vendredi 19 septembre 2008, à la bibliothèque de la manufacture, puis dans mon lit
J’ai eu un cours tout à fait « tripatif » ce matin, je n’ai pas d’autre mot qui saurait mieux dire mon émotion. C’était le premier cours d’histoire littéraire française du XIXe siècle avec M. Thélot, le prof qui avait semé la pagaille en disant que Rimbaud était le plus grand poète français. Ce monsieur avait attiré mon attention d’élève et ce n’était pas à tort!
Ledit prof a débuté le cours en nous donnant des rendez-vous culturels : conférence avec Yves Bonnefoy (!) et exposition sur les liens entre poésie et peinture, visionnages et emprunts à l’Institut Lumière (maison de cinéma), visite aux musées d’art de la ville. Il a souligné, au passage, dans un élan quasiment lyrique, que ce genre d’activités procure un plaisir réel, intellectuel, un plaisir au sens platonicien. C’était beau à voir.
Ce préambule très stimulant terminé, M. Thélot a commencé la matière, une histoire politique du siècle étudié, afin que nous comprenions mieux dans quel contexte la littérature aura évolué. C’était classique comme entrée en matière, mais ce fut réalisé de façon extraordinaire. Ce flot d’informations s’enchaînait de façon fluide, le prof souvent même laissait ses notes derrière lui. Un vrai passionné.Le prof parle bien, avec un langage recherché mais pas trop, et agrémente son discours de diverses citations. Par exemple, l’aphorisme suivant de Pascal, « le silence éternel de ses espaces infinis m’effraie », lui a servi à illustrer comment la révolution copernicienne (la Terre n’est pas le centre l’univers) a créé un mal de vivre au XIXe siècle. Les titres d’œuvres et les auteurs fusaient aussi; tous à lire, selon le prof. Au début, on rit devant ce nombre exhaustif de suggestions, mais ça finit par nous donner le goût du dépassement, de tout découvrir à notre tour.
Je crois que j’avais vraiment besoin d’un cours comme celui-ci. Pour la première fois depuis bientôt deux semaines, je me suis sentie vraiment chez moi, dans cet univers littéraire auquel j’ai été conviée. Un sentiment d’avoir trouvé le natal en moi m’a submergée cet avant-midi.
samedi 20 septembre 2008, sur mon bureau-table
Aujourd’hui, Élise, William (un de mes voisins de résidence) et moi sommes allés nous promener sur la Presqu’île de Lyon. Nous sommes d’abord allés sur la Presqu’île pour nous fouiner parmi les étalages de livres des bouquinistes de la Saône. Nous avons trouvé trois livres (La nausée de Sartre, René de Chateaubriand et les Poèmes antiques et modernes suivi de Destinées de Vigny) qui seront à l’étude à la fac, alors c’était réjouissant. Nous avons ensuite poursuivi notre périple jusqu’à la Croix-Rousse, car le fameux chauffeur de taxi nous avait aussi recommandé un marché qui s’y trouve. Nous avons marché beaucoup et il nous fallait escalader en plus la colline sur laquelle le quartier de la Croix-Rousse est situé! Je pensais que ce quartier allait être impeccable, mais il y avait beaucoup de graffitis, comme ailleurs dans la ville, en fait, sauf dans les environs de Bellecour, le centre huppé et touristique truffé de policiers. Cela dit, le marché était bien, mais nous sommes arrivés lorsque les maraîchers et autres producteurs ramassaient leurs produits, alors nous avons dû faire vite. C’était le paradis pour les pigeons, car ces derniers se régalaient de divers morceaux tombés des boîtes rapidement emballées. Enfin, nous sommes redescendus à la place Bellecour, en dénichant au passage quelques cartes postales qui pourront porter loin nos mots qui s’adaptent lentement à leur nouvel environnement. J’ai pris beaucoup de photos pendant toute la journée, je me sentais comme une vraie touriste – je le suis encore aussi, en quelque sorte.
Au terme de nos vagabondages, je peux dire que nous avons marché beaucoup, plus d’une heure (c’est ma moyenne quotidienne, maintenant que j’habite à Lyon!), mais cela a valu la peine. Nous nous sommes régalés de divers panoramas ainsi que d’architectures raffinées – j’aimerais cependant avoir plus de connaissances dans ce domaine! Nous avons même visité des ruines d’un ancien théâtre romain, le premier où on aurait mis à mort les chrétiens considérés comme hérétiques dans ces temps-là. De plus, nous sommes entrés dans une église assez impressionnante transformée en hôpital pendant la Révolution française. Lyon a tellement d’histoire, c’est incroyable, j’ai le goût d’en découvrir plus encore. Et disons que ça remet en perspective les 400 ans de notre chère ville.
Ce soir, avec Élise, nous avons bien mangé, encore une fois : une casserole d’aubergines, de tomates et de pois chiches servie avec du couscous. C’est assez impressionnant, on se le faisait remarquer mutuellement, on mange aussi bien qu’au Québec et notre alimentation est variée. Je pense que nos visites au marché cultive notre goût pour les bons aliments! Il faut juste espérer que notre motivation à cuisiner perdure même avec les cours.
J’ai un peu de difficulté à me sentir en session universitaire pour l’instant. Je lis Les fruits d’or de Sarraute et je trouve ça bien, mais un peu ardu – je suis rouillée des vacances! Tout y est vaporeux, les personnages, le propos. C’est normal : c’est du Nouveau Roman. Même si je le sais, ça me désarçonne. Ici, je tente d’habiter Lyon comme une vraie Lyonnaise et il me semble que je cherche tout sauf ce qui est imprécis. Je veux toucher de la pierre, des rues, des noms, un fleuve et une rivière. Tout prendre en photo pour croire que ça existe. Je crois que je ferais mieux d’accepter que mon cheminement (s’il en est un) vers l’identité française sera long et indéfini, à l’image de la communication littéraire, comme dirait monsieur Auclerc.
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2 commentaires:
Je suis contente de lire ça, ma belle! J'ai l'impression de t'avoir devant moi et de voir tes yeux briller, c'est chouette.
Je t'aime, prends soin de toi!
Ariane
C'est une brume, un souffle qui siffle entre les rangées de bâtisses.
Deviens l'air et tu pourras tout toucher à la fois.
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