dimanche 28 septembre 2008, dans un bus TCL 28 vers Laurent Bonnevay, puis sur mon bureau-table
Dans la nuit de vendredi à samedi, j’ai fait un rêve assez évocateur dans lequel je venais habiter à Lyon. Cependant, à la différence de mon séjour actuel, je suis repartie chez moi, au Québec, après une semaine. De retour là-bas, je discutais avec mes parents et j’ai constaté que je m’ennuyais de Lyon, que je voulais y retourner, ce qui s’est produit également dans mon rêve. Je pense que, depuis ce moment-là, je suis réellement arrivée à Lyon, au sens où l’a grossièrement représenté ma vision nocturne : mon ennui inconscient – ou pas – de mon pays d’outre-mer m’a quittée pour que je concentre ici tout mon être, que je m'ancre à cette terre française qui m’accueille. Je n’ai d’ailleurs que le présent comme seul port d’attache.
En fin de semaine, j’ai commencé à lire Les rêveries du promeneur solitaire de Rousseau. C’est la dernière œuvre qu’il a écrite. Elle est d’ailleurs incomplète selon certains dires. Cher Rousseau. C’est triste à lire, il était désormais si seul, reclus de tous, pensant que tous ses contemporains se moquaient de lui et que même les générations futures ne pourraient rien obtenir de lui de valable, car ses textes seraient malicieusement falsifiés. Il stipule donc à plusieurs reprises que Les rêveries ne sont écrites que pour lui d’un bout à l’autre. Pourtant, même si l’œuvre a été publiée de façon posthume, je n’arrive pas à croire que Rousseau n’attendait absolument plus rien des hommes. Cela me rappelle la réflexion de Todorov dans son essai sur le bonheur rousseauiste, intitulé Frêle bonheur. Il expliquait que, malgré tout ce que Rousseau peut dire, ce dernier demeure un écrivain et ses écrits sont destinés à des lecteurs. Si le penseur prône la solitude comme moyen d’être heureux, il présente implicitement une autre solution au rapport à l’Autre, celui d’une relation médiatisée par un texte. Je crois bien que Rousseau a gardé espoir en l’écriture jusqu’à la fin; c’est très juste de l’avoir fait, je peux en témoigner!
Aujourd’hui, avec Élise et Daniela, je suis allée à Fourvière, le petit quartier juché sur une colline où siège la belle cathédrale. Nous avons pris un funiculaire qui nous a menées à moitié du chemin et nous avons terminé avec nos petites jambes le reste de l’ascension. C’était calme, c’était le matin, et tout me surprenait par ses magnifiques couleurs : le lierre rouge, la verdure mélangée aux jaunes timides, le ciel d’un bleu clair. Une belle journée d’automne, en bref. Nous avons visité la cathédrale de Fourvière dont l’architecture est magnifique, de l’extérieur comme de l’intérieur. Le bâtiment d’abord est assez imposant, puis, lorsqu’on approche, on découvre un fin travail de sculpture : entre autres, on y trouve des lions ailés, des anges et des dentelles qui ornent les tourelles. Ces détails ennoblissent la cathédrale et répondent à la superbe décoration de l’intérieur. Les voûtes, hautes de 27 mètres, sont intégrées à un décor tout doré. Des vitraux chargés, des représentations picturales (pas d’habituel chemin de croix) et des colonnades ornées d’oiseaux invitent l’esprit à se recueillir dans ce havre de silence que nous étions appelées à conserver. Comme nous sommes arrivées à la fin de la messe, nous avons pu entendre les derniers puissants accords de l’orgue. Je ne sais pas si je suis croyante, mais j’ai trouvé que visiter cette cathédrale avait quelque chose de ressourçant, sa beauté architecturale et le silence entremêlé à la musique ont eu de quoi élever l’âme. C’était comme retrouver, par un dimanche matin quelconque, une part d’universel : j’ai le même état d’esprit lorsque j’entre dans l’église du village de mon enfance. Je ne sais pas encore ce que je vais faire pour Noël, mais je pense bien que j’aimerais assister à une des messes de Noël de la cathédrale de Fourvière. On dirait que, comme les écrivains romantiques, j’ai besoin d’intégrer un peu de transcendance à cette vie ultra-rationalisée.
Après la visite de la cathédrale, nous sommes retournées au marché visité pendant ma deuxième semaine pour y faire des courses. C’était très bondé, mais agréable quand même, nous avons trouvé de beaux produits à nouveau. Alléchées depuis des semaines par l’odeur inoubliable, Daniela, Élise et moi avons acheté un poulet rôti accompagné de petites pommes de terre qui ont cuit dans le gras de la volaille. Nous avons déjeuné avec cette trouvaille et il va sans dire que c’était bon!
Ce soir, nous sommes allées au cinéma, le Pathé près de Place Bellecour. Nous y avons vu le film Faubourg 36 de Christophe Barratier, réalisateur de la production Les choristes. À nouveau, l’œuvre présentée laisse une place importante à la musique : l’histoire s’articule autour d’une petite salle de spectacle que l’on tente de faire fonctionner dans un faubourg pauvre de Paris au temps des luttes communistes, vers 1936. C’est un film très sympathique qui a captivé mon attention durant tout son cours, l’histoire bien ficelée et la musique originale forment un univers stimulant pour le spectateur. La fin du film – un simple détail – m’a beaucoup plu : on voit plusieurs fois des rideaux qui se ferment sur la scène devant les personnages, mais, à la fin, les rideaux se ferment devant nous, spectateurs. Cela nous rappelle qu’on est bien devant une représentation, non pas dans la vraie vie, ce qu’on tend à oublier, subjugués par l’enchaînement des événements. Si on peut critiquer le film en disant que ses personnages sont grossis, caricaturaux, on pourra rétorquer qu’on était bien devant un mélodieux spectacle.
En attendant l’autobus, ce soir, j’ai revu la cathédrale de Fourvière en ne m’y attendant plus. Elle nous regardait de haut comme un petit astre illuminé. C’était digne d’une carte postale. Nous avons d’ailleurs remarqué qu’on avait d’abord vu en cartes postales certains paysages de nuit qui nous entouraient, comme si la réalité imitait les photographies. J’ai hâte à la Fête des lumières, les architectures que j’ai vu éclairées tout à l’heure, par des lumières blanches ou de mille couleurs, m’ont donné envie d’en voir plus! En passant sur le pont Lafayette, qui traverse le Rhône, j’ai aperçu la Croix-Rousse et ses minuscules fenêtres illuminées : on aurait dit que ces lumières, toutes entourées de noirceur, étaient de la poudre d’étoile dispersée à l’horizon.
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1 commentaire:
Tu nous donnes envie d'être là et de pouvoir admirer toute cette architecture avec toi, bien que tu nous les décrives si bien qu'on a presque l'impression d'y être...
Et puis c'est drôle, mais quand tu parles de ton rêve et du fait que tu te sens à Lyon pour vrai, que ton présent se passe maintenant là, on le sent dans tout tes mots, dans ton ton (désolée pour la sonorité...), et dans tout ce qui suit. Je suis contente pour toi, cocotte, là je souris devant mon écran juste parce que tes mots m'ont montré que tu souriais aussi... :)
Ariane
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