les dernières lignes

jeudi 25 septembre 2008

Arts français

mardi 23 septembre 2008, sur mon bureau-table

Le temps passe vite et trois journées bien remplies reposent déjà derrière moi. Cette entrée sera particulièrement longue, car mon dimanche a été culturellement riche : c’était, en fin de semaine, les journées du patrimoine et plein d’événements étaient spécialement mis sur pied pour l’occasion et d’autres, ordinairement payants, étaient gratuits, comme cette visite au musée dont je vous ferai part. On promeut bien la culture, ici, en France, et il ne faut pas croire que ça n’intéresse personne, au contraire : les lieux que j’ai visités étaient tous bondés.

Donc, avant-hier, dimanche, je suis allée au Musée d’art contemporain avec Élise, Daniela et Julia, deux autrichiennes. La visite était gratuite et les deux expositions que nous avons visitées se sont avérées très intéressantes. J’ai particulièrement apprécié le travail de Christian Lhopital, un artiste dont la production est orientée vers le dessin. La découverte de son art s’est amorcée par la présentation de sa dernière série de dessins sur papier, intitulée Tout va bien. Son style léger et fin fait penser aux traits d’un croquis, d’un brouillon. Mais si on s’approche, on découvre des personnages qui évoluent subtilement au fil des répétitions, des visages fantomatiques, des morceaux de divers matériaux incrustés aux motifs. J’ai aimé la subtilité du dessin, l’ironie du titre aussi lorsque j’ai aperçu des personnages désarticulés et même ensanglantés, parfois. Cela m’a fait penser à Ensor, ce peintre dont les figures oscillent entre le burlesque et le tragique. Ainsi s’est ouverte la voie jusqu’à l’œuvre monumentale, L’énigme demeure, réalisée à même les 150 m2 de murs blancs que le MAC de Lyon a offert à Lhopital. La production était toute faite de poudre de graphite, dont la couleur pâle se mêlait à la blancheur de la salle. C’est à force de nuances que les formes naissaient, le mouvement opalescent, les visages aussi, quelques fois. Je suis entrée dans cette œuvre comme dans un espace de rêve, de flottement, de fragilité aussi : puisque cette création sera effacée à la fin de l’exposition, ces dessins et frottis, pourtant si immenses, ne s’avèrent qu’éphémères.

Puis, nous avons visité une salle qui regroupait divers produits d’un rendez-vous de création, en 2008, où étaient conviés vingt artistes de la région. Je remarque que le travail des artistes dits visuels, aujourd’hui, s’oriente souvent vers la multidisciplinarité, comme pour créer un art total, auquel même la technologie obéit. C’est du moins ce que j’ai ressenti pendant cette exposition d’art très actuel. Les travaux étaient généralement très intéressants; je pourrais dire que j’ai préféré le projet d’Yza Mouhib, une installation vidéo où une rue défilait pendant que les spectateurs portaient un casque d’écoute. Claire Sainte-Rose, titre de l’œuvre, y lisait un texte choquant de Nelly Arcan où une femme aurait voulu que les hommes, pour elle, sortent du cours tranquille de leur existence. La narratrice, pourtant, prend conscience vers la fin que la beauté, présente dans tous les petits gestes de la vie, suit aussi un chemin linéaire.

Pour terminer la visite, j’ai pu observer, à mon grand bonheur, une œuvre de l’artiste Ben. Installée au milieu du musée, dans aucune salle, une espèce de cabane contenait un bric-à-brac incroyable, symbole de consommation et de chaos à la fois, auquel se mêlaient diverses phrases qui font rire et réfléchir. J’ai essayé d’en retenir le plus que je pouvais, car ce type d’humour ironique me plaît beaucoup!
« l’art est inutile, rentrez chez vous »
« les mots sont des choses; achetez donc des choses »
un perroquet à côté duquel il était écrit : « demolish serious culture » (Harper s’y plaît bien, il n’a pas compris que c’était une blague)
C’est ainsi montrer que j’ai énormément apprécié ma visite au Musée d’art contemporain qui a été, de surcroît, gratuite. Je pourrais dire que l’art n’est pas inutile et que je vais assurément retourner au MAC de Lyon!

Dernière chose sur le musée : il était situé dans le quartier qui se nomme « Cité internationale ». C’était vraiment étrange, on aurait dit un 10/30 qu’on veut rendre habitable. C’est un nouveau quartier élaboré par un architecte quelconque où tous les bâtiments se ressemblent et où tout est trop chic. Bien qu’il soit juxtaposé à l’élégant parc de la Tête d’or, ce secteur de la ville n’a aucune âme, tout semble fixé à jamais dans son inertie. Vraiment, l’ambiance n’était pas géniale. On peut dire que l’architecture du musée s’intégrait au reste, bien que la Cité internationale illustre assez clairement que la vie ne peut être autant esthétisée. La vie est bigarrée, plutôt.

Pour le déjeuner (ou dîner, comme il vous conviendra), nous sommes redescendues sur la Presqu’île à la rencontre d’une étudiante allemande, Irène. Nous avons mangé des kebabs dans une rue truffée de restaurants du genre, c’était l’occasion d’être doublement étrangère pour moi, à la France encore, puis à ce monde arabe. En tout cas, les kebabs étaient délicieux! Élise et moi, les filles les plus gourmandes de la terre, en aurions mangé un second.

Nous avons ensuite continué notre périple vers l’hôtel de ville dont la visite était offerte à tous en ce dimanche. Si l’idée ne m’enchantait pas trop au début, j’ai vite été enthousiasmée par ce bâtiment majestueux du dehors et carrément époustouflant à l’intérieur. Même, des Lyonnais, amis de Julia, étaient surpris par ces trésors qu’ils n’avaient jamais explorés. La succession des salons, des lustres, des riches tentures, des plafonds qui ne sont pas des trompe-l’œil m’a renversée. On dirait un mini-Versailles. L’hôtel de ville a majoritairement été rénové au temps du Second Empire (1851-1870) et j’ai alors pensé à La curée de Zola, à ses grands bals, aux hôtels d’une richesse décadente; je comprends mieux maintenant l’esprit de grandeur qui animait le Second Empire. Ce qui est aussi intéressant à savoir, c’est que certaines salles de l’hôtel de ville ont servi à recevoir les membres du G7 il y a une dizaine d’années. Toute qu’une réception!

À l’école, les choses vont bien. J’ai eu mon premier cours pour tous les cours que je suivrai et tout m’apparaît intéressant. Je vais approfondir ma connaissance de Rousseau et de son écriture multiforme avec le cours sur Les rêveries du promeneur solitaire et rêver de la belle ville de Québec, de chats et de littérature avec Jacques Poulin que je connais déjà bien. Quand même, c’est déjà autre chose de le redécouvrir à partir de la France, avec un regard neuf, l’analyse fine du texte que le prof nous propose s’y surajoutant. M. Lavorel, le professeur, aime beaucoup le Québec, alors c’est très bien! Il connaît même mon prof lavallois de littérature québécoise, M. Boivin. Mon cours de philosophie générale s’avère moins dense que prévu, je dois dire que ça me déçoit un peu. Les attentes étaient élevées, certes, je rêvais d’un semblant de Thomas de Koninck qui donne un cours de trois heures sur Platon. Ici, je vais voir, pour l’instant, ce ne serait qu’une heure de cours par semaine.

J’avais terminé hier, tard dans la soirée, Les fruits d’or, car le prof du cours de théorie de la lecture, M. Auclerc, avait mentionné que la session du 23 septembre (aujourd’hui) porterait sur ce roman. Surprise : aujourd’hui, quasiment personne n’avait lu le livre ni ne l’avait acheté. Et le prof trouvait ça normal, il avait photocopié les extraits de l’œuvre, comme s’il avait convenu que personne n’aurait le roman en main. C’était stupéfiant, encore une fois, pour Élise et moi : à Laval, dès qu’on nous le suggère pour un cours en particulier, il faut avoir acheté le livre et l’avoir lu, de surcroît! Nous sommes de belles machines à apprendre, alors qu’ici, tout va lentement mais sûrement. Nous avons dû avoir l’air de deux élèves modèles, qui avaient lu très à l’avance le livre étudié et qui étaient assises au premier rang. J’ai réalisé encore une fois que j’étais étrangère, même si parfois je me promène dans Lyon et j’ai l’impression d’être chez moi.

Aujourd’hui, j’ai rencontré de nouveaux visages et essayé de tisser des liens. Mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas que les gens soient malintentionnés, c’est juste qu’apprivoiser quelqu’un (pour reprendre la terminologie du Petit Prince), ce n’est pas si évident. Et j’imagine toujours que j’aurai de grands amis en quelques instants, qu’on m’invitera à un souper français ou à je ne sais quelle activité. Rien de tel ne se produit, bien sûr, j’attends encore le dialogue tant recherché des cultures. Cela usera ma patience, mais ça me va ainsi. Miettes par miettes.

Aucun commentaire: