les dernières lignes

mardi 4 novembre 2008

Airs

lundi 3 novembre 2008, la fenêtre ouverte

Alors que j’avais allumé le chauffage pour la première fois cette semaine, j’ai ce matin ouvert la fenêtre pour que l’air doux entre dans mon appartement. C’est ainsi dire que la température, encore une fois, est inconstante, mais je me réjouis bien du soleil et du ciel bleu, tant qu’à ne pas avoir de neige. Les brises d’automne lyonnaises ressemblent aux effluves du printemps du Québec.

Lundi passé, Élise et moi avons décidé d’abandonner la chorale, car, de 18 h à 21 h le lundi soir, c’était trop long et trop tard. D’autant plus que les professeurs de la chorale répétaient toujours les mêmes choses d’une semaine à l’autre, sans qu’il y ait de véritable progression – pourtant, j’étais tout ce qu’il y a de plus débutante et ça m’a quand même paru redondant. J’aimais bien chanter Mozart et m’entourer de l’harmonie des voix, ça me faisait même penser que, comme dans le film que j’ai visionné au début du voyage, Chambre avec vue, la vie et la musique ne pourraient faire qu’un. Mais je crois bien aussi que la musique ne soit pas qu’une question de chorale, mais plutôt de mélodie intérieure – je risque de trouver cela ailleurs, avec un peu de volonté.

Les derniers jours ont été venteux, se sont écoulés rapidement. J’ai assisté à mes cours – je n’avais pas de CM de Rousseau, car la prof devait s’absenter. Tout baigne, mais je dois avouer que j’ai procédé d’un petit relâchement scolaire que je ne tarderai pas à rattraper. J’ai du moins parcouru plus de la moitié de l’essai de Malraux sur l’art moderne, Le musée imaginaire, commencé à lire L’œuvre de Zola et je dois avouer que ça me plaît beaucoup, alors je pense bien que je n’ai au moins pas perdu mon goût de la lecture. Ni celui du café.

Mercredi et jeudi, je suis allée chez Giulia. La première soirée fut plus banale mais non moins amusante, quelques gens, elle et moi avons parlé autour d’un verre de vin puis sommes sorties dans un bar du quartier; la seconde était plus spéciale, car plusieurs amis se rassemblaient dans ce cher appartement du Vieux-Lyon pour partager une raclette – j’avais tellement hâte d’en manger, ça m’obsédait depuis mon arrivée en France. Larissa avait oublié le fil électrique spécifique à son poêle à raclette, mais ce n’était pas grave, car nous avons pu bénéficier de la collaboration du four micro-ondes pour faire fondre le fromage. Ainsi chacun a partagé les fromages apportés et les périphériques propres à la raclette. C’était délicieux, évidemment. Jeudi soir est aussi arrivée, depuis Aix-en-Provence, Sylvie-Anne qui venait visiter Élise et moi pour la fin de semaine. Après avoir mangé une assiette chez Giulia, nous sommes allées la chercher à la gare Part-Dieu et sommes revenues manger le reste de la raclette.

Vendredi soir, chez Arne, on dînait tous à nouveau ensemble, mais cette fois sous le concept d’un repas international : tout le monde cuisinait un truc spécifique à son pays. Pas tout le monde n’a participé cependant, nous étions moins de cuisiniers que de convives, mais c’était bien comme ça, car je crois que ça faisait plaisir à tous de partager. Cela dit, Arne, Allemand, a cuisiné une soupe aux poireaux et viande hachée; Giulia, Italienne, a fait des pâtes au pesto; Alex et son ami de passage, Roumains, ont préparé des œufs à la coque garnis de mayo et de crème, le tout accompagné d’un fromage fumé. À nouveau, tout était délicieux. Les Québécoises se sont occupées du dessert. Après avoir délibéré, Élise, Sylvie-Anne et moi avons choisi de faire du pouding chômeur. Nous avons trouvé la recette sur un site québécois et avons préparé les mélanges nécessaires avant d’arrive chez Arne, où nous avons pu mettre le tout au four – car ni Élise et moi n’avons de tel électroménager dans nos appartements respectifs. Nous sommes restées longtemps devant le four à regarder notre création qui allait témoigner à la terre entière de la légitimité de la cuisine québécoise. Nous avons même procédé d’une petite prière, pas très catholique, du crû de Sylvie-Anne : « au nom du sucre, du beurre et du Saint-Esprit ». Toutes nos pensées positives ont porté fruit au final : ça ne goûtait pas tout à fait le pouding chômeur de la province, mais c’était du moins pas mal sucré, alors ç’a plu à tous. Même, certains ont demandé la recette ou ont simplement souligné qu’ils aimeraient bien qu’on en refasse; nous étions alors bien contentes! Après ce dîner international, nous sommes tous sortis dans le Vieux-Lyon, qui recèle de petits bars tous très sympathiques. Comme c’était l’Halloween, nous avons pu croiser quelques gens déguisés et apprécier quelques décorations. Cette fête semble moins populaire qu’en Amérique du Nord.

Nous avons passé principalement le reste de la fin de semaine entre Québécoises. Samedi, nous avons marché depuis chez moi jusque dans le Vieux-Lyon, ce qui doit prendre environ quarante-cinq minutes; c’était une bonne manière de s’imprégner du paysage et de contempler les deux veines bleues de la ville, le Rhône et la Saône. Il faisait gris et il ventait beaucoup, mais c’était agréable quand même. De toute façon, c’est ce genre habituel de la température, il me semble, qui témoigne vraiment de la personnalité de Lyon. Arrivées à la Place des Cordeliers, nous avons véritablement découvert, même Élise et moi, l’église Saint-Bonaventure. Elle était très vieille, moins luxueuse que Fourvière, mais d’autant plus impressionnante : l’épuration du décor, peuplé de longues et minces chandelles blanches, épurait l’esprit aussi. Malgré cette ambiance agréable, nous n’avons pas assisté à la messe que les cloches annonçaient avec ferveur. Nous nous sommes plutôt déplacées vers la belle cathédrale Saint-Jean dont j’aime toujours observer la façade et avons cédé aux tentations maléfiques que constituent le vin chaud et les marrons grillés. Très français comme collation, d’autant plus que ce ne sont pas pour moi des goûts habituels; le sucre et la cannelle dans le vin qui fume font rêver les papilles. En soirée, nous sommes restées tranquille dans mon studio en écoutant quelques épisodes des Mystérieuses cités d’or. Élise a dormi chez moi comme Sylvie-Anne l’a fait pendant tout son séjour.

Dimanche, j’ai fait une partie du marché avec Alex et son ami roumain de passage, puis le reste avec Élise et Sylvie-Anne. Rassurées par les expériences positives de Sylvie-Anne, nous avons enfin acheté des clémentines, qui se sont avérées excellentes, mûries à point, sucrées! Puis, en tendant l’oreille et le regard, nous avons aperçu sur la Passerelle du Palais de justice, qui traverse la Saône, un petit orchestre qui attirait les passants; nous avons été nous aussi charmées par les sons et nous nous sommes approchées. Je me sentais comme dans La tournée d’automne quand le Chauffeur sort de son appartement pour s’avancer vers la mélodie croissante de la fanfare. Enfin, cette fois, de jeunes gens jouaient divers instruments : trompette, saxophone, percussions, etc. Certains musiciens sautaient en s’exécutant, bien que tous apparaissaient emplis d’une joie communicative. Ils ont interprété, sans chant, la pièce « Our Time Is Running Out » du groupe de rock anglais Muse, ce qui m’a fait rire, car l’harmonie que cela produisait était hétéroclite mais tout de même réussie. Seulement les chiens qui avaient le malheur de traverser la passerelle à ce moment-là semblaient affolés par le vacarme. Pour la première fois depuis mon arrivée à Lyon, bien que le nombre de sollicitations que j’ai eues soit incroyable, j’ai donné des pièces de monnaie à ces habiles bricoleurs de mélodie, qui ont égayé le calme presque plat d’un matin au marché.

Pour déjeuner, nous sommes allées dans un petit resto de tartines de la Presqu’île, L’épicerie. C’était sympa, l’ambiance, très « française » avec ses serviettes à carreaux et les meubles de bois, m’a rappelée celle de ce cher Temporel de la rue Couillard. En plus, comme nous le faisions souvent à Québec, nous y avons mangé une soupe aux légumes très savoureuse; et, pour ma part, j’ai terminé ce petit repas par un bol de lait chaud auquel je devais ajouter moi-même la poudre de cacao, servie dans un contenant fermé avec une attache de métal. Cela m’a réjouie, j’étais heureuse comme une enfant et je ne me suis pas formalisée du service pas très rapide des serveurs. Je pense que j’apprends à prendre mon temps et ça me convient assez bien.

En après-midi, nous avons regardé un film à l’Institut Lumière, Le troisième homme, réalisé par Carol Reed et mettant en scène, entre autres, Orson Wells. Cette œuvre m’a bien plu, une histoire comique d’espionnage tournée à Vienne en noir et blanc. Léger, mais pas trop.

Durant ces derniers jours, j’ai eu l’impression que nos accents québécois sont revenus en force. Peut-être pas les accents, car je ne crois pas avoir acquis le français, mais seulement des tournures de phrases, des expressions qui ne sont pas d’un français universel. Cela a refermé un peu la petite bulle que je tente de dissoudre en général, surtout que j’ai compris qu’ici personne ne connaît Gaston Miron ni Hector de Saint-Denys Garneau. Cette absence de jonction entre les paysages est merveilleuse et effrayante à la fois; je pense que, cette fin de semaine, marquée par son caractère québécois, m’a fait rendre compte que le natal, malgré tout, s’avère irremplaçable. Car ce cher voyage à Lyon existe bien en raison de tout ce qui lui préexiste.

1 commentaire:

cp a dit…

J'ai souri tout le long de la lecture de ton récit !!! Et que dire de tes photos...agréable de voir que tu as avec toi plein de jeunes qui semblent si authentiques...Prends bien soin de toi, comme tu sembles si bien y prendre goût..hi....
cp