Je débute cette entrée par un sympathique graffiti dont j’ai corrigé les fautes et dont je m’interroge encore sur le sens, parce que je me demande si sa qualité n’est pas seulement d’ordre rhétorique :
le savoir est une arme, mais qu’est-ce qu’une arme sans le savoir?
C’est l’automne, à nouveau. Le ciel est incertain, nuageux et bleuté, comme le Rhône et la Saône. Je ne sais jamais comment m’habiller. Comme au Québec, il y a ce moment de l’année où le soleil nous brûle et où l’ombre nous glace. Sur les trottoirs, je vois quelques fois des pigeons morts, ça fait lugubre. Ici, pendant la saison froide, il n’y a pratiquement pas de neige à ce que j’ai entendu dire. Je considère donc que j’entre maintenant dans un automne qui durera six ou sept mois, je dois m’habituer à ce paysage comme dessiné au crayon de plomb; il n’y aura rien de la blancheur d’un hiver à la Maria Chapdelaine.
Avant-hier, je suis allée avec Élise au Troc de l’île, une brocante géante que Félix (un Québécois) m’avait dit d’aller voir, car nous cherchions quelques meubles pour rendre plus habitables nos espaces vitaux respectifs. Pour ma part, je cherchais une table de chevet. J’en ai déniché une en pin, en assez bon état et avec une poignée frontale qui lui donnait un certain charme. Elle coûtait 15 euros, alors c’était dans mon budget. Après avoir apporté chez Élise ses propres achats (une chaise pliante en bois vert et une petite table d’appoint), nous avons conjugué nos forces pour apporter jusque chez moi (à trois kilomètres de la brocante, environ) la chère petite table qui semblait assez inoffensive. Cependant, elle s’est révélée assez lourde et elle nous a fatiguées toutes les deux. Nous avons donc pris un beau petit souper en tête-à-tête pour nous récompenser! La table de chevet a servi de table de repas : c’était la première fois ensemble que nous ne mangions pas par terre, car je pouvais m’asseoir sur le lit et Élise sur la chaise.
Je voulais consigner ces moments hier dans mon journal, mais je ne l’ai pas fait, car j’étais d’humeur trop maussade. L’administration de l’université avait montré, encore une fois, aux étudiants étrangers toute l’ampleur de son inefficacité. Il y avait une réunion d’information quant aux choix de cours pour les étudiants étrangers, car le premier livret de cours qui nous avait été distribué contenait des informations erronées. Élise avait reçu le courriel (mél…) d’invitation, mais pas moi pour je ne sais quelle raison. Tout de même, je m’y suis rendue dans l’espoir d’obtenir quelques éclaircissements. On nous a distribué de nouveaux livrets de cours (950 étudiants étrangers, vous imaginez le gaspillage de papier) pour apprendre que la valeur en crédits de plusieurs cours a changé et donc que l’horaire de cours que j’avais établi ne contenait pas suffisamment de crédits en vue du parcours lavallois auquel je suis toujours liée. J’étais fâchée et découragée, car je devais intégrer à mon horaire un cours dont les exposés magistraux étaient commencés depuis 2 semaines. En plus, comme les étudiants étrangers ne sont pas inscrits à un diplôme comme les étudiants français, nous ne pouvons pas accéder aux emplois du temps en ligne, genre d’horaires où l’on peut trouver quand et où se donnent les cours magistraux (CM) et les travaux dirigés (TD). Vraiment pratique pour des étudiants qui sont mêlés d’avance par tout ce nouveau système auquel ils doivent s’intégrer. C’en était presque humiliant. Le professeur qui donnait la réunion s’est vu forcé de dire que nous étions dans une université du Moyen-Âge. Par chance, j’ai découvert ce matin que le cours que j’ai décidé d’ajouter se donne aux deux semaines le vendredi de 11 h à 13 h, alors j’ai pu y assister comme si ça faisait longtemps que je l’attendais. Il faudra maintenant que je règle le cas du cours sur Les rêveries du promeneur solitaire, car il se peut que je ne puisse pas le suivre, ce cours s’intégrant à un bloc de trois cours dont un seul, déterminé par le hasard, sera évalué à la fin (il me semble important qu’on vérifie les acquis des cours qu’on suit, pourtant). La prof semble cependant assez sympathique à la cause des étudiants étrangers, alors je m’autorise à être optimiste.
Dans le cours auquel j’ai assisté ce matin, Éléments de stylistique générale, nous avons encore vu les fonctions de la communication telles que Jakobson les a théorisées. Depuis le début de mes études en littérature, je pense que ça fait cinq fois qu’elles me sont enseignées. Les explications qu’on en fait en France comme au Québec sont semblables. Comme la stylistique est l’étude de ce qui particularise le discours d’un écrivain, nous avons aussi parlé de l’appartenance générique d’une œuvre, car il est important de voir comment le discours littéraire se positionne par rapport aux balises classique du genre exploité. C’est à ce point-ci de l’exposé de la professeure que cette dernière a présenté des notions qui entrent en contradiction avec ce que j’ai appris à la session dernière à l’Université Laval. Nous avions dit, au printemps, que le « je » dans la poésie lyrique était non métaphorique, qu’il renvoyait directement au poète, d’où l’appartenance de la poésie au régime de la diction; en France, on dit que le « je » du poème ne renvoie pas au poète qui signe le texte, mais, d’une part, au « je » universel, absolu, qui n’est pas relié à un être en particulier et, d’autre part, à l’image esthétisée que le poète veut projeter de lui-même. Dans ce cas, le poème contiendrait toujours une part de fiction. Je ne sais pas encore quoi penser de ces points de vue divergents, seulement cela m’attriste un peu, aujourd’hui, de penser que la poésie pourrait n’être qu’un jeu de l’imaginaire, un exercice d’éloquence et non pas le peu de vérité qu’on parvient quelque fois à percevoir ou à exprimer.
1 commentaire:
Voilà bien les premiers pas qui font la différence.
Je suis quand même contente de voir que tu fonces et bientôt tu verras toutes les billes de la vie qui se promènent tant en rond et toutes éparpillées prendre place dans leur minuscules cases...
Ne te décourage pas, chantonne un peu, ton rictus est le meilleur remède....
Je t'aime beaucoup
cp
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