les dernières lignes

vendredi 19 décembre 2008

décembre à lyon

mercredi 10 décembre 2008, des flocons de papier dans la fenêtre

En fin de semaine passée, Lyon était lumineuse, même plus qu’à l’habitude, car elle célébrait son propre rayonnement avec l’annuelle Fête des Lumières. Les rues du centre-ville et du Vieux-Lyon ont été bondées pendant toute la fin de semaine par les citoyens, les touristes et les marchands qui ont tous festoyé à leur manière. C’était presque une fête de la consommation – de nourriture, d’odorant vin chaud et d’électricité. Pourtant, cet événement s’avère initialement voué à la Vierge Marie, dont la bonté aurait autrefois sauvé les Lyonnais de la peste; seule Fourvière, la basilique juchée sur une colline, en gardait la mémoire, car elle était illuminée de bleu et, à côté d’elle, en caractères lumineux, était inscrit « Merci Marie ». Le remerciement est même encore affiché aujourd’hui. Outre ce message religieux qui transformait le paysage habituel, ce sont les milliers de lumières qui changeaient le visage de la ville : des lampes qui révélaient sous de nouveaux angles des bâtiments, des guirlandes ampoules de couleurs accrochées au-dessus des rues (même au-dessus de celles qui ne sont pas du centre), des projections de diverses animations, des œuvres lumineuses d’étudiants en arts plastiques, etc. En bref, un vrai délice pour les yeux et les oreilles aussi, parfois, car ces installations visuelles étaient souvent doublées d’une ambiance sonore d’inspiration électronique. Vendredi dernier, j’ai assisté à la projection sur le Musée des beaux-arts de la Place des Terreaux d’une des pièces maîtresses de tous les projets : c’était la courte histoire d’un enfant qui prenait l’assaut de la ville. La facture faisait penser à celle du Moulin à images, c’était joli et les éléments de la vidéo s’incrustaient dans les particularités architecturales de l’immeuble. Ce que j’ai préféré, c’était la fin. Le musée était enseveli sous des taches de peinture multicolore et une écriture d’enfant traçait par-dessus, avec une orthographe horrible, des règlements : pas le droit de couper la parole, etc., jusqu’à ce que la voix du gamin dise : « pas le droit de graffiter sur les murs! ». C’était beau de mise en abyme, ça exaltait presque la fibre révolutionnaire de foule française qui s’est permis de rire un peu de ce clin d’œil qu’on lui a lancé. Et méditer, peut-être, sur ce que l’art pourrait avoir de contestataire. Lundi soir, je suis allée voir d’autres installations encore : une partie du parc de la Tête d’Or était illuminée de façon stupéfiante elle aussi, avec ses arbres multicolores et ses barques clignotantes, et les berges du Rhône, décorées, entre autres, par des projections de hublots où l’on voyait passer, avec la patience de l’observateur, des sirènes. Tout a été franchement magnifique et je suis triste, en quelque sorte, de savoir que je ne pourrai pas assister à ces effusions de clarté et de couleurs l’an prochain. C’était très agréable de revisiter sous une nouvelle lumière – c’est le cas de le dire – des lieux qui m’étaient autrement presque familiers. Dernière chose : une œuvre d’art expérimental m’a particulièrement touchée : c’était un cube illuminé de l’intérieur et troué à de multiples endroits ; depuis chaque trou pendait un gant de plastique. Une affichette expliquant qu’on avait voulu ainsi rendre la lumière tangible, tactile, j’ai bien apprécié ce brin de poésie au sein du capharnaüm urbain qu’est l’arrêt de métro Guillotière, où l’œuvre était située.

Sinon, pour le reste, il n’y a rien de très particulier qui se passe. Les cours se terminent, personne n’applaudit les profs – même pas ceux qui le mériteraient. Pour le TD de XIXe siècle, j’ai fait un exercice formatif, qui consistait en la rédaction d’une introduction et d’un plan détaillé, en vue de la dissertation que nous devrons écrire pour l’évaluation finale du CM. Je pensais avoir bien travaillé, je comprenais Zola et son naturalisme, mais je redoutais quand même la fameuse méthode française, et ce n’était pas à tort : j’ai eu 8 / 20 – pour passer, il faut 10. En fait, j’avais de bons éléments d’analyse, certains mêmes que peu avaient vu selon les dires du prof, mais mes observations étaient mal organisées et mon introduction trop succincte, en plus de contenir des passages mal formulés. Je suis au moins contente d’avoir fait ce devoir, car je vais savoir à quoi m’en tenir pour l’examen. Et je vais aussi savoir que, lorsqu’on demande une preuve d’un argument amené, ce n’est pas nécessairement une citation du texte, mais seulement une allusion à une œuvre ou tout autre élément de nature aussi éthérée ; les Français ne connaissent pas la rigueur intellectuelle de l’Amérique, je pense qu’ils y préfèrent l’éloquence. D’ailleurs, je n’ai jamais eu de retour sur mon explication linéaire de la quatrième promenade de Rousseau : je n’ai jamais revu la prof, car Mme Cron aurait trop eu d’absences et elles seraient désormais impossibles à rattraper.

Ce n’est pas officiellement l’hiver encore, mais je pense que nous avons ici atteint ce à quoi ressemble l’hiver à Lyon : il fait zéro, environ, et en de rares occasions à la pluie s’entremêlent de discrets flocons de neige. Ça me rend folle à chaque fois, c’est continuellement une première neige, qui ne reste malheureusement pas au sol. J’ai au moins des flocons de papier permanents dans ma fenêtre. Ce qui est le plus drôle, c’est de voir les Français, tout recroquevillés, frissonnants et emmitouflés dans leurs manteaux, comme si nous étions en Arctique. Et Élise et moi qui nous entêtons à dire que ce n’est pas trop froid – car nous avons un barème d’évaluation de la température qui n’est nullement français, plutôt très québécois. Il me semble que ma résistance à ces temps plus frais me rend fière de ma patrie marquée par son caractère nordique. Cela dit, il faudrait que je m’achète des gants, car j’ai laissé ceux que j’avais au Québec ; je ne sais pas comment j’imaginais la température lyonnaise, mais il demeure vrai que les mains rougissent lorsque le temps oscille autour du point de congélation.

Aucun commentaire: