner dans un faubourg pauvre de Paris au temps des luttes communistes, vers 1936. C’est un film très sympathique qui a captivé mon attention durant tout son cours, l’histoire bien ficelée et la musique originale forment un univers stimulant pour le spectateur. La fin du film – un simple détail – m’a beaucoup plu : on voit plusieurs fois des rideaux qui se ferment sur la scène devant les personnages, mais, à la fin, les rideaux se ferment devant nous, spectateurs. Cela nous rappelle qu’on est bien devant une représentation, non pas dans la vraie vie, ce qu’on tend à oublier, subjugués par l’enchaînement des événements. Si on peut critiquer le film en disant que ses personnages sont grossis, caricaturaux, on pourra rétorquer qu’on était bien devant un mélodieux spectacle.

En attendant l’autobus, ce soir, j’ai revu la cathédrale de Fourvière en ne m’y attendant plus. Elle nous regardait de haut comme un petit astre illuminé. C’était digne d’une carte postale. Nous avons d’ailleurs remarqué qu’on avait d’abord vu en cartes postales certains paysages de nuit qui nous entouraient, comme si la réalité imitait les photographies. J’ai hâte à la Fête des lumières, les architectures que j’ai vu éclairées tout à l’heure, par des lumières blanches ou de mille couleurs, m’ont donné envie d’en voir plus! En passant sur le pont Lafayette, qui traverse le Rhône, j’ai aperçu la Croix-Rousse et ses minuscules fenêtres illuminées : on aurait dit que ces lumières, toutes entourées de noirceur, étaient de la poudre d’étoile dispersée à l’horizon.

vendredi 26 septembre 2008

Passages nuageux

à la bibliothèque de la Manufacture

Je débute cette entrée par un sympathique graffiti dont j’ai corrigé les fautes et dont je m’interroge encore sur le sens, parce que je me demande si sa qualité n’est pas seulement d’ordre rhétorique :

le savoir est une arme, mais qu’est-ce qu’une arme sans le savoir?

C’est l’automne, à nouveau. Le ciel est incertain, nuageux et bleuté, comme le Rhône et la Saône. Je ne sais jamais comment m’habiller. Comme au Québec, il y a ce moment de l’année où le soleil nous brûle et où l’ombre nous glace. Sur les trottoirs, je vois quelques fois des pigeons morts, ça fait lugubre. Ici, pendant la saison froide, il n’y a pratiquement pas de neige à ce que j’ai entendu dire. Je considère donc que j’entre maintenant dans un automne qui durera six ou sept mois, je dois m’habituer à ce paysage comme dessiné au crayon de plomb; il n’y aura rien de la blancheur d’un hiver à la Maria Chapdelaine.

Avant-hier, je suis allée avec Élise au Troc de l’île, une brocante géante que Félix (un Québécois) m’avait dit d’aller voir, car nous cherchions quelques meubles pour rendre plus habitables nos espaces vitaux respectifs. Pour ma part, je cherchais une table de chevet. J’en ai déniché une en pin, en assez bon état et avec une poignée frontale qui lui donnait un certain charme. Elle coûtait 15 euros, alors c’était dans mon budget. Après avoir apporté chez Élise ses propres achats (une chaise pliante en bois vert et une petite table d’appoint), nous avons conjugué nos forces pour apporter jusque chez moi (à trois kilomètres de la brocante, environ) la chère petite table qui semblait assez inoffensive. Cependant, elle s’est révélée assez lourde et elle nous a fatiguées toutes les deux. Nous avons donc pris un beau petit souper en tête-à-tête pour nous récompenser! La table de chevet a servi de table de repas : c’était la première fois ensemble que nous ne mangions pas par terre, car je pouvais m’asseoir sur le lit et Élise sur la chaise.

Je voulais consigner ces moments hier dans mon journal, mais je ne l’ai pas fait, car j’étais d’humeur trop maussade. L’administration de l’université avait montré, encore une fois, aux étudiants étrangers toute l’ampleur de son inefficacité. Il y avait une réunion d’information quant aux choix de cours pour les étudiants étrangers, car le premier livret de cours qui nous avait été distribué contenait des informations erronées. Élise avait reçu le courriel (mél…) d’invitation, mais pas moi pour je ne sais quelle raison. Tout de même, je m’y suis rendue dans l’espoir d’obtenir quelques éclaircissements. On nous a distribué de nouveaux livrets de cours (950 étudiants étrangers, vous imaginez le gaspillage de papier) pour apprendre que la valeur en crédits de plusieurs cours a changé et donc que l’horaire de cours que j’avais établi ne contenait pas suffisamment de crédits en vue du parcours lavallois auquel je suis toujours liée. J’étais fâchée et découragée, car je devais intégrer à mon horaire un cours dont les exposés magistraux étaient commencés depuis 2 semaines. En plus, comme les étudiants étrangers ne sont pas inscrits à un diplôme comme les étudiants français, nous ne pouvons pas accéder aux emplois du temps en ligne, genre d’horaires où l’on peut trouver quand et où se donnent les cours magistraux (CM) et les travaux dirigés (TD). Vraiment pratique pour des étudiants qui sont mêlés d’avance par tout ce nouveau système auquel ils doivent s’intégrer. C’en était presque humiliant. Le professeur qui donnait la réunion s’est vu forcé de dire que nous étions dans une université du Moyen-Âge. Par chance, j’ai découvert ce matin que le cours que j’ai décidé d’ajouter se donne aux deux semaines le vendredi de 11 h à 13 h, alors j’ai pu y assister comme si ça faisait longtemps que je l’attendais. Il faudra maintenant que je règle le cas du cours sur Les rêveries du promeneur solitaire, car il se peut que je ne puisse pas le suivre, ce cours s’intégrant à un bloc de trois cours dont un seul, déterminé par le hasard, sera évalué à la fin (il me semble important qu’on vérifie les acquis des cours qu’on suit, pourtant). La prof semble cependant assez sympathique à la cause des étudiants étrangers, alors je m’autorise à être optimiste.

Dans le cours auquel j’ai assisté ce matin, Éléments de stylistique générale, nous avons encore vu les fonctions de la communication telles que Jakobson les a théorisées. Depuis le début de mes études en littérature, je pense que ça fait cinq fois qu’elles me sont enseignées. Les explications qu’on en fait en France comme au Québec sont semblables. Comme la stylistique est l’étude de ce qui particularise le discours d’un écrivain, nous avons aussi parlé de l’appartenance générique d’une œuvre, car il est important de voir comment le discours littéraire se positionne par rapport aux balises classique du genre exploité. C’est à ce point-ci de l’exposé de la professeure que cette dernière a présenté des notions qui entrent en contradiction avec ce que j’ai appris à la session dernière à l’Université Laval. Nous avions dit, au printemps, que le « je » dans la poésie lyrique était non métaphorique, qu’il renvoyait directement au poète, d’où l’appartenance de la poésie au régime de la diction; en France, on dit que le « je » du poème ne renvoie pas au poète qui signe le texte, mais, d’une part, au « je » universel, absolu, qui n’est pas relié à un être en particulier et, d’autre part, à l’image esthétisée que le poète veut projeter de lui-même. Dans ce cas, le poème contiendrait toujours une part de fiction. Je ne sais pas encore quoi penser de ces points de vue divergents, seulement cela m’attriste un peu, aujourd’hui, de penser que la poésie pourrait n’être qu’un jeu de l’imaginaire, un exercice d’éloquence et non pas le peu de vérité qu’on parvient quelque fois à percevoir ou à exprimer.

jeudi 25 septembre 2008

Arts français

mardi 23 septembre 2008, sur mon bureau-table

Le temps passe vite et trois journées bien remplies reposent déjà derrière moi. Cette entrée sera particulièrement longue, car mon dimanche a été culturellement riche : c’était, en fin de semaine, les journées du patrimoine et plein d’événements étaient spécialement mis sur pied pour l’occasion et d’autres, ordinairement payants, étaient gratuits, comme cette visite au musée dont je vous ferai part. On promeut bien la culture, ici, en France, et il ne faut pas croire que ça n’intéresse personne, au contraire : les lieux que j’ai visités étaient tous bondés.

Donc, avant-hier, dimanche, je suis allée au Musée d’art contemporain avec Élise, Daniela et Julia, deux autrichiennes. La visite était gratuite et les deux expositions que nous avons visitées se sont avérées très intéressantes. J’ai particulièrement apprécié le travail de Christian Lhopital, un artiste dont la production est orientée vers le dessin. La découverte de son art s’est amorcée par la présentation de sa dernière série de dessins sur papier, intitulée Tout va bien. Son style léger et fin fait penser aux traits d’un croquis, d’un brouillon. Mais si on s’approche, on découvre des personnages qui évoluent subtilement au fil des répétitions, des visages fantomatiques, des morceaux de divers matériaux incrustés aux motifs. J’ai aimé la subtilité du dessin, l’ironie du titre aussi lorsque j’ai aperçu des personnages désarticulés et même ensanglantés, parfois. Cela m’a fait penser à Ensor, ce peintre dont les figures oscillent entre le burlesque et le tragique. Ainsi s’est ouverte la voie jusqu’à l’œuvre monumentale, L’énigme demeure, réalisée à même les 150 m2 de murs blancs que le MAC de Lyon a offert à Lhopital. La production était toute faite de poudre de graphite, dont la couleur pâle se mêlait à la blancheur de la salle. C’est à force de nuances que les formes naissaient, le mouvement opalescent, les visages aussi, quelques fois. Je suis entrée dans cette œuvre comme dans un espace de rêve, de flottement, de fragilité aussi : puisque cette création sera effacée à la fin de l’exposition, ces dessins et frottis, pourtant si immenses, ne s’avèrent qu’éphémères.

Puis, nous avons visité une salle qui regroupait divers produits d’un rendez-vous de création, en 2008, où étaient conviés vingt artistes de la région. Je remarque que le travail des artistes dits visuels, aujourd’hui, s’oriente souvent vers la multidisciplinarité, comme pour créer un art total, auquel même la technologie obéit. C’est du moins ce que j’ai ressenti pendant cette exposition d’art très actuel. Les travaux étaient généralement très intéressants; je pourrais dire que j’ai préféré le projet d’Yza Mouhib, une installation vidéo où une rue défilait pendant que les spectateurs portaient un casque d’écoute. Claire Sainte-Rose, titre de l’œuvre, y lisait un texte choquant de Nelly Arcan où une femme aurait voulu que les hommes, pour elle, sortent du cours tranquille de leur existence. La narratrice, pourtant, prend conscience vers la fin que la beauté, présente dans tous les petits gestes de la vie, suit aussi un chemin linéaire.

Pour terminer la visite, j’ai pu observer, à mon grand bonheur, une œuvre de l’artiste Ben. Installée au milieu du musée, dans aucune salle, une espèce de cabane contenait un bric-à-brac incroyable, symbole de consommation et de chaos à la fois, auquel se mêlaient diverses phrases qui font rire et réfléchir. J’ai essayé d’en retenir le plus que je pouvais, car ce type d’humour ironique me plaît beaucoup!
« l’art est inutile, rentrez chez vous »
« les mots sont des choses; achetez donc des choses »
un perroquet à côté duquel il était écrit : « demolish serious culture » (Harper s’y plaît bien, il n’a pas compris que c’était une blague)
C’est ainsi montrer que j’ai énormément apprécié ma visite au Musée d’art contemporain qui a été, de surcroît, gratuite. Je pourrais dire que l’art n’est pas inutile et que je vais assurément retourner au MAC de Lyon!

Dernière chose sur le musée : il était situé dans le quartier qui se nomme « Cité internationale ». C’était vraiment étrange, on aurait dit un 10/30 qu’on veut rendre habitable. C’est un nouveau quartier élaboré par un architecte quelconque où tous les bâtiments se ressemblent et où tout est trop chic. Bien qu’il soit juxtaposé à l’élégant parc de la Tête d’or, ce secteur de la ville n’a aucune âme, tout semble fixé à jamais dans son inertie. Vraiment, l’ambiance n’était pas géniale. On peut dire que l’architecture du musée s’intégrait au reste, bien que la Cité internationale illustre assez clairement que la vie ne peut être autant esthétisée. La vie est bigarrée, plutôt.

Pour le déjeuner (ou dîner, comme il vous conviendra), nous sommes redescendues sur la Presqu’île à la rencontre d’une étudiante allemande, Irène. Nous avons mangé des kebabs dans une rue truffée de restaurants du genre, c’était l’occasion d’être doublement étrangère pour moi, à la France encore, puis à ce monde arabe. En tout cas, les kebabs étaient délicieux! Élise et moi, les filles les plus gourmandes de la terre, en aurions mangé un second.

Nous avons ensuite continué notre périple vers l’hôtel de ville dont la visite était offerte à tous en ce dimanche. Si l’idée ne m’enchantait pas trop au début, j’ai vite été enthousiasmée par ce bâtiment majestueux du dehors et carrément époustouflant à l’intérieur. Même, des Lyonnais, amis de Julia, étaient surpris par ces trésors qu’ils n’avaient jamais explorés. La succession des salons, des lustres, des riches tentures, des plafonds qui ne sont pas des trompe-l’œil m’a renversée. On dirait un mini-Versailles. L’hôtel de ville a majoritairement été rénové au temps du Second Empire (1851-1870) et j’ai alors pensé à La curée de Zola, à ses grands bals, aux hôtels d’une richesse décadente; je comprends mieux maintenant l’esprit de grandeur qui animait le Second Empire. Ce qui est aussi intéressant à savoir, c’est que certaines salles de l’hôtel de ville ont servi à recevoir les membres du G7 il y a une dizaine d’années. Toute qu’une réception!

À l’école, les choses vont bien. J’ai eu mon premier cours pour tous les cours que je suivrai et tout m’apparaît intéressant. Je vais approfondir ma connaissance de Rousseau et de son écriture multiforme avec le cours sur Les rêveries du promeneur solitaire et rêver de la belle ville de Québec, de chats et de littérature avec Jacques Poulin que je connais déjà bien. Quand même, c’est déjà autre chose de le redécouvrir à partir de la France, avec un regard neuf, l’analyse fine du texte que le prof nous propose s’y surajoutant. M. Lavorel, le professeur, aime beaucoup le Québec, alors c’est très bien! Il connaît même mon prof lavallois de littérature québécoise, M. Boivin. Mon cours de philosophie générale s’avère moins dense que prévu, je dois dire que ça me déçoit un peu. Les attentes étaient élevées, certes, je rêvais d’un semblant de Thomas de Koninck qui donne un cours de trois heures sur Platon. Ici, je vais voir, pour l’instant, ce ne serait qu’une heure de cours par semaine.

J’avais terminé hier, tard dans la soirée, Les fruits d’or, car le prof du cours de théorie de la lecture, M. Auclerc, avait mentionné que la session du 23 septembre (aujourd’hui) porterait sur ce roman. Surprise : aujourd’hui, quasiment personne n’avait lu le livre ni ne l’avait acheté. Et le prof trouvait ça normal, il avait photocopié les extraits de l’œuvre, comme s’il avait convenu que personne n’aurait le roman en main. C’était stupéfiant, encore une fois, pour Élise et moi : à Laval, dès qu’on nous le suggère pour un cours en particulier, il faut avoir acheté le livre et l’avoir lu, de surcroît! Nous sommes de belles machines à apprendre, alors qu’ici, tout va lentement mais sûrement. Nous avons dû avoir l’air de deux élèves modèles, qui avaient lu très à l’avance le livre étudié et qui étaient assises au premier rang. J’ai réalisé encore une fois que j’étais étrangère, même si parfois je me promène dans Lyon et j’ai l’impression d’être chez moi.

Aujourd’hui, j’ai rencontré de nouveaux visages et essayé de tisser des liens. Mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas que les gens soient malintentionnés, c’est juste qu’apprivoiser quelqu’un (pour reprendre la terminologie du Petit Prince), ce n’est pas si évident. Et j’imagine toujours que j’aurai de grands amis en quelques instants, qu’on m’invitera à un souper français ou à je ne sais quelle activité. Rien de tel ne se produit, bien sûr, j’attends encore le dialogue tant recherché des cultures. Cela usera ma patience, mais ça me va ainsi. Miettes par miettes.

lundi 22 septembre 2008

Deuxième semaine à Lyon

vendredi 19 septembre 2008, à la bibliothèque de la manufacture, puis dans mon lit

J’ai eu un cours tout à fait « tripatif » ce matin, je n’ai pas d’autre mot qui saurait mieux dire mon émotion. C’était le premier cours d’histoire littéraire française du XIXe siècle avec M. Thélot, le prof qui avait semé la pagaille en disant que Rimbaud était le plus grand poète français. Ce monsieur avait attiré mon attention d’élève et ce n’était pas à tort!

Ledit prof a débuté le cours en nous donnant des rendez-vous culturels : conférence avec Yves Bonnefoy (!) et exposition sur les liens entre poésie et peinture, visionnages et emprunts à l’Institut Lumière (maison de cinéma), visite aux musées d’art de la ville. Il a souligné, au passage, dans un élan quasiment lyrique, que ce genre d’activités procure un plaisir réel, intellectuel, un plaisir au sens platonicien. C’était beau à voir.

Ce préambule très stimulant terminé, M. Thélot a commencé la matière, une histoire politique du siècle étudié, afin que nous comprenions mieux dans quel contexte la littérature aura évolué. C’était classique comme entrée en matière, mais ce fut réalisé de façon extraordinaire. Ce flot d’informations s’enchaînait de façon fluide, le prof souvent même laissait ses notes derrière lui. Un vrai passionné.Le prof parle bien, avec un langage recherché mais pas trop, et agrémente son discours de diverses citations. Par exemple, l’aphorisme suivant de Pascal, « le silence éternel de ses espaces infinis m’effraie », lui a servi à illustrer comment la révolution copernicienne (la Terre n’est pas le centre l’univers) a créé un mal de vivre au XIXe siècle. Les titres d’œuvres et les auteurs fusaient aussi; tous à lire, selon le prof. Au début, on rit devant ce nombre exhaustif de suggestions, mais ça finit par nous donner le goût du dépassement, de tout découvrir à notre tour.

Je crois que j’avais vraiment besoin d’un cours comme celui-ci. Pour la première fois depuis bientôt deux semaines, je me suis sentie vraiment chez moi, dans cet univers littéraire auquel j’ai été conviée. Un sentiment d’avoir trouvé le natal en moi m’a submergée cet avant-midi.


samedi 20 septembre 2008, sur mon bureau-table

Aujourd’hui, Élise, William (un de mes voisins de résidence) et moi sommes allés nous promener sur la Presqu’île de Lyon. Nous sommes d’abord allés sur la Presqu’île pour nous fouiner parmi les étalages de livres des bouquinistes de la Saône. Nous avons trouvé trois livres (La nausée de Sartre, René de Chateaubriand et les Poèmes antiques et modernes suivi de Destinées de Vigny) qui seront à l’étude à la fac, alors c’était réjouissant. Nous avons ensuite poursuivi notre périple jusqu’à la Croix-Rousse, car le fameux chauffeur de taxi nous avait aussi recommandé un marché qui s’y trouve. Nous avons marché beaucoup et il nous fallait escalader en plus la colline sur laquelle le quartier de la Croix-Rousse est situé! Je pensais que ce quartier allait être impeccable, mais il y avait beaucoup de graffitis, comme ailleurs dans la ville, en fait, sauf dans les environs de Bellecour, le centre huppé et touristique truffé de policiers. Cela dit, le marché était bien, mais nous sommes arrivés lorsque les maraîchers et autres producteurs ramassaient leurs produits, alors nous avons dû faire vite. C’était le paradis pour les pigeons, car ces derniers se régalaient de divers morceaux tombés des boîtes rapidement emballées. Enfin, nous sommes redescendus à la place Bellecour, en dénichant au passage quelques cartes postales qui pourront porter loin nos mots qui s’adaptent lentement à leur nouvel environnement. J’ai pris beaucoup de photos pendant toute la journée, je me sentais comme une vraie touriste – je le suis encore aussi, en quelque sorte.

Au terme de nos vagabondages, je peux dire que nous avons marché beaucoup, plus d’une heure (c’est ma moyenne quotidienne, maintenant que j’habite à Lyon!), mais cela a valu la peine. Nous nous sommes régalés de divers panoramas ainsi que d’architectures raffinées – j’aimerais cependant avoir plus de connaissances dans ce domaine! Nous avons même visité des ruines d’un ancien théâtre romain, le premier où on aurait mis à mort les chrétiens considérés comme hérétiques dans ces temps-là. De plus, nous sommes entrés dans une église assez impressionnante transformée en hôpital pendant la Révolution française. Lyon a tellement d’histoire, c’est incroyable, j’ai le goût d’en découvrir plus encore. Et disons que ça remet en perspective les 400 ans de notre chère ville.

Ce soir, avec Élise, nous avons bien mangé, encore une fois : une casserole d’aubergines, de tomates et de pois chiches servie avec du couscous. C’est assez impressionnant, on se le faisait remarquer mutuellement, on mange aussi bien qu’au Québec et notre alimentation est variée. Je pense que nos visites au marché cultive notre goût pour les bons aliments! Il faut juste espérer que notre motivation à cuisiner perdure même avec les cours.

J’ai un peu de difficulté à me sentir en session universitaire pour l’instant. Je lis Les fruits d’or de Sarraute et je trouve ça bien, mais un peu ardu – je suis rouillée des vacances! Tout y est vaporeux, les personnages, le propos. C’est normal : c’est du Nouveau Roman. Même si je le sais, ça me désarçonne. Ici, je tente d’habiter Lyon comme une vraie Lyonnaise et il me semble que je cherche tout sauf ce qui est imprécis. Je veux toucher de la pierre, des rues, des noms, un fleuve et une rivière. Tout prendre en photo pour croire que ça existe. Je crois que je ferais mieux d’accepter que mon cheminement (s’il en est un) vers l’identité française sera long et indéfini, à l’image de la communication littéraire, comme dirait monsieur Auclerc.

mercredi 17 septembre 2008

Premiers jours à Lyon

(Plusieurs entrées du journal sont contenues dans celle-ci. Comme je n'ai pas Internet dans mon studio et que j'ai hier eu accès à Internet à l'université, ça rend les mises à jour plus compliquées.)

mercredi 10 septembre 2008, dans mon nouveau lit

Je suis arrivée hier à Lyon. Par hasard, hier, en roulant de peine et de misère ma valise, j’ai rencontré Élise qui sortait de sa rue, Jeanne Koehlër. On s’était donné rendez-vous plus tard, mais je dois dire que j’étais quand même contente de la rencontrer. Je pense qu’elle l’était aussi. On a pu se sentir un peu moins étrangères pendant ces moments passés ensemble. Ça aide aussi à récupérer du décalage horaire d’être deux pour s’occuper mutuellement de l’autre.

Élise et moi avons découvert quelques épiceries françaises, mais, surtout, le supermarché et magasin à grands rayons Carrefour. Il est situé dans un grand centre commercial pas très loin de chez moi, la Part-Dieu. Ça peut se comparer à Place Laurier, mais à quatre étages et vraiment plus bondé. Le Carrefour s’avère l’un des premiers lieux que j’ai visités de Lyon et je dois dire qu’il m’a découragé, car il faisait vraiment trop américain, au sens où ce centre propose de la consommation à outrance, des néons, des rayons de produits, tout ce que, dans mon petit cœur lyrique, je ne voulais pas que la France soit. Ai-je quitté l’Amérique pour m’y retrouver de l’autre côté de l’océan? J’ai dit à Élise, sur le coup, que je ne voulais jamais y retourner, mais, bien sûr, on y retournera, car c’est facile d’accès et pas cher. J’aurai, maintenant, une vision un peu moins romantique de la France mais plus réaliste. Les gens y mangent et y magasinent comme ailleurs.

Afin d’aménager mon espace de vie plus convenablement, nous sommes allées chez Ikea aujourd’hui, en tram. C’était bien. Mon choc des magasins français avait dû passer.

J’ai pensé que ce serait facile de m’intégrer aux Français, de devenir comme eux : la désinvolture, le raffinement, etc. Oui, ça fait une journée que je suis arrivée, je pourrais me dire d’être patiente. Je pensais partager leur langue, mais est-ce bien la même, quand j’ai honte d’ouvrir la bouche devant eux? Ils pourraient découvrir mon français bâtard, hachuré par la distance, par la rudesse du pays, de ses voisins.

Ce soir, j’ai bu un peu de vin. On fait ce qu’on peut. Au moins, les Français de la résidence saluent les autres locataires et je m’efforce de leur répondre, ce qui n’est pas encore automatique. Cela m’assure un genre de reconnaissance. Ici, je n’ai plus d’identité – pour l’instant – mais j’existe. C’est un début.


jeudi 11 septembre 2008, même endroit

Il a tonné, puis plu, puis grêlé ce soir. Le ciel est toujours incertain à Lyon, ou presque. Parfois, il tombe quelques gouttes pendant que le soleil nous éclaire brutalement. En cette fin de journée orageuse, je dois avouer que je m’intègre déjà un peu plus à Lyon. Je reconnais quelques lieux en me promenant, c’est encourageant. Je reconnais des noms. Je reconnais mon studio. Je pense que de dire et d’écrire ce que je fais et ce que je connais m’aide à m’intégrer à la ville. L’écriture demeure pour moi un lieu d’appartenance…

Aujourd’hui, nous avions notre première rencontre à la fac, c’était la rencontre pour tous les étudiants étrangers en avant-midi, puis une rencontre en après-midi selon notre champ d’études. La première rencontre a été correcte, mais la seconde m’a complètement découragée. Mélange de frustration et de déception. On m’avait bien avertie que l’administration française était laborieuse; j’avais même expérimenté ce constat avec les procédures à suivre avant l’arrivée à Lyon 3. Cependant, rien ne vaut une expérience en chair et en os. En fait, tout a commencé avant-hier : le service des relations internationales n’avait pas reçu mes trois photos d’identité nécessaires, entre autres, à la fabrication de ma carte étudiante. Au moment où le joli garçon me l’apprend, je lui refile les trois que j’avais prévues pour ma carte de séjour. Je reviens donc deux jours plus tard (délai annoncé), aujourd’hui donc, mais la carte n’est pas prête : ils sont tellement débordés que cela ira jusqu’à mardi prochain avant que je ne l’aie. (La carte permet l’accès au réseau Wifi et à toute sorte d’avantages étudiants.) La pression a un peu monté en moi, mais ça allait. Le pire est arrivé au moment de la rencontre de l’après-midi. On nous distribue un document photocopié avec des listes de choix de cours, mais on ne parvenait pas à lire vraiment les intitulés de cours, car la largeur de colonne du tableau, étant trop étroite, coupait le début des intitulés. Il fallait donc y aller en devinant. Puis, la tutrice pédagogique nous dit que les horaires des CM (cours magistraux) sont affichés dans le corridor de notre faculté, mais que les horaires de TD (travaux dirigés) n’étaient pas encore élaborés; les TD commencent deux semaines après les CM qui débutent le 16 septembre, alors on peut se promener dans ces cours et voir ce qui nous intéresse. J’ai été déconcertée par cette latitude ainsi que par le manque d’organisation – est-ce possible de concevoir une telle désorganisation à Laval où le choix de cours de chaque étudiant a été effectué depuis des mois? J’avais mon petit choix de cours effectué avec M. Baker comme bouée de sauvetage, mais c’était trop beau : la valeur en ECTS (crédits européens) de plusieurs cours a changé et je dois trouver de nouveaux cours à ajouter à mon horaire. Dans cette petite salle de cours, en échangeant des regards de désespoir avec Élise, j’ai craqué : j’ai rêvé pendant quelques bonnes secondes d’être de retour à Laval.

Au fond, je suis plus Américaine que je ne l’aurais pensé : aujourd’hui, tout en moi rêvait d’efficacité. J’ai écouté Brel en faisant la vaisselle et le ménage; je ne sais pas encore ce que c’est être Française.

Avec Élise, nous avons bien soupé : petites pommes de terre bouillies, saucisse de Toulouse, haricots verts et oignons grillés. Le tout arrosé d’un verre de vin très bon marché. Et une petite friandise française, du flan. Un peu de sucre et de gras, ça fait toujours du bien.


samedi 13 septembre 2008, sur mon bureau-table

C’est le premier souper que je mange seule, un reste de pâtes aux tomates et au thon. Élise et moi avons décidé de souper chacune de notre côté.

L’automne est arrivé soudainement. Depuis deux jours, après l’orage de jeudi soir, il fait froid et il pleut. Je ne sais pas si la chaleur qui m’a accueillie est pour revenir. Je ne crois pas, en fait.

En marchant avec Élise, nous avons vu une affiche du gouvernement français qui incite les jeunes à étudier en leur donnant une bourse de 1000 € pour initier leur scolarité. On voit souvent de telles publicités en se promenant. Même moi, étudiante officiellement aucunement française, je vais bénéficier des allocations gouvernementales aux étudiants pour mon loyer. En considérant le prix d’une année universitaire en France (400 €), on remarque que les priorités de la société française sont autrement dirigées que les canadiennes et même que les québécoises. La mère patrie ne doit pas être fière de son enfant. L’éducation n’a pas pour lui la même valeur : au Québec, tout ce qu’on accumule, ce sont des déficits, des coupures et des films pour essayer de dénoncer les errances de notre système. Un système très organisé, certes, qui pourrait gagner à l’être moins, finalement, même si ça m’a fâchée hier à la fac. Car, l’éducation, c’est plus qu’une question d’efficacité et d’argent : c’est la base d’une société qui assure le maintien intelligent de tout le reste.

J’ai hâte que les cours commencent pour rencontrer des étudiants et professeurs français, je n’ai pas encore l’impression de vraiment « toucher » à la culture française. Et je m’ennuie de la littérature. Lire seule, c’est pas pareil. À la résidence, il n’y a pas vraiment de salle commune, finalement, alors on ne peut pas trop entrer en contact avec les autres locataires, jusqu’à preuve du contraire.


dimanche, 14 septembre, même endroit

Aujourd’hui, il y a eu beaucoup d’action dans ma nouvelle vie de Lyonnaise.

Avec Élise, je suis allée me promener avec le Vieux-Lyon, un des quartiers les plus touristiques de Lyon – le 3e arrondissement, où j’habite, n’est pas touristique. Par hasard, c’était une fin de semaine où plein de céramistes venus de différentes régions de la France exposaient leurs créations afin de les vendre. Tout était très beau, plein de belles idées mises à l’œuvre qui savent renouveler un matériau assez ancien. Je crois que les gens de la place comme les touristes apprécient de telles présentations artistiques : c’était bondé. Deux stands sur une cinquantaine, environ, présentaient des styles plus modernes et j’ai trouvé qu’ils détonnaient, même si leur présence était légitime.

Puis, Élise et moi avons continué notre promenade jusqu’au but premier de notre visite des vieux quartiers, soit le marché en plein air du quai Saint-Antoine. Un chauffeur de taxi nous avait recommandé ce marché et nous le bénissons maintenant, car notre expérience fut réjouissante. Nous avons fait une bonne épicerie – à travers les vrais Lyonnais – pour peu d’euros. Mais ce n’est pas ça qui m’a le plus plu, je crois. Je pense que c’était l’ambiance, l’air frais d’automne et les effluves d’herbes et de produits du terroir mêlés aux sourires des gens et aux cris des marchands. Il me semble qu’un marché comme ça invite à la culture du goût, simplement, même pour moi qui ne sait que peu cuisiner. Élise et moi avons donc eu des produits de qualité notre souper (spaghettis carbonara aux légumes). Un des commerçants m’a dit que j’étais mignonne et qu’il espérait que d’autres garçons me le diraient aussi. Et il plaisantait avec d’autres dames, en les appelant « mesdemoiselles » juste pour les faire sourire. Il me semble que c’est un peu de ça, l’esprit français : retrouver un peu de sa jeunesse, de sa spontanéité, pour mieux savourer les sucres d’une confiture abricot-mûre (c’est cela que le marchand présentait, entre autres). Épicure, tiens donc?

Dans un autre ordre d’idées, j’ai rencontré ma voisine de studio. Sa porte était ouverte, elle arrivait et moi aussi, alors je l’ai saluée. Elle semble sympathique; elle est un peu désemparée d’être seule ou presque dans cette grande ville : elle est aussi étudiante en échange pour un an (Université de Colombie-Britannique) et étudie en géographie et en français aussi. Je crois que nous allons bien nous entendre, c’est toujours bien de savoir une petite présence près de soi, une présence qui est toute à construire pour l’instant. Puis, évidemment, échanger avec autrui, ça donne toujours de l’énergie.


mardi 16 septembre 2008, dans mon lit à nouveau

En guise d’exergue, voici deux énoncés étranges créés par des affiches qui annoncent un journal (j’enlève l’italique et les majuscules pour accentuer l’effet, vous en conviendrez) :

le progrès en vente ici
le progrès presse

Hier, c’était la pré-rentrée, le moment où, devant les élèves rassemblés par année d’études, les professeurs présentent leur(s) cours ainsi que les particularités scolaires de l’année à venir. À première vue, on pourrait dire qu’une telle journée serait inutile, surtout quand les profs lisent le descriptif de cours disponible sur Internet. Cela dit, ces petites réunions permettent de mettre des visages sur des noms, sur des cours, de donner de la chair à ce qui demeure plutôt inerte sur papier. De plus, le regroupement de tous ces élèves prêts à apprendre était d’une merveilleuse effervescence. On aurait dit une petite fête, presque. Tout le monde parlait par-dessus les autres, comme dans une classe du secondaire, même si la réunion de laquelle je parle s’adressait aux étudiants de troisième année. Les professeurs devaient demander le silence! Ces derniers, cependant, ont aussi pris du bon temps. M. Thélot, un professeur qui m’intéressait déjà, en raison de ses sujets de recherche (la poésie moderne française), s’est amusé en présentant son cours sur Rimbaud : il a dit que c’était le plus grand poète français, créant tout un émoi parmi l’assistance; je devrais dire parmi les profs, qui ont ri et fortement bavardé par la suite. Tant pis pour Baudelaire et Hugo! Enfin, la pré-rentrée fut bien sympathique et a permis d’humaniser en quelque sorte mon entrée à Lyon 3.

Aujourd’hui, donc, c’était la rentrée officielle. J’ai eu un cours, Littérature du XXe siècle, qui va être génial. C’est un cours de troisième année, mais demandant et stimulant comme je les aime. Le cours porte plus précisément sur la théorie de la lecture, sa représentation et ses processus. Nous lirons Sarraute et Sartre, entre autres. Avec l’exercice d’introduction au cours que le prof avait préparé, nous avons déjà constaté que le lecteur essaie de combler les vides que le texte laisse, de créer des liens entre les personnages, par exemple, alors qu’il n’y a pas d’élément forcément qui les unisse dans le texte. C’est assez troublant de constater que notre lecture d’un texte suit une logique préétablie de façon inconsciente qui peut altérer notre compréhension réelle de l’œuvre.

Le prof de ce cours, M. Auclerc, en plus d’expliquer clairement les réflexions assez complexes du cours, est sympathique. Un peu confuses, Élise et moi sommes allées le voir à la fin du cours pour savoir s’il y avait des livres obligatoires pour le cours ou si on pigeait comme on voulait; pourquoi pas une liste de livres clairement établie comme à Laval? Le monsieur nous a donc répondu qu’on devait lire les œuvres qu’on allait discuter en classe, etc. Au bout de quelques mots échangés, il nous a demandé si nous appréciions notre séjour en France. Tout ça pour dire que je pensais que l’enseignement en France allait être beaucoup plus hiérarchisé que ce que je constate présentement. Les profs des cours magistraux parlent à leurs élèves de façon normale et avec le sourire, comme ailleurs, quoi!

Ce professeur nous a aussi appris que les livres ne sont pas commandés ici dans une librairie en particulier, mais qu’il fallait y aller par soi-même un peu partout. Cela me porte à penser que les Français n’entretiennent pas les mêmes rapports avec la littérature que ceux que nous avons au Québec. Ici, le livre et l’éducation sont décloisonnés, ils font partie du quotidien. Pas de bocal universitaire où enfermer, à l’écart de tous, les universitaires et leur paperasse. Le livre s’avère en action, comme en témoigne aussi le grand nombre de publicités qui annoncent la rentrée littéraire. La littérature, en France, convie à la fête (ce que je retiens de ma pré-rentrée) et au mouvement.

Je termine cette entrée sur une situation cocasse qui s’est produite ce soir. J’étais allée à la résidence d’Élise pour qu’on se prépare à souper ensemble. Nous avions fini de manger et fini la vaisselle et retournions à la cuisine commune pour qu’Élise, à la demande générale, fasse une petite démonstration du parler québécois qui fait tant rire les Français. Élise avait apporté C’t’a ton tour, Laura Cadieux pour en lire un extrait. Entourée des résidents, elle a lu une partie du texte et plusieurs se sont exclamés qu’ils ne saisissaient presque rien. Puis, un étudiant chinois, qui comprend difficilement le français et encore moins le joual, nous demande si on faisait un mariage, avec le livre ouvert où lire dedans, où on dirait « pour toujours »; le regard de ce garçon était tout de même juste, j’étais à droite d’Élise et, en face de moi, il y avait un Français. Tout ce que j’ai cependant pu répondre au Chinois, c’était : « It’s not a wedding! » La remarque du jeune homme asiatique m’a fait comprendre que tout un monde qui sépare nos cultures, plus grand que je ne l’aurais imaginé. Michel Tremblay en guise de vœux d’amour éternel, ce serait assez original. Il n’y avait pas de mariage, ce soir, certes, seulement un désir d’aller vers l’Autre, de partager ensemble nos voix, ce qui m’apparaît comme un genre d’alliance aussi durable.

lundi 8 septembre 2008

Préface

Demain, peut-être, comme dirait Daniel Bélanger.